Aphasies par défaut de conduction
L'aphasie, dans ses différentes formes, est déterminée par des lésions de l'écorce, dont nous venons d'indiquer le siège. On attribue à chacune de ces régions un pouvoir de conservation des images, soit sensorielles, soit motrices, qui concourent h la fonction du langage. On semble môme généralement admettre que ces images y sont incluses. Cette façon de comprendre la localisation du langage et de ses mécanismes principaux dépasse les faits. Ceux-ci nous montrent avec évidence que ces régions sont chacune une partie essentielle du mécanisme nerveux du langage. Mais ce mécanisme peut encore être altéré et arrêté dans son fonctionnement par des lésions autres que celles de l'écorce. Pour que l'aphasie se produise, il faut et il suffit que les associations principales qui conditionnent la fonction du langage soient rompues. En quelques points, cette rupture est réalisée par la destruction de certaines régions de l'écorce; mais elle peut l'être aussi par l'interruption des faisceaux blancs, qui ont précisément pour fonction d'associer ces régions entre elles, ou par celle des fibres de projection qui y aboutissent ou en partent immédiatement. Ce sont les aphasies dites de conductibilité.
Différence essentielle. — La différence symptomatologique réside dans ce fait important, que le langage in/met^r, correspondant à la perte des imagée d'où résulte l'aphasie, est alors conservé. Il n'y a pas effacement d'un ordre ni d'une forme d'images, mais rupture des relations qui, normalement, existent entre ces images pour la parole ou pour l'écriture. Autrement dit, l'organisation intérieure des
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systèmes partiels qui assurent chacun la formation des images sensorielles ou motrices (organisation assurée par les régions sus-incliquées de la substance grise) n'est pas compromise, mais il y a séparation de ces différents systèmes, avec impossibilité désormais de s'unir dans des fonctionnements communs (associations réalisées par certaines fibres étendues en grand nombre des unes aux autres de ces régions par la substance blanche). Les lésions de la région de rinsula, située intermédiairement entre les régions dites sensorielles et celles dites motrices, produiraient des aphasies de ce genre par section de faisceaux blancs d'association qui la traversent (Dejerine),
ConstructioDs tchématiques. — Ciiarcot, Lichteim, Grasset, plusieurs auteurs ont construit des schèmes, destinés à faciliter la compréhension du mécanisme du langage, ainsi que de sa perversion dans les différentes aphasies. Celui de Grasset, par cela même qu'il vise moins la réalité clinique des différents troubles observés, est un des plus propices à représenter concrètement les différentes questions qui sont débattues à propos de l'analyse du langage à son état normal ou troublé. En reliant par des traits en différents sens les quatre centres corticaux (deux pour la sensibilité, deux pour la motricité) qui régissent cettefonction, on établitunesortede polygone horizon taldonlcespoinUdeTécorce forment les angles. De ces mêmes points partent des lignes verticales ascendantes pour simuler les nerfs sensoriels, descendantes pour les nerfs moteurs. Par les associations qui s'y produisent entre la sensibilité et le mouvement, ce polygone assure l'automatisme à la fois physiologique et psychologique des fonctions du langage. Mais ces fonctions ne sont pas purement automatiques : elles sont à certains moments intellectuelles. Chacun de ces centres est de nouveau relié individuellement par des lignes à un centre supérieur qui est celui de l'intelligence.
Sans parler de la destruction des centres eux-mêmes, l'interruption des conducteurs pourra être intrapolygonale (séparation des centres dans la fonction automatique), sous-polygonale (séparation des centres de leui*s connexions périphériques), sus-polygonale (séparation des centres polygonaux du centre supérieur de l'idéation), et les symptômes varieront en conséquence. Anatomiquemenl, tous ces centres sont situés dans l'écorce, en môme temps que toutes les fibres blanches qui les relient (entre eux, avec les régions inférieures, avec le centre d'idéation) sont au-dessous de l'écorce. Mais en donnant aux expressions un sens symbolique qui vise leur fonctionnement, Grasset appelle transcorticales les fibres intrapolygonales, sous-covticales les sous-polygonales, et sus-corticales les sus-polygonales qui vont converger vers le centre 0 ou centre supérieur de l'idéation.
Principales différences. — 1. Aphasies corticales et aphasies de oon« ductioo. — Entre les aphasies corticales et les aphasies par défaut de conduction, la différence est en ce que, dans les premières, un par exemple des systèmes qui conditionnent la formation et la conservation des images verbales (auditives, visuelles, motrices) est détruit dans sa partie essentielle (centre cortical cx)rrespondant) ; tandis que dans les secondes ces systèmes subsistent. Dans le premier cas, les images disparaissent ; dans le second, elles sont conservées et il leur manque seulement de pouvoir opérer entre elles ou avec le dehors certaines
liaisons. Les aphasies corticales seront donc plus graves que les aphasies de conduction, puisque non seulement le groupe d'images n'est plus relié dans un certain sens, mais qu'il disparait de la fonction. IL Aphasies sous-corticales. — Dans les aphasies sous-corticales , le langage
Aphasies corticales.
Aphasies sous-corticales.
Aphasies sus-corticales.
Aphasies transcorticales.
Fig. 261. — Schémas représentant les différentes classes d*aphasies et les différentes formes qu*elles peuvent affecter individuellement,
L n, m, IV. Quatre classes d'aphasies, suivant .que le siège de la lésion est dans la substance grise (centres particuliers), dans la substance blanche (sur leur faisceau de projection), dans la substance blanche (sur leurs faisceaux d'association entre eux), dans la substance blanche (sur leur faisceau de communication avec le centre supérieur de ridéation).
A, centre auditif; V, centre visuel : M, centre moteur d'articulation ; E, centre moteur graphique; 0, centre intellectuel. (D'après Grasset.)
intérieur parait à peu près intact. Toutes les images persistent. Si la lésion souscorticale est dans un des deux champs sensitifs, elles ne se renouvelleront plus dans le champ correspondant : si elle est dans le champ moteur, elles ne s'exprimeront plus, ou s'exprimeront par un nouveau langage conventionnel de gestes.
Anarthrie. — Si la lésion siège un peu bas sur la couronne rayonnante, dans le voisinage de la capsule interne, ce n'est plus l'aphasie, maisl'anar^/irtcou la dysarthrie qui s'observe (défaut d'articulation).
IIL Aphasies transcortioales. — Dans les aphasies transcorticales, toutes les images verbales persistent, mais les relations qu'elles ont entre elles de sen-
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sitives à motrices ne s établissent plus dans telle ou telle direction. Il s'ensuit que le langage automatique est troublé dans telle ou telle de ses formes (lecture à voix haute, répétition des paroles entendues, copie ordinaire, copie sous dictée). Le langage conscient volontaire se réalise au contraire par les relations à la fois indirectes et compliquées qui s'établissent entre les images sensorielles et motrices.
iV. Aphasies sus-oorticales. — Dans les aphasies dites sus-corticales, les images verbales persistent encore, se renouvellent et s'expriment, gr&ce aux relations persistantes avec la périphérie, s'évoquent entre elles de sensorielles à motrices dans le langage automatique ; mais des connexions d'un genre ud peu dilTérent sont alors rompues partiellement. Le passage de l'image à l'idée ou celui inverse de l'idée à l'image dans une quelconque ou dans plusieurs des formes de la sensation est rendu difficile ou impossible. Vidée existe, Vimage existe f mais ne s'éooquent pas l'une Vautre ou inversement.
Siège de Fidéation. — Le centre le plus mal défini anatomiquement et fonctionnellement, c'est celui dit de ïidéation, qu'on voit représenté d'une façon isolée des autres dans la plupart des schèmes, y compris celui de Charcot. A mon sens, 1 expression « centre » doit être, ici surtout, considérée comme purement symbolique. Moins que toute autre, la fonction « intelligence » peut être concentrée et localisée dans une région définie du cerveau (lobe frontal par exemple).
Sans doute, lorsqu'elle se substitue à l'automatisme psychologique, elle est conditionnée par une extension dans l'écorce cérébrale des systèmes déjà associés, dont le complexus englobe alors de nouvelles parties, de nouveaux mécanismes, solidarisés dans une association d'ensemble ; mais on n'est pas autorisé à admettre que ces systèmes surajoutés (centres sus-corticaux si l'on veut) fonctionneraient intellectuellement s'ils étaient complètement isolés. Au surplus la notion d'un centre d'idéalion n'est présentée que dans un but de simplification et de schématisation des faits.
Automatisme et inteUigeDce. — H est certain que, dans des troubles du langage en apparence semblables, l'intelligence peut être assez diversement touchée. Très diminuée dans certains cas, elle peut être à peu près intacte dans certains autres. H a été dit plus haut que, dans les aphasies de conductilité, elle est beaucoup mieux conservée que dans les aphasies par destruction corticale, la dissolution du mécanisme étant poussée moins loin dans les premières que dans les secondes. Parfois même on a pu observer, entre l'intellig(»nre et le langage, une sorte de dissociation, ce dernier pouvant se fairt^ automatiquement sans compi'éhension des mots et l'intelligence se manifestant néanmoins d'une façon non douteuse.
• Il y a, dans ce cas, séparation du langage extérieur (devenu automatique) davec le langage intérieur (qui repivsente Fidéation). 11 n'est guère possible d'admettre que celle dissociation fonctionnelle corresponde à un isolement total du siège de l'idéation, qui i-estei'ait alors sans attache avec l'extérieur.
L'intelligence, en pareil cas, serait forcément atteinte et très gravement; elle Test pour beaucoup moins, quand une des zones à images verbales, l'auditive par exemple, vient à être détruite. Dans les aphasies par défaut de conduction, dans celles notamment qu'on appelle sus-corticales (sus- polygonales d'après le schème), il semble que la liaison des différentes zones pai*lielles du langage soit moins gravement atteinte que dans les aphasies corticales, tout en rendant impossibles certains modes de passage du mot à l'idée et de l'idée au mot. On peut donc expliquer par cette liaison restée plus étroite la conservation du langage intérieur et de l'idéation plus complète dans ces formes d'aphasie. D'où il suit que c'est cette liaison, avec probablement extension des associations dans la substance cérébrale, qui est la condition essentielle de l'idéation.