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II. — Anticorps, antiferments

L’ètre vivant réalise les transformations si nombreuses et si variées de sa substance (et celles de l’énergie qui leur sont connexes) par le moyen des ferments, réactifs puissants, peu encombrants, eux-mêmes nombreux, adaptés chacun à une opération déterminée à pratiquer dans des corps également déterminés. Par le jeu

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combiné de ces infiniment petits, de l'ordre an fond moléculaire, il réalise les actes chimiques qui sont à la base de ses fonctions, les coordonne dans leur situation et leur succession régulière. Toute sa chimie si active est en quelque sorte en puissance dans la masse si réduite de ces agents diastasiques. — Nous savons déjà que par suite d’un consensus dont le mécanisme est obscur, mais dont l’existence est très réelle, ces ferments n'apparaissent que là où la fonction les réclame. De pins, alors même qu’ils sont déjà formés dans la cellule, ils attendent encore, pour agir, leur transport parfois à de longues distances, en tout cas leur mise en rapport avec les substances qui doivent subir leur attaque; toutes conditions qui règlent, non seulement les rapports du ferment avec la substance fermentescible, mais les rapports des actes fermentaires entre eux. Un autre moyen de régulation de ces rapports consiste dans l’existence de substances comparables aux ferments, mais ayant le pouvoir de neutraliser les propriétés de ces ferments, d’empêcher, d’annihiler leur action.

Fonction économique de ces agents. — On comprend tout l’avantage d’un tel procédé. Pour arrêter le mouvement (le changement quelconque) qui dépend d’une force, on peut lui opposer une force égale et contraire ; ce procédé est vulgaire et gaspille forcément de l'énergie. Mais si la force qu’on veut annihiler ne se développe que sous l’influence d'une force infime en quantité qui joue à son égard le rôle d'amorce (le rôle d'excitant), on empêche ses effets tout aussi sûrement et avec le maximum d’économie en opposant à la force amorçante une force égale et contraire (c’est-à-dire elle-même infime) qui en annule l’effet et empêche le mouvement à son origine même; c’est le rôle des anticorps ou antiferments dont on a reconnu quelques exemples et dont le degré de généralité reste à démontrer. — Il suffit que nous indiquions ici quelques exemples caractéristiques de ce mode d'agent qui est en son genre si particulier.

C’est dans les sérums que nous trouverons de nouveau des substances correspondant ou type de l’action des anticorps. Pour les y surprendre il faut encore user d’artifice, les y faire naître par des procédés du genre de ceux indiqués plus haut. Nous les trouverons d'autre part dans certains organismes parasites habitant l’intestin et pour lesquels ils sont un procédé de défense.

I. Relation définie entre la cause agressive et la réaction de l’organisme. — Pour faire apparaître dans les sérums les ferments divers dont il a été question plus haut, ou du moins quelques-uns d’entre eux, on voit à quel artifice on a recours. On utilise la propriété générale qu’a l’être vivant de réagir

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contre les alteintes du dehors et de donner à sa réaction la forme la plus appropriée à le préserver de ces atteintes. Cette réaction, qui se traduit dans certains cas par un mouvement visible, emploie ici pour moyens exécutifs les opérations les plus délicates de la chimie la plus compliquée. 11 y a une relation définie entre la substance qui menace l'organisme et celle par laquelle cet organisme (ses leucocytes) neutralise les effets destructeurs ou simplement gênants de cette substance. Cette relation deviendra plus simple, si le corps agresseur est luimême mieux défini, moins complexe qu’un ennemi vivant introduit dans l’organisme, sous forme d’hématies et de bactéries. Elle sera surtout intéressante, si 1 agresseur est quelqu un de ces corps à la limite de l’organisation, comme les albuminoïdes ou les enzymes, sur lesquels l’attention est attirée, en tant qu’agents élémentaires de la vie.

L injection dans les séreuses d une substance albuminoïde provoque dans 1 organisme la formation d’un agent destructeur de cette substance. Des albuminoïdes existent naturellement dans le sérum sanguin à 1 état de tolérât ion parfaite. Par contre, de 1 albumine d’œuf introduite dans ce sérum s’y mélange bien, mais n’est pas tolérée dans le sang circulant. Pour rendre plus visible 1 effort d élimination fait par l’organisme, 'préparons un animal, en lui injectant cette ovalbumine dans le péritoine. Si on prend du sérum à cet animal anisi préparé et qu'on le mélange avec de l’ovalbumine, il y a précipitation de celle-ci (Leclajnche et Vallée). On peut citer un certain nombre de faits analogues et même antérieurs à celui-ci, qui montrent, dans de semblables conditions, la formation de ferments spécifiques (de précipitine s) capables d’altérer la substance agressive. De lez ex* e, sur des animaux préparés avec de la gélatine, a vu apparaître dans le sérum un ferment dissolvant la gélatine, ce qui nous montre mieux encore le rôle défenseur de la réaction provoquée, et ce ferment peut être extrait des phagocytes, desquels évidemment il passe dans le sérum.

L’injection d'une diastase provoque la formation d’une antidiastase ou anticorps. En injectant dans les séreuses une albumine étrangère, nous provoquons la formation de ferments destructeurs de cette albumine. En injectant dans les séreuses des corps albuminoïdes d’une espèce particulière, les enzymes, nous provoquons laformation à' anti-enzymes, A.' antiferments, d 'anticorps, qui paralysent l'action éminemment nocive des ferments étrangers, des corps introduits artificiellement. Gi.ey et Camus d'une part, Kossel de l’autre ont vu le fait suivant. — Le sérum d’anguille renferme, comme on le savait déjà, une toxine (ichtyotoxine) qui, introduite dans le sang des mammifères, détruit leurs globules rouges. En traitant ces animaux avec des doses croissantes de sérum d anguille, on crée en eux une condition protectrice qui empêche la destruction des hématies par 1 ichtyotoxine. Le sérum de ces animaux devient antitoxique.

I n mélange de ce sérum avec du sérum hémolytique d’anguille, mis en contact avec des globules rouges (pris à des animaux mammifères de la même espèce que celle à laquelle appartient 1 animal préparé), laisse ces globules intacts (lh. Tchitstowitch). Le ferment hémolytique du second est neutralisé par le ferment antihémolytique du premier.

Un a, de la sorte, dans 1 organisme vivant un réactif qui permet avec un ferment donné d’obtenir l’antiferment, lasubstance antagoniste qui lui correspond. Un a pu obtenir un assez bon nombre de ces anticorps. A.vecl’emulsine on obtient une anti-émulsine (Hildebrand) ; avec la trypsine, une anti-trypsine (Fermi et Pernossi) ; avec la présure, une anti-présure (Briot et indépendamment Morgen-

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nom). En général les cytotoxines donnent lieu à la production d’anticytotoxines, comme il a été dit plus haut à propos du sérum d’anguille injecté à des mammifères.

2. Anticytotoxines naturelles et anticytotoxines artificielles. Aon

seulement des substances de ce genre peuvent être préparées artificiellement par le procédé de la réaction défensive de l’organisme, mais on démontre que je sérum normal du sang des animaux en contient à l’égard de certains sangs de provenance étrangère. L’organisme, suivant les conditions dans lesquelles il vit, est déjà naturellement « préparé '> à certaines attaques du dehors. Il faut donc distinguer des andhémolysines naturelles et des antihémolysines artificielles. Ces dernières, dont on provoque et dont on règle la production, nous intéressent particulièrement, en tant qu’elles se rattachent aux actes fermentatifs, dont elles nous font entrevoir toute la délicatesse et la complexité. Le point de vue pratique de Y immunité a de son côté une extrême importance, mais ki

nous n’avons à l’envisager qu'accessoirement.

Deux espèces de cytases ou cytotoxines complémentaires l’une de l’autre. — Les ferments des leucocytes, les hémolysines, cytotoxines, etc. sont, ainsi qu’il a été dit jdus haut, de deux catégories (au moins), dont chacune a sa fonction, non exactement précisée, mais manifestement distincte et qu on caractérise déjà par des noms généraux. On distingue une enzyme banale, comparable aux ferments digestifs ordinaires, destructible à 56° (alexine, complément, cytase ordinaire) et une autre comparable à l’entérokmase, destruc tible à une température plus élevée (substance intermédiaire ou sensibilisatrice, fixateur). La question se pose donc de savoir si 1 antiferment agit en s'opposant à l’une ou à l’autre de ces deux substances; autrement dit, si I antiferment est une anticytase ou un antifixateur, ou encore s’il est un me ange

des deux. . , , ,

Deux espèces probables d’anticytases. — Bordet a montre que les deux

substances peuvent exister ; seulement, dans ses expériences, tandis que 1 anticytase est en abondance, la quantité d’antifixateur est très faible. Ehrlich et Morgenroth ont de leur côté éprouvé des difficultés qu ils n ont pu sur monter pour mettre en évidence l’antifixateur, tandis qu ils obtiennent des anticvlases très actives. — Comment obtenir l’un et 1 autre de ces deux anticoi ps . Comment surtout obtenir l’une à l’exclusion de l’autre ? On sait le procédé général • il consiste à utiliser une réaction de l’organisme, une aptitude de celui-ci en vertu de laquelle, s’il est attaqué par une substance, il produit la substance- antagoniste, par un ferment, le ferment antagoniste. Si le corps agressif est une cytase, l’organisme produira l’anticytase correspondante. Les anticytases sont faciles à obtenir, parce que les sérums pris a des animaux d’espèces différentes contiennent, ou naturellement ou après préparation de ces animaux, des cystases en abondance. Certains de ces sérums contiennent peu ou pas de fixateurs; il est naturel et conforme à la réglé établie plus haut que, dans ce cas, l’anticytase soit la seule substance élaborée par la reaction défensive. Pour obtenir l’antifixateur, l’artifice consistera à injecter dans le péritoine d’un animal en préparation un sérum d’un animal riche en fixateur spécifique pour les globules de l’espèce choisie (sérum de mouton pour le sang de chien par exemple), mais, même dans ce cas, on se heurte à certaines difficultés, l antifixateur pouvant rester fixé à lacellule qui le produit, ce qui empeche qu on

le retrouve dans le sérum. , ...

D’autre part, s’il est facile d’obtenir l’anticytase seule ou a peu près seule, .1

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est, comme on voit, difficile ou impossible de provoquer la formation isolée de l'antifixateur. On peut encore s'aider pour y arriver de la propriété élective qu’a la chaleur de tuer la cvtase à une température moindre que le fixateur.

3. Antikinases. — Ainsi qu’on l’a vu, on connaît des kinases de diverses provenances, en plus de celles qu’on trouve dans le suc entérique. On a établi d’autre part l’existence d’antikinases, c’est-à-dire de corps capables d’empêcher ces kinases d’exercer leur action fixatrice sur les substances que le ferment tryp tique est capable de digérer.

Exemple des vers parasites de l’intestin. — Une antikinase a été trouvée

par Dastre et Stassano dans les tissus des vers parasites de l’intestin; anlikinase dont la fonction est d’empêcher la digestion trypsique de ces vers par les sucs pancréatique et intestinal mélangés, et ainsi s’explique la résistance présentée par ces êtres à l’action digestive de ces sucs, dans lesquels ils vivent en permanence. Leur moyen de défense n’est pas un antiferment (antitrypsine) comme l’avait admis E. Weiland. — La démonstration de cette antikinase peut se faire avec le tænia serrata du chien, le suc pancréatique et la kinase du même animal.

Soit un mélange de suc pancréatique (plutôt en excès) et de macération d’intestin contenant la kinase (en quantité nettement suffisante pour digérer un cube donné d’albumine dans un temps donné), si on ajoute une certaine quantité de macération de tænia ou d’ascaris contenantl’antikinase, la transformation de l’albumine n’a plus lieu; il faudra par exemple o gouttes de macération antikinasique pour annihiler 2 gouttes de macération kinasique. Sion augmente la quantité de kinase il faut augmenter proportionnellement la quanti té d’antikinase pour annihiler l’effet digestif. Sion augmente la quantité du suc pancréatique, la même dose d antikinase suffit. L’opposition est entre la kinase et la macération d’ascaris et non entre le suc pancréatique et celle-ci; elle contient donc bien une antikinase et non une antitrypsine.

Antikinase du sérum sanguin. — Delezexxe trouve également une antikinase dans le sérum sanguin. Ce sérum possède normalement le pouvoir d’empêcher ou retarder la digestion trypsique des albuminoïdes, ainsi que l'ont au Fermi, Pugliese et Coggi, Haxh, Camus et Gley, etc. Ce pouvoir empêchant est antikinasique et non antitrypsique.

Action de la température sur la kinase et l’antikinase. — D'après

Dastre et Stassano, les macérations de kinase et d’antikinase perdent leurs propriétés quand on les soumet à l’action un peu prolongée d’une température d’étuve de 37°, température normale des mammifères desquels ces macérations ont été retirées. Par contre, la kinase, si elle est en présence d'un cube d'albumine et soumise aux mêmes conditions de température, ne se détruit pas, mais alors, ainsi qu on sait, elle ne digère pas à elle seule l’albumine. La kinase additionnée de suc pancréatique mise en présence de l’albumine et portée à l’étuve digère l’albumine. La kinase additionnée de suc pancréatique et de macération de tænia contenant de l’antikinase, le tout mis en présence de l’albumine et porté à l'étuve, cesse de digérer l’albumine. L’absence de protéolyse dans cette dernière épreuve est due à l’action empêchante de l'antikinase. Il importe dans ces expériences de se mettre à l’abri des effets destructeurs de la température, qui pourraient être confondus avec l’effet inhibiteur de l’anticorps.

4. Laccase. Antilaccase. — La laccase est un ferment oxydant qu’on ext rait de 1 arbre à laque (Bertrand) et qu on trouve également dans certains champignons (Bertrand et Bourquelot). Ce ferment a la propriété de tixer l’oxygène sur le laccol, substance (soluble dans l'étlier) contenue dans l’arbre à laque et qui

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noircit sous celle influence ; il agit dans le même sens sur l'hydroquinone pour donner de lacjuinone et de l’eau, sur l’acide pyrogallique etsur 1 acide galliquepour donner de l acide carbonique. Si par exemple dans un ballon à robinet on lait réagir une bouillie de liussula faelens sur de l’acide gallique, on a :

Après une heure d’agitation :

CO2 dégagé C2 absorbé.

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