‹ Traité de physiologieChapitre 185 sur 374 · COLORATION · texte numérisé non relu

COLORATION

azurée, outre-mer ou bleu de Prusse. Cette coloration est attribuée à une albuminoïde respiratoire, I hémocyanine, incolore à l'état réduit, bleu dicroïque à l’état d’oxyhémocyanine (1).

Les animaux qui possèdent un sang bleu, coloré sans doute par une hémocyanine, sont les suivants :

а) Céphalopodes.

б) Un certain nombre de Lamellibranches : Mytilus, Anodonta, Unio, Mya, Pecten.

Beaucoup de Gastéropodes appartenant aux groupes les plus variés, les uns marins (liai iotis tuberculata L. et lamellosa Lam ; Cassidaria echinophora L. ; Triton corrugatus Lam ; Murex trunculus L. ; Capulus hungaricus L. ; Scaphander lignarius L),les autres d'eau douce (Paludina vivipara L. ; Limnea) ou bien terrestres (Cyclostoma elegans Müll. ; Arion; Hélix).

c) Beaucoup de Crustacés supérieurs (Homarus ; Astac.us ; Palinurus ; Nephrops), de nombreux Crabes (Cancer; Carcinus mœnas Penn. ; Pilumnus; Eriphia; Portunus; Grapsus; Maia), — enfin un Stomatopode : la Squilla.

La teinte l>leuede l’hémocyanine est souvent masquée par un pigment rouge du groupe des lutéines qui colore le sang en rose [Tetronerythrine...]

d) Li mules et plusieurs espèces de Scorpions.

3) Le liquide cœlomique des Sipunculiens est rendu trouble et comme laiteux par la quantité considérable d’éléments figurés qu’il tient en suspension; il a une teinte jaunâtre ou rosée, lorsqu’il est enfermé dans le corps de l'animal, mais dès qu’on l’agite à 1 air il passe en quelques secondes au rouge brun chocolat très foncé. Il redevient jaunâtre lorsqu'on fait agir le vide, les corps réducteurs.... Le corps qui absorbe l’oxygène a reçu de Krukenberg

(1) La couleur bleue du sang de certains Invertébrés a été vue d'abord par Erman (1817), par Carus (1824), Warton, Jones, 1846, puis étudiée par Harless (1847), P. Bert, Rabuteau et Papillon, L. Frédéricq, Krukenberg, Cuénot, Griffiths, Heim, IIenze, Robert. Le nom d’iiémocyanine a été proposé par L. Frédéricq.

L’hômocyanine rappelle par sa constitution et ses propriétés l'hémoglobine, sauf que le fer est remplacé par du cuivre.

IIenze, puis R. Robert ont obtenu l’hémocyanine à l’état cristallisé. La composition élémentaire du pigment, d’après IIenze, est la suivante : G, o3,6G p. 100; 4,7,33 p. 100; A2, 16,09 p. 100; S, 0,68 p. 100; Cu, 0,38 p. 100; 0,21,67 p. 100 (Céphalopodes). L’hômocyanine donne les réactions typiques des albuminoïdes; elle est soluble dans l'eau, les alcalis, insoluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, précipitable par le sulfate d’ammoniaque, les sels des métaux lourds, l’acidc acétique dilué (soluble dans un excès). Elle ne dialyse pas. Le spectre ne présente pas de raies caractéristiques; il s’estompe seulement aux deux extrémités. Additionné d’une solution forte de potasse ou de soude le sang qui contient de l’hémocyanine donne la réaction du biuret (IIenze). L’hémocyanine peut fixer de l’oxygène sous une forme instable; oxydée, elle présente une coloration bleue, réduite, elle est incolore. La puissance absorbante de l’hémocyanine comparée à celle de l’hémoglobine est faible; IIenze estime approximativement que 1 gramme d’hémocyanine peut fixer 4 centimètres cubes d’oxygène. On n’est pas définitivement d’accord sur les relations qui existent entre la teneur en cuivre, la capacité absorbante et la coloration de l’hémocyanine. Peut-être y a-t-il des hémocyanines différentes les unes des autres? L’hémocyanine présente une certaine résistance à la putréfaction; on en retrouve encore dans du sang putréfié en tube scellé, six mois après l’extraction du liquide (L. Frédéricq). D’après Couvreur, le sang de certaines espèces (Escargot, Tritonium) chauffé ou traité par l’alcool abandonne une partie insoluble comparable à l’hématine et contenant le cuivre; putréfié, il donne un produit foncé insoluble contenant le cuivre et dérivé de l’hémocyanine. Toutefois, d’après d’autres auteurs (Dhéré), l’existence d’un groupement analogue à l’hématine de l’hémoglobine, dans la molécule hémocyanine serait encore à démontrer.

PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DU SANG

le nom d’hémérythrine. D’après Griffiths, il a la composition suivante (?) : C427H761AZ135FeS201B3. Le fer est plus faiblement combiné que dans l’hémoglobine. D’après Robert, l’hémérythri ne (comme l’hémocyanine) est sans action sur la teinture de gaïac en présence de l’essence de térébenthine.

4) Le liquide périviscéral de certains Échinodermes (8phaerechinus, Sphaera, contient l’échinocrome, pigment rouge, dont le spectre présente une bande entre D et E et une entre G et F (Mac Munn, Griffiths). Le sang de certains Chaetopodes (Sabella, Siphonostomum, Choronema, Brachiomma, Spirographis) renferme un pigment vert, la chlorocruorine (Milne Edwards, Dujardin), Quatrefages, Lankaster, Krukenberg) qui oxydé présente deux raies, une entre G et D, une entre D et E, réduit, une raie entre G et D (Lankaster, Griffiths). L’échinocrome et la chlorocruorine renferment du fer; tous deux, mais surtout la chlorocruorine, peuvent être rapprochés de l’hémoglobine.

Cuénot a trouvé dans le sang de certains Mollusques (Aplysia depilans) un pigment rouge distinct de l’hémoglobine.

5) Le sang des Insectes est incolore ou peu coloré ; abandonné à lui-même hors de l’organisme, il vire au gris brun sale et même au noir (Krukenberg, L. Fredericq). Le phénomène ne se produit pas si le sang a été soumis un temps suffisant à une certaine température (50°-70°). D'après Fürtii et Schneider, Dewitz, il est dû à l’action d’un ferment oxydant sur un chromogène. Le sang de certains Axidées présente des modifications comparables (Harless, Krukenberg).

État dans le sang des Invertébrés. — Les pigments sont généralement dissous dans le plasma. Toutefois l’hémoglobine s’observe, dans des corpuscules sanguins définis chez certains Mollusques tels que les Solen (manche de couteaux), les Arga... certains Vers tels que Glycera, Capitella, Phoronis, Thalassema, Hamingia... L'hémoglobine se rencontre à l’état de petits globules (émulsion) dans le plasma des larves de Chironomes ou Vers rouges.

L’hémocyanine est contenue dans des globules particuliers, chez le Palémon, le Scyllare.... L’hémérythrine du liquide cœlomique des Sipunculiens est enfermée dans des hématies discoïdes qui rappellent celles des Batraciens (Schwalbe, Krukenberg). L’échinochrome est lié aux éléments cellulaires.

Page 1