E. — DENSITÉ
I. Chez l’homme, la femme, l'enfant. — Chez l’homme la densité du sang oscille en moyenne à l’état physiologique autour de 1059,6 (Zuntz et Sciiumburg), 1056-1063 (Hammersciilag), 1054,9- 1062 (Schmaltz) 1055, (Lenhartz), 1045-1075 (Landois), 1035-1068 (Lloyd Jones), 1045,5-1066,6 (Saiili) ; chez le chien autour de 1054 (Wettendorff).
Au moment de la naissance, la densité peut atteindre des chiffres très élevés (Denis, Andral et Gavarret, Delafond, Poggiale ; 1070- 1080 Sciiiff, 1056-1066 Monti), tandis que celle du sang de la mère ne dépasse pas souvent 1040, puis elle décroît.
Chez la femme, la densité est plus faible que chez l'homme (1050-1056 au lieu de 1055-1060, Grawitz), et présente un relèvement au moment de la puberté (1053 en moyenne). La densité diminue pendant la grossesse. Peiper donne pour l’enfant le chiffre de 1051 ,2 ; pour la femme celui de 1053,5. Pendant la grossesse le sang contient 10 à 18 p. 100 d’eau de plus qu'à l’état normal, 06 p. 100 d’albumine totale au lieu de 70 à 72 p. 100 (Becqlerel et Rodier, Régnault).
IL Variations. — La densité diminue sous l'influence d’une ingestion abondante d’eau, mais le phénomène est passager, aussi a-t-il souvent échappé à l’observation. Schmaltz a vu, après l'ingestion de un litre de solution physiologique, la densité du sang tomber en trois quarts d’heure de 1059,7 à 1 057. Lœper a constaté que l’ingestion de un litre d’eau diminue de 6 à 10 grammes le taux des albuminoïdes, abaisse le nombre des globules, la quantité d’hémoglobine (12 à 13 au lieu de 14 p. 100). Au bout de une heure et demi à deux heures l’état normal est rétabli par suite de l’intervention des sécrétions sudorale ou rénale. La densité baisse après le repas; elle est plus élevée le matin que le soir (Lloyd Jones).
La densité augmente sous l'influence de pertes d’eau exagérées par les poumons, la peau ou l’intestin. Oklanysk, Lyonnet ont constaté le fait dans le choléra. D astre a montré qu’il se fait pendant le trajet dans le poumon un double mouvement d'entrée et de sortie de l’eau du sang. Du fait de la sortie de l’eau par l’air expiré, le sang artériel est épaissi et concentré. Il y a aussi pénétration d’eau provenant des lymphatiques. De ce fait le sang est dilué ; la lymphe épaissie. Ces deux actions inverses peuvent se compenser dans certaines circonstances ; en général la première est plus marquée que la seconde. L’hydratation du sang se rétablit dans l’intestin. Grawitz a constaté sur lui-même que la simple accélération
PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DU SANG
do la respiration provoque au bout de deux heures une perte d’eau (1 064 à 1069). Langlois et Gautrelet ont observé le même fait chez le chien qui présente de la polypnée thermique.
La densité augmente sous l’influence de l’ingestion des divers sucres (lactose, glucose...) en solutions hypertoniques (Albertoni, Barbera) et dans l’abstinence. Sous l’influence du régime sec, elle s’élève d'une façon constante et progressive. Dans un cas, chez le chien soumis à la soif, la densité a passé de 1 05b à 1 071 en six jours (Wettendorff).
La densité diminue après la saignée, dans les maladies cachectisantes, les anémies (1035 à 1040 dans les anémies profondes), la syphilis (V. Jaksh, Sahli, Lyonnet...).
Hamel cite dans un cas d’anémie pernicieuse 1024 pour le sang complet, 1021 pour le sérum.
La proportion d’eau augmente dans le sang et les tissus après la ligature du pédicule des reins (Achard et Lœper). Pinzani a signalé une diminution de la proportion d’eau après la castration ovarienne chez la chienne.
L’influence du climat d’altitude est contestée. Pour les uns, la variation est nulle ou à peu près. Pour d’autres le sang se concentre : Muntz a constaté chez des lapins conservés au pic du Midi, en moyenne 1060,1 ; chez des lapins de la plaine 1 046,2 ; Voornveld, Abderiialden ont noté un accroissement du poids spécifique proportionnel à l’augmentation de l’hémoglobine. Par contre, M. et L. Züntz et Sciiumburg ont observé que la densité diminue après un séjour prolongé au mont Rose : 1062-1 065 à Berlin ; 1052- 1056 au mont Rose.
L'exercice musculaire élève la densité. Après une course à la rame de 16,7 kilomètres en soixante-neuf à soixante-douze minutes, Kutiiy a vu chez trois personnes la densité passer de 1 062,5 à 1 066,0; de 1 061,5 à 1 065,5 ; de 1 060,5 à 1 066,0; Zuxtz et Sciiumburg de 1 059,6 à 1 063 en moyenne après une marche de 25 kilomètres sous une charge de 22 à 31 kilogrammes. Lloyd Jones a vu la densité passer de 1 058,5 à 1061 sous l’influence d’une course de 4/12 milles. L’élévation paraît due à la concentration du sang; celle-ci s’explique par des pertes extérieures et aussi par ce fait que les muscles en activité s’enrichissent en eau aux dépens du sang (Ranke, Willebrand) par suite de l’élévation de la pression osmotique qui est la conséquence de l’augmentation des processus de décomposition dont ces organes sont le siège pendant le fonctionnement (Loeb). Des modifications vaso-motrices peuvent aussi intervenir. Certains capillaires livrent passage à de rares globules (vasa serosa) ; sous l’influence d’une vaso-dilatation les globules affluent (Zuxtz et Goiinstein).
1 II . Régulation. — Le sang lutte énergiquement pour maintenir ses propriétés le plus longtemps possible aux dépens de l’eau des tissus.
DENSITE.
Il existe une sorte de balancement entre l’eau des tissus et celle du sang. Après l’injection d'une solution hypertonique dans les veines, la masse du sang augmente, l’eau des tissus diminue; le sang trop concentré attire l’eau des tissus. Après l’injection d’une solution hypertonique dans le tissu cellulaire sous-cutané, les tissus chargés d'un liquide concentré attirent l’eau du sang (Achard et Loeper).
Chez le chien soumis à la soif, la densité du sang ne subit que des changements peu accentués pendant les premiers jours ; l’urine se concentre (Wettendorff). Le chien soumis à réchauffement lutte contre la chaleur par la polypnée ; la perte totale d'eau par les poumons peut dépasser de beaucoup celle que subit le sang.
Chez le chien soumis à une déshydratation intense, la densité du sang varie de 1060 à 1070 pour une perte de poids de 4,4 p. 100 (Gautrelet et Langlois). La densité du sang du cœur est de 1 028 à t 032 à 20° chez le crapaud (bufo vulgaris, Laur.) au sortir de l’eau ; sous l’influence de la transpiration elle s’élève en moyenne à 1052 pour une perte de poids totale oscillant entre 30 et 40 p. 100 (Langlois et Pellegrin). 1>urig a constaté chez les grenouilles que la densité s’élève de 1028 à 1068, pour une perte de poids de 34,8 p. 100 ; si la dessiccation et la perle de poids augmentent au delà de ces limites, la densité diminue.
Remarque. — Les Batraciens anoures perdent à l’air par transpiration une quantité considérable de leur poids. La mort survient toujours avant que l’animal ait perdu 50 p. 100 de son poids primitif (Milne-Edwards). La rapidité de la dessiccation est un facteur important. La mort peut survenir lorsque la perte de poids est de 13 p. 100, si la dessiccation est rapide (Rende). Dans ces conditions, le sang perd plus d’eau que les autres tissus ; les muscles viennentensuite(DuRiG).
Si on exagère les pertes d’eau en faisant respirer des chats dans de 1 air desséché, la vie peut se prolonger longtemps si la température de l'enceinte est inférieure à 38°. Si la température s’élève quelque peu, il se produit de la dyspnée, la température de l’animal s’élève; la mort peut survenir aA*ant que les modifications du sang aient eu le temps de se produire. Au bout d’un temps plus ou moins long, les animaux sont abattus, les réflexes diminuent. L’importance des modifications du sang et l’époque de la mort dépendent de la température et sont en relation avec la rapidité de la perte en eau plus qu’avec la grandeur de cette perte. Si la perte est lente elle est compensée par 1 eau des tissus ; si elle est rapide, le sang s’épaissit alors que les tissus sont encore pourvus d’eau. Deux animaux du même âge n’éprouvent pas les mêmes pertes. L injection sous-cutanée de solution physiologique peut ramener à la vie les sujets en expérience près de mourir (Czerny).
IV. Rapport avec l’hémoglobine. — La densité du sang dépend surtout, en ce qui concerne les matières solides, de la richesse relative en hémoglobine. La courbe des variations de cette substance aux divers âges de la vie coïncide sensiblement avec celle des variations de la densité (Lloyd Jones, Hammers- CHLAG, SciIMALZ et MeNICANTI, V. JaKSH)...
V. Globules et sérum (plasma). — Les globules ont une densité plus élevée que celle du sérum ou du plasma.
VI. Méthodes d’évaluation. — L évaluation directe de la densité du sang se fait au moyen d’appareils appelés pycnomètres, parmi lesquels le pycnometre de Schmaltz est le plus employé. C’est un tube capillaire dans lequel 'est recueilli le sang à examiner. La méthode consiste à taire deux pesées successives de l'appareil : la première lorsqu il contient de 1 eau distillée; la seconde lorsqu'il est chargé de sang. Le produit de la division de la seconde pesée par la
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première représente le poids spécifique du sang. Les procédés d'évaluation indirecte sont d'un usage plus aisé. Ils se font au moyen de divers mélanges dont on peut à volonté faire varier la densité, laquelle est relevée au moyen d’un densimètre ordinaire. Hammerschlag se sert d’un mélange de chloroforme et de benzine. Le chloroforme a une densité de 1 526, la benzine de 0,899. Avant chaque expérience, on mélange les deux corps en proportions variables, de manière à avoir dans une série de tubes des liquides ayant une densité de 1 048, 1 050, 1 052 et ainsi de suite jusqu'à 1 060 par exemple. Au moyen d’une
pipette on plonge au sein du premiermélange 1 048 une goutte de sang, et une seconde au sein d’une goutte du tube contenant le mélange à 1 050. On ferme ces tubes avec le doigt et on les retourne avec précaution de façon à répartir uniformément les deux liquides mélangés. Si la goutte descend dans le premier et remonte dans le dernier, cela prouve que le sang examiné a une densité supérieure à 1 048 et inférieure à 1060. En opérant de cette façon on arrive à déterminer le mélange au sein duquel la goutte nagera librement sans ascension ni descente. Le chiffre qui exprime la densité de ce mélange indique la densité du sang. Les manipulations doivent être rapidement conduites pour éviter les phénomènes de diffusion. Au lieu d’opérer avec différent s mélanges préparés d’avance, on peut opérer avec un seul dans lequel on ajoute de la benzine ou du chloroforme suivant que la goutte de sang monte ou descend. La benzine peut être remplacée par de l’huile de vaseline (Ghanoz), de l’huile d’olive (Spangé).... Pour mesurer la densité des mélanges, on peut employer la balance de Moiir (fig. 129) qui constitue un aréomètre à volume constant et à poids variable, dans lequel le poids varie au moyen de cavaliers placés sur le fléau de ladite balance. La densité dépendant de la température, l’aréomètre est muni d’un thermomètre dont on lit les indications en lin d’expérience. On note la densité obtenue et la température lue. Ce dispositif nécessite un volume de 50 centimètres cubes environ; l’opération demande une minute.
Fig. 129. — Balance de Mohr-Westphal.
L’instrument est composé d’un levier à bras inégaux. Le plus court porte à son extrémité un contre-poids cylindrique P muni d'une pointe p qui lorsque l’équilibre est atteint se trouve juste en face d’une autre pointe p' placée en regard. On fait varier le poids en plaçant des cavaliers sur la branche la plus longue qui retient l'ai’éomètre et porte des divisions.