LIVRE II
FONCTIONS CELLULAIRES
La cellule est un organisme en miniature. Cet organisme est susceptible d'entrer comme élément composant dans les organismes d’un ordre supérieur. En y entrant il garde quelque chose de l’individualité et de l'indépendance que nous lui voyons quand il vit à l’état isolé; mais de cette indépendance il perd néanmoins la plus grande partie. Par contre, il acquiert de nouvelles aptitudes, ou plutôt il accentue certaines de celles qui lui sont inhérentes. A mesure qu'il se multiplie, ses descendants développent ces aptitudes nouvelles dans des sens différents et en quelque sorte complémentaires, pour l’édification des systèmes qui assurent les fonctions de l’organisme que leur association compose. Le protoplasme d’abord uniforme se différencie visiblement dans certaines de ses parties et ces changements dans sa structure vont de pair avec des différenciations de son dynamisme général.
Chacune de ces différenciations représente une fonction particulière, qu'on pourrait appeler spécifique, si ce mot ne prêtait à certaine confusion. Ces fonctions sont dites cellulaires , parce qu’elles sont exercées par des cellules ou mieux par des organes de la cellule adaptés à les remplir. Elles ne sont pas le tout de la vie cellulaire, mais une certaine partie du complexe qui la représente, et qui a acquis, dans chaque variété différenciée des cellules de l’organisme, une amplification et un perfectionnement en rapport avec les conditions elles-mêmes plus complexes de la vie de cet organisme d'un ordre supérieur. Par les rapports quelles contractent entre elles, elles constituent à leur tour des groupements nouveaux, multiples et étagés, auxquels je donne le nom de fonctions systématiques. Il importe de bien distinguer ce qui revient à la cellule isolée d’avec ce qui appartient aux associations qu'elle est susceptible de former, en se groupant avec d’autres variétés auxquelles elle prête un secours analogue à celui qu’elle reçoit d’elles, ce qui est le principe même de ces associations.
FONCTIONS CELLULAIRES
Trois types de fonctions cellulaires. — Vues parleur détail, les fonctions que nous appelons cellulaires sont extrêmement nombreuses. Nous pouvons les ramener toutefois à trois types généraux, qui sont représentés d’une façon évidente et en apparence exclusive dans certaines variétés de cellules, bien qu’à des degrés très variables elles soient l'attribut de tout élément cellulaire. Ce sont : 1° la contraction, qui se manifeste avant tout dans le tissu musculaire ; 2° la sécrétion, qui est l’apanage des éléments épithéliaux glandulaires ; 3° la transmission de V excitation, qui est le fait des éléments nerveux. La première est une fonction essentiellement énergétique, dont l’existence est en vue du mouvement qui joue un si grand rôle dans la vie des animaux. La seconde vise les transformations matérielles de la substance organisée, transformations elles-mêmes du reste liées aux manifestations énergétiques qu’elles préparent ou qu’elles accompagnent. La troisième est celle d’éléments qui eux aussi transforment de la substance et dégagent de l’énergie; mais leur spécificité fonctionnelle ne leur vient pas de làet cela d’autant moins qu’au pointde vue quantitatifees transformations et ces dégagements sont extrêmement peu de chose. Elle leur vient du pouvoir qu’ils ont sur les autres éléments de les faire passer de la phase que nous appelons du repos à celle dite d’activité ou de manifestation extérieure de leur aptitude propre.
Ainsi qu’on voit, cette dernière fonction est importante, puisqu’elle résume les autres fonctions sous une forme extrêmement abrégée ou condensée. Sa présence dans un organisme est symbolique de l’état de perfection ou de complexité de celui-ci ; son développement va de pair avec un perfectionnement progressif. Mais ce qui fait sa puissance, ce n’est pas seulement le pouvoir qu’ont les éléments qui la représentent sur les autres éléments, c’est celui qu’ils se ménagent les uns sur les autres, dans leur organisation en un système d’une complexité et d’une précision extrême, le système nerveux duquel, dans les animaux supérieurs, tout dépend et qui tire des forces qu’il gouverne un si merveilleux emploi.
L’étude du système nerveux, en tant qu’elle en considère les éléments, rentre dans celle des fonctions cellulaires ou élémentaires; en tant qu’elle envisage les principaux groupements de ceux-ci, elle appartient manifestement aux fonctions systématiques. L’exposition des fonctions d’ensemble du système nerveux évoque nécessairement toutes les fonctions de la vie, puisque ce système est le lien le plus évident, qui la crée en quelque sorte parla coordination qu’il établit entre les organes. L’étude de l’innervation peut donc servir de transition entre les fonctions élémentaires et les fonctions
systématiques. En raison de son importance elle constitue à elle seule une partie importante de la science physiologique, telle que nous la comprenons présentement.
D’autre part, les fonctions cellulaires, quand elles aboutissent, comme chez les animaux supérieurs, à un organisme de grande complication, ne peuvent se comprendre sans un milieu lui-même complexe (le sang et la lymphe) qui, par les éléments cellulaires que ce milieu renferme, est lui-même l’équivalent d’un tissu (à éléments mobiles), dont la description s’impose à côté ou àla suite des types d'éléments cellulaires considérés en physiologie générale. L’étude de ce milieu terminera ce volume, celle des éléments nerveux est placée en tète de l’étude systématique de l’innervation pour ne point séparer des notions qui ont entre elles une étroite connexité.