IV. Analyse des perceptions d'espace. — Quelque idée
MoRAT et DoYO.N. — Physiolo^^ie. II. — 41
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qu'on se fasse de la modalité et de la nature des excitations qui sont recueillies par les canaux demi-circulaires, la relation de cet appareil avec l'attitude du corps et le sens de Tcspace ne peut être niée. L'onde, quelle qu'elle soit, qui atteint Tensemble des trois canaux, aura sur chacun d'eux, en raison de la disposition relative de leurs plans à angle droit, une action généralement inégale sur chacun des trois et différente, suivant sa propre direction. La notion de cette direction se tire de la valeur comparée des excitations apportées sur chacun des trois canaux. Les mouvements de la tète dans différentes directions, les déplacements du corps en totalité, sont également, pour les différents canaux de droite et de gauche, l'origine d'excitations égales, inégales ou inverses, qui nous renseignent sur les changements de position de la tête et du corps, sur le mouvement de celui-ci et sur l'accélération de ce mouvement.
Avec le sens musculaire, ou avec ce qu'on appelle plus justement les impressions cinesthésiques, nous sommes renseignés sur les déplacements relatifs de nos membres et leurs attitudes segmentaires ; avec les sensations apportées par les canaux demi-circulaires, nous sommes renseignés sur les déplacements de notre corps et ses attitudes par rapport au milieu qui l'entoure. Dans ce sens particulier qu'on appelle le sens de Tespace, une place prépondérante est faite à l'appareil dit auditif et il la doit à un organe distinct de celui qui perçoit les sons ; mais cette place n'est pas exclusive. Le tact nous procure des renseignements du même genre sur les objets qui nous touchent immédiatement. La vue nous en procure sur les objets à distance. Entre ces deux sens et l'oreille, la différence est que la localisation de la cause excitatrice s'y fait par l'appareil sensoriel lui-môme et non par un appareil autre que le sensoriel. La rétine tout à la fois voit et localise les objets (sens visuel de l'espace) ; la peau nous donne la notion du contact et de la place des corps {sens tactile de l'espace). Dans l'oreille, le limaçon entend et les canaux demi-circulaires localisent le bruit entendu [sens auriculaire de Pespace que d'aucuns considèrent comme le seul sens de l'espace).
V. Superposition et synthèse des notions spatiales fournies par chaque sens. — Partout donc où il y a extérioration et localisation de la cause provocatrice de la sensation, il y a notion d'espace, sensation d'espace. Chaque sens, à des degrés divers^ est un sens de l'espace ; mais, de plus, chaque sens double cette notion commune et primordiale d'une sensation spécifique, cest-à-dire irréductible à la sensation qui est propre aux autres sens. C'est par
leur élément spatial commun que ces notions se superposent. C'est par la superposition de ces notions que nous identifions les objets dont les différents sens nous dévoilent les multiples qualités (Bonnier). C'est par des identifications successives que nous passons de la sensation à l'idée, au signe vocal ou graphique qui Texprime, puis de ridée simple à Tidée générale, du concret à l'abstrait.
Orientation objective et subjective. — Les perceptions qui alimentent Iti sens de forientation sont de deux ordres, ou tout au moins peuvent se classeren deux catégories. Les unes nous renseignent sur la situation des objets, leurs rapports entie eux et avec nous et les variations de ces rapports, c'est-à-dire leurs mouvements ou déplacements: elles nous sont fournies par des sens qui, comme la vue, le tact, même Taudition, étant ouverts sur le dehors, reçoivent des ébranlements d'origine extrasomaiique^ directs ou indirects, qui sont ordonnés comme ces objets eux-mêmes ; c'est l'orientation objective. — Les autres nous renseignent sur la position de notre corps par rapport à ces objets et sur les changements de cette position : elles nous viennent en grande partie d'un appareil auquel le sens de l'ouïe est comme annexé, les canaux demi-circulaires et l'utricule, disposés de manière à recueillir des excitations d'origine intrasomaiique du fait des mouvements ou simplement de l'attitude de notre corps ; c'est l'orientation subjective (Bonnier).
La distinction entre l'objectif et le subjectif est ici, comme on voit, tirée non pas de la nature physique ou psychique des phénomènes, mais de la différence anatomique et fonctionnelle des appareils récepteurs des sens. Ce partage n'est du reste pas absolu, puisque le labyrinthe peut nous renseigner lui-même sur la direction des ébranlements qui lui viennent des objets et par là sur la situation de ceux-ci, et que, d'autre part, la sensibilité tactile profonde nous renseigne également sur la situation relative de nos organes et de nos membres.
L'appareil labyrinthique est construit de manière à nous donner une analyse fidèle des mouvements (et même des attitudes) de notre corps, par rapport aux trois dimensions de l'espace. Mais ces trois dimensions ne sont pas choisies arbitrairement. Il en est une au moins sur les trois, la verticale, qui est donnée par la pesanteur et qui représente une force ou excitation à distance, qui définit la position de notre corps par rapport à la terre qui nous supporte ; de sorte que l'orientation subjective est elle-même comme teintée d'orientation objective. Au fond, l'orientation objective et l'orientation subjective se conditionnent mutuellement comme l'action et la réaction, et le trouble de l'une peut entraîner le trouble de l'autre.
Vertige. — Le vertige est défini par Bonnier un trouble de l'orientation subjective, survenant directement ou indirectement. Comme tant d'autres, la fonction d'orientation ne s'exerce correctement que grâce à des liaisons réciproques entre la sensibilité et le mouvement ; d'où il suit que le vertige comprend des phénomènes, les uns sensitifs, les autres moteurs, qui, pris isolément, ne suffisent pas à le caractériser. En ce qui concerne la sensibilité, le vertige peut, comme l'orientation elle-même, être conscient ou inconscient. Toutefois, en clinique, c'est par la sensation spéciale, sui generis, qui l'accompagne qu'on le caractérise habituellement; d'où la définition de Grainger Stewart acceptée par Weill : le vertige est « le sentiment de l'instabilité de notre position dans l'espace relativement aux objets environnants ». En réalité,
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le vertige peut exister sans la conscience du vertige, l'orientation inconsciente (la plus habituelle) pouvant être troublée comme l'orientation consciente (plutôt exceptionnelle).
Formes du vertige. — il peut y avoir vertige par imperception de l'espace (suspension momentanée de toute localisation consciente), par surperception de Fespace (vertige des hauteurs, agoraphobie), par illusion d'espace (illusion d'attitude, de direction), par hallucination d'espace (obsession d'un vide irréel ou d'une attitude ou d'un mouvement irréels) (Voy. Bonmer, Vertige, Bill. Charcot-Debove). •*
Origines diverses da vertige. — Les appareils sensoriels qui, comme ceux de la vue, du tact et surtout les canaux demi-circulaires, fournissent les renseignements les plus importants sur lesquels se guide la fonction d^orientation peuvent, par le dérangement et partant le désaccord de leur fonctionnement, être cause originelle de vertige.
Vertige optique. — Weill énumère une série de circonstances dans lesquelles il peut se produire, pour peu que le sujet soit névrosé : passage binisque de l'obscurité à la lumière ou inversement (Purkijjje), vue de couleui's multiples et chatoyantes ou d'une tenture tapissée de losanges donnant l'illusion du mouvement, passage devant une grille, vue d'une eau courante, d'un corps en rotation, etc., etc.
Vertige labyrinthique ou de Ménière, — Ménière a le premier observé une forme de vertige des mieux caractérisées ayant son point de départ dans des altérations de l'oreille intenie et spécialement du labyrinthe. Notons que les sourds de naissance sont peu sujets au vertige, au mal de mer.
Vertiges d'origine tactile; vertiges mixtes, — Le sens du tact intervient de multiple façon dans l'orientation et l'équilibration. Weill donne des preuves de l'existence d'un vertige du sens musculaire. — Une excitation qui a son point de départ dans un seul sens et souvent dans le domaine restreint d'un seul tronc nerveux, peut s'irradier par propagation aux noyaux sensitifs ou sensoriels voisins (noyaux du nerf vestibulaire) ; d'où tant de vertiges ayant leur point de départ dans Testomac, la muqueuse nasale, le phai^nx, le cœur, l'uretère, etc., et d'où aussi tant de réactions motrices extérieures et intérieures (palpitations, nausées, etc.), qui accompagnent le vertige. — Enfin les excitations peuvent être de plusieurs provenances, comme dans la naupatliie du mal de mer (Voy. Weill, Des vertiges, thèse d'ag, de Paris, 1886).
Non seulement l'excitation anormale peut avoir des origines sensorielles variées et multiples, mais dans un même sens l'altération fonctionnelle peut avoir une place variée dans le cycle et affecter les appareils récepteurs, les conducteurs sensoriels, les noyaux bulbo-méduUaires, le cervelet, le cerveau, d'où autant de vertiges bulbaires, cérébelleuXy cérébraux, etc.