‹ Traité de physiologieChapitre 370 sur 374 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

LYMPHE. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

A. — LYMPHE

Topographie. — La lymphe circule dans un système de canaux qui prennent naissance dans les espaces intercellulaires du tissu conjonctif par des culs-de-sac clos et se jettent dans le sang par deux troncs vasculaires principaux : le canal thoracique qui s’abouche dans la veine sous-clavière gauche et la grande veine lymphatique droite qui s’abouche dans la veine sous-clavière droite. Sur le trajet des lymphatiques existent ries ganglions (1).

Signification. Origine. — Le réseau satellite du système porte est spécialement différencié en vue de l’absorption digestive. Les canaux qui le constituent sont pour cette raison désignés sous le nom de chylifères. Ils débouchent dans le canal thoracique qui centralise d’autre part les lymphatiques d’une partie des membres inférieurs et du tronc.

Le système périphérique général représente un appareil d’excrétion. Il recueille une partie des produits résiduels de l’activité organique des tissus. Les corpuscules (globules, fragments de tissus ou d’organes) épanchés dans les séreuses ou le tissu cellulaire souscutané et soumis à la résorption peuvent passer en nature sans altérations dans la lymphe (Hayem et Lesage, Metchmkoff), mais le plus souvent ils sont saisis par les cellules amiboïdes et disparaissent dans leur intérieur (Metchnikoff).

Anciennement la formation de la lymphe était considérée comme

(1) Les ganglions caractérisent les Mammifères; on en trouve quelques-uns très petits et peu nombreux chez les Oiseaux (LIewson, Panizza Vialleton, et Fleury, p. 845,816).

LYMPHE

un phénomène de filtration lié d’une façon intime aux variations de la pression sanguine et compliqué de phénomènes de diffusion et d’osmose s’établissant entre le plasma, les liquides filtrés et les tissus. Cette hypothèse, imaginée par Ludwig, est encore de nos jours soutenue par Starling et Bayliss, Cohnstein... Sans nier 1 intervention de ces facteurs, on admet plus généralement à l’heure actuelle que la lymphe est un véritable produit de sécrétion. La théorie de Ludwig n’explique pas tous les faits.

Déjà Chauveau, en 1857, au cours de ses discussions avec Colin et Bérard à l’Académie de médecine, avait montré que le plasma lymphatique contient moins de glucose que le plasma sanguin; mais à cette époque l’ensemble des données concernant l’origine de la lymphe et le rôle de la pression sanguine, paraissait tellement conforme à nos connaissances sur les phénomènes de dialyse et d’osmose, que ce fait n’attira pas l’attention. Heidenhain, en 1890, insista sur les différences qui séparent le plasma sanguin et le plasma lymphatique ; ce physiologiste , développant cette idée que les membranes animales exercent une action

élective propre, considéra la lymphe comme un produit de secrétion des parois des capillaires. Récemment Asher et Barbera, Moussu ont observé des faits qui établissent un rapport entre la formation de la lymphe et les phénomènes vitaux dont les tissus sont le siège.

Propriétés. — La lymphe varie en quantité et qualité d’une région à l’autre et dans une même région suivant 1 état de repos ou d’activité des organes. On donne le nom de chyle a la lymphe qui provient des intestins pendant la digestion.

Constitution et propriétés physiques. — La lymphe est constituée par un liquide (plasma) contenant en suspension des globules

Fig. 190. — Canal thoracique chez le chien.

L, Cth, canal thoracique; As, Ac, sous-clavière, carotide; Je, Ji, jugulaires externe et interne .

LYMPHE

LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

blancs, quelques globules rouges et dans certaines conditions des globules graisseux et des microbes.

Les globales blancs sont presque tous des lymphocytes et des mononucléaires ; cependant on trouve aussi de rares polynucléaires, notamment dans le canal thoracique et la citerne de Pecqüet. La plupart des leucocytes sont immobiles, par suite probablement du défaut d’oxygène. Le nombre des globules blancs varie suivant la région. Dans le chyle, pendant la digestion, on en voit fort peu. Dans l’intervalle des repas, on trouvé 8000 globules blancs par millimètre cube en moyenne dans le canal thoracique.

Après un repas de graisse, la lymphe intestinale (et parfois même celle des membres inférieurs, par suite probablement d’un reflux du chyle, Munk et Rosenstein, Pflüger) contient des corpuscules graisseux à l’état de très fine émulsion.

Les globules rouges passent en grand nombre dans la lymphe sous l’influence des injections intraveineuses d’extrait de sangsues, de peptone (Laulanié, Gley), de bile (Asiier), ou, chez le cheval, dans les lymphatiques du cou après la ligature de la veine jugulaire (Laulanié).

Le cliylc renferme toujours des microbes pendant la période digestive (Desourry et Porcher). Nicolas et Derias ont constaté que si on mêle des bacilles de la tuberculose à une soupe grasse, trois heures après des bacilles se retrouvent dans le canal thoracique.

La couleur et la transparence dépend de la nature et de l’abondance des éléments solides en suspension. La lymphe qui revient de la tête et des membres est généralement incolore et limpide; celle qui provient des intestins est trouble. Le chyle et la lymphe contenant des graisses à l’état d’émulsion et un excès de leucocytes sont opaques et laiteux. La présence d'un grand nombre de globules rouges ou d’hémoglobine diffusée (après l’injection intraveineuse de bile, Asiier) donne au liquide l’aspect rosé. Par suite de sa richesse plus grande en produits de désassimilation, la lymphe a un pouvoir osmotique plus élevé que celui du sang; le point de congélation est un peu plus bas (Hamburger, Starling et Leatiies). La densité oscille de 1007 à 1043. La réaction est alcaline.

Retirée du corps, la lymphe coagule après un temps qui varie de trois à trente minutes en moyenne. Le caillot est moins abondant et moins rétractile que celui du sang. La coagulabilité varie suivant qu’il s’agit de lymphe recueillie au repos ou durant l’activité et sous l’influence d’un grand nombre d’actions chimiques. Certaines substances (peptones, extraits d’organes) injectées dans les veines rendent la lymphe passagèrement incoagulable. On ralentit la

LYMPHE

coagulation in vitro en diluant simplement la lymphe à divers degrés avec l'eau salée à 9 millièmes. Les leucocytes mononucléaires et lymphocytes restent parfaitement actifs (Dastre, V. Henri, Stodel, Lesage).

Constitution et propriétés chimiques. — La lymphe contient des substances albuminoïdes comparables à celles du sang, mais généralement en quantité moindre (20 à 70 p. 1000).

Parmi ces substances existe la fibrine : on obtient 0er,4 à 0sr,8 en moyenne pour 1000 chez le chien (au lieu de 2 à 4 grammes dans le sang) ; 2,18 chez le cheval (au lieu de 3 grammes). D’après Gmelin, Colin, la lymphe qui a traversé les ganglions contiendrait plus de fibrine que la lymphe des canalicules.

L 'extrait éthéré est généralement plus abondant que dans le sang. Dans un cas, chez le chien, le poids de l’extrait éthéré du sang était de 0sr, 4077 p. 100, le poids de celui de la lymphe de 0sr, 5859 (Daddi)

L'extrait éthéré contient des graisses neutres, des lécithines, et des substances cristallisées paraissant appartenir à la famille des amines. L extrait éthéré est surtout abondant dans le chyle; il varie suivant le mode d’alimentation et peut s’élever pour l'ensemble au-dessus de 6 p. 100. Doyon et Morel ont trouvé, après un repas de graisse, chez le chien, les chiffres suivants : 43 grammes à 64&r,7 d’extrait éthéré p. 1000 de chyle.

La graisse existe principalement à l’état de très fine émulsion. La lymphe et le chyle contiennent aussi des savons.

L’extrait éthéré diminue dans le chyle conservé à l'étuve, mais d’une façon relativement peu appréciable (Doyon et Morel). Dans un cas par exemple, le chiffre est tombé de 47 grammes à 43 grammes p. 1000 après vingt-quatre heures à 37°; dans un autre de 67er,7 à 37«r,04 p. 1000 après quarante-huit heures à 37° (Doyon et Morel).

On trouve toujours du glucose (Chauveau) et du glycogène . Le glucose existe dans le plasma et en moindre quantité que dans le plasma sanguin (Chauveau) ; Dastre a trouvé en moyenne, chez le chien à jeun, 0gr,960 p. 1 000. Le glycogène est localisé dans les globules blancs; il existe en quantité généralement supérieure à celle du sang. Dastre a trouvé chez une vache 0gr,097 de glycogène p. 1000. — Glycose et glycogène disparaissent rapidement dans la lymphe abandonnée à elle-môme et dans les memes conditions que dans le sang (Dastre).

Wurtz a trouvé 0,1 à 0,2 d'urée p. 1000. Biedl et Winterberg, 0,3 milligr. d 'ammoniaque dans la lymphe thoracique chez un chien en digestion.

Les sels sont à peu près les mêmes que ceux du plasma; ils représentent en moyenne 6 à 8 p. 1 000. Le chlorure de sodium domine.

Les gaz sont parfois assez abondants. CO2 prédomine toujours; presque pas d’O2. Dans un cas, Hammarsten a trouvé : 42cc,28 de gaz p. 100, dont 40cC,32 CO2, 0CC 43, O2 ; icc,63 Az.

LYMPHE. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

On a signalé la présence de l'amylase (Magendie, Cl. Bernard, Schiff, Boum et Hoffmann, Rôhmann, Dastre), de la maltase (Dubourg, Tebb, Bourquelot et Glf.y), de la présure (Floresco).

D’après Tappeiner, le chyle contient normalement de la hile (probablement réabsorbée par l’intestin).

Le sérum lymphatique possède d’une manière générale les propriétés du sérum sanguin el notamment le pouvoir antitryptique (Gley et Camus).

Conditions modifiant la production et les propriétés de la lymphe. — Ces conditions sont multiples; leur mode d'action est mal connu en ce qui concerne le plus grand nombre.

Influence de l'activité des tissus. — La lymphe paraît être, en partie tout au moins, un produit d'élaboration des tissus; l’élaboration est proportionnelle au degré d’activité de ces tissus.

Le travail physiologique total d’une région de l'organisme suractive considérablement la circulation lymphatique de la région considérée. La quantité de lymphe charriée par un vaisseau donné, peut être b, 10 et 20 fois plus grande que pendant le repos.

Expérience : Chez le cheval, les

Fig. 191. — Lieu d’élection pour pratiquer lès fistules lymphatiques (Moussu).

La peau et le muscle peaussier étant incisés, les muscles trachéliens déplacés vers le bas, on trouve dans la plaie : la jugulaire en haut, la carotide appliquée sur la trachée, le grand lymphatique du cou et le cordon vaguo-sympathique masqué par les vaisseaux.

ymphatiques de chaque moitié droite et gauche de l’extrémité céphalique se déversent dans Je système veineux par l’intermédiaire d’un seul grand conduit (exceptionnellement plusieurs) satellite de la carotide et de la trachée et d’un accès relativement facile. Si on donne au sujet un repas homogène (du foin), on porte au maximum l’activité des muscles servant à la mastication et à la déglutition, des glandes buccales et salivaires, et la circulation de ces organes. L’écoulement de la lymphe, qui était presque insignifiant, augmente instantanément et progressivement, puis atteint un maximum qui persiste tant que l’activité est la même. La quantité de lymphe varie de temps à autre ; le maximum est atteint lorsque la mastication se fait du côté de la fistule lymphatique; au contraire, il y a diminution notable de cette quantité lorsque la mastication se fait du côté opposé à la tistule. Lorsque le phénomène se ralentit, il suffit de donner

au sujet des éléments plus recherchés, par exemple de l’avoine pour stimuler l'appétit à nouveau ; aussitôt l’écoulement reprend son activité. L’intensité du résultat dépend en partie de l’âge et de

LYMPHE

l’individu. Les variations individuelles sont plus fortes chez la- vache que chez le cheval (Moussu).

La mise en activité d’une région quelconque de l’organisme est susceptible d’influencer à distance la production de la lymphe d’une région au repos relatif. Hamburger, Moussu ont constaté chez le cheval que le travail des membres peut augmenter la quantité de lymphe produite dans la région céphalique.

Fig. l'J2. — Répartition des lymphatiques de la le le et de l’encolure

chez le cheval (Moussu).

Tous les tissus ne semblent pas concourir également à la production de la lymphe. Tout le monde est d’accord pour admettre que les mouvements actils et passifs exagèrent l’écoulement ; d’après Heidenhaix, Pugliese, Hamburger, le résidu fixe de la lymphe diminue légèrement dans ces conditions. En ce qui concerne les glandes, les expériences ne sont pas univoques. D’après Asiier et Barbera, le travail physiologique des glandes et la formation de la lymphe vont de pair. De fait le fonctionnement de la sous-maxillaire (Asiier et Barbera, Bainbridge), du foie (Asiier et Barbera), de la thyroïde (Morat, Asiier et Barbera) s’accompagne chez le chien dans les organes correspondants de la formation abondante de lymphe. La preuve que le phénomène est lié à la sécrétion et non à la suractivité circulatoire qui accompagne le fonctionnement est donnée par l’expérience suivante : après 1 administration d’atropine 1 excitation de la corde du tympan provoque toujours la suractivité circulatoire, mais non J écoulement de la salive (Heidenhain) et de la lymphe (Cohxheim, Asiier et Barbera, Bainbridge). En opposition avec ces résultats et avec ses propres conclusions concernant l’origine de la lymphe, Moussu fait remarquer que si on excite chez le bœuf les nerfs sécréteurs de la parotide en ayant soin de détourner de la bouche le flot de salive pour éviter les mouvements de déglutition, la quantité

LYMPHE. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

de lymphe recueillie au niveau du cou n’augmente pas et parfois même est moindre qu'à l’état de repos.

Pendant la digestion l’intluence la plus marquée est celle de l’ingestion de graisses. Le chyle devient plus abondant et lactescent. La lymphe des autres parties du corps peut également être modifiée. Dans un cas de listule lymphatique du membre inférieur, observé par Munk et Rosenstein chez une femme, la teneur en graisse, qui était de 1 p. 100 à l’état de jeûne environ et même moins, s’élevait rapidement à 4, 3-4, 5 p. 100. L'ingestion des albuminoïdes augmente également l’écoulement de lymphe dans le canal thoracique (Asiier et Barbera).

Stase veineuse. — En général la stase veineuse provoquée dans les membres augmente passagèrement la quantité de lymphe produite, tantôt peu, tantôt beaucoup (Ludwig, Tomsa, Paschuttin, Emmingiiaus, Heideniiain, Pugliese). — Moussu n’a constaté sur le cheval qu’une relation tardive et de bien faible importance.

Les résultats sont peut-être plus décisifs en ce qui concerne la lymphe du canal thoracique. L’obturation de la veine porte, de la veine cave inférieure au-dessous du diaphragme exagèrent l’écoulement (Heideniiain). Dans le second cas, les intestins sont très anémiés, et l'exagération de l’écoulement paraît devoir être mise sur le compte de la congestion du foie ; Starling a constaté, en effet, que la pression capillaire s’élève dans le foie et, d’autre part, que la ligature des lymphatiques hépatiques empêche le phénomène.

Pression artérielle. Influences vaso-motrices. — Une certaine pression est nécessaire à l’entretien régulier de la vitalité des tissus et par suite à la production normale de la lymphe. Les variations de la pression ont un retentissement, mais assez faible.

Après la section du sympathique cervical (chez le cheval) on constate une vaso-dilatation extrêmement marquée s’accompagnant rapidement de sudation intense; l’écoulement de la lymphe est ralenti par rapport à la normale. La paralysie des vaso-constricteurs n'augmente donc pas toujours (1) la quantité de lymphe dans la région correspondante tout en augmentant l’afflux du sang. L’excitation faible du sympathique cervical provoque des effets inverses : la pression locale est augmentée; la lymphe coule plus abondante. On remarquera que l'excitation du sympathique provoque sinon chez le cheval, tout au moins chez le bœuf, le chien, la sécrétion sous-maxillaire et peut déterminer des mouvements de déglutition;

(1) Peckelharing, Mensonides, Dourdoukfi, Ostiioumoff, Marcacci, Rogowicz, Lewaschew, Pugliese ont constaté que la vaso-dilatation entraîne d’une manière générale l'accélération du cours de la lymph .

LYMPHE

les résultats peuvent se trouver faussés du fait du travail musculaire ainsi fourni (Moussu).

Anémie. Saignée. — Les ligatures artérielles restent généralement sans effet, en raison des anastomoses qui établissent des suppléances.

La ligature de l'aorte exerce à peine une influence sur l’écoulement par le canal thoracique ; le liquide continue à s’écouler pendant quelques heures, parfois il perd son aptitude à la coagulation spontanée et s’accroît en matériaux solides albuminoïdes. Starung a fait remarquer que la ligature de l'aorte augmente la pression dans la veine cave inferieure et par suite n’arrête pas la sécrétion lymphatique du foie. Il est toutefois hors de doute que l’écoulement de la lymphe peut continuer par le canal thoracique plusieurs heures après la mort (Heidevhajn, Wertheimer, Asiif.r, Gif.s, Pugi.iese).

Moussu a constaté clic/ le cheval que la saignée, si elle est suflisante pour provoquer une chute notable de la pression générale, diminue le cours lymphatique. Au bout de plusieurs heures, l’écoulement revient à la normale, par suite de l’absorption interstitielle et intestinale. Hoche a constaté chez le chien que la saignée augmente l’écoulement par le canal thoracique. L’expérience n’est pas en contradiction avec celle de Moussu, car, d’une part, le relèvementdela tension se fait en partie aux dépens de l’absorption intestinale et, d’autre part, il y a dans l’expérience des actions multiples.

Lymphagogues. — Certaines substances, dites lymphagogues, provoquent une augmentation considérable de l’écoulement de la lymphe, lorsqu’on les injecte dans les veines. Les unes sont cristallisables et bien définies, ce sont : le sucre, l’urée, l’acide urique, les chlorure, sulfate, azotate de sodium... (Heidendain) ; les autres sont des corps plus ou moins complexes et bien définis, tels que les extraits de certains organes (1) [muscles d’écrevisses, moules, anodontes, tètes cl corps de sangsues, intestins et foie de chien, blanc d’œuf (Heidenhain); thyroïde (Heger) ; les peptones (Heidenhain, Gley, Asher), certaines toxines microbiennes (Charrin et Athanasiu, Moussu)... le curare (Paschuttin, Lesser, Tarciianoff)]. La bile augmente la lymphe hépatique (Asher et Barrera). L’extrait aqueux de fraises injecté dans les veines du chien, amène l’augmentation de la lymphe du canal thoracique, retarde la coagulation du sang et fait baisser la pression artérielle (Clopatt, Gley). D’après Pugliese, la caféine est lymphagogue.

Les modifications subies par la lymphe sont encore peu connues et paraissent dépendre en partie de la dose. Les substances cristalloïdes diminuent les maté-

(1) On traite les matériaux par l'alcool à 97°, on les dessèche, on les pulvérise ; 3 parties de poudre dans 100 parties d’eau, donnent un extrait très actif.

LYMPHE. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

riaux fixes de la lymphe, à doses moyennes (Heidenhain); elles l'augmentent à doses très faibles (Asher et Barbera). Pugliese a noté une diminution de la quantité p. 100 en éléments fixes après l’injection d’une solution hypertonique de NaCl. Les extraits d’organes augmentent, d'après Heidenhain, la teneur de la lymphe en albumine et celle du sang en globules et en principes fixes. Le curare augmente les substances solides de la lymphe et diminue celles du sérum sanguin.

Heidenhain a soutenu que les extraits d'organes agissent en stimulant l'activité élective des capillaires sanguins d’où résulterait le passage d’une partie du plasma dans les lymphatiques. A l'appui de cette hypothèse, Heidenhain a fait valoir les modifications comparées du sang et de la lymphe sous l’influence de ces agents (Voy. plus haut) et montré que toute cause abaissant la vitalité des cellules capillaires sans modifier (?) la perméabilité des vaisseaux sanguins, telle que la ligature prolongée de l'aorte, empêche l’action des extraits d'organes.

Asiier et Barrera, Baindridge établissent un rapport entre faction lymphagogue de certaines substances et leur action excito-sécrétoire ; toutefois, les lymphagogues n’excitent [pas les sécrétions (extraits de sangsues, peptone) (Ellinger, Doyon, Eaeloise). Doyon a constaté que la peptone exerce une action d’arrêt sur la sécrétion biliaire et fait contracter énergiquement la vésicule. L’expérience est réalisée sur le chien curarisé à la dose limite, ün enregistre les mouvements de la vésicule en plaçant dans cet organe par le fond une ampoule en baudruche, reliée à un manomètre à eau muni d'un flotteur en bougie inscripteur. On peul apprécier les variations de la sécrétion en introduisant une canule dans le cholédoque et en reliant cette canule à un tube placé horizontalement sur une règle graduée ; on compare, avant et après l’injection de peptone, le nombre de centimètres parcourus par le ménisque de bile le long de la règle dans un temps donné. La peptone (de Witte) était injectée dans la jugulaire à la dose de 60 à 70 centigrammes par kilogramme d’animal, dans 25 centimètres cubes d’eau. La contraction de la vésicule peut durer près d’une demi-heure. La pilocarpine provoque une augmentation de la lymphe, mais il n’est pas prouvé que le phénomène soit toujours sous la dépendance de l'hypersécrétion concomitante. Le fonctionnement salivaire total provoque de fréquentes déglutitions et par suite des mouvements musculaires qui faussent les résultats.

Quantité. — Bien que la quantité soit variable, nous citerons quelques chiffres pour fixer les idées.

Le tableau suivant donne, d’après Moussu, les quantités de lymphe écoulée chez divers gros animaux par une fistule pratiquée au gros tronc lymphatique trachéal droit.

Espèce animale.

Cheval âgé .

Quantité totale écoulée en 10 minutes

Bœuf âgé .

Génisse (un an) .

\rache âgée .

Vache .

LYMPHE

Colin a recueilli en vingt-quatre heures, par une listule taite au canal thoiacique d'une vache, 95ksr,286 de lymphe ; Lesser, en quatre heures, chez un chien, HOU centimètres cubes. En général on recueille beaucoup moins de liquide. En trois heures et demie par exemple, Doyon et Morel ont obtenu chez un chien de 14ksr,8, après un bon repas de graisses, 58 centimètres cubes de chyle. En moyenne, d’après Heidenhain, un chien de 10 kilogrammes donne 640 centimètres cubes par le canal thoracique en vingt-quatre heures.

Chez une jeune fille de dix-huit ans, du poids de 60 kilogrammes, Mi nk et Hosenstein ont recueilli, par une fistule existant au membre inférieui, 1 13-i- a 1 372 de lymphe entre douze et treize heures après le repas; 30 à <0 et même 120 grammes par heure après un jeûne de dix-huit heures.

Krause estime la quantité de lymphe à 1,3 du poids du corps; Ludwig a l/a environ. Des évaluations exactes sont impossibles.

Ganglions lymphatiques. — Les ganglions constituent chez l’adulte des centres générateurs de lymphocytes. Il suffit <1 examiner une préparation de glande lymphatique pour constater, d'une part, la multiplication par voie karyocinétique de ces cellules lymphatiques au sein des centres germinatifs, d’autre part, leur pénétration dans les sinus lymphatiques.

tr. -

-cm.

193 Portion de la substance médullaire d'un

ganglion Igmphatique après injection interstitielle cle nitrate d’argent. Figure réelle: oc. 2, obj. 4, Stiassnie.

cl, cloison connective ; cm, cordons médullaires ; l, leucocytes; tr, tissu réticulé; v, vaisseau (d’après Yialleton).

Grâce aux leucocytes qu’ils renferment, les ganglions constituent une sorte de barrière, de rempart défensif contre les agents figurés qui tendent à envahir l’organisme. Le gonflement des ganglions

dans les infections montre assez à cet égard leur importance. Lorsqu on injecte des globules rouges ou tout autre élément figuré dans le péritoine, les coips étrangers sont englobés par des macrophages qui les emportent et les accumulent dans les ganglions de l’épiploon et du mésentère (Metchnikoi i

Manfredi a trouvé que les ganglions de l’homme et des animaux renieraient souvent des microbes pathogènes ou non. L’injection simultanée de cultures. et de suc ganglionnaire atténue l’infection (Manfredi).

Il est possible que les ganglions modifient la composition chimique de la lymphe qui les traverse. D’après Gmelin, Colin, la lymphe d origine intestinale, recueillie avant son passage à travers les ganglions, ne contiendrait pasde fibrine.

LYMPHE. — LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN

Pendant la digestion la graisse se distribue dans les ganglions mésentériques d'une manière irrégulière et y subit des modifications. La graisse en émulsion circule dans le système caverneux du ganglion en partie à l’état libre et en partie à l’intérieur des cellules migratrices. Grâce aux éléments mobiles du sang, elle pénètre même dans l’intérieur des follicules. En même temps qu’elle circule

Fig. 191. — Coupe sagittale d'un ganglion lymphatique (schéma, d’après Yialletox).

La capsule c envoie dans l'intérieur du ganglion des cloisons cl, déterminant des loges dans lesquelles les follicules clos /"sont placés, maintenus parle tissu réticulé tr. Les follicules forment la substance corticale des ganglions. Ils émettent vers le centre de ce dernier des prolongements cylindriques, les cordons médullaires, cm, qui. anastomosés entre eux, et s’entrecoupant de mille manières avec les cloisons, forment la substance médullaire. A droite, on a représenté la circulation dans deux follicules et dans les cordons médullaires. Les lymphatiques afférents et efférents sont aussi indiqués : c, capsule conjonctive; cl, cloisons ; cm, cordons médullaires; /', follicules clos; la, lymphatiques afférents; le, lymphatiques efférents; s, sinus péri folliculaire ; tr, tissu réticulé ; a, artère ; v, veine; vf, vaisseau du follicule ; vm, vaisseau des cordons médullaires.

elle se transforme ; d’abord colorable en noir par l’osmium, elle devient peu à peu moins colorable (Poulain).

Les ganglions lymphatiques contiennent 0sr,06 à 0sr,58p. 1000 de fer(GuiLLEmonat et Delamare).

V ïalleton et son élève Fleury ont démontré que les ganglions opposent chez les Mammifères une assez grande résistance aux liquides injectés et par conséquent au cours de la lymphe. Chez les Oiseaux cette résistance est nulle par suite de la simplicité de structure des ganglions chez ces animaux. Il est remarquable que l’imperméabilité relative des ganglions chez les Mammifères coïncide avec l’apparition de valvules sur les troncs lymphatiques. Yialletox, qui a établi ce rapprochement, estime que les valvules en maintenant la lymphe en amont des

LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

ganglions lui permettent de s'y accumuler jusqu’au moment où elle atteint la pression qui lui est nécessaire pour les traverser.

B. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

Historique. — L’étude du liquide céphalo-rachidien a été ébauchée par Willis, Vieussens, Cotugno (1784), puis reprise par Magendie, un des premiers (1825). Depuis que Qcincke en 1890 a démontré qu'il était possible d’obtenir le liquide céphalo-rachidien sans mutilation importante chez l’homme, l’étude de ce liquide a pris une grande importance; on a reconnu que les caractères du liquide céphalo-rachidien pouvaient constituer un élément important pour le diagnostic.

Topographie. — Le liquide céphalo-rachidien existe entre la pie-mère et l’arachnoïde et enveloppe de toute part la moelle et le cerveau.

Le canal épendymaire et les ventricules latéraux du cerveau contiennent un liquide assimilé au liquide céphalo-rachidien. Les deux nappes, extérieure et intérieure, communiquent, au moins chez certaines espèces, à des époques déterminées du développement et même, chez l'adulte, par les trous de Magendie et de Luschka situés sous le vermis du cervelet immédiatement en arrière de la région bulbaire postérieure.

Moyens de l’obtenir. — Chez l’hommect les animaux on peut, sans mutilation importante et sans danger, donner issue au liquide céphalo-rachidien en perforant le grand cul-de-sac sous-arachnoïdien de la queue de cheval (Quincke, 1 890) . La ponction est pratiquée chez l'homme entre la cinquième et la quatrième vertèbre lombaire sur une ligne transversale qui réunit entre elles les deux crêtes iliaques. Pour augmenter les chances de succès, on exagère la courbure de la colonne vertébrale sous le sommeil anesthésique. D astre, Cavazzani ont imaginé des canules permettant de recueillir le liquide chez le chien par une (istule pratiquée entre l’occiput et l'atlas.

La soustraction du liquide cérébro-spinal peut amener la paralysie respiratoire, la diminution delà durée et de la vivacité des réflexes (Krônig, Gumprecht, Küruringer, Lichtsiieim, Sega; cons. Mongour, Biologie, 1003, 1361 .

Chez l'homme, l’écoulement spontané du liquide céphalo-rachidien à l'extérieur a été observé : temporairement par le nez ou l'oreille dans des cas de fracture du crâne; pendant des mois et même des années par le nez (probablement à travers les gaines des filets de l’olfactif et la lame criblée de l’ethmoïde), sans qu’il existe d’autre état pathologique ni une altération appréciable de la santé (Tillaux, 1877 ; Saint-Clair Thomson, 1890).

LYMPHE. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

Constitution. — Le liquide céphalo-rachidien n est pas toujours identique à lui-même; il varie aux différents moments de la journée (Cavazanni, Saint-Clair Thomson) et suivant un certain nombre de conditions encore mal déterminées.

Analyses du liquide cérébro-spinal [Nawratski].

CAS

Page 1