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La sensation spécifique ou de tonalité auditive

L Champ auditif. — Nous avons un champ auditif comme nous avons un champ visueL Au lieu de s'étendre en face de nous comme ce dernier, il est situé latéralement à la façon d'un cône extrêmement évasé dont Taxe est dans le prolongement du conduit auditif et dont la base est en dehors. En réalité, nous avons deux champs

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auditifs, un pour chaque oreille, mais, au lieu que les champs visuels de chacun des deux yeux se superposent, de manière à n'en faire qu'un, les champs auditifs sont diamétralement opposés. Ils se recouvrent toutefois partiellement, de manière à combler la lacune qu'ils tendent à laisser, soit en avant, soit en arrière. C'est en arrière que cette lacune est le plus évidente ; c'est en arrière de la tête que la surdité commençante s'accuse tout d'abord, comme c'est dans le prolongement de Taxe du conduit auditif que l'audition persiste le plus longtemps (Gellé).

Cette orientation en sens inverse des champs auditifs des deux oreilles crée des conditions particulières à l'audition binauriculaire et la rend très différente de la vision binoculaire. Elle supprime certains des avantages de cette dernière ; elle en crée néanmoins quelques-uns nouveaux. Par le fait de la latéralisation du son, dans l'extérioration qui s'en fait pour nous, nous avons un premier renseignement sur sa provenance, sur sa localisation dans l'espace. Nous nous guidons sur cette indication, ou pour tourner la tête et l'oreille franchement en face du bruit, si nous voulons mieux l'entendre, ou au contraire tourner la tête et les yeux dans sa direction, si nous voulons en voir la cause originelle : cela par un acte d'orientation motrice volontaire instinctive (Gellé). Ce mouvement est comparable à celui que nous faisons avec les yeux pour placer l'image des objets sur la partie centrale de la rétine. Mais, quelle que soit la direction de la tête et de l'oreille, et sans qu'il soit besoin de faire intervenir aucun changement dans leur position, nous avons le moyen de reconnaître la direction de l'onde aérienne qui nous arrive.

L'appareil analyseur de la direction de Tonde excitatrice est dans Toreille interne, dans le labyrinthe et spécialement dans les canaux demi-circulaires (Bonnier). On a vu plus haut comment cette analyse se fait et comment lappareil analyseur de la direction de l'onde est distinct de l'appareil analyseur de la tonalité.

Audition binauriculaire. — La conscience est une ; elle est en tout cas la caractéristique de notre unité, c'est-à-dire de notre être. Les excitations qui pénètrent dans notre système nerveux, à inesure qu'elles en gagnent la profondeur, se synthétisent en un phénomène sensible qui ne laisse plus distinguer leurs éléments composants, ou tout au moins, qui n'établit de distinction qu'entre leurs groupements principaux et à la condition généralement qu'un effort d'attention les recherche dans le champ de la conscience. Les sons, qui frappent même inégalement nos deux oreilles, nous donnent une seule perception. Cette inégalité dans l'intensité de

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rimpression peut être néanmoins perçue à quelque degré, parce qu*elle se signale par un effet moteur d'orientation ; seulement cette perception n'est pas, le plus souvent, la perception claire, mais une perception obscure dans le genre de celle qui règle les actes réflexes ou automatiques.

II. Fusion des excitations dans la sensation sonore. — Lorsque des vibrations d'une période lente frappent notre oreille, elles agissent comme des excitations isolées et nous les distinguons. Lorsque ces vibrations atteignent une fréquence de seize chocs ou oscillations, nous pouvons encore les distinguer, mais nous n'établissons plus d'intervalle de silence entre eux.

Le système nerveux a donc pouvoir pour les associer dans le temps, comme il a pouvoir d'associer les excitations simultanées des deux labyrinthes et des éléments composants de chacun d'eux A mesure que la fréquence augmente, la fusion devient plus complète ; la sensation est continue.

III. Étouffement des vibrations propres â l'oreille. — L^impulsion fournie à un corps tend, pour peu qu'il soit élastique, à lui communiquer une vibration propre, qui persiste après le choc, même si celui-ci est instantané et non répété. Cette vibration secondaire, si elle existait, fausserait absolument la nature des indications que nous demandons au sens de l'ouïe. Des conditions particulières, mais encore mal déterminées, existent certainement dans le labyrinthe, qui ont pour effet d'étouffer cette vibration secondaire et de n'utiliser que la vibration primaire pour l'excitation des appareils auditifs. La viscosité des liquides déplacés dans des tubes de diamètre capillaire est une circonstance qui peut nous aider à expliquer ce phénomène d'étouffement des vibrations (Bonnier).

Ainsi il y a, à l'origine du cycle nerveux dans l'organe récepteur de l'excitation, des conditions qui font que le mouvement reçu a exactement ou tout au moins sensiblement la valeur, non seulement comme intensité, mais comme durée, du mouvement extérieur communiqué. Mais dans le système nerveux lui-même, l'excitation (transformée en onde de nature nerveuse) a un écho beaucoup plus prolongé, d'où la fusion d^excitations qui se succèdent avec un rythme d'un peu plus de dix à la seconde, et l'unité ou continuité dans le temps de la sensation qui en résulte.

Si un son est trop court, il n'est pas (toutes choses égales) perçu au-dessous d'une certaine durée (Gellé).

IV. Vitesse du développement de la sensation. — L'excitation, pour aboutir au phénomène psychique de la sensation, a besoin de se développer dans le système nerveux. Ce développement, qui

implique des pliénomènes à la fois de succession et d'association si nombreux et si compliqués, demande un certain temps. On a fait des mesures pour évaluer ce temps.

La méthode est générale. On mesure le plus court espace de temps qui s'écoule entre le début d'une excitation auditive et le début d'une réaction motrice faite en réponse à cette excitation. Beacnis donne comme estimation 106 à 159 millièmes de seconde, soit en moyenne et en chiffres ronds 150 millièmes de seconde. Il pourrait tombera 100 par TefTet de rexercice,soit un dixième de seconde. Ce délai est assurément plus long que le temps de propagation dans un trajet nerveux formé d'un seul conducteur. Il prend ses retards dans les transformations multiples et échelonnées, qui s'opèrent dans la substance grise et en particulier dans les transformations cérébrales, qu'on a essayé de dégager des autres supposées suffisamment connues. D'après Richet, ces transformations cérébrales demanderaient un demi-dixième de seconde.

Si des sons de caractères différents (comme les sons articulés de la parole) se succèdent, il faut un certain intervalle entre eux pour que leur perception se fasse nettement, c'est-à-dire pour qu'ils soient reconnus avec leurs caractères. Richet, d'après son expérience personnelle, estime à dix en une seconde la vitesse d'articulation des syllabes qu'on peut ou dire ou penser. C'est cette vitesse même qui limite la perception des mots que nous entendons prononcer. Le retard est de nature psychique. Encore faut-il que notre attention soit en éveil, car un son ou un bruit qui nous surprend subit un retard beaucoup plus grand pour arriver à la conscience. Celle-ci, une fois prévenue, le saisit rapidement s'il vient à se reproduire.

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