L AN K ASTER
La lumière des pyrophores et des lampyres a, indépendamment de sa couleur, un éclat particulier difficile à définir comme toute notion purement subjective.
Longueur d’onde. — La longueur d’onde de la lumière d’un pyrophore à son maximum d’éclairement a été trouvée de 0,530 environ; nombre voisin de celui fixé par Mascart pour la raie verte du thallium. On peut comparer l’impression de la lumière du pyrophore sur la rétine à celle de la lumière du jour tamisée par un rideau de feuillage (R. Dubois).
Les rayons actiniques ou chimiques existent surtout dans la partie la plus réfrangible du spectre. La limitation du spectre des pyrophores précisément du côté de ces rayons indique que leur lumière doit en être presque dépourvue. C’est ce qui ressort de la comparaison suivante : un œil normal peut dans une pièce obscure lire avec un seul pyrophore à une distance de 33 centimètres les caractères correspondants à D = 0,5 de l’échelle de Snellen, le foyer lumineux étant placé à 1 centimètre et demi de l’échelle du tableau (cette première
LUMINOSITÉ
épreuve prouve l'abondance des rayons lumineux et leur adaptation favorable à l’acuité nouvelle) : si avec ce même pyrophore présentant son maximum d’éclairement on essaye d’influencer une plaque photographique même très sensible, il faut une durée d’au moins plusieurs minutes, tandis qu'il suffirait avec une lumière ordinaire de même intensité éclairante seulement d’une fraction de seconde (cette deuxième épreuve démontre la pauvreté de la lumière animale en rayons actiniques).
La lumière des pyrophores ne contient pas non plus en notable quantité les rayons qui favorisent la production de chlorophylle dans les feuilles des végétaux ; de jeunes pousses incolores de cresson alénois et de radis n’ont point verdi sous l’influence de cette lumière, comme ils le font sous l’influence de celle des sulfures phosphorescents dans l’expérience de Regnard. Ala lumière du jour une solution éthérée de chlorophylle vue par transparence paraît verte, elle paraît rouge quand elle est vue par réflexion ; ce dichroïsme, qui est dû à un phénomène de fluorescence, ne s’observe pas avec la lumière des pyrophores. La fluorescence peut cependant s’obtenir, mais faiblement, avec les dissolutions deosine, de fluorescine et d’azotate d’urane, non avec le sulfate de quinine et l’esculine.
Pauvreté des rayons actiniques. — Tous ces faits sont en accord avec ce qui a été dit plus haut de la pauvreté du spectre des pyrophores en rayons très réfrangibles. Le dichroïsme de la fluorescence est dû à ce que les radiations plus réfrangibles sont transformées en radiations moins réfrangibles, autrement dit les radiations chimiques en radiations lumineuses. L'absence de fluorescence, dans la chlorophylle soumise aux rayons de la lumière animale, s’explique donc par la pauvreté dans celle-ci des radiations chimiques et va de pair avec l’impuissance de cette lumière particulière à provoquer sa formation dans les plantes rendues incolores par leur séjour à l’obscurité.
La phosphorescence ne diffère de la fluorescence que par la persistance du phénomène lumineux (Becquerel). Certains corps (sulfure de calcium par exemple) après leur exposition à la lumière sont lumineux à 1 obscurité. Cet effet est dû, comme le phénomène de fluorescence, à l’action des rayons chimiques les plus voisins du violet. La lumière des pyrophores ne détermine pas la fluorescence des sulfures calcaires.
2. Autres énergies. — Dans les appareils éclairantsdes lampyrides etdesélatérides, la lumière représente une transformation finale de l’énergie analogue à l’électricité des plaques de la torpille (organes, comme les précédents, assez spéciaux) et au travail mécanique des muscles (organes, au contraire, communs à tous les animaux). Cette forme finale dérive évidemment, comme le travail mécanique lui-même, d’une ou plusieurs énergies antécédentes, dont l'organe spécial opère la transformation en vue de sa fonction particulière, mais qui peut être initialement la même dans ces différents appareils (muscles, plaques électriques, organes lumineux). L’énergie initiale est sans doute de nature chimique et d’espèce très voisine dans ces protoplasmas d’organisations diverses; mais sur ce point, nous sommes réduits à des conjectures. Les masses sur lesquelles on est réduit à opérer sont trop restreintes pour permettre une analyse comparable à celle qu’on peut instituer sur les muscles.
a. Électricité. — Entre la forme inititale chimique et la forme finale lumineuse, on peut de même supposer l’existence de formes intermédiaires ou de transition, parmi lesquelles serait (comme dans le muscle) la forme électrique (qui se trouve être finale dans l’appareil de la torpille). On suppose en effet main-
AUTRES MANIFESTATIONS ÉNERGÉTIQUES.
tenant volontiers, que l’énergie cellulaire est ramenée généralement à cetle forme électrique, qui par sa plasticité facilite toutes les transformations ultérieures adaptées aux diverses fonctions. On n’a point trouvé dans l’appareil lumineux d’opposition de tensions électriques, comme on en constate dans beaucoup (on peut dire dans la plupart) des cellules animales el même végétales. Mais ce résultat négatif ne prouve pas absolument la non-existence de phénomènes électriques intérieurs à l’organe lumineux. Pour les mettre en évidence, on sait contre quelles difficultés on a à lutter toutes les fois qu’on les recherche. Cette difficulté consiste à trouver les pôles réels de ces appareils électromoteurs intracellulaires, qui individuellement sont de grandeur moléculaire, et dont la puissance réside en leur multiplication. Dans le muscle, on a déjà quelque peine à se figurer l’orientation réelle de ces courants. Dans l’appareil lumineux beaucoup moins isolable et analysable, on n’en a aucune idée.
b. Chaleur. — Enprenant toujours le muscle comme terme de comparaison, on sait qu’une partie assez notable de son énergie se dissipe extérieurement sous forme de chaleur. En est-il de même de l’organe lumineux ? Tout le corps de l’animal dégage une petite quantité de chaleur. Quant aux appareils lumineux eux-mêmes, la chaleur dégagée est ou nulle ou extrêmement faible (Maurice Girard, R. Dubois).
3. Nature fermentaire du phénomène. — Les manifestations de lavie cellulaire se ramènent très généralement à des actes chimiques, dont l’ensemble est compliqué, mais dont l’expression la plus simple s’observe dans les actes dits fermentatifs. La production de la lumière pourrait, d’après R. Dubois, être ramenée à un acte de ce genre. Les appareils lumineux contiendraient une substance spéciale fermentescible, la luciférine , et celle-ci serait mise dans un état particulier de décomposition d’où résulte le phénomène lumineux par une autre substance de la nature des ferments dits solubles, la luciférase. Cette opinion est fondée sur l’expérience qui suit. La substance lumineuse d’un animal lumineux, comme la pholade dactyle, est broyée et mélangée d’eau. On en fait deux parts dans deux tubes séparés. L’un de ces deux tubes est porté à une température de 53°, capable de tuer le ferment, mais laisse subsister la substance fermentescible (la luciférine); l’autre est longuement agité et finit par perdre sa luminosité par épuisement de la substance fermentescible, mais conserve son ferment (la luciférase). On mélange alors les liquides des deux tubes. La luminosité réapparaît pendant un certain temps.