Aphasies dites corticales
Les images verbales sont les unes sensorielles et les autres motrices. — Les premières sont des représentations plus ou moins complexes, qui s'éveillent en nous d'une façon passive, à la sollicitation des signes (audibles ou visibles) du langage. Elles méritent pleinement le nom d'images parce qu'elles s'étalent dans le plein jour de la conscience et qu'elles se prêtent à une analyse intérieure. Les secondes leur ressemblent, en ce qu'elles sont également des associations toutes préparées et subitement évocables comme les premières ; mais elles en diflFèrent en ce que leur mécanisme cérébral échappe à une analyse subjective et que les représentations que nous nous en faisons sont secondaires, c'est-à-dire postérieures à l'acte physique ou musculaire qu'elles déterminent ou sollicitent. Elles ne sontdes images que dans un sens métaphorique.
Au surplus, les images sensorielles ne sont pas pures d'effet moteur, ne tint-on compte que des mouvements d'adaptation nécessaires àTexercice de tout organe des sens, au moment que l'excitation tombe sur lui ; pas plus que les images motrices ne sont pures d'effet sensitif, en raison de l'excitation qui des muscles remonte au cerveau pour enregistrer le mouvement accompli.
LE LANGAGE ET L^IDÉATION. eV9
Le langage, fonction complexe, associe des cycles sensitivomoteurs dans un cycle d'ensemble. Dans cette association, les uns de ces cycles partiels prennent essentiellement la fonction sensorielle (système auditif ou visuel), les autres essentiellement la fonction motrice (systèmes tactiles). Comme ces systèmes sont localisés dans des régions distinctes du cerveau, il en résulte que, suivant le système lésé, laphasie sera sensorielle ou motrice.
A. Aphasie motrice. — Dans révolution de la question, Taphasie dite motrice fut la première observée et elle est liée, comme on sait, au problème des localisations fonctionnelles du cerveau. — Broca établit que la perte du langage articulé suit la destruction de la troisième circonvolution frontale de t hémisphère gauche. L'individu ainsi atteint a conservé son intelligence. Si la lésion ne dépasse pas les limites sus-indiquées, il pourra être indemne de toute paralysie motrice; l'émission des sons est possible ; Tappareil phonateur proprement dit est intact ; mais, bien que le sujet ait conscience du parti qu'il en pourrait tirer pour communiquer ses idées, il est dans l'impossibilité de s'en servir. Le langage intérieur est chez lui conservé; le langage extérieur est impossible.
On explique cette impuissance en disant qu*il a perdu la mémoire motrice d'articulation des mots. Sa provision d'images motrices d'articulation est détruite du fait de la destruction de la troisième frontale gauche.
Agraphie. — D'autres fois il peut arriver que la parole soit conservée et l'écriture impossible. C'est alors Vagraphie, On a cru pouvoir localiser la lésion de ce trouble du langage dans le pied de la deuxième frontale (Exner); mais cette localisation est contestée.
B. Aphasie sensorielle. — Wernicre distingua ultérieurement une nouvelle forme d'aphasie, celle dite par lui « sensorielle », qui diffère de la précédente par les symptômes et le siège de l'altération. L'aphasique sensoriel peut articuler des sons ou écrire; même il est souvent un verbeux ; mais le désordre du langage se montre en ceci que ses paroles, ou n'ont pas de sens, ou bien ne répondent pas à la question qui lui est posée. Tantôt il a perdu ses images verbales auditives (surdité verbale), et c'est dans ce cas que l'aphasie sensorielle se montre avec le plus d'évidence ; tantôt il a perdu ses images verbales visuelles (cécité verbale), et le désordre de la fonction du langage s'accuse en ce qu'il lui est impossible de lire. Les signes de l'écriture ont perdu pour lui leur signification symbolique ; il peut écrire, mais ne sait pas se lire ; il peut parler, répondre à une question orale, non à une question écrite.
700 INNERVATIONS SPÉCIFIQUES.
Surdité verbale. — La surdité verbale s'observe dans le ca^ de lésion de la première circonoolution temporale gauche. Le champ de Técorce qui conditionne les images verbales auditives recouvre ainsi à peu près le territoire de Taudition : une lésion limitée du côté gauche laisse persister les sensations sonores ou de tonalité pendant qu'elle en détruit la signification symbolique.
Cécité verbale. — La cécité verbale s'observe dans ladestructiou du lobule parif^tal inférieur gauche avec ou sans participation du pli courbe. Elle s'accompagne alors le plus souvent dagraphie. On a pu observer la cécité verbale pure, sans complication d'agraphio, tlans le cas d'interruption du faisceau longitudinal inférieur de Burdach (partie inférieure de ce faisceau).
Les fibres du faisceau longitudinal seraient ainsi chargées cl« mettre en communication la zone corticale de la vision avec la zone du langage (Dejerine). L'hémianopsie homonyme qui accompagne cette lésion est due à la lésion et atrophie concomitante des radiations optiques.
Amnésie verbale auditive. — La surdité verbale est une lésion permanente, au moins dans les conditions où elle est observée habituellement; mais elle se montre parfois sous forme passagère en môme temps qu'atténuée, soit sous des influences toxiques comme celle du tabac (G. Ballet), soit par les progrès de l'âge. Car si notre trésor d'expériences intérieures va grossissant toujours, nous avons de plus en plus de peine à en tirer parti, l'évocation des mots si» faisant difficilement et parfois inutilement. Et c'est dans ces circonstances que leur disparition suit un ordre assez régulier, noms propres d'abord, noms communs ensuite, avec conservation du souvenir des qualificatifs et des verbes.
Amnésie verbale visuelle. — Elle est moins bien connue que la précédente et toujours difficile à démêler d'avec les autres troubles de même nature et bien exceptionnellement sous forme passagère.
Types sensoriels. — L'ouïe est le sens habituel qui enregistre les images verbales, à cause de l'usage infiniment plus fréquent que nous faisons de la parole comparé à celui de l'écriture. La vue est par contre le sens qui enregistre nos images d^objets, parce que la vision à cet égard a, à son tour, une permanence d'action et une précision de renseignements que n'a pas l'ouïe. Mais il est des individus dont la parole intérieure ou les opérations de l'esprit sont des lectures plus que des auditions intérieures : on les appelle, des visuels, par opposition aux auditifs^ chez qui les images auditives ont une intensité et un usage à peu près exclusifs. On distinguo aussi des moteurs j chez qui la parole intérieure serait la représen-
tation d'un mouvement d'articulation, et des indifférents^ chez qui ces différentes images seraient employées suivant les cas. Ces distinctions établies par Charcot, et sur lesquelles certains lui reprochent d avoir trop insisté, sont considérées comme fondées par un assez grand nombre de neurologistes.
Amnsie. — La musique, elle aussi, est une langue, non plus représentative d'idées, mais expressive d'émotions. En tout cas elle a ses symboles, qui chez le musicien constituent un dépôt d'images musicales. Ces images peuvent être perdues comme les images verbales.
Amimle. — La mimique est un langage plus primitif et plus général que le langage proprement dit: il peut y avoir perte des images mimiques. Brissaud a d'autre part décrit une aphasie d'intonation,