CHAPITRE
L’ÉVOLUTION ÉNERGÉTIQUE ; LA GLYCOGÉNIE
Le corps qui dans l’organisme remplit la fonction énergétique, c’est le carbone ; la forme chimique autour de laquelle il évolue dans cette fonction, c’est le sucre ; le corps qui par son conllit avec lui manifeste cette fonction, c'est Y oxygène. L’évolution énergétique se trouve comme condensée dans ces trois termes correspondant à des fonctions dont les noms usuels rappellent mieux à l’esprit la complexité et les détails et qui sont : Y alimentation , la glycogénèse , la tliermogénèse.
Historique. — Les origines de l’énergétique animale se confondent avec celles de la chimie scientifique. Ce chapitre de la physiologie s’inaugure avec Lavoisier et Laplace. Il se constitue avec Cl. Bernard. Dans ses grandes lignes il se parachève à notre époque, sous nos yeux. Et, s’il est difficile d’assigner à des travaux contemporains leur exacte valeur, on ne peut nier que l’œuvre des
LA GLYCOGÉNIE HÉPATIQUE ET LA GLYCÉMIE
auteurs précédents n'ait trouvé une sorte de synthèse et de complément dans les travaux de Chauveau et de son école.
Évolution de la matière sucrée des animaux. — Le point en quelque sorte nodal de l’énergétique biologique, celui duquel on entrevoit le mieux les grandes lignes du sujet, en même temps que les multiples croisements des phénomènes évolutifs qui le compliquent à tous les stades de son développement, c’est l’origine et la destination de la matière sucrée chez les animaux, la glycogénèse envisagée au point de vue à la fois somatique et cellulaire. Vers (die convergent toutes les évolutions nutritives particulières depuis la digestion ; d'elles dépendent, d’une façon directe ou indirecte, tous les phénomènes énergétiques de l’organisme. C’est elle qui, dans l'état encore incomplet de nos connaissances, nous permet de faire l'unité dans la nutrition.
Anciennes idées sur la nutrition. — Pour comprendre jusqu à quel poinl cette unité était insoupçonnée dans l’époque qui s’étend de Lavoisier à CL Beryvrd, il suffit de rappeler les oppositions que rencontrèrent les faits sur lesquels elle est établie. Pour les auteurs de cette époque, les opérations de la nutrition se bornent à peu de chose près àcellesde la digestion. La chimie vivante, celle qui s’opère au sein des tissus pour reconstituer ce qu ils perdent sans cesse, cette chimie proprement assimilatrice leur est inconnue; bien plus, ils la jugent inutile. A leurs yeux, c’est le végétal qui en est chargé, a 1 exclusion de 1 animal qui accepte tout formés les principes immédiats de ses aliments. L assimilation se réduit ainsi à une simple transposition chimique, en raison de laquelle le sang et les tissus ne peuvent contenir que ce qui était préalablement dans les aliments. Dans le cas d’alimentation sucrée ou grasse, le sang et les tissus contiendront du sucre et de la graisse; sinon, ces principes immédiats y feront défaut. — Sion démontre que la présence de ces corps dans les tissus ouïe sang, est indépendante de l’alimentation, la théorie de la transposition s écroule el, de conséquence en conséquence, nous arrivons à une doctrine nouvelle très dilférente de ces vues primitives. Cette démonstration a été donnée par Cl. Bernard en ce qui concerne le sucre. Cette substance s’élabore dans l’organisme animal, d’une façon constante, au dépens de principes qui ne sont pas nécessairement les substances sucrées. C’est ce qu'il faut d’abord mettre en relief; c’est l'histoire delà glycogénie.
A. — LA GLYCOGÉNIE HÉPATIQUE ET LA GLYCÉMIE
Glycogénèse chez les animaux. — Dans une première série d’expériences, Cl. Bernard démontra qu’il existe chez les animaux un organe, le foie , qui constamment contient un sucre ayant les propriétés du /lycose , et cela indépendamment de l alimentation.
Ce sucre déversé dans les veines sus-hépatiques et par celles-ci dans la veine cave, les artères pulmonaires et le poumon, était censé disparaître à ce mveau par oxydation en contact de 1 oxygène de la respiration. Chauveau montra de bonne heure que le sang artériel de la grande circulation contient du glycose et qui' le lieu de l’utilisation de cette substance est, non dans le poumon,
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mais dans les capillaires généraux. Cl. Bernard accepta cette rectification et s’attacha plus tard à démontrer la constance de la glycémie artérielle, au milieu des variations dues à l’espèce animale, à son alimentation, et à la plupart des conditions physiologiques. 11 lit également quelques déterminations montrant clairement la disparition partielle de la matière sucrée du sang dans les capillaires généraux au contact des tissus.