INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES SÉCRÉTIONS
3 ou 4 centimètres au-dessous du ganglion ce ne sont pas des libres centripètes qu’on excite, mais bien des fibres récurrentes centrifuges qui, après s’ètre accolées au nerf lingual sur une partie de son trajet, rebroussent chemin pour retourner à la glande. Défait, si on sectionne d’abord le nerf lingual à quelques centim. audessous du ganglion, cette opération laissera intactes les libres sensitives du bout central, mais amènera au bout de quelques jours la dégénérescence des fibres centrifuges récurrentes. Si à ce moment on coupe le tronc du lingual, à environ un centimètre au-dessus du ganglion sous-maxillaire pour séparer ce dernier du centre encéphalo-médullaire, l’excitation du bout infra-ganglionnaire du tronc nerveux ainsi isolé ne produira plus rien. Wertiieimer a montré que l’expérience de Schii’f pouvait donner des résultats absolument contraires à ceux qu’il avait indiqués. On n’est donc pas autorisé à s’appuyer sur elle pour refuser au ganglion sous-maxillaire le pouvoir réflexe. Langley a appuyé l’opinion de Schiff, mais en introduisant dans la discussion un élément nouveau. L’auteur admet que les libres récurrentes n’abandonnent pas toutes le lingual à un même niveau. Dès lors, la section infra-ganglionnaire ne produira la dégénérescence que des seules libres qui rebroussent chemin au-dessous du point sectionné; celles, au contraire, qui commencent leur trajet récurrent immédiatement au-dessus de ce point resteront nécessairement intactes. Langley dit, en effet, avoir vu des libres récurrentes quitter le lingual à des niveaux ditrérents jusqu’à 3 centimètres et demi au-dessous de l’origine de la corde. Toutefois Wertiieimer a pu obtenir des elfets manifestes en portant l’excitation non plus sur le tronc, mais sur l’une des branches terminales du lingual poursuivie jusqu’à son point de pénétration dans les muscles de la langue, c'est-à-dire à environ 6 centimètres de la corde. 11 ne paraît pas vraisemblable que des libres récurrentes descendent si bas.
D’après CL Bernard le ganglion sous-maxillaire semble dépendre du cerveau pour sa propre nutrition. Au bout de trois ou quatre jours après la section du lingual, l’excitation de ce nerf à la périphérie ne produit plus aucune sécrétion de la glande sous-maxillaire.
La corde suffit à elle seule (huit jours après l’extirpation du ganglion cervical supérieur) à provoquer des sécrétions différentes aux différents aliments (V. Henri et Malloizel). Après la section de la corde chez le chien, aucune excitation réflexe, gustative, olfactive ou psychique, ne provoque la salivation (Cl. Bernard, Heidenhain). Le nerf régénère; deux mois après, la sali\ation reparaît avec ses caractères d’adaptation aux excitants; la viande crue provoque une salive épaisse et visqueuse, le sel une salive très fluide et abondante (V. Henri et Malloizel).
C. Ludwig et Spiess ont constaté que la salive a une température plus élevée que le sang carotidien. A excitation égale, l’élévation thermique dans la salive est plus grande dans le cas de l’excitation de la corde [maximum 1°,5] que dans le cas de l'excitation du sympathique [max. 0°,18] (Russel Burton Üpitz).
Action directe. — L’excitation des nerfs sécréteurs amorce les phénomènes de désintégration et de mobilisation qui caractérisent la seconde phase de l’acte glandulaire. L’existence de nerfs qui modèrent ou suspendent ces phénomènes, n’est généralement plus contestée ; toutefois il faut avouer que les expériences sur lesquelles s’appuie cette opinion ne sont pas rigoureusement démonstratives. Le plus souvent on provoque en même temps que la diminution de
SÉCRÉTIONS EXTERNES
sécrétion une restriction de la circulation dans l'organe correspondant, de sorte qu’il est impossible de faire la part de la diminution de l’afflux sanguin. Contrairement à l'opinion de Cl. Bernard, Morat estime que le système nerveux n’a aucune prise directe sur les réactions de synthèses qui aboutissent à la formation des réserves dans la glande.
Sécrétion pancréatique. — Pour provoquer la sécrétion pancréatique, il suflit de faire parvenir dans l’intestin grêle, soit une solution d’acide à 3 p. 1000 (Pawlow, Dolinski), soit du chlorçd, soit une émulsion d'une ou trois gouttes d’essence de moutarde (Wertheimer et Lepage).
L’acide agit surtout par l’intermédiaire d’une substance néoformée au contact de la muqueuse, la sécrétine, qui passe dans le sang (V. p. 398) (Bayliss et Starling). Peut-être agit-il aussi par voie réflexe ainsi que le chloral et l’essence de moutarde (Wertheimer). Si on injecte, en elfet, diverses substances irritantes dans le jéjunum isolé, dont on a respecté les connexions nerveuses avec les ganglions nerveux abdominaux mais dont on a dérivé le sang veineux après ligature du canal thoracique, de façon à éliminer l’intervention de la sécrétine, on provoque néanmoins la sécrétion pancréatique (Fleig).
Les acides, l’essence de moutarde n’agissent qu’au contact de la muqueuse de l'intestin grêle. Dans le rectum ou les veines ces substances sont sans action (Gottlieb, Lobassoff, Popielski, Wertheimer et Lepage). Le chloral agit un peu dans les veines et le rectum (Wertheimer et Lepage).
Les savons alcalins exercent une action stimulante (Babkine) par un mécanisme comparable à celui de la sécrétine (Fleig) (V. p. 398).
La section des plexus solaire et mésentérique supérieur, les seuls qui d’après les données anatomiques fournissent des iilets au pancréas, jointe à celle des sympathiques et des vagues, ne tarit pas la sécrétion spontanée et n’empêche pas la glande de réagir aux excitations qui partent du duodénum (CL Bernard). 11 est vraisemblable que c’est dans l’intimité de son propre tissu que le pancréas trouve les éléments nécessaires à la manifestation de son activité réflexe et que les ganglions si nombreux d’ailleurs, qui y sont disséminés font partie constituante d’un arc réflexe dont ils occupent le centre. Les expériences faites sur des chiens dont les organes abdominaux ont cessé d’être en relation avec le système nerveux central et dont le jéjunum a été séparé du duodénum, par section ou par ligature, montrent qu’à côté des centres réflexes qui associent le pancréas au duodénum, et qui ont leur siège dans la glande même, il en est d’autres qui l’associent au jéjunum et qui doivent se trouver dans les ganglions mésentériques et cœliaques (Wertheimer et Lepage).
Foie. — Aucune expérience n’a démontré l’action directe du système nerveux sur la cellule hépatique au point de vue de la formation de la hile. 11 n’en est pas de même au point de vue de la fonction glycogénique (V. p. 224).
Sécrétion mammaire. — De fortes excitations du système nerveux (émotions) provoquent, passagèrement, chez les femmes en lactation une diminution et même une cessation de la sécrétion lactée. Le lait peut devenir nuisible et provoquer chez le nourrisson des troubles gastro-intestinaux.
Expérimentalement, chez les animaux, l’excitation de longue durée d’un nerf sensitif est toujours suivie d’une diminution considérable de la sécrétion. Le lait devient plus épais ; le résidu solide peut augmenter de 17 p. 100 de la