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L'ORGANISATION NERVEUSE

difTérent. En plus des coupures transvei^sales qui en marquent les étages, il présente des fissurations sur sa longueur, qui répondent elles aussi à des systématisations différenciées. — A son origine dans les organes des sens, le système nerveux affecte des teiTitoires en même temps que des fonctions nettement séparés : à la surface du cerveau, l'écorce (chose remarquable) reproduit ces divisions. Elle lès reproduit en répétant non seulement les . territoires affectés à chaque sens, mais certaines divisions et subdivisions topographiques de ces territoires eux-mêmes. Le cerveau est métamérisé comme la moelle épinière, en prenant, il est vrai, le mot métamérisé dans son sens le plus général et non pas étroitement embryologique. La couche optique présente une métamérisation semblable, qui répète celle des territoii*es sensoriels, périphériques, médullaires, et finalement corticaux. Le cervelet, organe le moins métamérisé parmi ces masses grises, a des connexions plus spéciales avec certains sens qu'avec d'autres (équilibration, vision, tact).

Associations des systèmes. — Tel est le plan de nouveau très simple, qui partage le système neneux en systèmes, non plus superposés, mais juxtaposés, qui prennent dans les précédents leurs éléments constitutifs. Mais de nouveau aussi il faut dire que ce ne sont là que des lignes de structui*e principales. Elles en supportent d'autres, qui assurent des connexions multipliées entre ces systèmes équivalents spécifiquement différenciés, qu'elles font ressortir à nos yeux. Dès la moelle épinière, les excitations venues de la périphérie sont coordonnées parles associations réalisées dans la substance grise de celle-ci, et les impulsions qui de la moelle sont renvoyées aux muscles sont de même organisées par elle. De la métamérisation originelle de la moelle, il reste en effet peu de chose, chez les mammifères supérieurs et surtout chez l'homme, à l'époque de leur complet développement. Les segments de l'axe gris se sont fusionnés dans des associations fonctionnelles de plus en plus nombreuses, et il faut des conditions choisies pour retrouver la fonction isolée de ces segments. La couche optique nous présente des connexions du même genre encore plus accusées. Ce lieu de substance grise rassemble, non plus seulement les impressions venues d'un seul sens, comme la moelle épinière, les corps genouillés et les tubercules quadrijumeaux, mais celles venues de tous les sens qui y sont représentées et dans une certaine mesui^ organisées. Ce gros ganglion est apte à réfléchir ces impressions transformées sur les organes du mouvement ; on lui attribue un rôle essentiel dans les manifestations instinctives et émotionnelles.

Chez l'homme, l'organe le plus puissant d'association est le cerveau. — Les systèmes sensoriels, qui viennent se parachever dans son écorce, trouvent dans celle-ci et dans les fibres tangentielles immédiatement sous-jacentes les liens intérieurs qui les organisent. Ces mêmes systèmes ti'ouvent dans les commissures de toutes longueui*s et de toutes directions, qui sillonnent la masse cérébrale, les Hens qui, à leur tour, les solidarise dans des fonctionnements communs.

Localisations fonctionnelles. — Le système nerveux est composé d'unités, d'éléments, qui du premier au dernier ont leur rôle fonctionnel différencié et, dans une certaine mesure, spécifique. Mais cette différenciation est généralement prc^ressive et nuancée et elle reside principalement dans les connexions de ces éléments entre eux. Pour la commodité de l'étude, tantôt nous faisons volontairement abstraction de ces nuances, afin de ramener les objets et les phénomènes à des types communs; tantôt, au contraire, nous les accusons outre mesure, pour nous donner, dans les deux cas, les divisions qui nous conviennent et celles-là seulement, car le détail infini nous perdrait. De là sont nées les discussions

entre localisateurs et antilocalisateurs des fonctions nerveuses, discussions tenant beaucoup plus à des exagérations du point de vue de chacun qu'à des eiTeurs absolues.

Trois points de vne. — Pour éclairer ces discussions, il faut avoir présentes à l'esprit la notion de système et la notion de fonction, telles qu'elles ont été exposées plus haut. En ce qui concerne le système nerveux, on a souvent confondu trois points de vue qui méritent d'être séparés. Ces trois points de vue visent, l'un la mccession des phénomènes, l'autre leur équivalence, le troisième leur gradation ; d'où trois ordi^es de localisations qu'on n'a pas toujours suffisamment distingués.

a. Les parties du système nerveux se communiquent l'activité dans un sens déterminé. Dans celte évolution, nous voyons apparaître d'abord la sensation, puis le mouvement apparent qui est exécuteur des fonctions : c'est ce qui nous, fait distinguer dans le système nerveux une partie sensitive et une partie motrice placées en succession.

6. Dans le système nerveux, la sensibilité et la motricité affectent des modalités différentes, qui se développent dans des systèmes parallèles et équivalents. C'est la distinction de ces systèmes qui répond surtout à la notion délocalisation, telle qu'on la comprend communément, c'est-à-dire en tant que ces systèmes viennent affleurer l'écorce cérébrale par leur courannement supérieur.

c. Enfin, quel que soit l'ordre de sensibilité qui commande à l'acte moteur tquel que soit l'oi^ane sensoriel qui fournisse les impressions), cette sensibilité comporte des degrés, suivant les voies plus ou moins profondes dans lesquelles s'engagent les excitations rerues dans les organes des sens, autrement dit suivant la hauteur du lieu de réflexion de ces excitations ; d'où la distinction des actes en nouvelles catégories de valeur inégale, dont les trois principales sont, de ce point de vue, appelées automatiques (réflexion dans la moelle), instinctives (réflexion dans la couche optique), volontaires (réflexion dans l'écorce cérébrale). La conscience a ses degrés conditionnés par l'organisation plus ou moins complexe des excitations.

Restriotion. — Aucune de ces indications ne doit être prise dans un sens absolu ; aucun des phénomènes qu'elles visent n'est isolé; aucun des systèmes qui en est le support n'est foncièrement indépendant : tous s'influencent mutuellement.

Toutes les fois que nous excitons ou supprimons quelque partie du système nerveux, il y a un retentissement au moins temporaire de cette modification sur l'ensemble. Ce retentissement est prochain ou éloigné et, dans ce dernier cas, il est souvent assez faible pour devenir inappréciable. La perturbation ains» produite diffère suivant la partie du système nerveux que nous avons modifiée. Nous en concluons avec raison à une différence de fonctions des parties expérimentées. Mais on va souvent plus loin, on localise la fonction dans la région expérimentalement modifiée qui a été le point de départ du trouble observé et, en ce faisant, on dépasse manifestement les enseignements de l'expérience. Le système nerveux est formé de parties tout à la fois solidaires et fonctionnellement différenciées.

Notre « moi » en lui-même ne saisit que sensations, en dehors de lui il ne saisit que mouvements. Les mouvements de nos propres membres seraient pour lui comme ceux de corps étrangers, n'étaient les sensation^ qui les lui rattachent, et, quand leur sensibilité vient à disparaître, ils lui deviennent tels. Comment notre moi peut-il reconnaître Texistence de la sensation chez des êtres autres que nous-méme? Par un raisonnement fondé sur Tanalogie, et pas autrement.

Prenvd analocriqne. — Si je blesse un animal et (ju'il se débatte et crie, je dis, à n'en pas douter, qu'il sent : en voyant chez lui les réactions par lesquelles j'exprime ma propre sensibilité, j'affirme la sienne et j'en apprécie la qualité et la grandeur. Entre lui et moi, comme entre moi et lui, il n'y a que mouvement; mais en moi, il y a entre la sensibilité et le mouvement une liaison définie, qui me fait reconnaître la sensibilité sous ses mouvements et me la livre, par ce moyen indirect, comme un fait accessible à l'observation et à l'expérimentation.

Ijoi de continuité. — Plus les réactions motrices d'un être ressemblent aux miennes, plus grande je suppose la ressemblance de sa sensibilité avec la mienne propre. A mesure que cette ressemblance fait place à une analogie plus lointaine, le fond de sensibilité qu'il couvre se dégrade lui-même et s'éloigne de celui qui m'est personnel. Si toutefois cette dégradation se fait en suivant quelque progression régulière, j'aurai encore quelque motif de rattacher le fait ainsi transformé et amoindri à ma sensibilité, seul critère que j'aie des faits de ce genre. Il en est de la sensibilité comme de la vie qu'au surplus elle caractérise : nous voyons son champ constamment s'agrandir, sans que nous puissions préciser exactement ses limites ; et cet agrandissement se fait, à chaque étape nouvelle, par l'adjonction d'êtres d'une natm^e à la fois inférieure et analogue à celle des êtres considérés précédemment comme les plus simples.

Raisonnement anthropomorphiqae. — Sauf de l'infime partie que chacun de nous en forme, la connaissance du monde vivant repose sur un raisonnement anthropomorphique, et il est impossible de l'établir sur un autre raisonnement.

('.ette remarque nous invite à une grande prudence dans S(m emploi.

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