‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 23 sur 226 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C*est à Lavoisier que nous devons les notions fondamentales sur lesquelles repose la théorie de la respiration. Elles font partie, dans son œuvre, d'un ensemble qui embrasse la philosophie naturelle tout entière. — L'ancienne doctrine des quatre éléments définitivement ruinée ; la constitution de la matière établie sur des conceptions nouvelles ; la notion des trois états des corps substituée à celle de leurs qualités \ Ténergie (le feu, Timpondérablc) distinguée de la substance (la matière pondérable), avec laquelle elle était confondue ; Tinvariabilité du poids (la constance de la masse) proclamée comme l'axiome directeur d'où allait découler la chinaie moderne : voilà ce qui, plus que les faits particuliers sur lesquels elle s'appuie, caractérise la grandeur de cette œuvre, et la signale comme une des étapes de l'esprit humain.

Par leur généralité même et leur universalité, ces lois et ces conceptions embrassent la physiologie au milieu des autres sciences de la nature, en môme temps qu'elles l'éclairent, si l'on peut dire, jusque dans ses profondeurs. Les ténèbres épaisses qui enveloppaient jusqu'alors les fonctions primordiales de l'être vivant, la respiration, la nutrition, la formation de la chaleur animale, actes dont on ne saisissait que le côté tout extérieur et grossièrement apparent, sont tout d'un coup dissipées. Le physiologiste est ainsi conduit, avant qu'il soit question de cellules ou d'éléments anatomiques, aux éléments véritables de tous les corps vivants ou non, à ceux dont les transmutations incessantes sont la condition première de l'entretien de la vie. De ce fait, sa science est rattachée au tronc commun des autres sciences, et s'alimente désormais aux mêmes racines.

Les précursears. — La grandeur de ces résultats et retendue de ces conquêtes ne doivent pas nous faire oublier ceux qui les ont préparés parleurs découvertes de détail ou par des conceptions qui se rapprochent partiellement de la Mgr AT et Doyor. — Physiologie. IV. — 1

vérité. ÂRisTOTE sait qu'une vessie pleine d*air est plus lourde qu*une vessie vide. ToRRiCELLi invente le baromètre et Otto de Gericke la machine pneumatique, deux instruments indispensables pour la mesure et la manipulation des gaz.

Les physiciens de rAccADEMiA del Cimento établissent la nécessité de l'air, en montrant que les animaux meurent dans le vide.

Jean Bernouilli voit de même que les poissons meurent dans une eau dont on a chassé les gaz par ébullition. Robert Boyle démontre la nécessité, non plus seulement de la présence, mais du renouvellement de Tair. Josepq Black (en 1757) reconnaît qu'en soufflant dans l'eau de chaux on y détermine un trouble, tenant à un précipité identique à celui qu'y donne l'air fixe (l'acide carbonique) qu'il avait découvert en le séparant de l'air ordinaire, gaz que donne également la fermentation du vin et la combustion du charbon, et qui avait été reconnu antérieurement déjà par Van Helmont.

Les anciennes théories. — En fait d'explications théoriques des phénomènes de la respiration, les anciens prennent le plus souvent un fait accessoire pour la condition essentielle de la fonction. Les explications sont tantôt d'ordre purement mécanique, comme celle qui attribue pour rôle à l'air respiré de déplisser le poumon pour y faciliter la circulation du sang; ou celle des iatromécaniciens qui voient dans les mouvements de la respiration un brassage du sang capable de lui rendre sa rutilance, comme lorsqu'on l'agite dans un vase ; mais sans soupçonner que la cause de la rutilance est, dans un cas comme dans l'autre, due à l'oxygène, dont ils ignorent l'existence et les propriétés ; tantôt d'ordre physique, comme celle d'ARisTOTE, qui assigne à l'air un rôle rafraîchissant à l'égard du sang, rôle réel, mais très accessoire ; tantôt dynami(}ues ou vitales, c'est-à-dire étranges et extrascientifiques : tantôt chimiques enfin, et ce sont celles qui, du moins avec J. Mayow, se sont le plus rapprochées de la vérité. Cet expérimentateur admettait la présence dans l'air d'un principe nitrO'Otiritn, que l'air céderait au sang en le rendant rutilant, et qui serait le même que celui qui se combine avec les métaux pendant la rouille ou la calcination de ceux-ci. Ce principe sera, un siècle plus tard, l'oxygène isolé de l'air par Priestlev, Scheele, Layoisier.

Les termes mêmes employés par Mayow monlrent toute la différence qui sépare sa conception ébauchée do celle du créateur de la chimie. L'esprit nitroaérien était le générateur supposé du nitre aérien, esprit contenu dans l'air, dont il était censé produire l'élasticité. « Ces vues extraordinaires et presque divinatrices n'étaient que de simples intuitions, dénuées de démonstrations et prématurées. Elles n'étaient pas mieux établies que tel système absurde, proposé au même moment par les contemporains. Aussi demeurèrent-elles sans écho, et furent-elles bientôt oubliées. » (Bertheiot, La révolution chimique^ Lnvoisier, p. 177).

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