OXYDE DE CARBONE
Quantité normale dans le sang. — Gréiiant, le premier, a démontré la présence dans le sang normal de gaz combustibles. Desgrez et Nicloux ont constaté que l’oxyde de carbone existe d'une façon constante.
En moyenne.
Nicloux : nouveau-nés à Paris (espèce humaine) . 0CC,11 p. 100 de sang.
Lapin, cobaye . 0CO,14 —
Chien . 0CC,04
Conger vulgaris . 0^,025 à 0<=c,8o p. 100
l ne partie peut venir de l’oxyde de carbone qui existe normalement à l’état de traces dans l’air de Paris (et des grandes villes en général) (A. Gautier). De lait, le sang des animaux vivant à la campagne contient sensiblement moins d oxyde de carbone que ceux vivant à Paris. Le sang des chiens isolés en mer contient des quantités intermédiaires (Nicloux). Une partie paraît produite par l’organisme lui-même. L’expérience suivante confirme cette hypothèse. L’asphyxie fait diminuer la quantité d’oxyde de carbone contenue dans le sang. Or, si on a soin de ne pas pousser 1 asphyxie jusqu’à la mort, on voit, après trois quarts d heure ou une heure de respiration à l’air libre, que la proportion d’oxyde de carbone du sang est remontée à son taux primitif. La quantité d’oxyde de carbone contenue dans l’air du laboratoire (1 : 30000) était insuffisante pour expliquer cette augmentation (Nicloux).
La proportion de CO peut s’élever pendant l'anesthésie chloroformique à 0CC,2 p. 100, soit 5CC,2 par litre de sang. 11 est probable que le chloroforme se décompose, sous l'influence des liquides alcalins de l’organisme, partiellement avec production d oxyde de carbone. Cette décomposition peut expliquer un certain nombre d’accidents consécutifs à une administration prolongée du chloroforme (Nicloux).
Toxicité de CO. — On avait reconnu depuis longtemps qu’il existe dans la vapeur qui résulte de la combustion du charbon, des propriétés toxiques susceptibles de donner la mort (Erasistrate, Galien). F. Leblanc démontra en 1842 que le principe toxique est l’oxyde de carbone. Le mécanisme de l'empoisonnement a été élucidé par Cl. Bernard.
La puissance toxique de CO est d’autant plus dangereuse que ce gaz ne possède ni odeur, ni saveur, ni couleur; CO est plus lourd que l’air.
Conditions exposant à l’intoxication oxycarbonée. — CO prend naissance, soit lorsqu’on brûle du charbon ou des produits riches en carbone en l’absence d’une quantité insuffisante d’oxygène, soit lorsqu’on fait passer CO1 2 ou de la vapeur d'eau sur du charbon chauffé au rouge : CO2 -f- C — 2CO ; C -j- H20 — CO H- H2.
CO existe dans le gaz d’éclairage (5 à 9 p. 100) dont il constitue un des éléments les plus toxiques (1) ; en brûlant, le gaz d'éclairage donne de grands volumes de CO2 et des traces de CO.
Exposent à l’intoxication : les explosions de grisou, les incendies de théâtre (Opéra-Comique), les fours à chaux, les hauts-fourneaux (surtout au moment de la coulée de la lave), les tunnels mal aérés, l’usage de braseros ou de réchaud à
(1) D’après Valhen et Ferchland le (gaz d’éclairage est plus toxique qu’il ne devrait l’être d’après sa teneur en CO; ce fait est contesté par Kunkel.
Morat et Doyon. — Physiologie.
GAZ DU SANG
charbon de bois sans hotte; les gaines communes pour plusieurs cheminées, surtout lorsque dans ces gaines se déversent les produits de la combustion d’un appareil de chauffage à combustion lente (le tirage est lent et la fumée lourde tend à redescendre) ; la braise de boulanger; CO apparaît encore : lorsqu'on étrangle le tuyau de fumée des poêles, dans les foyers lorsque la combustion est incomplète (notamment à l’allumage et lorsque le feu s’éteint). Les accidents sont fréquents lorsqu’on laisse le gaz d’éclairage en tension dans le caoutchouc qui se fissure souvent rapidement... La combustion du tabac à fumer dégage CO (Gréhant) ; la fumée rejetée par le fumeur peut dégager O, à 2,7 p. 100 CO (Wahl, Habermaxn). Les poêles en fonte ou en fer exposés à atteindre la température rouge peuvent provoquer des émanations de CO ; le gaz provient de la perméabilité de la fonte chauffée au rouge, de l’action directe de O2 de l’air sur le carbone de la fonte chauffée au rouge, de la décomposition de CO2 contenu dans l’air par son contact avec le métal, de l’influence de poussières organiques naturellement contenues dans l’air (Morin).
Formes de l’intoxication. — On peut envisager trois hypothèses : dans la première l’intoxication est brutale, l’atmosphère est surchargée d’oxyde de carbone; dans la seconde elle est relativement peu chargée; dans la troisième l’atmosphère est légèrement imprégnée.
а) Dans le premier cas l’intoxication est suraiguë, l’individu est foudroyé. Cette production exagérée de CO est en général le résultat d’un accident. Cette forme d’empoisonnement a été observée chez des ouvriers procédant à l’extinction de grandes masses de charbon, chez les gaziers qui déchargent les cornues, chez les mineurs, dans les incendies de théâtres, dans les explosions de grisou, les incendies de mines de houille.
б) A la deuxième hypothèse correspond l’intoxication progressive des tentatives de suicide au moyen de charbon ou aux accidents provoqués par le mauvais fonctionnement des poêles et des cheminées.
Chez l’homme, on observe tout d’abord de la céphalalgie, puis des vertiges, un abaissement de la mémoire, la confusion des idées, l'obscurcissement de l'intelligence et de la vue, une tendance au sommeil, une sorte de défaillance, de la faiblesse dans les jambes, la diminution de l’énergie musculaire, puis de l’impotence absolue, enfin la perte de connaissance, le sommeil, des convulsions, le coma.
Fréquemment on observe des nausées. Chez l’homme on a signalé des vomissements à toutes les périodes de 1 intoxication , chez le chien, d api es Descolts, les vomissements sont symptomatiques d’une intoxication avancée et précèdent de peu la mort. La digestion est suspendue. Parfois on a constaté de la glucosurie. Le cœur s’accélère d’abord (palpitations) puis s’affaiblit (Traube, Mosso). La respiration est d’abord légèrement ralentie, puis dyspnéique ; si CO est abondant, on peut observer l’arrêt de la respiration; on a noté le Ciieyne-Stokes (Mosso).
L’impotence apparaît souvent alors que la conscience et la sensibilité persistent. Les convulsions se produisent parfois dès le début. La mort n’est pas douloureuse si CO est respiré lentement et à petites doses (observ. chez l’homme et le singe).
Lorsque les sujets reviennent à la vie on observe souvent des troubles nerveux. Ceux-ci suivent immédiatement l'intoxication (somnolence, inertie intellectuelle, hébêtement, état simulant l’ivresse, perte souvent très prolongée de la mémoire et du sommeil, céphalalgie, convulsions, nausées...) ou peuvent se présenter