Territoires sensitifs des liranches du trijumeau
Le territoire de l*oplitalini(iue en rou^e ; eelui du maxiUaire supérieur en jaune : eelui du maxillaire inférieur rn bleu.
Sensibilité gustative. — L'opinion qui a prévalu sur la fonction de la petite racine du facial ou nerf de Wrisberg, c'est qu'elle représente une origine aberrante du glosso-pharyngien, qui est destinée à la pointe de la langue par la voie de la corde du tympan, et au voile du palais par le grand nerf pétreux superficiel et le nerf palatin postérieur qui est une de ses branches de continuation. Son noyau bulbaire semble en effet continuer en haut et en avant le noyau de la neuvième paire (M. Duval, Vulpian).
La paralysie intracranienne du facial et la section de la corde sont accompagnées d'une diminution prononcée du goiU à la pointe de la langue et des piliers du voile du palais.
Action sèorétoire et vaso-dilatatrice. — Dans le domaine du niouvemenl, rexcitation intraci*anienne du facial, outre la contraction des muscles de la face, du digastrique, du styloïdien, du périslaphyiin interne, du palato-staphylin, etc., fera sécréter les glandes sous-maxillaire, sublinguale et du voile du palais ; elle fera congeslionnei* ces mêmes organes et la muqueuse de la langue et le voile du palais.
Action indirecte sur plusieurs sens. — Le facial est donc lié d'une façon directe au sens du goût, au moins pour la pointe de la langue et le voile du palais.
Mais sa paralysie peut aussi apporter d'une façx)n détournée quelques ti*oubles dans les autres sens. L'œil est privé de son clignement pi-otecteur de la paupière; pourtant il ne s'enflamme pas comme après la section du trijumeau. — L'oreille moyenne est paralysée d'un de ses muscles. — L'olfaction ellemême est gênée par le défaut de dilatation des narines et la paralysie du voile (Longet).
Nature mixte du ganglion gèniculé et du nerf de "Wrisberg. — Le ganglion géniculé a été décrit tantôt comme un ganglion du grand symjja- Ihique, tantôt comme un ganglion spinal, et ceux qui admettent l'une des deux opinions récusent l'autre : elles ne sont pourtant pas incompatibles et il est pix>bable que le nerf de Wrisberg contient à la fois des éléments végétatifs et des éléments sensitifs ou plutôt sensoriels, comme cela se voit dans les racines postérieures rachidiennes.
d. — Trijumeau.
Le trijumeau a un territoire sensitif qui correspond à toute la face (y compris le front) ainsi qu'aux cavités correspondantes (c'est celui de sa racine sensitive ou ganglionnaire). Il fait contracter les muscles masséter, temporal, ptérygoïdiens interne et externe, et mylo-hyoïdien qui ont une action essentielle dans lacté de la mastication (c'est le territoire de sa petite racine, racine motrice^ nerf masticateur de Belliingeri).
Section intracranienne du trijumeau, — La section intracranienne du trijumeau, avec survie de l'animal, a été faite la première fois par Mac.endie et est
devenue une des opérations classiques de la neurologie. Elle se fail facilement chez le lapin, dont les parois crâniennes sont minces, et peut se faire chez le chien. — Le névrotome employé est une tige mince, terminée par un Irianglo à la fois piquant et coupant, avec lequel on perfore la paroi crânienne, au niveau de la fosse temporale moyenne, immédiatement en arrière du tubercule condylien de la mâchoire inférieure. L'instrument, une fois dans le crâne, est dirigé contre la face antérieure du rocher, jusqu'au niveau de la dépression qui loge le trijumeau et son ganglion. On appuie alors l'instiniment en bas, en même temps qu'on le retire pour accrocher le nerf et le sectionner par le triangle d'acier qui termine le névrotome. A ce moment l'animal pousse des cris et le globe oculaire fait saillie en dehors.
A. Fonctions sensitives et motrices. — Anatomiquement le trijumeau a la constitution d'une paire rachidienne; Texpérimentation vérifie cette induction sur tous les points.
Fig. 78. — Schéma du nerf ophtalmique el de ses branches.
Paralysie sensitive. — Après la section de la cinquième paire, on peut constater qiie la cornée, la conjonctive, la langue, la peau do la face, les muqueuses de ces cavités sont insensibles du côté opéré, sauf dans leurs parties tout à fait profondes, où le territoire du trijumeau se confond avec celui d'autres nerfs. L'oreille est restée sensible à cause des branches importantes qu'elle reçoit tant du plexus cervical que du pneumogastrique.
Éléments sensoriels d'emprunt. — La section isolée du nerf lingual a pour effet de faire disparaître dans la pointe de la langue à la fois la sensibilité générale et la sensibilité gustative. Mais, tandis que les éléments tactiles de celte région viennent des origines du
186 FONCTIONS SYSTEMATIQUES.
trijumeau, ses éléments gustatifs lui sont fournis par le nerf <Ie Wrisberg par Tintermédiaire du facial et de la corde du tympan.
Paralysie motrice. — Si la section porte sur les deux trijumeaux, la mastication est devenue impossible. Si la section est unilatérale, les deux branches de la mâchoire inférieure formant un tout solidaire, la mastication peut encore se faire partiellement, par les muscles du côté préservé; seulement la mâchoire est déotée et attirée du côté sain; les dents portent à faux; une seule incisive de la mâchoire supérieure s'oppose à une seule incisive de la mâchoire inférieure ; les deux autres n'étant plus limitées par l'opposition et Tusure régulière, elles s'allongent.
Excitation intracranienne . — Si Ton met à nu les racines du trijumeau dans le crâne, on peut voir par excitation directe que la f/rosse racine est douée d'une vive sensibilité tandis que la petite a^ïmotrice des muscles de la mâchoire (masséter, temporal, ptérygoïdiens interne et externe et mylo-hyoïdien).
Gaig.
pétr. sup.
A'- o/jht.
' ->V. max. tTr,
. trmp .
ni
inf,
Fig. 79. — Innervai ton des muscles des ossele.'s el corde du tympan.
Muscle interne du marteau recevant un filet du trijumeau par rintermédiaire du ;^anglion oticiue. Muscle de l'étrier recevant un (ilet du facial.
B. Connexions avec le «irand svmpathujli:. — Comme tous les troncs nerveux qui procèdent de la moelle épinière ou allongée, le trijun.eaii renferme des éléments d'origine du grand sympathique et reçoit des filets de distribution de ce nerf. Ces éléments sensitivomoteurs (de sensibilité subconsciente et de mouvement involontaire) se rapportent à des fonctions assez diverses, mais qui toutes visent des relations entre organes et qu'à cause de cela on rapporte à la nutrition.
Éléments sécréteurs. — Pour ne parler ici que des éléments sécréteurs, le trijumeau en fournit à la glande lacrymale, aux glandes sudoripares de la face, et à Tœil lui-môme pour la régulation de sa tension intérieure ; ils lui viennent soit du sympathique crânien, soit de ses origines propres. — 11 en fournit aux glandes du voile du palais, à la sous-maxillaire et à la sublinguale, qui lui viennent du nerf de Wrisberg. Il en fournit à la parotide et à la glande molaire dite glande de Nilck, qui lui viennent du glossopharyngien, sans participation de ses origines ni du sympathique crânien. Mais le nerf de Wrisberg et le glosso-pharyngien font partiellement partie, comme le pneumogastrique, du système ganglionnaire. — Les éléments vaso-dilatateurs des mêmes organes ont même origine. Les constricteurs viennent généralement du sympathique cervical.
acrym.
K. méning, N. vid.
^ 80u8-orbit.
^ denl. ont.
A', dent. moy. Plex. dent.
Fig. 80. — Schéma du nerf maxillaire supérieur et de ses branches.
C. Troubles tropiuques. — La section intracranienne du trijumeau retentit de diverses façons sur la nutrition de la face par voie plus ou moins directe ou indirecte. Magendie a vu qu'après cette section Toeil perd son brillant et son poli. L'altération, qui est déjà visible quelques heures seulement après l'opération, débute généralement par le centre de la cornée sous forme d'une tache qui va s'opacifiant de plus en plus. En même temps, une sorte de nuage apparaît dans la chambre antérieure. On peut voir également après
i88 FOiNCTIONS SYSTÉMATIQUES.
quelques jours un envahissement très régulier de la cornée par un lacis vasculaire, qui part de son bord cornéen et s'arrête nettement à une certaine distance de son centre. Chez des animaux affaiblis ou mal nourris, elle peut aboutir à la fonte de l'œil, par perforation cornéenne, issue du cristallin et des humeurs (Cl. Bernard). Magendie aurait vu, dans certains cas, la gangrène s'étendre à toute la face.
Leur contingence. — Chez Thomme, des troubles trophiquos de l'œil, analogues, moins la gravité,, à ceux qui viennent d'être décrits, ont été notés plusieurs fois, à la suite des altérations du nerf trijumeau. Ces troubles toutefois n'apparaissent pas forcément, et notamment dans la section chirurgicale intracranienne ils ont pu être enrayés ou évités. On ne doit pas oublier toutefois que la vulnérabilité des parties énervées s'est accrue et que ces troubles pourraient apparaître sous l'influence de causes banales et parfois légères.
Siège varié. — Magendie, Cl. Bernard, tous ceux qui à leur suite ont fait la section intracranienne du trijumeau sur les animaux ont vu assez souvent des ulcérations des lèvres supérieure et inférieure et des altérations des muqueuses conjonctivale, nasale ou buccale portant sur la vascularisation et la sécrétion de ces surfaces.
Photophobie. — Lorsque l'œil est enflammé, spécialement l'iris et la cornée, il s'y développe une sensibilité particulière douloureuse à la lumière, qui oblige le patient à se soustraire aux rayons lumineux, en fermant la paupière. Bien que l'irritant soit la lumière, l'origine de cette sensation douloureuse n'est pas dans la rétine. La photophobie, en effet, peut exister chez les amaurotiques, dans lesquels la sensation visuelle n'existe plus. Chez les animaux auxquels on a préalablement coupé le nerf optique, une plaie de la cornée détermine de la photophobic (Cl. Bernard, Castoram). La photophobie n'existe pas quand la conjonctive est seule enflammée.
L'iris paraît avoir une sensibilité spéciale à la lumière et peut se contracter directement sous l'influence des rayons lumineux (Brown- SÉtjiARD). La sensibilité est donnée à la cornée par les nerfs ciliaires dits indirects qui traversent le ganglion ophtalmique; celle de l'iris par les nerfs ciliaires tant directs qu'indirects (Cl. Bernard).
Ganglion ophtalmique; sa nature. — Certains auteurs ont discuté la question de savoir si le ganglion ophtalmique (que quelques-uns appellent aussi ganglion ciliaire) est Téquivalent d'un ganglion sympathique ou d'un ganglion spinal. Il est vraisemblable que ses fonctions sympathiques, très évidentes de par Texpé-
riencc, ne sont pas exclusives de fonctions sensitives conscientes, dans le genre de celles de la racine ganglionnaire du trijumeau, dont il représenterait une masse aberrante de très petites dimensions. Chez rhomme, on a pu voir une paralysie sensitive complète du trijumeau à Texception de la cornée, ce qui se comprendrait par une altération du nerf qui respecte le ganglion ophtalmique (Thèse de Demaux, 1843).
Classification des éléments. — Dans tous ces troncs nerveux compliqués qui forment les nerfs crâniens, l'expérimentation vise à distinguer trois ordres d'éléments : les uns sensitifs ou sensoriels, les autres moteurs, les autres enfin qu'on appelle ganglionnaires ou du grand sympathique. Ces derniers sont au fond, eux aussi, des éléments sensitifs et moteurs, mais d'un ordre un peu particulier; ils ont une double caractéristique anatomique et physiologique. Les neurones qui les composent, au lieu d'aller d'une seule venue de la moelle aux organes, sont coupés sur leur trajet par la substance grise des ganglions ; et, d'autre part, leur sensibilité est obscure et leur motricité automatique, c'est-à-dire involontaire.
La variété des troubles plus haut signalés concorde avec celle des éléments de fonctions diverses contenus originellement dans le trijumeau, ou cédés à ses branches de distribution par les anastomoses qui lui viennent du grand sympathique : éléments vasomoteurs, sécréteurs, avec en plus des éléments d'espèce encore mal déterminée.
Éléments vaso-moteurs. — Le trijumeau contient des éléments vaso-moteurs qui lui viennent du grand sympathique et dont les origines sont dans les deuxième, troisième, quatrième et cinquième racines de la moelle thoracique. Ces éléments sont les uns constricteurs et les autres dilatateurs des vaisseaux de la face (Dastre et Morat). Ils sont inégalement distribués dans ses différentes régions ou cavités (Voy. Grand Sympathique), Ils rejoignent le tronc de la cinquième paire en passant principalement par l'anastomose qui du ganglion cervical supérieur se rend au ganglion de Casser. Une section qui porte, soit sur ce dernier ganglion, soit en avant de lui, interrompt la continuité de ces éléments et explique les désordres vasculaires qui sont la conséquence de cette section, dans les parties profondes et superficielles de Tœil, comme sur la muqueuse nasale et, à un degré moindre, sur la muqueuse buccale.
a. Éléments constricteurs. — Le grand sympathique fournit des éléments constricteurs, soit aux branches, soit au tronc du trijumeau. La rétine, la région bucco-faciale en reçoivent par Tanas-
tomose qui va du ganglion cervical supérieur au ganglion de Casser. Le segment antérieur de Fanl paraît les recevoir par une voie indépendante de cette anastomose (Morat et Doyon).
b. Éléments dilatateurs. — Le prolongement crânien du grand sympathique qui va du ganglion cervical supérieur au ganglion de Casser contient la majeure partie des dilatateurs fournis par le grand sympathique au trijumeau (Morat).
N, iemp. prof post.
B, méning.
N. aur. temp.
N. facial.
Corde tymp.
N. dent. inf. . \ N. mylo-hyoid
B. digaitr.
Fig. 8i. — Schéma du nerf maxillaire inférieur.
Éléments & fonction indéterminée. — Les troubles li'ophi(]iies de l'œil et de la face, qui surviennent à la suite de la section ou de la paralysie de ces troncs nerveux, ne peuvent recevoir d'explication satisfaisante ni du fait que la sensibilité a disparu, ni delà circonstance que la circulation a été troublée, ni même de ce que des altérations parallèles de la sensibilité et de l'irrigation sanguine se montrent concurremment. Nombre d'auteurs ont vu là la preuve qu'il doit exister dans le système nerveux des éléments particuliers, régissant d'une façon spéciale la nutrition cellulaire, et que pour cette raison ils appellent les nerfs trophiques.
Position de la question. — Présentée de cette façon, la question est mal posée, et il importe de la remettre sous son vrai jour. — C'est un fait très évident et hors de conteste que l'activité cellulaiie est commandée par le système nerveux ; mais cette activité se présente à nos yeux sous des aspects variés ; elle se décompose en phénomènes multiples, et qui ont entre eux des liaisons
de dépendance. Nous posons en principe que le système nerveux n'intervient pas (Vune façon séparée sur chacun de ces phénomènes par des éléments distinclSy mais quHl donne seulement à la cellule l'impulsion initiale qui les fait se dérouler* dans Vordre commandé par leur enchaînement.
Exemple typiqae. — (x)mme exemple clair, nous pouvons prendre le muscle. Sous l'influence de l'excitation de son nerf, cet organe manifeste: 1° de la chaleur, 2° un mouvement apparent, 3° des échanges de substance avec \v sang qui le traverse. — La liaison entre tous ces phénomènes intérieurs et extérieurs est en lui assez évidente pour que nous ne les rapportions pas à trois ordres de nerfs, qui seraient désignés d'après chacun de ces phénomènes particuliers, mais à un seul oi-dre de iibres que nous appelons motrices, d'après le phénomène le plus saillant et plus anciennement connu qui résulte de leur excitation. Ces phénomènes dans leur ensemble sont souvent syncrétisés sous le nom de nutrition, qui implique un échange de substance et d'énergie avec le milieu qui entretient la dépense due au travail musculaire.
Dégénération. — Il faut ajouter qu'il n'est pas indifférent pour un muscle de recevoir des excitations ou d'en être privé, de fonctionner normalement ou d'être condamné à un repos définitif. La privation absolue d'excitation a pour
iV. mot. oc. com. ^
n. temp,
(i. Casser
R. mal.
R. inf. mot. oc.
N. mdien ç^^
A. mén. moy.
r- L I ^' souÊ-orbit.
G. sph^n. pal.
N. pnla'.
post. moy. R. bucc. fac.
Fig. 82. — Serf inajrillaire supérieur ; ses branches superficielles.
conséquence une déviation de la composition et de la structure intime de la cellulaire musculaire. On appelle dégénération ou altération trophique cette déviation structurale, quand elle est devenue évidente dans l'élément resté trop longtemps inaclif. Le nerf moteur qui commande les phénomènes chimiques, moléculaires, qui entraînent toutes ces conséquences, est donc tout à la fois un nerf de mouvement, un nerf do chaleur, un nerf do mutations chimiques, et un nerf de nutrition. — Tout nerf qui a pouvoir surune cellule quelconque, pour la provoquer à son activité spécifique, tient par là-méme sous sa dépendance
une série de phénomènes analogues ou équivalents qui s'enchaînent dans le môme ordre, et qui sont les uns immédiats, les autres lointains. — Ces phénomènes peuvent, d'autre part, n'être pas également visibles ; les premiers (phénomènes fonctionnels), en raison de leur nature même, peuvent dans certains cas échapper à notre observation, alors que les derniers (altérations structurales) sont forcément apparents.
Fonction non visible extérieurement. — (^est vraisemblablement ce qui arrive pour des organes comme la peau et la cornée, dont les cellules Tlxcs, épithéliales ou autres, ont une activité tout intérieure, ne se traduisant en tout cas par aucun mouvement visible. Cette activité est sans doute réglée par des nerfs à la façon de celle des glandes ;seulementrexcitation de ces nerfs n'a point d'effet directement visible pour nous ; tandis que la perte définitive de cette activité par suite de la suppression de ces nerfs se traduit, au bout de quelque temps, par les altérations qui en sont habituellement la conséquence.
Gonclasion. — La peau et la cornée n'ont pas d'autres nerfs trophiques que ceux qui gouvernent Vactivité fonctionnelle de leurs éléments. Cette activité dans son détail échappe à nos méthodes actuelles d'observation. Seule la cessation de cette activité se décèle par un désordre structural résultant de la perte de Véquilibre nutritif.
Analogies fonctionnelles. — Si Ton admet cette explication, si on accepte l'existence de nerfs centrifuges allant aux éléments fixes de ces tissus qu'on considère encore comme privés d'une telle innervation, leurs éléments doivent prendre place à côté de ceux qui se rendent dans les cellules glandulaires. Les épithéliums dits de i^evêtement, dont la fonction n'est certainement pas réduite au rôle de protection mécanique qu'on leur attribue, ont le môme droit que les glandes à ôtre excités et dirigés dans leur fonctionnement par des impulsions distribuées par le système nerveux. Ces nerfs centrifuges, analogues aux'nerfs sécréteurs, appartiennent sans aucun doute, comme eux, au système ganglionnaire.
Section des racines postérieures, troubles trophiques. — La section des racines postérieures lombaires et sacrées entraîne souvent dans le membre postérieur correspondant des ulcérations avec chute des ongles et des poils de la région, épaississement de la peau, et hypertrophie des métatarsiens et des phalanges. Ces faits sont à rapprocher de ceux qui suivent la section du nerf trijumeau. Comme le tnjumeau, les racines postérieures de celte région renferment des éléments sensitifs et, au milieu d'eux, des éléments centrifuges dont on a démontré la fonction vaso-dilatatrice à l'égard du membre correspondant. Mais là non plus les troubles trophiques ne paraissent point en rapport constant avec les modifications de la sensibilité et de la vascularisalion. Il faut donc admettre là encore des éléments centrifuges, destinés non plus seulement aux vaisseaux, mais aux tissus mômes de la peau, éléments appartenant de môme au système ganglionnaire.
D. Action indirecte sur les sens. — Le trijumeau répand ses ramifications dans quatre cavités de la face renfermant les organes de quatre sens importants : la cavité orbitaire (vision) ; la cavité nasale (olfaction) ; la cavité buccale (goût); la cavité auriculaire (audition). Tous ces organes sensoriels sont comme enclavés dans un champ de sensibilité générale, dont le territoire lui appartient. Le sens tactile
est ainsi appelé indirectement à prêter son concours aux fonctions compliquées des sens supérieurs.
Le trijumeau concourt à l'exercice de ces sens, non seulement par ses éléments sensitifs, mais aussi par les éléments moteurs involontaires qu'il tient tant de ses origines que de ses anastomoses avec le grand sympathique. Sans parler des vaso-moteurs qui règlent la circulation dans tous ces organes, il participe à une série de réflexes d'adaptation ou de défense dont on peut rappeler ici les principaux.
a. Vision. — Le ganglion ophtalmique fournit à l'œil les nerfs ciliaires qui sont les uns constricteurs, les autres dilatateurs de la pupille : les premiers viennent de l'oculo-moteur commun, les seconds du trijumeau, qui les lient tant du grand sympathique que de ses origines. — Les premiers agissent en plus pour augmenter la courbure du cristallin et accommoder l'œil aux objets rapprochés ; les seconds agissent en sens inverse pour diminuer sa courbure et l'accommoder à la vision éloignée (MoRAiet Doyon).
La tension intra-oculaire est entretenue dans son état normal par une sorte d'équilibre entre la sécrétion interne des humeurs.du globe oculaire et la déplétion de celui-ci.
b. Audition. — Le ganglion otique fournit àl'oreille moyenne un filet qui vaau muscle interne du marteau et règle la tension de la membrane du tympan. A sa pénétration dans le muscle, ce filet traverse un petit ganglion qui est l'équivalent du plexus ciliaire.
c. Olfaction. — Des- éléments sécréteurs du ganglion sphéno-palatin règlent le degré d'humidité de la muqueuse nasale.
d. Gustation. — Par sa branche linguale, le trijumeau donne un rameau important, la corde tympanique, qui commande la sécrétion de la glande sousmaxilliaire et, par là-mème, l'état d'humidité de la langue favorable au sens du goût. La corde tympanique est un rameau d'emprunt qui provient originellement du facial et aboutit au ganglion sous-maxillaire.
e. — Glosso-pharyngien.
Le glosso-pharyngien est un nerf mixte dès ses origines : fibres de sensibilité générale, de sensibilité gustative et de motricité de tous ordres s'y côtoient dans des faisceaux radiculaires, où il serait impossible de les séparer expérimentalement. Ces fibres de différente fonction ont toutefois des noyaux d'origine et de terminaison distinctes dans la substance grise bulbaire.
I. Section. — Paralysie gustative. — La section intracranienne du glosso-pharyngien n'est pas réalisable d'une façon isolée. Sa section à la sortie du crâne abolit la sensibilité gustative dans la partie postérieure de la langue, c'est-à-dire dans tout le champ situé en arrière du V lingual. La pointe de la langue reçoit ses fibres sensorielles du tronc du lingual, mais en réalité par l'intermédiaire de la corde tympanique qui les tient du nerf de Wrisberg.
MoRAT BT DoYoN. — Physiologie. II. — 13
Paralysie sensitive. — Avec ses fibres guslalives, le glossopharyngien contient des éléments de sensibilité générale. Sa section à la sortie du trou déchiré est douloureuse et son excitation par le pincement est accompagnée de cris et de réactions défensives. La neuvième paire représente la sensibilité générale de la base de la langue et en partie celle du pharynx, le plexus pharyngien étant
yjl iV. tout
or hit.
S,Jacoh$. y.dtKt.
ont.
G. Anderteh
Caroi. int ^'«•
dent.
*• '" O.R Jî? ^2»
jL.J*^*^
Fig. 83. — Serf maj'illaire supérieur: ses branches et anastomoses profondes.
formé par des éléments venant du glosso-pharyngien, du vague et du grand sympathique.
II. Excitation dans le crâne, — Par Texcitation de ses racines en dedans du crâne, on montre que le glosso-pharyngien contient dos ses origines des éléments moteurs de différentes catégories.
On opère sur des animaux venant d'être sacrifiés, de grands animaux autant que possible ; sa motricité dans ces circonstances persiste un certain temps après que toute sensibilité est éteinte, ce qui donne un délai suffisant pour l'étudier et élimine les effets réflexes qui pourraient être dus à la sensibilité. Chauveau a vu dans ces conditions Texcitation des racines du glosso-pharyngien faire contracter le constricteur inférieur du pharynx et une partie des muscles du voile du palais.
Éléments vaso-dilatateurs. — De même que les fibres gustatives du lingual et de la corde sont accompagnées d^éléments vaso-
dilatateurs, de môme aussi celles du glosso-pharyngien. En faisant Texcitation extracranienne ou intracranienne de la neuvième paire sur des animaux dont la circulation est conservée, Vulpian a vu se produire une vive congestion à la base de la langue^ dans le champ de distribution de ce nerf. 11 y a également dilatation des vaisseaux parotidiens.
Éléments sécréteurs. — Le même auteur a vu que cette excitation (faite en dedans du crâne) fait sécréter la glande parotide. En combinant ce résultat avec ceux obtenus antérieurement par
Pét. n. pét. sup. N. muicle mari.
N. ophtalm.
N. max. sup.
G. otique
N. périst. ext.
Corde tymp.
N. ptéryg. int.
N. dent. inf.
arct.
N. lingu.
Fig. 84. — Serf maxillaire inférieur (vue interne).
Cl. Bernard, Schiff, etc., le trajet du nerf sécréteur de cette glande est le suivant : origine du glosso-pharyngien, ganglion d^Andersch, rameau de Jacobson, petit pétreux profond externe, ganglion otique, branche auriculo-temporale dont certains rameaux se distribuent à la parotide.
Ganglions; leur nature fonctionnelle. — Sur les ganglions du glosso-pharyngien (ganglion d'Ehrenritter et ganglion d'Andersch) on peut faire la même remarque que sur ceux de la plupartdes nerfs crâniens; ces masses ganglionnaires équivalent sans doute pour partie aux ganglions spinaux des racines postérieures (fibres sen-
i06 FONCTIONS SYSTÉMATIQUES.
sitives et sensorielles) ; mais il est probable qu'elles représentent aussi des ganglions du grand sympathique. Le rameau de Jacobson qui se détache du ganglion d'Andersch est manifestement un nerf de la vie végétative, comme l'indiquent ses connexions avec Tune des glandes salivaires.
f. — Pneumogastrique.
Le nerf pneumogastrique (encore appelé nerf moyen sympathique, nerf vague ou nerf de la dixième paire) étend ses rameaux de distribution à la tôte, au cou, au thorax et à Tabdomen, c'est-àdire à des organes nombreux et importants qui participent k des fonctions très variées. Il renferme des éléments sensitifs et moteurs tant de la vie de relation que de la vie organique^ et cela dès ses origines dans le sillon latéral du bulbe.
Disposition atypique. — Dans la constitution d'une métamère, telle que celle qui répond à une paire nerveuse rachidienne, ou encore au trijumeau, le partage des fonctions sensitives et motrices d'une part, conscientes et inconscientes de Tautre, affecte une disposition typique, qui facilite beaucoup l'analyse et la description du détail de ces fonctions. Dans le nerf pneumogastrique, cette systématisation extérieurement apparente a à peu près disparu, par le mélange et rintrication des différents éléments à partir de leur lieu de naissance.
Noyau d'origine. — Le noyau d'origine de la dixième paire est un noyau mixte, renfermant des éléments de valeurs fonctionnelles très différentes. II reçoit un grand nombre de fibres centripètes, parmi lesquelles dominent les éléments de sensibilité inconsciente, à côté de fibres de sensibilité consciente. 11 est le lieu d'origine d'un certain nombre de neurones terminaux, allant à des muscles volontaires : il en émet un beaucoup plus grand nombre, dont les terminaisons vont s'échelonner dans les masses ganglionnaires qui appartiennent au grand sympathique, montrant ainsi d'une façon évidente les relations fonctionnelles que ce nerf entretient avec le système de la vie végétative.
Ganglions Jugulaire et 'plexiforme. — A sa sortie du crâne, le pneumogastrique présente deux renflements ganglionnaires (gan^/ionjuf/u/atre et pkxus gangliforme), que leur structure désigne comme les équivalents d'un ganglion spinal, au moins pour la plus grande partie de leurs éléments, mais sans toutefois qu'on puisse affirmer qu'ils ne correspondent pas partiellement à un ganglion du grand sympathique.
Champ de distribution. — Né du bulbe et anastomosé de bonne heure avec des nerfs importants, parmi lesquels le spinal qui lui cède sa branche interne, le pneumogastrique épuise ses ramifications successivement au cou, au thorax, à l'abdomen. Ses limites inférieures sont indécises parce que, tombant dans un système compliqué, formé de relais ganglionnaires qui contiennent également des fibres de passage, nous n'avons pas de moyen anatomique ni expérimental bien précis de reconnaître les lieux de terminaison de ses fibres, ces terminaisons étant du reste échelonnées sur un certain nombre de ses relais. Le pneumogastrique est formé de fibres, les unes myéliniques, les autres amyéli-
niques. Ces dernières y existent en assez grand nombre, et les premières y sont d'un calibre réduit. Ces deux caractères les rapprochent de celles du grand sympathique.
Protoneurones et neurones inter centraux. — Les éléments de sensibilité consciente et de mouvement volontaire que contient le pneumogastrique ne dépassent pas le cou et se rendent principalement au larynx. De ce fait, ils obéissent encore à la loi de la métamérie, qui veut que leurs terminaisons soient contenues dans le même segment du corps qui renferme leui's origines, ou à peu près. Ce sont des neurones initiaux ou terminaux, ou protoneurones. Par contre, les éléments de fonctions inconscientes et involontaires rompent tout à fait avec la métamérie : en cela, ils reproduisent la disposition de la chaîne du grand sympathique, qui établit des communications» non plus entre les organes d'une même métamère, mais entre les différentes métamères elles-
G. n. pAtr. $up.
Bam. tub, .
G. sphén. palat.
P. n. pélr. prof.
G, n. pétr. prof, \
R. fen.
B. fen. roi N. Jacobn G. dAnd
SpL