Nerfs sensoriels
On appelle sensoriels les organes, et partant les nerfs, qui sont au service de sensibilités spéciales, autres que la sensibilité tactile dite générale. Cette convention peut laisser supposer que la sensibilité tactile n'est qu'un élément commun aux autres sensibilités, qui la représentent à un état seulement différencié. En réalité, le tact proprement dit est lui-même une sensibilité différenciée en un sens particulier. Ce qui lui vaut le nom de sensibilité générale, ce n'est pas sa modalité physiologique plus simple, mais sa distribution anatomique plus étendue. Comme les autres sens, il présente luimême des nuances variées.
Parmi les nerfs des sensibilités spéciales ou nerfs sensoriels, il en est qui reproduisent au niveau du bulbe à peu près la disposition d'une racine postérieure : tels le glosso-pharyngien et l'auditif, qui ont des noyaux d'origine analogues à ceux du trijumeau, nerf bul-
baire du tact; mais il en est d'autres, comme Tolfactif et surtout roptique,dontla morphologie a rompu tout ktait avec la disposition des racines. Ces nerfs sont en réalité des faisceaux de la moelle ou du cerveau prolongés jusqu'au voisinage des organes du sens (neurones de projection du deuxième ordre), à l'extrémité desquels se trouvent de la substance grise (rétine) et, à partir de celle-ci, des éléments nerveux microscopiques (bâtonnets, cônes) qui représentent les neurones du premier ordre ou périphériques.
a. — Nerf olfactif.
Il faut réserver ce nom à l'ensemble plexiforme de filets nerveux qui rampent dans la muqueuse pituitaire, et vont rejoindre le bulbe
.V. naso-palatin. Ram. int, n. olf.
Bulbe olf.
F. ethmold.
N, nas, lob,
Ram. prof, du f, ethm
Fig. 69. — Rameaux du nerf olfactif.
Celle figure ne repn!'sonte que les rameaux se distribuant k la face interne de la fosse nasale (d'après Hirschfeld).
olfactif, en traversant les trous de la lame criblée de Tethmoïde. Ces faisceaux ne présentent point de ganglion sur leur trajet; mais leurs fibres sont nées de cellules, qui sont restées.dans la muqueuse olfactive, au niveau même des éléments épithéliaux qui recouvrent celle-ci. C'est là une forme qui est commune aux neurones sensoriels et les distingue des neurones de la sensibilité générale. C'est,
iU FONCTIONS SYSTÉMATIQUES.
du reste, la forme commune des nerfs de sensibilité chez les invertébrés.
On admet sans discussion que le nerf olfactif est le conducteur des impressions olfactives et qu'il en est Tunique conducteur. Sa fonction a pourtant été contestée par Magendie, qui croyait à une conservation de Tolfaction chez les animaux chez lesquels il avait détruit le bulbe olfactif. L'odorat eût appartenu à la cinquième paire, dont les filets se répandent dans la muqueuse nasale en môme temps que ceux du nerf olfactif. Mais la substance qui était donnée à respirer aux animaux (ammoniaque) était une vapeur irritante agissant sur les terminaisons des nerfs du tact, ce qui explique les signes de dégoût donnés par Tanimal. D'autre part, la section du trijumeau entraîne, au bout d'un certain délai, des troubles trophiques dans les appareils des sens, auxquels ce nerf distribue ses rameaux. Il en résulte des paralysies ou parésies sensorielles secondaires, d'un mécanisme tout autre que celles résultant du nerf sensoriel lui-môme, mais qu'on peut ôtre tenté de lui attribuer, si on ignore cette circonstance.
Cl. Bernard, Le Bec, Testut ont constaté une absence du bulbe et du titictus olfactifs (ce qu'on appelait autrefois le nerf olfactif) chez des sujets chez lesquels l'odorat avait existé pendant la vie. Le cas de Le Bec a été soumis par M. DuvAL aune analyse histologique. Cet auteur a constaté, d'une part, la présence dans la pituitaire de filets olfactifs, et, d'autre part, sur le cerveau, l'existence d'une implantation réelle du tractus olfactif; d'où la conclusion que les conducteurs intermédiaires devaient exister, en suivant un trajet anormal.
b. — Nerf optique.
De même que le tractus olfactif auquel on refuse actuellement le nom de nerf olfactif, le nerf optique ne devrait plus être compris comme étant le cordon étendu de la rétine au cerveau et passant par le chiasma, mais seulement les neurones qui reçoivent directement l'impression lumineuse et la communiquent aux éléments ganglionnaires de la rétine. Dans l'épaisseur restreinte qui sépare la surface rétinienne de ces cellules ganglionnaires, on compte deux rangées superposées de neurones : 1° les bâtonnets et les cônes, 2° les cellules bipolaires, et il y discussion sur la question de savoir si ce sont les premières ou les secondes qui représentent le nerf sensoriel de la vision et sont, de ce fait, équivalentes aux neurones des racines postérieures dans l'exercice du tact. Les fonctions de ces éléments ne doivent pas s'isoler de celle de la rétine, sur laquelle nous aurons a revenir à plusieurs reprises.
c. — Nerf auditif.
Le nerf auditif rappelle beaucoup mieux que les formations précédentes la disposition typique d'un nerf sensitif ordinaire. Il est ramassé en un tronc qui de Toreille profonde s'étend aux parties latérales du bulbe rachidien; il côtoie le nerf facial et le nerf intermédiaire de Wrisberg dans son trajet intra-osseux à travers le conduit auditif interne. Comme les autres nerfs sensoriels, il a néanmoins ses cellules d'origine h la périphérie, dans des ganglions inclus à l'intérieur des appareils spéciaux du sens de .l'ouïe. — En réalité, ce nerf est double et répond à deux fonctions distinctes: celle de Vauditioii ou réception des sons par un appareil spécial contenu dans le limaçon^ et celle de la réception d'excitations particulières liées à la notion de mouvement ou de position dans l'espace par un autre appareil également spécial, contenu dans les canaux demi-circulaires. L'un est le nerf cochléaire^ l'autre, le nerf vestibulaire ; le premier a ses cellules d'origine dans le ganglion de Corti ou ganglion spiral ; le second dans celles du ganglion de Scarpa.
d. — Nerfs du goût.
Les éléments de la sensibilité spéciale gustative sont contenus pour la plus grande partie (base de la langue et isthme du gosier) dans le glosso-pharyngien, et pour une faible partie (pointe de la langue) dans la corde du tympan, branche du facial, mélangés à des éléments de fonctions diverses. Leur étude expérimentale est incluse dans celle de ces troncs nerveux.