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L. — H ÉM ATI NE

L’hématine est le noyau pigmenté de l’oxyhémoglobine. C'est une matière azotée qui renferme tout le fer de la matière colorante du sang. L hématine ne représente qu une faible partie de la masse de cette matière colorante (4 p. 100

LÀ MATIÈRE COLORANTE DU SANG : HÉMOGLOBINE

environ), mais c’est à elle que l’oxyhémoglobine paraît devoir ses propriétés caractéristiques.

I. Historique. — L’hématine est connue depuis les travaux de Tiedmann et Gmei.ix et surtout de Lecanu (1830); toutefois IIoppe-Seyler le premier éclaircit les rapports qui unissent cette substance à la matière colorante du sang.

II. Conditions dans lesquelles apparaît l’hématine. — In vitro, l'hématine se forme lorsqu’on dédouble, en présence de l’oxygène, l’oxyhémoglobine en solution, soit par la chaleur à 70°-80°, soit par les alcalis ou les acides à froid, soit par les sucs gastrique ou pancréatique, soit par le courant électrique. On peut aussi l’obtenir en partant de l’hémoglobine réduite, de la méthémoglobine, de la sulfométhémoglobine, cyanméthémoglohine, de l’hémoglobine oxycarbonée.

Chez un sujet vivant, on trouve de l’hématine dans les fèces (ou les vomissements), lorsque les aliments contiennent du sang. L’hémoglobine est dédoublée par l’acide chlorhydrique du suc gastrique, les diastases ou les microbes. Sous l'influence de certains toxiques (nitrobenzines, xanthogénates alcalins, alcalis caustiques, acides forts, hydroxy lamine, hydrogène arsénié) le sang et même l’urine peuvent contenir de l’hématine. Les taches fraîches de sang donnent en général d’abord de la méthémoglobine ; celle-ci peut, après un temps plus ou moins long, donner de l’hématine. Riciiter a trouvé dans des taches sèches datant de plus de quatre ans, de l’hémoglobine, de la méthémoglobine et de l’hématine.

• 111. Préparation. — On prépare l’hématine, soit en partant du sang, en décomposant l’oxyhémoglobine par la chaleur et en dissolvant l’hématine produite par l’alcool acidifié (procédé de Cazeneuve), soit en partant d’une combinaison de l’hématine : l’hémine, qu’on décompose par les alcalis (Nencki et Sieber, Schalfejeff).

Suivant le procédé employé, l’hématine diffère, principalement par suite de la facilité avec laquelle cette substance se combine avec certains réactifs.

1. Procédé de Cazeneuve. — Le sang défibriné est chauffé à l’ébullition avec son poids de sulfate de soude non effleuri. Le coagulum recueilli est essoré légèrement en évitant de le dessécher. La masse humide encore chaude est épuisée par agitation dans un mortier avec de l’alcool à 93° contenant 10 grammes par litre d’acide oxalique. Il faut traiter le coagulum par l’alcool acide par petites portions et jeter sur un filtre. Deux litres d’alcool sont nécessaires pour épuiser le coagulum provenant d’un litre de sang. Le coagulum’ est complètement décoloré. On recueille une teinture alcoolique rouge brun très foncé. Il faut éviter de laisser macérer de longues heures le coagulum dans l’alcool acide. L’hématine pourrait se précipiter partiellement dans ce contact des matières albuminoïdes et autres principes avec la teinture concentrée.

Les teintures alcooliques réunies et filtrées sont additionnées goutte à goutte d’ammoniaque concentrée en agitant continuellement. Quelques gouttes d’ammoniaque suffisent, bien que la quantité à ajouter varie suivant les sangs. La teinture se trouble par suite de la précipitation de l’hématine.

11 faut que le milieu reste acide; un excès d’alcali redissoudrait l’hématine. Si on avait atteint ou dépassé la saturation de l’acide oxalique, il faudrait faire intervenir un peu d’acide acétique pour rétablir la légère acidité du milieu.

L’hématine est recueillie sur un filtre en papier Berzélius. On lave à l’alcool

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froid. On redissout ensuite l’hématine dans l'eau ammoniacale à 50 p. 100, puis on reprécipite par l'acide acétique. L’hématine recueillie est lavée à l’eau distillée froide, à l’alcool à 93° et l’éther filtré froid. On obtient un rendement de l gramme environ d’hématine par litre de sang.

2. Préparation en partant de l'hémine. — L'hémine (voy. p. 668) est dissoute dans une solution très diluée de potasse, la solution est liltrée, puis précipitée par HCl diluée ; le précipité brun lavé avec de l'eau chaude jusqu’à ce que 1 eau de lavage ne donne plus la réaction du chlore ; séché d'abord à une chaleur douce, puis à 120°-150°.

IV. Aspect. Dissolvants. — L’hématine est obtenue sous forme d une poudre brune ou noire qui n’a pas une apparence cristalline nette. Elle est insoluble dans l’eau pure et la plupart des dissolvants ; soluble dans l'acide acétique surtout à chaud, l’acide nitrique à froid, l'alcool ou l’éther aciditiés, les alcalis même très étendus.

L’eau de chaux, l’eau de baryte, les solutions de sels neutres, des alcalis terreux précipitent l hématine de ses solutions alcalines. Certains oxydes métalliques récemment précipités (oxydes de plomb, de zinc, d alumine...) forment avec l’hématine des laques d’un beau vert dont l’éther enlève très facilement le pigment.

V. Couleur et caractères spectroscopiques des solutions. — La couleur des dissolutions varie suivant qu’elles sont acides ou alcalines. Les solutions acides sont toujours brunes. Les solutions alcalines sont dicroïques : à la lumière transmise elles sont rouges en couches épaisses, verdâtres en couches minces.

Les solutions acides d’hématine, outre qu’elles absorbent l’extrémité violette du spectre, présentent quatre bandes différant par leur intensité. La plus forte est dans le rouge; les trois autres sont entre U et E. De ces trois, les deux plus larges sont à peu près également tortes et reliées par une ombre légère; la bande située près de D est la plus étroite et la moins nette, on ne la voit pas dans les solutions très diluées. — Dans des solutions très concentrées la bande située dans le rouge est reliée par une ombre directement avec toute la paitie sombre du spectre.

Les solations alcalines présentent une seule bande située pour la plus grande partie vers le rouge et au delà de D; cette bande est peu nette dans les solutions diluées. L’obscurcissement absolu dans le bleu commence vers la ligne E (1).

VI. Constitution. — On ne peut pas affirmer dans 1 état actuel de la science que l’hématine telle qu’on la prépare soit un corps pur. L’hématine présente en effet une grande tendance à se combiner avec ses dissolvants et se comporte, tantôt comme une base, tantôt comme un acide. Déplus, certains réactils 1 altèrent assez facilement. U en résulte qu’on obtient suivant les conditions de la préparation des hématines différentes (Morner).

L’hématine préparée par Nencki et Sieber, correspond à la formule C3'2II32Az4 KeO4 ; celle préparée par R. v. Zeynek, à la formule C34H3îAz5Fe05.

D’après Cazeneuve et Breteau la composition élémentaire de l’hématine varie

suivant les espèces animales.

(Il Le spectre le plus caractéristique est celui de l’hématine acide, en raison de la bande nette située dans le rouge. A la rigueur cette bande pourrait être confondue avec celle que donne la méthémoglobine acide; on se rappellera, à ce sujet, que le sulfure d’ammonium fait apparaître dans les cas de 1 hématine le spectre de 1 hémochromogène, dans le cas de la méthémoglobine celui de 1 hémoglobine.

LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG : HÉMOGLOBINE

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