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I. Plan de partage entre les deux règnes vivants

Si, en examinant les choses de ce point de vue, nous prenons, comme on le fait vulgairement, l’entrée des voies digestives pour le plan de partage qui sépare l'animal du végétal, nous commettons une erreur topographique. Le plan de partage est en réalité marqué par la muqueuse intestinale, les réactions digestives qui décomposent les tissus et substances alimentaires étant en quelque sorte extérieures à l’organisme. Le déplacement de cette limite ne paraissait, il est vrai, pas beaucoup modifier les termes du problème, tant qu on a pu croire que les aliments ne subissaient dans le tube diges tit qu une transformation peu profonde, limitée ou à peu près à une hydrolyse, et que les substances absorbées sont ainsi peu différentes de celles ingérées. Mais les idées sur ce point sont en train de se modifier, à la suite d’expériences qui montrent que la décomposition digestive est poussée jusqu’à la production de corps cristallisés, qui sont ceux qui représentent l'azote absorbé.

II. État initial vrai de l’azote dans les animaux. — La forme initiale de l'azote n est donc plus , dans les animaux , /’ albumine ou des albuminoïdes de transformation , comme les différentes peptones, mais des corps en réalité beaucoup plus simples. Ces corps, pendant leur traversée à travers la membrane digestive, recomposent de suite, par voie de synthèse, les albuminoïdes du sang et du chyle et c’est cette recomposition immédiate qui a fait croire à une absorption d'albuminoïdes en nature. La question est donc tout

LES CORPS CONSTITUANTS ; LES ÉNERGIES EMPLOYÉES

d’abord de prouver que cette décomposition suivie de recomposition est réelle.

Action des ferments pepsique et tryptique. — Pour se

rendre compte de l’action complète des ferments digestifs, quelques auteurs ont institué des digestions artificielles prolongées pendant des semaines et des mois.

a. Digestio?i pepsique. — On voit dans ces conditions que la digestion pepsique elle-même ne s’arrête pas à la formation de peptones, mais se poursuit jusqu’à la formation de leucine, tyrosine, lysine, putrescine et cadavérine (tétra et pentaméthylènediamine). (Lawrow, Zuntz, Lanystein). L’absorption stomacale comparée à celle de l’intestin est, comme on sait, très faible. Cette absorption peut néanmoins s’exercer dans une certaine mesure sur les produits cristallisables, ainsi qu’on s’en assure en plaçant les produits de la digestion dans un estomac isolé par ligature, et c’est ce qui explique comment ces produits ne se rencontrent guères dans la digestion gastrique normale, étant résorbés à mesure de leur production.

b. Digestion tryptique. — L’étude de la digestion tryptique faite dans les mêmes conditions par Kutscher, lui a montré que les albuminoïdes, après leur transformation en peptones, sont à peu près complètement amenés à l’état de corps cristallisables : leucine, tyrosine, lysine, arginine, histidine, ammoniaque, acide asparaginique et glutaminique. La tyrosine subit même une nouvelle transformation qui l’amène à l’état d’oxyphényléthylamine (Emerson), par perte d’acide carbonique.

Dans les digestions artificielles, cette désagrégation de l’albumine exige, ainsi qu’on voit, pour être complète, un temps très prolongé. Toutefois, dès les premières heures, les produits caractéristiques commencent à apparaître. Dansles conditions de la digestion normale, la décomposition est beaucoup plus rapide et quelques heures après l'ingestion des aliments, les produits cristallisables commencent à apparaître en grande quantité dans l’intestin.

III. Reconstitution synthétique des produits de la digestion. — Les corps cristallisables ainsi formés aux dépens des albuminoïdes et résorbés par la muqueuse intestinale ne se retrouvent pas dans le sang de la veine porte ni dans le chyle et pas même dans la paroi intestinale. On en a conclu que ces substances doivent, dans l'épaisseur même de la muqueuse, reconstituer par synthèse des substances albuminoïdes analogues à celles d’où elles proviennent. Cette hypothèse est corroborée par le fait observé par Lôwi que les corps cristallisables en question peuvent être subs-

AZOTE

li tués avec succès aux albuminoïdes dans l’alimentation. Ayant obtenu par une autodigestion de pancréas un mélange de ces corps, cet auteur a pu, en faisant ingérer ce mélange à un chien, maintenir pendant cinq semaines cet animal en équilibre azoté, en même temps que le poids du corps montait de quelques centaines de grammes.

Spécificité des principes immédiats des êtres vivants. —

Une autre raison plaide encore en faveur de la formation synthétique de l’albumine dans le corps des animaux : c’est ce fait que chacun d’eux a ses substances albuminoïdes en quelque sorte spécifiques. Ces corps se ressemblent d un animal à 1 aulie assez étroitement pour paraître identiques, si on en juge d après leurs réactions chimiques ; et néanmoins, l’albumine d’un animal injecté dans l’organisme d'un autre s’y comporte comme un corps étranger. Elle y provoque (par réaction défensive) la formation d’une substance qui a le pouvoir de produire sa coagulation. L’animal n’utilise donc pas tels quels les produits du dehors, si semblables soient-ils aux siens propres. 11 les décompose, et les recompose afin de leur donner 1 individualité particulièie qui les

fait siens.

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