D. — SOMMEIL
Le sommeil est une suspension, une interruption plus ou moins complète de l'activité consciente et volontaire. Les sens extérieurs sont partiellement fermés ou volontairement mis à l'abri des excitations du dehors. Le corps prend de préférence la position horizontale et reste à peu près immobile. La respiration, la circulation (quelque peu ralenties) et les actes de la nutrition en général se poursuivent régulièrement. Les paupières sont closes, les pupilles rétrécies sont tournées en haut et en dedans.
Les rêves. — L'activité mentale n'est pas complètement annihilée, témoin les rêves dont certains laissent une trace plus ou moins profonde (souvent légère et sans doute parfois nulle) dans notre mémoire. L'activité mentale du rêve a pour éléments les excitations antérieures du système nerveux restées •emmagasinées en lui à l'état inconscient, et auxquelles viennent s'ajouter pendant le sommeil quelques excitations légères venues accidentellement des sens malgré leur repos (bruits extérieurs, pression du corps sur la peau et les membres, excitations internes ayant leur source dans les viscères, etc.). Dans la veille ces excitations sensitives ou sensorielles se superposent à des excitations antérieures résiduelles de même nature, qu'elles évoquent dans un ordre logique, d'après certaines lois. Dans le rêve, en raison de la dépression de l'activité cérébrale qui caractérise le sommeil, ces associations se font comme au hasard de la rencontre, d'où l'instabilité de ces associations, la bizarrerie bien connue et l'incohérence des rèves (Bergson).
Mécanismes supposés. — Sur la façon dont s'opère la désagrégation des systèmes cérébi-aux dans le sommeil et leur recomposition dans la veille, on a fait plusieurs hypothèses, les unes d'ordre chimique (substances ponogènes de Preyer), les autres d'ordre anatomique (théorie histologique de M. Duval). Malgré cela, le mécanisme en est resté obscur et en somme inconnu. Pendant le sommeille cerveau est relativement anémié, ainsi qu'on a pu s'en convaincra •chez des hommes et des animaux trépanés.
Nécessité du sommeil. — Tout aussi inconnue pour nous est la cause du sommeil. Le système nerveux obéit à une loi de périodicité qui est inscrite dans les fonctions de tous les organes et de leurs éléments, loi dont nous ne faisons que proclamer la généralité et dont la raison profonde nous est inconnue. L'activité appelle le repos et réciproquement. La période de cette activité suivie de repos s'est modelée sur le nycthémère, la veille correspondant au jour et le sommeil à la nuit.
710 INNERVATIONS SPÉCIFIQUES.
Sommeil provoqué. — Le sommeil peut être obtenu artificiellement par l'absorption de certaines substances, les narcotiques (morphine), les aneslhésiques (chloroforme, éther, etc.).
Hypnose. ■— Chez les individus affectés de tares hystériques (anesthésies, hyperesthésies, etc.), on provoque facilement l'état dit d'hypnotisme par de^ excitations sur certains sens, telles que passes magnétiques, iLxation du regard sur un objet brillant, pression de certains points de la peau, etc.
Le réveil s'obtient par des moyens du même genre (souffle sur le fronts pressions...).
L'individu passe généralement par trois états qui peuvent parfois s'obtenir isolément, à savoir l'état cataleptiquey l'état léthargique et l'état somnambulique. Dans ce dernier état, l'individu, dégagé en quelque sorte de sa personnalité ordinaire, présente un automatisme tout à fait remarquable et suit docilement toutes les suggestions qui lui sont données, môme quand ces suggestions indiquent des actes à date fixe plus ou moins éloignée et à exécuter après le réveil. — V hypnotisme, magnétisme ou braidisme, consiste dans une dépression ou désagrégation mentale, qui fait disparaître les fonctions supérieures du système nerveux impliquant la conscience claire et surtout la volonté, et ne laisse subsister qu'une activité en quelque sorte purement automatique.
La personnalité ; ses désagrég^ations. — L'hypnose, en tant qu'elle est un état provoquable à volonté chez quelques sujets hystériques, a permis de réaliser certaines analyses de phénomènes psychiques. — Elle nous montre que le moi est une association d'éléments différenciés et coordonnés (Rihor, Binet, Jaxet). Cette association n'occupe pas tout l'organisme ni tout le système nerveux, mais une partie de son étendue. Elle n'est pas fixe, mais éminemment mobile et variable. Sans cesse, elle accapare de nouveaux éléments et en élimine d'autres de sa constitution.
Personnalités secondaires. — Les éléments qu'elle laisse en dehors d'elle forment des agrégations secondaires dont l'individualité propre est généralement méconnaissable, perdues qu'elles sont dans le fonctionnement général auquel elles coopèrent, bien qu'étant en dehors de la conscience proprement dite. Dans l'hypnose, ces agrégations sont susceptibles d'atteindre un degré d'organisation qui les constitue à l'état de personnalités secondaires coexistantes avec le moi proprement dit et distinctes de lui. Le sous-moi ainsi constitué entend des questions que le moi ne perçoit pas et , y fait des réponses dont ce dernier n'a pas non plus conscience. Le cycle sensitivo-moteur de ce langage particulier peut être continé dans le système tactile (excitations cutanées ou mouvements communiqués suscitant en réponse des mouvements coordonnés intentionnels de la main); il peut aussi être plus étendu (paroles chuchotées à l'oreille suscitant des réponses écrites chez des sujets dont l'attention personnelle est d'autre part vivement concentrée sur un objet ou sujet distinct).
Spiritisme. — La dissociation de la personnalité peut, dans certains cas, être moins profonde. La question posée peut être connue du moi, être consciente, et la réponse du sous-moi être inconsciente et involontaire, c'est-à-dire manifester néanmoins une intelligence distincte de la précédente. C'est le cas des u médiums » dans les séances dites de spiritisme. La croyance à des « esprits » exlrasomatiques é vocables et manifestant leur pensée par les organes du médium a pour fondement des faits de ce genre. 11 y a bien dans ces cas une intelligence (d'ordre généralement inférieur) séparée, qui agit à l'insu
4lu moi véritable ; mais cette intelligence habite le même corps, le même système nerveux et n'est qu'une portion distraite de l'intelligence du médium, ^ui s'est constituée à l'état indépendant, en puisant dans un lot commun de souvenirs. La séparation est poussée au point que ces deux intelligences peuvent convei*ser l'une avec l'autre sans prévoir la réponse, comme deux pei*sonnes organiquement distinctes.
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