C. — PROCESSUS ET ORGANES D'ASSOCIATION
L'analyse expérimentale et clinique du cerveau fait apparaître entre ses différentes parties une différenciation fonctionnelle évidente. L'ablation limitée de certaines zones déterminées del'écorce supprime, ou tout au moins découronne des systèmes spécifiques, dont alors l'activité cesse ou devient méconnaissable. L'excitation, quand on la fait pénétrer dans ces zones, réveille artificiellement cette activité et nous en montre les effels moteurs. Or ces territoires, tels que l'expérimentation les désigne et les délimite, ne se rejoignent pas, mais laissent entre eux un espace de configuration irrégulière, auquel on donne parfois le nom de zone latente ou inexcitable. C'est, comme on voit, par ses caractères plutôt négatifs que ce territoire distinct se définit. Sa destruction n'amène point d'anesthésie sensitive ou sensorielle et point non plus de paralysie motrice. Son excitation ne se traduit par rien de visible extérieurement.
Hypothèse anatomique. — L'alternative se pose entre les hypothèses suivantes : ou bien ce territoire dit latent est au fond équivalent à ceux qui couronnent les systèmes sensoriels dits spécifiques, seulement sa sensi-motricité est d'un ordre que nous ne savons pas reconnaître ; ou bien ce terntoire est franchement différent de ceux qui appartiennent à ces systèmes spécifiques et il conditionne des fonctions dans lesquelles les diverses sensibilités et motricités n'entrent plus à l^tat d'éléments distincts et reconnaissables, mais sont au contraire étroitement confondus entre eux de diverses façons.
Cest celte seconde hypothèse qui a prévalu généralement. On a cru lui trouver un appui et comme une démonstration dans le fait anatomique afiîrmé d'abord par Fi.eciisig, que cette zone latente (décomposable elle-même en un certain nombre de zones particulières) serait dépourvue de fibres de projection et, par contre, serait richement pourvue de fibres d'association, courtes et longues, la mettant en relation avec les territoires spécifiques des différents sens. Sa fonction en un mot serait, non d'associer l'écorce au fonctionnement de l'axe gris, dans les transmissions motrices ou sensitives, mais d'associer les aires corticales sensori-motrices, pour en tirer des manifestations nouvelles d'un psychisme supérieur. Ces territoires, qui sont sans réponse aucune à l'excitation directe, seraient des centres d'idéation.
- Contestations. — Le fait anatomique avancé par Flechsig a été vivement
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combattu par plusieurs (C. et 0. Vogt, Mahaim, Sachs, Dejerine, Monakow) et du reste en partie abandonné par son auteur.
Expériences. — Demoor a tenté d'éclairer cette question par les expériences suivantes. Sur différents chiens il détruit l'écorce cérébrale, a. sur la zone tactile (gyrus sigmoïde) ; 6. sur la zone visuelle (lobe occipital) ; c. sur le lobe frontal, et d. sur le lobe pariétal (ces deux dernières régions étant désignées comme centres d'association ou d'idéation, par comparaison aux deux premières qui représentent des centimes de projection). Les résultats (symptômes de déficit après la guérison) ont été les suivants :
a. Ablation de l aire tactile. — La sensibilité et la motricité persistent avec les modifications essentielles qu'on remarque en pareil cas. Le caractère est modifié: l'animal est devenu agressif, ^intelligence est absolument déchue. Ni parle le tact, ni par la vue, ni par l'ouïe, ni par l'odorat, l'animal ne peut être sollicité à aucun acte intelligent : il peut être considéré comme dément.
b. Ablation de l'aire visuelle, — 11 y a d abord cécité psychique (cécité corticale), puis la vision se rétablit, au moins partiellement, après un certain temps. Le chien paraît alors normal et est susceptible de toutes les éducations ou acquisitions intellectuelles d'un chien ordinaire.
c. Ablation des centres frontaux, — Sauf une légère exagér^ation de rexcilabililé qui disparaît après quelques jours, on n'observe point de différence avec l'état normal.
d. Ablation des centres pariétaux, — Dans un lieu qui lui est connu lanimal a l'allure normale, mais présente des anomalies sérieuses quand il est placé dans un local qui lui est inconnu ; apprend difficilement à gravir un escalier; est incapable de le descendre, incapable d'apprendre à « donner la patte ».
De cette dernière expérience, l'auteur conclut que le centre pariétal possède en réalité une fonction d'association, dans le genre de celle qu'on lui aattribuée : il serait chez le chien le centre coordinateur des activités élémentaires de l'intelligence. — Le centre frontal n'a qu'un rôle très effacé et non reconnaissable : ce qui tiendrait à son développement encore très rudimentaire chez les carnivores, ce centre étant phylogéniquement (comme ontogéniquement) d'évolution tardive et n'acquérant son imjmrtance que chez les primates et surtout chez l'homme.
II faut observer pourtant à ce propos que le lobe frontal des ongulés est tK*s <léveloppé par rapjmrt à celui des carnivores, et cela manifestement sans que l'intelligence de ces animaux en acquière aucun profit (Moxakow).
A propos du centre pariétal, on ne peut s'empêcher non plus de remarquer que si sa destruction a amené un trouble dans l'association des idées etTintelligence, ce trouble a été incomparablement moins marqué que celui résultant de la destruction de la zone tactile. Et pourtant dans ce dernier cas l'animal gardait à sa disposition non seulement ses centres d'association pariétal et frontal, mais quatre sens sur cinq subsistaient pour l'alimenter de sensations, dont deux sens supérieurs, la vue et l'ouïe.
Fonctions modératrices du lobe frontal. — Bianchi, en enlevant la région pi*éfrontale chez le singe, affirme avoir produit un ceilain état d'infériorité mentale. Les expériences de cet auteur, celles de Goltz sur le chien, une obsen'ation de Harlow sur l'homme, montrent que les destructions portant sur la partie antérieure du cerveau produisent une modification du caractère, qui devient impulsif, irritable, incapable de modération.
Inhibition. — K. Oddi puis G. Faxo, en opérant sur le chien, ont constaté
que l'excilation de la zone frontale dite inexcitable a une action d'arrêt sur les mouvements provoqués par excitation réflexe* Fano, après Tablation de l'écorce dans cette région, trouve que le temps de latence des réflexes est diminué. Cette action est surtout croisée et plus visible pour le membre antérieur que pour le postérieur. Pour le premier, le temps réflexe, qui est de 32,6 à 36,9 millièmes de seconde, devient, quelques jours après l'opération, 23,8 à 26,1.
Ces faits, malgré leur intérêt, n'éclairent encore que faiblement le fonctionnement d'ensemble du cerveau. En dehors d'une différenciation fonctionnelle qui affecte certaines de ses régions et des liaisons qui rattachent certains teniloires spécifiques dans la zone du langage, il faut reconnaître que nous savons peu de chose sur ce fonctionnement.