CHAPITRE VI
Nous grouperons clans ce chapitre nos connaissances concernant : 1° les gaz du sang; 2° les modifications subies par le sang hors des vaisseaux; 3° les effets de l’anémie, de la saignée et de la transfusion.
A. — GAZ DU SANG
Historique. — Les premières tentatives sont dues à Boyle, 1630. Mayow, 1674; Priestley, Girtanner, Ii. Dayy, Nasse, Vogel, Collard de Marti gin y, Magnus en 1837, puis Lothar Meyer en 1857 ont les premiers essayé d’extraire méthodiquement les gaz du sang et de déterminer leur nature; toutefois les proportions de ces gaz n’ont pu être fixées avec certitude que depuis l’emploi de la pompe à mercure imaginée par Ludwig en 1860 et successivement perfectionnée par Setciienow, Pflüger en Allemagne; Gréhant, Chauveau en France. L'état des gaz dans le sang a été étudié par Fernet le premier en 1857 et précisé dans la suite, principalement, par les travaux de Cl. Bernard sur CO, de Hoppe-Seyler » et Stores sur l’hémoglobine, de P. Bert et de Hüfner sur la dissociation.
Les modifications subies par les gaz du sang au niveau des tissus placés en bordure des capillaires de la circulation générale ont été déterminées et interprétées, dans les conditions d’exactitude actuellement les plus parfaites, principalement par Chauveau.
Gaz normaux. — Dans les conditions normales le sang contient de l’oxygène, de l’acide carbonique, une faible quantité d’azote, des traces d’argon et d’oxyde de carbone.
Proportions relatives dans le sang artériel et dans le sang veineux. — En moyenne 100 centimètres cubes de sang contiennent 60 centimètres cubes de gaz. Dans le sang artériel comme dans le sang veineux la quantité d’acide carbonique est notablement plus forte que celle de l’oxygène. Le sang artériel et le sang veineux diffèrent par le rapport qui existe entre l’oxygène et l’acide carbonique (Magnus, 1837).
A titre d’exemple citons les résultats suivants obtenus par Tissot sur le chien :
a l’état de repos chez le chien.
Az
100cc de sang artériel contiennent .
Ç>(\ 9icc
39co
lcc,5
100cc de sang veineux contiennent .
8 — 12oc
46cc
lcc,5
Sang artériel. — Dans les conditions ordinaires le sang artériel contient plus d’oxygène et moins d’acide carbonique que le sang
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veineux correspondant. La proportion est à peu près la même dans tontes les parties de l’arbre artériel, toutefois dans les canaux lins les quantités relatives de plasma et de globules, n’étant plus les mêmes que dans les gros vaisseaux, il peut y avoir de ce chef une modiiication.
Sangs veineux. — Les sangs veineux renferment en général moins d'oxygène et plus d’acide carbonique que le sang artériel correspondant. Ce fait ne peut pas cependant servir à caractériser le sang veineux dans tous les cas, pas plus que la couleur qui en dépend. Les différences s’atténuent ou même s'effacent soit lorsque l'activité de réduction est abaissée (muscle paralysé), soit lorsque les effets de l’activité d’un tissu sont compensés par la rapidité de la circulation comme le fait se produit dans certaines glandes en activité.
La teneur du sang en CO2 diminue considérablement chez les animaux intoxiqués par les acides, l’acide prussique, le fer, le platine, l’arsenic, le nitrite d’amyle, le phosphore, l’oxyde de carbone, sans que la diminution de l’alcalinité et de la capacité du sang de fixer CO2 soit toujours parallèle (H. Meyer, Walter, Geppert etZuNTZ, Munkowsky, Münzer et Loewy, Spiro, Saiki et Wakayama).
Fixité de la teneur en oxygène du sang artériel. — L’oxygène contenu dans le sang est incessamment détruit et constamment remplacé dans l'acte de la respiration. La valeur du sang artériel en ce gaz tend à rester fixe dans toutes les conditions et malgré les troubles portés à la nutrition générale. L'organisme lutte pour ce gaz et maintient cette valeur constante autant qu’il le peut.
Via u lt a constaté que la proportion d’oxygène contenue dans le sang des animaux et de l’homme vivant dans l’air raréfié des hautes montagnes (qu’ils soient indigènes ou simplement acclimatés) est sensiblement la même que celle qui est contenue dans le sang de l’homme et des animaux de la plaine.
Halliox et Tissot ont constaté que la quantité d’oxygène et d’acide carbonique est indépendante de la pression extérieure jusqu’à une pression de 48 centimètres Hg. correspondant environ à une altitude de 3 500 mètres. (L'azote s’échappe du sang à mesure que l’altitude augmente et que la pression barométrique baisse.)
Regnaijlt et Reiset avaient constaté que l’absorption respiratoire d’O2 est dans des limites assez larges indépendante de la richesse en O2 de l’air que l’on respire. RosEvriiALa soutenu, contrairement à cette opinion, qu’il se produit chez les animaux, auxquels on fait respirer une atmosphère suroxygénée (contenant par exemple 23 p. 100 d’O2), un véritable emmagasinement de quantités notables d’O2, non dans le sang, il est vrai, mais dans les tissus. Cependant, d’après Falloise, l’asphyxie se produit à peu près aussi vite dans ces conditions. L augmentation de résistance* existe mais parait faible.
Pendant l’anesthésie avec le chloroforme, l’éther, le chloral, le chlorure et le bromure d’éthyle, le sang artériel est rutilant et renferme plus d’O2 et moins de CO2 que dans les conditions ordinaires (Cl. Bernard, P. Bert, S. Arloing, Liyon).
GAZ DU SANG
Le croton chloral et le chloralose augmentent CO2 et diminuent O2 lorsque l’anesthésie est complète (Livon).
Pendant l’hibernation, le sang artériel contient autant d’O2 qu'à l’état de veille; le sang veineux contient moins d’O2; les sangs artériels et veineux contiennent plus de CO2. [Dubois, expériences sur la marmotte.]
L’oxygène n’existe plus qu’à l’état de traces dans le sang artériel dans les dernières périodes de l asphyxie (Ludwig, Setsciienow, IIoemgren, Zuntz).
État des gaz dans le sang. — L'azote est à l’état de dissolution dans le plasma.
Oxygène. — L’oxygène existe dans le plasma à l’état de dissolution ; sur les globules rouges il est fixé à l’état de combinaison instable avec l’hémoglobine.
La portion qui existe à l’état de dissolution varie suivant la loi de D Alton. Le poids du gaz dissous varie proportionnellement à la pression. Pour le sang qui traverse les poumons la quantité d’oxygène dissous est proportionnelle à la tension que ce gaz possède au voisinage immédiat de la surface de l’alvéole pulmonaire.
Le gaz combiné à l’état d’oxyhémoglobine suit les lois de la dissociation. Le poids de l’oxygène combiné varie avec la pression mais ne lui est pas proportionnel.
P. Bert, Fraenckel et Geppert, Tissot, Hill et Macleod, A. Mosso et Marro ont essayé de déterminer la proportion des gaz contenus dans le sang d animaux portés à différentes pressions barométriques.
Les résultats ne sont pas absolument concordants, ce qui peut tenir en partie aux différences des conditions expérimentales.
P. Bert conclut que dans le sang au-dessous de 570 millimètres de pression O2 et GO2 commencent à diminuer, d’une manière inconstante il est vrai. Hill et Macleod ont obtenu des résultats peu concluants, sauf en ce qui concerne l'azote. Tissot a observé une certaine indépendance jusqu’à une limite déterminée (jusqu’à une tension de 58 centimètres Hg.). A. Mosso et Marro ont constaté qu’à la pression de 430 (soit dans la chambre pneumatique, soit au Mont-Rose) le sang carotidien contient moins d’O2 etde CO2. P. Bert; A. Mosso et Marro signalent que le sang contient moins d’O2 que le sang tiré des vaisseaux et agité directement avec l’air (aux mêmes pressions). La saturation en ce qui concerne l’azote n’est obtenue chez le chien qu’après un séjour de une heure et demie dans l’atmosphère comprimée (Hill et Macleod).
Acide carbonique. — L'acide carbonique existe dans le sangsous deux états : dissous dans le plasma; combiné dans le plasma et dans les globules rouges.
Le gaz combiné est plus abondant dans le plasma que dans les globules. Il s’y trouve combiné cà la soude qu’il, partage avec l’acide chlorhydrique, l'acide phosphorique et peut-être les substances albuminoïdes, pour former des carbonates, bicarbonates et phosphocarbonates. Les bicarbonates' et les phospho-carbonates sontdisso-