PREMIERE PARTIE
La complexité de Têtre vivant et de ses moindres organes nous oblige à les étudier d'un double point de vue : l'un statique ou de repos absolu, c'est-à-dire de mort; l'autre dynamique ou d'activité, •c'est-à-dire de vie, dans ses diverses manifestations. L'état statique •est l'objet de ranatomie,qui considère des formes à l'état fixe; J'état dynamique, celui de la physiologie, qui étudie des mouvements. Les deux sciences se prêtent du reste un mutuel concours et t'échangent parfois leurs méthodes. Un rappel sommaire des notions de l'une n'est jamais sans éclairer les démonstrations de l'autre. En se faisant de mutuels emprunts, elles s'efforcent de combler leurs lacunes.
1. Unité statique. — Il existe une unité statique du système nerveux à laquelle on donne communément le nom d'élément : c'est le neurone. Cette unité est d'ordre cellulaire, et même elle est une symbiose, en ce sens qu'à la cellule fondamentale qui la constitue •s'en surajoutent d'autres, qui font corps en quelque sorte avec elle. Elle n'est un élément que dans le sens relatif de ce mot, car une -cellule est un être d'organisation complexe ; mais cette unité est des mieux définies et acquiert ainsi une grande importance. Il nous faudra donc rappeler brièvement ses caractères les plus essentiels.
IL Unité dynamique. — A cette unité statique correspond, -comme pour l'élément musculaire, l'élément glandulaire, etc., une unité dynamique. Dans le nerf cette unité dynamique est moins facilement définissable, parce qu'elle ne s'accuse plus, comme pour les •éléments précédents, par des phénomènes extérieurement visibles (contraction, sécrétion), mais seulement par l'excitabilité qui est dévolue en partage à toute cellule, ou mieux parle retentissement de cette excitabilité sur celle des autres tissus en connexion avec le nerf.
Cette unité dynamique, à laquelle nous ne savons donner que le nom peu caractéristique à' irritabilité nerveuse élémentaire^ est l'en-
semble des énergies qui s'emploient dans le neurone, pour lui conserver son existence, sa composition, sa structure, ses manifestations intérieures et extérieures, ensemble coordonné tendant à une fin définie.
Organisation de l'énergie. — De même que dans l'élément nerveux la substance n'est pas homogène, mais accuse des structures compliquées qui ne réalisent pas moins un ensemble cohérent, de môme dans cet élément, comme dans toute cellule, il y a une organisation de l'énergie, qui, par la dépendance qu'elle établit entre ses multiples formes, fait contribuer celles-ci à la conservation de l'élément et lui assure son rôle social dans l'économie. Comme toute individualité vivante, l'élément nerveux, le neurone est à la fois un et multiple, et il ne faut pas oublier qu'il l'est au point de vue dynamique comme au point de vue statique.
Formes et transformations multiples de l'énergie dans le nerf. — Lorsqu'on recherche ou qu'on demande quelle est l'énergie qui circule dans le nerf, la question est mal posée, parce qu'elle laisse croire qu'une seule énergie J'envahitdans sa substance (comme l'électricité un fil conducteur), et il est a priori évident qu'une telle assimilation est fausse. Tout au plus pourrait-on rechercher quelle est l'énergie finale que le nerf emploie à son contact avec le muscle ou les organes qu'il excite. Mais, avant d'arriver à cette phase ultime, il est certain, car on en a des preuves, que l'énergie a subi des transformations multiples et dont nous ne connaissons que quelques-unes des plus saillantes.
a. Énergie chimique, — Dans le nerf, comme dans tout tissu, l'énergie pénètre sous la forme chimique; car, comme tout tissu, il est en voie d'échanges avec le sang, par les vaisseaux qui l'irriguent (échange de gaz, échange de substances solubles).
b. Énei'gie calorique, — Dans les masses nerveuses de grand volume, on est parvenu à reconnaître qu'il y a un léger dégagement de chaleur; car la température de ces masses peut se montrer légèrement plus élevée que celle du sang qui les pénètre (Mosso).
c. Énergie électrique, — Dans le nerf, comme dans tous les éléments ayant une orientation définie, on a trouvé des phénomènes électromoteurs, donnant naissance à des courants de sens déterminé; de sorte qu'il faut faire une place aussi à l'électricité, dans les transformations de l'énergie employée par l'élément nerveux. Il faut seulement être prévenu que Tassimilation du nerf à un conducteur électrique ordinaire est radicalement fausse. La figuration de ces courants affecte une forme compliquée et pour ainsi dire spécifique au nerf, et leur circulation se fait vraisemblablement dans des particules de gi^andeur moléculaire ou approchante.
Cycles énergétiques. — Ces fonnes principales de l'énergie, qui dérivent les unes des autres par transformation, entrent dans des cycles énergétiques,
qui dessinent les premiei^ traits de cette organisation des forces dans l'élément, sans laquelle tout serait confusion, et grâce à laquelle l'ordre et Tunité y régnent.
Ces cycles nous sont mal connus dans leur détail ; mais tout démontre que, dans Télément nerveux (comme dans toute cellule), ils sont nombreux, affectant des variétés et des nuances infinies. Ce qui les caractérise surtout, dans l'être vivant, c'est leur pénétration mutuelle, leur superposition, leur emboîtement, leur convergence vers un résultat défini. Aucun n'est exactement fermé sur lui-même ; mais chacun au contraire distrait une partie de son énergie sur des cycles voisins, parallèles ou successifs. De là des difficultés souvent insurmontables pour l'analyse, qui cherche à les reconnaître en les isolant.
Fonctions. — Des cycles énergétiques d'une forme primitivement simple, qui s'organisent pour l'accomplissement de ce que nous appelons les fonctions du nerf, voilà ce qui fait le fond de cette unité dynamique nerveuse, que notre esprit n'est encore accoutumé ni de voir, ni de rechercher, mais qui, dans notre science, nous est aussi nécessaire que la notion cellulaire (qui en est la forme concivte) peut l'être en anatomie. Si le détail de celte organisation des forces nous était mieux connu, il nous conduirait, sans transition, à la connaissance de ces actes complexes qui sont les fonctions et que nous n'envisageons jusqu'ici guère que dans leur résultat.
Leur double nature. — Ces fonctions sont, dans l'élément nerveux (comme dans tout élément vivant), de deux ordres: les unes et les autres emploient l'énergie qui pénètre le nerf et le quitte après transformation ; mais elles en tirent des résultats différents. Les unes visent l'organisation et, une fois qu'elle est établie, la conservation de l'organisation du neurone: on les dit pour cette raison organotrophiques ; elles sont intérieures au neurone lui-même. Les autres visent le rôle social que cette individualité cellulaire remplit dans l'ensemble du système nerveux et dans l'individu lui-même : pour cette raison on voit en elles les fonctions nerveuses proprement dites; elles sont extérieures au neurone et, de même que les premières servent de lien entre ses parties constituantes pour lui conserver son identité statique et dynamique au milieu du perpétuel renouvellement de sa substance et de son énergie, de même les secondes forment entre tous les neurones (et les éléments en connexion avec les neurones) un lien systématisé, qui donne son unité au système nerveux et par lui à l'individu qui le possède.
Lienr dépendance réciproque. — Les fonctions intérieures et extérieures, Irophiques et nerveuses, du neurone, toutes bien définies qu'elles soient dans leur objet, ont forcément entre elles des relations étroites. Les secondes ne sont possibles évidemment que si les premières sont réalisées; le fonctionnement d'un élément, quel qu'il soit, suppose sa nutrition : mais, à leur tour, les premières affectent à l'égard des secondes une dépendance plus indirecte, mais réelle également; la nutrition languit lorsque le fonctionnement fait défaut.