II. — Changements après l'émission
Troubles et sédiments. — Quand Turine est un peu concentrée, elle laisse, par les temps froids, déposer des urates, de Toxalate, du mucus, qui tombent au fond du vase, avec des cellules épithélialos, desquamées des voies urinaires, et forment les sédiments de Turine. Ceux-ci peuvent, dans les maladies diverses, se grossir de nombre d'autres éléments, globules rouges ou blancs à divers états d'altérations, filaments de fibrine, cylindres hyalins ou épithéliaux du rein, globules de pus, etc., etc.
Altération de la composition. — La réaction acide normale subit parfois dans l'urine laissée dans les vases une légère augmentation. Elle est due à Taction de champignons (spécialement un schizomycèle) qui, par décomposition de certaines substances constituantes de Turine, telles que le pigment, la mucine, mais surtout le glycose quand il y en a, se tirent des acides comme Tacide lactique, Tacide acétique, butyrique ou formique, lesquels à leur tour déplacent les acides normaux de Turine en augmentant Tacidité ; c'est la fermentation acide, fait plutôt exceptionnel.
Fermentation ammoniacale. — D'une façon constante, lorsqu'elle est laissée à Tair, Turine, après un temps variable suivant la température, perd son acidité et prend une odeur ammoniacale.
C'est l'urée qu'elle contient qui, sous l'action de ferments divers (généralement le micrococctis urese, le bacterium ureœ) se transforme en carbonate d'ammoniaque (Pasteur, Van Tieghem, Leihe).
C0.(AzHS)2 -h ÎH»0 = CO'.CAzH*)»
Urée. CarboQ. d'ammoniaque.
Fig. 148. — Micrococcus ureœ de Van TiECHEM{d*après A. Galtier).
Ces ferments sécrètent une diastase qui est l'agent direct de ce dédoublement. Ces micro-organismes pullulent souvent naturellement, surtout en été dans les urinoirs; ils sont, du reste, faciles à cultiver; on peut en retirer leur diastase et l'isoler par précipitation avec l'alcool (Muscuïxs).
1. Altérations secondaires. — A mesure que la réaction change dans Turine par la transformation de son urée en carbonate d ammoniaque, les carbonates et phosphates terreux se précipitent, il y a formation de dépôtd urçite d'ammoniaque et de phosphate ammoniaco-magnésien. La fermentation ammoniacale entraîne ainsi le trouble de l'urine et Taugmentation de ses sédiments.
Fermentations intra-vésicales. — Dans la vessie Turine est à Tabri des germes et des diastases transformatrices de Turée; aussi la fermentation ammoniacale ne s'y déclare-t-elle qu'autant que des germes, assez nombreux dans lair, y sont introduits du dehors, en général par des sondes non aseptisées. Caze.neuve et Liyon ayant détaché la vessie pleine, sur un animal récemment sacrifié, après ligature du col pour y enfermer l'urine en vase clos, trouvèrent l'urée inaltérée après plusieurs jours : preuve évidente qu'elle ne se transforme pas spontanément.
La fermentation ammoniacale, qu'on observe parfois dans la vessie sur le vivant, réclame, pour s'établir d'une façon durable, deux conditions, à savoir: 1° l'apport des germes venant de l'extérieur et 2<> la préexistence d'une altération des parois du réservoir (catarrhe vésical) qui fournit, parla destruction de l'épithélium, les matériaux nutritifs (peptone) qui permettent aux microbes de se fixer à demeure et de pulluler en quantité suffisante.
Conservation des urines après l'émission. — Pasteur a montré depuis longtemps que l'urine, recueillie dans des vases parfaitement aseptiques, et protégée contre les germes de toute provenance, qui tendent à l'envahir quand elle est laissée à l'air, se conserve indéfiniment sans putréfaction. Tous les moyens de conservation employés ou préconisés, dérivent decette observation première ; stérilisation par le chauffage à 120<", annihilation de l'action des ferments par des substances antiseptiques qui ne dénaturent pas trop la composition du liquide à analyser; addition dans un litre et demi d'urine de 2 centimètres cubes d'une solution à 1 p. 10 de cyanure de mercure, ou d'une solution contenant pour 100 grammes d'eau 10 grammes de sublimé et i gramme de chlorure de sodium.
2. Lithiases urinaires, concrétions, sables, graviers, calculs. — Les conditions d'équilibre chimique qui maintiennent en dissolution dans l'urine
des corps aussi peu solubles que l'acide urique, les urates, les phosphates et les oxalates terreux sont d'une réalisation à la fois complexe et délicate. Lorsque l'organisme,
Fig. 149. — Calcul d*acide urique^
Fig. ISO. — Calcul d'oxalate de chaux avec couches pigmentées (d'après A. Gautier).
dans certains étals perturbalifs de sa nutrition, vient à s'en écarter, ces corps se déposent à l'état solide dans les voies urinaires (bassinet, uretère, vessie); ils y forment des concrétions que, suivant leur aspect ou leur volume variable, on désigne sous le nom de sablCf gravier^ calculs urinaires.
MoRAT et DoTON. — Physiologie. IV. — 3i
Fig. 151. — Calcul de phosphate de chaux, déposé autour d'un noyau, précédemment brisé, d'acide urique (empruntée à Gautier).
Des concrétions de faible volume, par leur arrêt dans la vessie, peuvent servir de noyau à des dépôts successifs, se superposant par couches concentriques et pouvant atteindre le volume d'un œuf et même davantage. Des corps étrangers peuvent jouer ce rôle de noyau. Certains calculs sont formés à leur centre
d'un noyau qui n'a pas la même nature chimique que l'enveloppe. C'est l'indice que des conditions intercurrentes (telles qu'une inflammation vésicale;, sont intervenues pour changer la nature des dépôts en voie de formation : exemple, un noyau d'urate peut se rencontrer dans certains calculs phosphatiques.
Les espèces les plus fréquentes sont les sui van tes : a) les calculs uratiques^ de couleur généralement rouge brune; couches concentriques; donnent la réaction de la murexide ; 6) calculs oxaliques, très durs, muriformes, avec nombreuses aspérités; insolubles dans l'acide acétique, solubles dans l'acide chlorhydrique sans effervescence; après incinération donnent la réaction des sels calciques; c) calculs phosphatiques, couches concentriques; solublesdans l'acide acétique sans dégagement de gaz; le phosphate ammoniaco- magnésien dégage de l'ammoniaque à la chaleur, les phosphates calcaires sont infusibles. Le carbonate de chaux, rarement mélangé aux calculs précédents, se reconnaît au dégagement d'acide carbonique avec les acides.
Les calculs formés de substances organiques, tels que la cystine, laxanthine, sont beaucoup plus rares.
3. Toxicité urinaire — Bouchard a montré que lorsqu'on injecte de l'urine dans les veines d un animal (généralement lapin, cobaye) avec les précautions d'usage, celte urine se comporte comme un poison ; elle produit du myosis, de l'accélération de la respiration, de la diurèse, de l'hypothermie. Et si la dose atteint une certaine valeur, l'animal meurt dans le coma ou avec de légères convulsions.
Urotoxie ; coefficient urotoxique. — Entre le poids de l'animal ainsi intoxiqué et le poids vif d'animal qui a excrété l'urine intoxiquante, il y a un rapport déterminé. On appelle urotoxie la dose d urine qui tue un kilo d'animal et coefficient urotoxique la quantité d'urotoxies produite par chaque kilo vif d'animal en vingt-quatre heures; ainsi, comme exemple, un homme normal fabrique en vingt- quatre heures une quantité de poison urinaire suflisanle pour tuer 464 grammes de matière vivante ; il mettrait cinquante-deux heures à fabriquer la quantité de poison suffîsante pour se tuer lui-même.
Principes toxiques multiples. — Celle toxicité reviendrait pour les 3/4 aux sels de potasse, pour 1/4 aux matières organiques (telles que substances colorantes, matières extractives, ptomaïnes (Bouchard et Charrin).
Urine dans la veille et dans le sommeil. — L'urine de la veille est plus toxique que celle du sommeil, elle représentera par exemple 31 urotoxies, pendant que celle du sommeil en représentera 8. L'urine de la veille est narcotique, celle du sommeil convulsivante ou tétanique ; l'état de veille et ensuite celui de sommeil seraient favorisés, sinon déterminés, parla nature changeante et alterne de certains déchets, qui se créeraient et s'élimineraient périodiquement à tour de rôle. Les poisons solubles dans l'alcool déterminent la somno-
lenceet le coma, ceux solubles dans Teau produisent le myosis, les convulsions, rabaissement de la température.
Variation dans les maladies. — Le coefficient urotoxique est généralement augmenté et varie dans les diverses maladies ; depuis les premières recherches de Bouchard de nombreux travaux ont été faits pour déterminer sa vafeur dans les différents cas. Quand il y a insuffisance rénale (altération organique ou fonctionnelle des reins), l'organisme subit les effets des poisons sécrétés par lui : ce qui concourt à aggraver la marche et le résultat final de certaines auto-intoxications,
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