III. — EXEMPLES PARTICULIERS
Glandes gastriques. — A l'état de maturité, à la phase prédigestive, les cellules principales du fond de l’estomac sont volumineuses, bourrées de gros grains; l’ergastoplasme est peu développé, le noyau est refoulé vers la base. — Depuis le moment où la cellule commence à évacuer dans la lumière glandulaire son
produit de sécrétion, on constate des modifications qui deviennent très apparentes au bout de quelques heures (en général cinq ou six heures chez le chien, le chat) après l’ingestion alimentaire et persistent quelque temps. Les cellules sont moins volumineuses, la lumière glandulaire est plus nette, il y a très peu de grains, l’ergastoplasme est plus net, plus étendu, plus développé. Le noyau se place à l'arrière du tiers moyen et du tiers externe de la cellule et occupe même parfois son tiers moyen (fig. 81).
Les modifications des cellules bordantes sont de même ordre, mais moins apparentes (Cade).
Pancréas. — Au repos, c’est-àdire dans l’intervalle de deux digestions, la zone interne de la cellule est bourrée de grosses granulations, solubles dans l’eau, qui se colorent en brun par l’acide osmique. Ces granulations sont formées par une substance que Heidenhain a désignée sous le nom de zymogène et qui représente, d’après cet auteur, un antécédent de la trypsine. La zone externe, basale, de la cellule est plus homogène et renferme de Unes granulations auxquelles Mouret a donné le nom de granulations prézymogènes.
Pendant la digestion l’aspect des cellules diffère suivant qu’il s’agit du début ou de la fin et dépend de la prédominance des phénomènes de désintégration ou de synthèse réparatrice.
Chez le chien, dans une première période de la digestion s’étendant jusqu’à six à dix heures, on voit la zone granuleuse interne (qui à l’état de repos
Fig. 81. — Cellules principales du fond. Glandes gastriques du fond chez les mammifères.
1, cellule au stade de mise en charge ; e, ergastoplasme; g, grain de ségrégation ; n, noyau ; r, réseau protoplasmique.
2, cellule au stade de maturité; e, ergastoplasme (très réduit). Le cytoplasme est rempli de grains de ségrégation (schématique d’après Cade).
PHÉNOMÈNES MORPHOLOGIQUES ET MICRO-CHIMIQUES
ne se colore pas par le carmin ou l’hématoxyline) devenir trouble et colorable, puis diminuer de volume jusqu’à disparaître complètement, tandis que la zone externe et colorable augmente d’étendue et s’empare de toute la cellule. L'accroissement de la zone externe ne progresse pas toutefois aussi vite que la disparition de la zone interne, de telle sorte que les cellules et avec elles tout l’acinus se rapetissent. Le noyau devient arrondi et pourvu de corpuscules très nets. Dans une deuxième période de la digestion, dix à douze heures après le repas, on trouve que les acini et les cellules sécrétantes ont augmente de nouveau de volume. La zone interne granuleuse s’étend maintenant à presque toute la cellule, tandis que la zone externe homogène ne forme plus qu’une bordure étroite qui n’est guère plus épaisse que dans l’état de jeûne. Les noyaux sont devenus pour la plupart aplatis et anguleux (Reidenhain).
Mouret a confirmé ces faits et constaté de plus que pendant une active sécrétion il se forme dans le protoplasme des vacuoles contenant un liquide
incolore.
Chez le lapin les phases de repos et d’activité sont plus difficiles a délimiter, l’estomac n’étant jamais vide. Toutefois IIeideniiaix a constaté que, chez cet animal, les granulations occupent, pendant le jeûne, la plus grande partie des cellules, pendant la digestion seulement le bord interne central de ces éléments. Kühne et Lea ont pu suivre au microscope sur le lapin vivant les modifications des cellules pancréatiques. On sait que chez le lapin le pancréas forme une couche mince comprise entre les lames du mésentère. Pendant le repos, le* cellules pancréatiques forment un tout optique continu. Lorsque la sécrétion s’établit les contours des cellules s’accusent, la striation de la base devient plus nette, les granulations de la zone cellulaire interne (centrale) s avancent vers la lumière de l’acinus, deviennent plus petites, moins apparentes et finissent par disparaître complètement. Si on injecte du sang défibriné dans le canal excréteur, on constate que des globules pénètrent jusqu entre les lace* latérales des cellules et même entre les cellules et la basale. Or les globules qui restent dans la lumière de l’acinus sont rapidement digérés ; les autres peuvent rester pendant plus d’un jour sans subir de modifications, ce qui prouve que seule la zone interne centrale chargée de granulations déverse un
liquide actif.
La pilocarpine provoque la sécrétion du pancréas. Wertheimer et Laguesse ont constaté que le secretum qui distend la lumière acineuse prend après fixation le même aspect que le zymogène. 11 forme après les mélanges osmies appropriés un cylindre réfringent homogène, brun assez foncé, vivement colorable par l’hématoxyline au fer, le violet de gentiane, la salranine. Dans les plus petits canaux excréteurs il garde le même aspect, mais tend à se colorer un peu moins ; dans les canaux moyens il se colore très peu, et perd son homogénéité- dans les gros canaux on ne trouve plus que des débris d un coagulum finement granuleux et très peu colorable. Leschoses se passent comme si le suc pancréatique, presqu’exclusivement constitué par la substance des grains de zymogène au sortir de la cellule, était dilué dans les canaux de gros et moyen calibre. L’excitation réflexe du pancréas provoque des modifications morphologiques et micro-chimiques insensibles: les lumières des acim restent en général presque vides ; toutefois les canaux moyens et gros sont remplis d un secretum fluide, peu coagulable, peu colorable, sécrété vraisemblablement par les cellules des canaux excréteurs (centro-acineuses comprises). Si on rapproche de ces constatations le fait que le suc obtenu parla pilocarpine est riche en tryp
LA SÉCRÉTION
sine et celui obtenu par excitation réflexe ne contient que de l’amylase, on est tenté de conclure que l'amylase ne provient pas du zymogène (WERTHEiMER)(fig. 82).
Foie. — La cellule hépatique présente des modifications en rapport avec un certain nombre de conditions bien déterminées. Les mieux connues sont celles qui dépendent de l’alimentation. Le foie est un grenier d’abondance, un entrepôt de glycogène et de graisses.
Le poids relatif et absolu du foie varie. En moyenne, il est de 6,4 p. 100 du
1, pancréas du chien. Fragment prélevé après l'excitation réflexe. Les fins canaux excréteurs intercalaires, ce, ne contiennent qu'un coagulum mince, étoilé. Les acini a, b, c paraissent sensiblement aussi chargés de grains de zymogène qu’avant l’excitation. (Avant excitation, les fins canaux contenaient souvent un mince filet de secretum.)
2, même pancréas. Fragment prélevé après excitation par la pilocarpine. Fins canaux presque partout distendus par un large coagulum de section arrondie, mamelonnée, qui aplatit leurs cellules. Acini parfois aussi chargés que précédemment, mais existence de larges aires, où, comme en a, b, c, cl, leurs cellules principales se vident, en voie d’épuisement manifeste. Nombreux filaments d’ergastoplasme à la base.
(Dessins à la chambre claire.
Coloration, hématoxyline au fer.) (D’après Wertheimer et Lagüesse.)
Fig. 82. — Modifications du pancréas.
poids du corps (min. 4,8 ; max. 9,5) pour une alimentation riche en hydrates de carbone; 3,3 p. 100 (min. 3 p. 100; max. 4,7) pour une alimentation animale; 2,1 et 1,5 après un fort travail de cinq heures ou un jeûne de vingt-huit jours (Pavy). Schôndorff a trouvé 6,34 (min. 2,49; max. 12,43) après une alimentation riches en hydrates de Carbone.
Glycogène. — Le glycogène apparaît sous forme de masses colorées en brun acajou par l’addition d'une solution d’iode dans de l’iodure de potassium (1). Il siège en dehors du noyau dans l’écart des mailles du protoplasme cellulaire. Il existe à l’état normal, probablement sous la forme d’un liquide sirupeux ; il
(1) Iode, 1,5; iodure de potassium, 10,5; eau salée, 500.
PHÉNOMÈNES MORPHOLOGIQUES ET MICRO-CHIMIQUES
csl, en effet, entraîné par les gouttes sarcodiques qui s'échappent des cellules hépatiques soumises à la congélation ou rétractées par suite de la rigidité après la mort (Ranvier). Le glycogène n’apparaît sous forme de grains solides que si l’on traite le foie par des liquides coagulants tels que l'acool fort. Si on dissout le glycogène par des réactifs aqueux, on aperçoit les vacuoles vides, le noyau et un réseau protoplasmique plus ou moins net partant du noyau.
Le jeûne prolongé diminue et finit par faire disparaître au bout d’un certain temps le glycogène des cellules hépatiques (Cl. Bernard). Chez le rat la disparition est totale le plus souvent après quarante-huit heures, chez le cobaye au bout de cinquante heures (Brocard), chez la poule après trois à quatre jours (Tscherinoff), chez le lapin après quatre ou huit jours, chez le chat et le chien seulement après plus de trois semaines (Pfluger a trouvé 24sr,26 de glycogène, calculé en sucre, dans un foie pesant 507 grammes, chez un chien après vingthuit jours de jeûne); chez la grenouille au bout de deux ou six semaines en été, plus lentement en hiver (Üevvéwre). Après deux semaines à l’étuve à 23°-2o°, Mosseik n'a plus trouvé de glycogène chez la grenouille. Le glycogène existe dans le foie des Invertébrés (CL Bernard). 11 disparaît après vingt jours de jeûne chez Hélix et Umax et reparaît neuf à dix heures après un repas (Barfurtii).
Le glycogène augmente après un repas abondant. Tous les hydrates de carbone n’ont pas la même valeur. Les hexoses, injectés par la veine porte, sont directement transformées en glycogène par le foie ; les hihexoses (saccharose, maltose, lactose) doivent subir une transformation préalable dans l'intestin (CL Bernard, Voit, Weinland, Dovon et Morel). Chez le cobaye à jeun le lévulose est celui des trois hexoses qui, toutes choses égales d’ailleurs, donne le plus de glycogène hépatique. Le glucose en donne moins que le lévulose et plus que le galactose (Charrin, Brocard). Les pentoses paraissent en général sans action. L’ingestion d’arabinose provoque chez le lapin le dépôt d’un peu de glycogène, mais rien ne prouve la transformation directe de l’arabinose en glycogène (Salkowski, Ebstein, Cremer). D’après v. Mering, Nakaseto, l’ingestion d’inulineest inefficace, contrairement à l’opinion de Kulz. D’après V. Deen, Weiss, Luchsinger, Kulz, l’ingestion de glycérine augmente le glycogène du foie. L’injection dans la veine porte de glycérine, mannite, arabinose, saccharose, maltose, lactose, inuline est inefficace (Doyon et Morel).
L’ingestion d’albuminoïdes augmente le glycogène hépatique (CL Bernard, Woeffberg, Naunyn, Kulz, v. Mering); d’après Schôndorff, Blumentiial et Wohlgemutii, seules les albuminoïdes contenant dans leur molécule un hydrate de carbone seraient directement efficaces. La caséine qui ne contient pas d’hydrate de carbone est sans effet. D’après Rôiimann, Cohn, l’ingestion d'asparagine, de glycocolle, d’ammoniaque, d urée, de leucine augmente le glycogène. Ces résultats ne sont pas admis sans réserves (Pflüger).
La formation de glycogène par le foie aux dépens des graisses neutres n’a pas été prouvée expérimentalement. Des chiens inanitiés auxquels on donne des graisses en abondance ne peuvent refaire leur provision hépatique de glycogène qui continue à baisser comme s’ils n’étaient pas alimentés, tandis qu’ils emmagasinent du glycogène dans leurs muscles (Bouchard et Desgrez).
Toutes les causes qui exagèrent la consommation du glycogène dans les tissus [exercice musculaire violent (Kulz, Bendix) (1) ; refroidissement prolongé
(1) La strychnine agit par ce mécanisme (Gürther, Langendorff, Frentzel). Chez la grenouille, parallèlement à la disparition du glycogène on observe la glycosurie.
LA SECRETION.
(Cl. Bernard) | tendent à diminuer sensiblement le glycogène hépatique. Inversement le glycogène augmente lorsque les oxydations sont ralenties : chez la marmotte, pendant le sommeil hivernal (Cl. Bernard) ; chez la grenouille, en hiver (Langley, Athanasiu).
Le glycogène augmente pendant la grossesse (Charrin et Guillemonat) ; dans certains états anémiques (Ribadeau-Dumas) ; il diminue ou disparaît dans le diabète pancréatique (Mering et Minkowski, LIédon), (on en trouve cependant dans le diabète grave en clinique même chez les malades nourris de viande, Ivulz), pendant les maladies fébriles et les infections (Cl. Bernard, Bouley, Roger, Colla, Lacassagne et Martin). L’administration des alcalins favorise le dépôt de glycogène dans le foie (E. Dufourt). L’injection dans une veine intestinale d’adrenaline (un centigr.) ou de pilocarpine (un décigr.) diminue ou fait disparaître le glycogène en trente minutes (chien) (Doyon et Kareff).
Le foie contient peu ou pas de glycogène pendant la première moitié de la vie fœtale (Cl. Bernard, Dietrich, Barfurtii, Pflüger).
Il existe de grandes variations individuelles.
Chez le chien, on a observé au maximum 18,69 p. 100 de glycogène dans le foie. La répartition est à peu près égale (Kulz, Cramer, Seegen, Kratschmer, Sciiondorff). Le foie riche en glycogène est mou, friable (Pavy, Schondorff).
Graisse s. — La cellule hépatique sécrète une certaine quantité de graisses neutres dont une partie passe dans la bile. La graisse n’est jamais contenue dans les vacuoles in ter trabéculaires, mais dans les travées protoplasmiques. Elle donne une coloration brune sous l’influence de l’acide osmique. Dans certaines conditions elle apparaît sous forme de gouttelettes très fines ou rassemblées en bloc qui envahissent parfois toute la cellule au point de donner à cette dernière l’apparence d’une vésicule adipeuse.
11 y a normalement de la graisse dans le foie de tous les animaux. On en trouve 2 p. 100 chez le chien. La surcharge de la cellule hépatique s’observe :
a. Dans l’alimentation surabondante ; la graisse est la forme sous laquelle les aliments en excès (1), graisses, albuminoïdes, et surtout féculents (Cl. Bernard, Chauveau, Voit et Leiimann, Bleibtreu) se déposent lorsque les réserves de glycogène sont assurées. Les réserves acquièrent un développement exceptionnel chez les oies gavées de farineux (maïs) et les chiens nourris avec de l’huile de foie de morue. Le foie n’emmagasine pas toutefois d’une façon exclusse les graisses; le tissu cellulaire sous-cutané, l’épiploon, la moelle des os exercent ce rôle d’une façon très marquée.
D’après P. Carnot et MIle Deflandre, la quantité de graisse lixée par le foie du cobaye est plus grande après l’absorption d’huiles animales, de lait et de beurre, qu’après l’absorption d’huiles végétales. Après l’ingestion de 10 gr. de beurre, P. Carnot et Mlle Deflandre ont trouvé 7,03 p. 100 de graisses par rapport au foie frais; les savons représentaient 35 p. 100 des graisses.
Le foie arrête et transforme non seulement les graisses ingérées, mais également les graisses injectées par la veine porte (Rosenfeld, Gilbert et Carnot).
b. Pendant la grossesse, la lactation (Sinéty) ; chez le fœtus à terme, chez le jeune Mammifère au moment de la naissance (Ribadeau-Dumas) ; dans le foie du poulet immédiatement après l’éclosion.
(1) Lawes, Gilbert, ont démontré que chez les animaux soumis à l’engraissement il y a une limite clans l’accroissement du muscle. Seule la graisse augmente au delà de cette limite.
PHÉNOMÈNES MORPHOLOGIQUES ET MICRO-CHIMIQUES
c. Chez certaines espèces animales à des saisons déterminées. Chez la grenouille la graisse s’accumule dans le foie pendant l’été ou si on chauffe l’animal (Langley, Athanasiu). Dastre et Davenière ont montré que le foie de certains Crustacés et Mollusques est très riche en graisse (1) ; chez beaucoup de Crustacés le caractère de se charger de graisses devient un trait véritablement distinctif de l’élément anatomique du foie parce qu’il lui est exclusif, le foie élant le seul tissu graisseux.
Mlle Deflandre a vu que les réserves de l’hépato-pancréas sont considérables chez les Mollusques et sujettes à des variations saisonnières. C’est presque toujours au printemps que les réserves sont les plus fortes ; cependant Alytilu. s ediilis, Pecten asper ont des réserves adipeuses considérables en hiver. La transformation artificielle d’escargots en animaux à sang chaud (étuve 39° après une accoutumance progressive) a fait disparaître en dix jours la graisse hépatique. Les réserves des Mollusques sont en rapport surtout avec l’alimentation. Le jeûne fait disparaître les graisses. Un Mytilus bien nourri conserve toute l’année ses réserves adipeuses et glycogéniques. Les graisses ne servent pas seulement à l'indix idu mais aussi à sa descendance ; leur accumulation est liée à la fonction génitale. Le foie d' Hélix pomatia n’est riche en graisses que pendant les mois de mai et de juin, c’est-à-dire au moment de l’ovulation ; les graisses disparaissent en juillet, où cependant la nutrition est bonne. — Le foie de beaucoup de Poissons est abondamment imprégné de graisses. Chez la morue le foie péut contenir une quantité d’huile qui atteint 18 p. 100 du poids de l’organe (Dastre). Le foie de la lotte est chargé de graisses au point que souvent le noyau de la cellule esl difficile à découvrir (Charria).
d. La surcharge hépatique graisseuse s’observe dans l’intoxication par le phosphore, l'iode, l’iodoforme, l’arsenic, par certains sérums. Gilbert et P. Carnot ont constaté l'accumulation de la graisse dans l’épithélium vasculaire du foie à la suite d’injections intra-péritonéales répétées de cocaïne chez le lapin.
On ne sait pas avec certitude si le phosphore augmente la totalité des graisses. La teneur du foie en graisses oscille chez la souris normale de 5 à 12 p. 100, chez la souris intoxiquée parle phosphore de 7,5 à 37 p. 100. Sous l’influence du phosphore les souris maigrissent ; les graisses de l’organisme n’augmentent pas mais paraissent se déplacer des autres organes vers le foie (Fr. Kraus et A. Sommer).
Mering et Minkowski signalent un dépôt de graisses dans le foie après l'ablation du pancréas.
Lécithines. — Parmi les graisses contenues dans le foie on trouve des graisses phosphorées ou lécithines (Dastre et Morat). Les lécithines augmentent dans le foie des volailles soumises à l’engraissement, dans les dégénérescences dites graisseuses (Dastre et Morat), dans les intoxications, en particulier dans l’intoxication phosphorée, dans les infections, dans l’inanition.
Normalement, d’après Balthazard, le foie du cobaye contient 0,85 p. 100 de lécithines, celui du lapin 1,30 p. 100; le même auteur a trouvé chez un homme mort d'accident 1,28 p. 100, chez un homme atteint de dégénérescence graisseuse du foie, liée à l’évolution d’une tuberculose pulmonaire 32,4 p. 100 de graisses et 4,31 p. 100 de lécithines (foie frais). Le foie des oies ou des canards soumis à l’engraissement est formé de graisses ordinaires pour une moitié et de lécithines
(1) 2sr,989 de graisse chez le cancer pagurus (crabe tourteau) et 3^r,04 chez la langouste (palinurus vulgaris) pour C grammes de foie (Dastre et Davenière).
Morat et Doyon. — Physiologie. I. — 25
LA SECRÉTION.
pour 3 à 12 p. 100 de sa masse totale. Carbone a trouvé 2 à 3,37 p. 100 de lécithines chez le chien à jeun.
Pigments et acides biliaires. — Chez le chien, dans les conditions normales et même après la ligature du canal cholédoque on ne trouve aucune trace de pigments biliaires au sein des cellules (Doyon, Dufourt, Paviot). Le foie examiné immédiatement après la mort ne paraît contenir que des traces d’acides biliaires (IIugounenq et Doyon).
Rein. — Le mieux connu des segments du tube urinipare est celui qui est caractérisé par l’existence, à la surface libre de ses cellules, d’une cuticule spéciale appelée bordure en brosse. Ce segment existe chez tous les Vertébrés.
Dans les cellules de ce segment, on distingue, outre le noyau : 1° des différenciations protoplasmique s, tantôt, en forme de grains disposés sans ordre ou bien alignés en files longitudinales, tantôt sous forme de bâtonnets (Heidenhain) ; elles occupent principalement les régions infra- ou périnucléaires ; 2° des enclaves diverses, les unes lipoïdes (graisses ordinaires, graisses phosphorées? Gurwitch, Fîegaud), d’autres chromatoïdes (nucléine), d’autres sous forme de grains de sécrétion; 3° la cuticule, ou bordure en brosse (Nussbaum), permanente, et constituée vraisemblablement par de tins bâtonnets non vibratiles.
Les différenciations protoplasmiques, grains ou bâtonnets, sorte de protoplasme supérieur, comparable aux fonctions ergastoplasmiques d’autres glandes, ont probablement pour rôle d'extraire du sang (par l’intermédiaire du plasma interposé) les substances à éliminer, qu’elles choisissent ; elles accumulent ces matériaux, tantôt en se les incorporant (expériences d’AxTEN avec l’acide urique chez le chien, p. 409), tantôt en les déposant à côté d’elles dans le protoplasme (enclaves, vacuoles, grains de sécrétion).
Certaines enclaves doivent aussi être considérées comme des intermédiaires, des supports transitoires de matériaux à éliminer.
La cuticule est permanente. Le passage des matériaux de la cellule dans le liquide urinaire se fait non pas par effraction , mais par osmose à travers la cuticule (Regaud).
Les modifications nucléaires (variations dans la quantité, et dans la qualité de la chromatine, variations dans l’étendue de la surface nucléaire (plis, amitoses), font soupçonner que le noyau joue un rôle important dans les phénomènes de sécrétion urinaire.