‹ Traité de physiologieChapitre 180 sur 374 · QUANTITÉ DE SANG · texte numérisé non relu

QUANTITÉ DE SANG

mal un volume de gaz homogène contenant des proportions d’oxyde de carbone bien déterminées, afin d’apprécier après un quart d’heure, par exemple, le volume d’oxyde de carbone restant, ce qui donne le volume du gaz toxique qui a été fixé par la masse du sang. D’un autre côté, on mesure la capacité respiratoire des deux échantillons de sang, l'un pris avant l’empoisonnement, l’autre après : connaissant d’une part le volume total d’oxyde de carbone fixé, et d’autre part le volume de ce gaz qui a été absorbé par 100 centimètres cubes de sang, on obtient par une simple proportion le volume total cherché. Haldane et Smith ont appliqué ce procédé à l'homme en le modifiant.

fi) Welcker mesure tout le sang qui s’échappe d’un animal saigné à mort, puis il injecte dans les vaisseaux, sous une pression faible, un liquide inoffensif destiné à laver l’appareil circulatoire (solut. NaCl à 7-9 p. 1000). On détermine la quantité de sang contenu dans les eaux de lavage réunies, en comparant leur couleur à celle d’un échantillon de sang dilué d’une quantité connue d’eau. — Soit un chien du poids de 10 kilos (défalcation faite du contenu de l’intestin). La saignée fournit 400 grammes de sang; les eaux de lavage réunies donnent 5 litres d’un liquide dont la couleur égale celle d’un centimètre cube de sang dilué au 1/50 et contiennent par conséquent 100 grammes de sang. En tout, le chien contenait donc 500 grammes de sang, soit 1/20 de son poids. Le lavage doit être facilité par des compressions périodiques du thorax reproduisant les mouvements respiratoires et des frictions de tout le corps effectuées dans la direction du cœur (London). Pour favoriser les déterminations colorimétriques on peut faire passer au préalable un courant d’oxyde de carbone à travers les liquides (Gscheidlen). Malassez remplace ces déterminations par la numération des globules.

II. Données numériques. Variations. — Chez le chien, la quantité du sang est en moyenne, suivant les auteurs, de 6, 7, 8 ou 9 p. 100 parties du corps; cependant cette quantité est parfois notablement dépassée (Dastre). Chez le lapin on a trouvé le plus souvent des quantités proches de 5 p. 100; chez la grenouille 3 à 5 p. 100 (Gürber, Gaule), 5 à G p. 100 (Langendorff) ; parmi les Poissons, 1,87 chez la carpe, 1,07 chez la perche (Welcker).

Le jeune renferme proportionnellement plus de sang que l’adulte. Dans l'espèce humaine, de ce que le cordon est lié aussitôt après la naissance ou un peu plus tard, résulte une grande différence dans l’état de l’enfant. Un enfant placé sur le plateau d’une balance et laissé en connexion avec le placenta maternel augmente graduellement de poids; la pression utérine pousse le sang du placenta à l’enfant. La différence qui en résulte est en moyenne de 50 à 100 centimètres cubes de sang.

D’après Sciîücking, sur le fœtus humain à terme chez lequel on pratique immédiatement la ligature du cordon, la proportion du sang est de 1/14 à 1/16 du poids du corps; dans les cas de ligature tardive, la proportion est comme 1 à. 7 ; Là 10 ; 1 à 1 1. Si on tient compte du sang que renferme le placenta, la masse totale du sang diminue chez le fœtus proportionnellement au poids du corps à mesure que le développement avance (Coiinstein el Zuntz). La

LE SANG

répartition du sang entre le fœtus et le placenta varie avec la durée de la gestation. Au début de la vie intra-utérine il y a dans le placenta une proportion bien plus forte de sang que dans le fœtus lui-même ; la différence tend à disparaître et dans la dernière période le fœtus renferme plus de sang que le placenta (Cohnstein et Zuntz). Si on intercepte le courant sanguin près de l’extrémité fœtale du cordon immédiatement après la naissance du fœtus (humain) sans donner à celui-ci le temps de respirer, on retire 50 à 125 grammes de sang du cordon ombilical (Sfamem).

La quantité proportionnelle de sang contenu dans le corps d’an animal présente un certain degré de stabilité témoignant de l’existence d’appareils régulateurs spéciaux. Chez un animal privé d aliments et de boissons la quantité absolue de sang contenu dans le corps tombe progressivement au fur et à mesure qu’évoluent les phénomènes du jeûne ; la quantité relative du sang varie toutefois peu, le sang s’atrophie, diminue de quantité proportionnellement à la perte de poids du corps (Panum, Heidenhain, Voit, London). Voit a observé un chien qui, le vingt-deuxième jour de jeûne avait perdu, comparativement à un chien témoin, 32 p. 100 de son poids de sang; le résidu fixe avait passé de 18,11 p. 100 à 21,75 p. 100; le rapport du poids du sang au poids des intestins et des muscles n avait pas sensiblement varié. London a constaté chez le lapin une tendance à l’élévation dans la période moyenne du jeûne, et une tendance à l’abaissement dans la période terminale ; les A7ariations s’expriment par les quantités : 4,79 p. 100, 4,98 p. 100, 4,69 p. 100.

Par suite de la difficulté des expériences comparatives, on connaît mal les variations subies par la quantité de sang chez un même individu. Il est probable que les boissons, les repas augmentent passagèrement la quantité de sang. Cl. Bernard estime que pendant la digestion cette quantité peut s’élever chez certains animaux du simple au double. Cependant, chez le lapin il n’a pas constaté de différence. Les sudations, la diarrhée, diminuent momentanément la quantité de sang (Malassez, Tarciianoff). D’après quelques auteurs, le carnivore a proportionnellement plus de sang que 1 herbivore. D’après Ranke, les sujets riches en graisses ont moins de sang que les sujets maigres ; peut-être ce fait tient-il à ce que la graisse est inactive et nécessite moins d’oxygène que le muscle? La quantité de sang diminue dans l’anémie. (Chauveau) [cons. Anémie].

III. Répartition. — Ranke a calculé que chez les carnivores la quantité totale du sang est en moyenne de 5,6 p. 100 du poids du coups. L’appareil moteur représente 85,4 p. 100 du poids du corps et contient 34,8 p. 100 de la quantité totale du sang. Les viscères représentent 14,0 p. 100 du poids total de l’animal et contiennent 60,2 p. 100 de la quantité totale du sang. Donc en p. 100 du poids

CONSTITUTION ANATOMIQUE ET PHYSIQUE

des organes la quantité de sang représente seulement 2,5 p. 100 dans l'appareil locomoteur, 20,9 p. 100 dans l’intestin. D’après Menicanti, les poumons renferment environ 7 à 9 p. 100 du sang total ; la quantité est plus forte pendant l'inspiration que pendant l’expiration (Spehl).

Bruns estime que chez l’homme les extrémités renferment 3,8 p. 100 de leur poids de sang, soit seulement la moitié (1/26) du chiffre qui répond au rapport du poids du sang total au poids total du corps qui serait 7,6 p. 100, c’est-à-dire 1/13. Une jambe et un pied pesant 3,5 kilog. contiendront 133,5 gr. de sang.

IV. Variations suivant l’état de repos ou d’activité des organes. — Dans les conditions physiologiques ordinaires, la quantité de sang contenue dans un organe varie suivant l’état de repos et d’activité de cet organe. Pendant le fonctionnement, la circulation est plus rapide et plus abondante ; l’organe proportionne l’afflux sanguin à ses besoins nouveaux par l’intermédiaire du système nerveux (Cl. Bernard). Ciiauveau a calculé la quantité de sang qui traverse le muscle releveur de la lèvre supérieure chez le cheval ; cette quantité est cinq fois plus grande pendant la contraction que pendant le repos dans un temps donné. Le débit est sept fois plus fort dans la parotide du bœuf pendant la sécrétion que pendant le repos (Moussu et Tissot). tj-î. ' ' **• 1

Page 1