C. Processus et organes d'association
Hypothèse anatomique. Contestations. Expériences 707
Fonctions modératrices du lobe frontal. Inhibition 708
D. Sommeil 709
Les T^xas 709
Mécanismes supposés. Nécessit*^ 709
Sommeil provoqué. Hypnose 710
La personnalité ; ses désagrégations 710
Spiritisme 710
L'être vivant présente à notre observation tous les phénomènes de la matière brute : mais la réciproque n'est pas vraie. Il saute aux yeux que Tôtre doué de vie possède des caractères, présente des manifestations que la matière ordinaire ne nous montre pas. Le trait le plus saillant par lequel il se distingue d'elle, c'est la sensi" bilité. C'est là, il est vrai, un fait tout intérieur, qui échappe à Tobservation telle qu'on l'entend communément dans les sciences, mais que le sens commun nous oblige d'attribuer aux êtres semblables à nous, comme à le refuser à ceux qui n'ont que les plus lointaines ressemblances avec nous.
Sensibilité et énergie. — Le fait sensibilité ne se substitue pas dans l'être vivant aux phénomènes énergétiques de la matière, il s'y superpose et offre avec eux une double liaison réciproque. Il est conditionné par eux, en ce sens que le sujet sentant nécessite un objet senti ; il les conditionne d'autre part, en ce sens que, incapable d'en modifier la somme, il les dirige, dans leur exécution, vers une fin dont l'être a conscience. — Cette double liaison ne règle pas seulement les rapports de l'être vivant avec ce qui l'entoure ; elle est le trait distinctif de son organisation. Dans son développement, tant ontogénique que phylogénique,il s'est édifié par et pour elle. — De cette double liaison, si fragile en soi, mais si intime tant qu'elle existe, procède Yunité de cet être que nous appelons vivant. Dans cet organisme, où chaque partie dépend du tout et le tout de chaque partie^ une synthèse s'est faite qui lui confère V individualité. Ce prodige de complexité est en même temps un prodige d'unité.
Sensibilité et déterminisme. — La science qui se donne pour objet l'étude d'un tel être ne doit pas perdre de vue ce double caractère, quand elle fait, comme c'est son cas, appel aux méthodes et aux principes généraux des autres sciences. Dissociés et ramenés à l'état brut de la matière commune, les éléments premiers des êtres vivants nous manifestent dans leurs réactions cette constance MoRAT et DoYOR. — Physiologie. II. — 1
inflexible, qui caractérise les lois dites physico-chimiques ; associés dans rindividu, leur groupement, leur organisation y fait apparaître la variété infinie et la contingence d'où il tire sa personnalité. Comment ceci peut-il procéder de cela ? Comment ce qui est invisible dans Télément devient-il apparent dans le tout ? Nous Tignorons. Mais en science, aussi bien qu'ailleurs, il y a imprudence à heurter les enseignements du sens commun, et Ténigme n'est pas résolue parce qu'on a négligé un des termes du problème.
Notre esprit affamé de logique s'est, en effet, d'abord offensé de ce contraste et a pensé le faire disparaître, en se détournant de l'un des deux points de vue. Le déterminisme rigide des sciences purement énergétiques a été transporté, sans appropriation ni restriction, dans la science biologique. Pendant un temps — qui, au surplus, dure encore — le physiologue a oublié qu'il étudiait un être sensible : il a, en tout cas, refusé toute influence conditionnante ou causale à la sensibilité, dans le déterminisme des phénomènes de la vie. Il a établi avec soin le bilan des forces de l'organisme ; mais il s'est désintéressé de ce qui règle leur emploi : la physique ne faisant pas de place à la sensibilité, il ne lui en a point fait dans sa science. Le temps paraît venu de réagir contre ces exagérations. Dans l'être vivaiit, le mouvement dépend de la sensibilité^ comme la sensibilité dépend du mouvement.
Dans les deux cas, la nature de la liaison nous est inconnue, mais la liaison existe : elle fait le fond même de la science biologique, en tant que celle-ci se distingue de la physique pure.
Sensibilité et organisation. — Dans le règne vivant, la sensibilité a des degrés extrêmement variés. Son développement se poursuit parallèlement à celui de l'organisation elle-même. Elle ne commence à prendre ses caractères d'évidence que chez les êtres pourvus d'un système différencié que nous appelons le système nerveux ; elle croît en importance et perfection avec le développement progressif (phylogénique et ontogénique) de ce système lui-même. Chez de tels êtres, dont nous faisons partie, un partage d'attributions s'est fait entre les tissus, dont les uns emploient les énergies efficientes qui interviennent dans l'exécution des actes de l'organisme, tandis qu'un autre, le tissu nerveux, veille à l'emploi de ces énergies qu'il régularise et coordonne, 11 est par excellence le tissu sensible ; il est à la fois excitable et excitant à un très haut degré. Il reçoit l'excitation et la restitue, mais non sans l'avoir transformée beaucoup dans son passage à travers ses voies. C'est lui principalement qui assure la dépendance et la subordination réciproque des éléments au tout et du tout aux éléments, et qui
de ce fait confère à Torganisalion son individualité, son unité.
Excitabilité et sensibilité. — Toute matière vivante est excitable; ce qui veut dire qu'aux actions dirigées contre elle, elle répond par une dépense de l'énergie propre qu'elle accumule constamment dans son intérieur. Cette réaction motrice n*est jamais quelconque, mais Texpérience établit qu'elle est dirigée en vue de la conservation de la vie dans la substance excitée. L'exciiabilité ne serait donc pas une manifestation purement motrice, mais elle se doublerait d'un fait intérieur de conscience obtuse. Elle serait la forme dégradée ou Tébauche de la sensibilité. L'organisation perfectionnée des animaux supérieurs, en lui donnant son plus complet développement, nous rend possible l'analyse de ses conditions d'existence. Ces conditions sont au fond partout les mêmes : elles résident dans les liaisons de dépendance réciproque des parties, qui entrent dans l'organisme. Plus celui-ci est simple et homogène, plus ses réactions se rapprochent du mouvement ordinaire et s'éloignent de celles qui traduisent la sensibilité vraie : plus il est complexe et différencié, plus ses mouvements ont le caractère contingent des êtres sensibles et intelligents.
Action et réaction. — En d'autres mots, l'être vivant réagit contre les actions extérieures qui l'atteignent. En ce faisant, il obéit à une loi générale, universelle, vraiment fondamentale, qui est une des premières inscrites dans le code des lois physiques, loi à laquelle il ne saurait échapper, pas plus que tout corps dans la nature. Seulement, du fait même de l'organisation, cette loi a pris un caractère nouveau, dont on peut dire qu'elle implique chez Tètre vivant un souvenir du passé et une prévision de C avenir. Plus l'organisation est élevée, plus ce caractère apparaît : plus au contraire nous nous rapprochons des éléments purement physiques, qui entrent comme composants dans cette organisation, plus ce caractère lui-même s'efface, pour ne laisser apparaître que la réaction simple, rigoureusement égale à l'action du temps présent. l>a réaction vitale, pratiquement si différente de la réaction physique, procède d'elle par étapes et perfectionnements successifs, comme l'être vivant lui-même procède de la matière brute progressivement organisée.
Division. — Le tissu nerveux est, comme tous les autres tissus, formé originellement de cellules ; mais, tandis que les autres espèces cellulaires ne sont le plus souvent que des éléments répétés et juxtaposés, lui présente une systématisation véritable, grâce aux connexions établies entre ses parties composantes. Son étude se fera donc de deux points de vue différents : l'un, duquel on consi-
dèrc les fonctions communes à tous ses éléments [fonctions cellulaires)', Tautre, duquel on considère les fonctions particulières aux groupements ou systèmes formés par ces éléments [fonctions systématiques), La distinction de ces deux ordres de fonctions est fondamentale dans Tétude du tissu nerveux, et c'est en partie parce qu'elle a été souvent méconnue que l'obscurité règne sur nombre de questions qui s'y rapportent.
La première de ces deux études complète l'histoire des fonctions cellulaires établie d'après les types principaux des éléments vivants ; la seconde nous fait pénétrer dans les fonctions d'ensemble auxquelles ces éléments concourent en s'associant : le système nerveux étant le lien qui réalise ces ensembles et organise ces fonctions. L'étude du système nerveux occupe de la sorte un point nodal dans l'exposition de la science physiologique.