XVI
L'œuf, ovulum , contenu dans l'ovaire , présente les éléments essentiels suivants, qu'on peut déjà reconnaître, plus ou moins clairement , même dans les œufs les plus petits : 1" Une membrane externe, sans organisation, transparente, appelée chorîon. Elle semble par elle-même dépourvue de vaisseaux , mais fréquemment et presque chez tous les mammifères, elle est unie intimement à un feuillet propre externe , la capsule , theca , formé aux dépens du tissu cellulaire du stroma de l'ovaire et de ses vaisseaux sanguins. (Tab. II. fig. III. c.) (l). — 2" Le vûellus, dont la masse est fréquemment encore, dans de très-petits œufs , transparente et peu développée , mais qui s'augmente considérablement dans la suite par addition de substance et de partage en différents éléments. De très-bonne heure il se forme autour du vitellus une membrane propre , très-mince , délicate et sans organisation, appelée membrane vitelline {fig. 111. b.). 3^ La vésicule germinalive, vesicula proliféra seu germinativa, qui est parfaitement sphérique, transparente et placée au centre du vitellus; celte vésicule contient un liquide entièrement incolore et un ou plusieurs corpuscules obscurs , qui apparaissent par transparence sous forme de taches obscures et qui ont été désignées sous le nom de macula germinativa, tache germinative (fig. III. d. u. e.) (2),
(1) Pour se convaincre de l'existence de ce chorion transparent et sans organisation, on doit choisir un animal invertébré , par exemple , une moule , unio. Chez les vertébrés supérieurs, le chorion se présente, sous le microscope, comme un anneau plus ou moins épais ; dans des œufs plus avancés , il est uni à la capsule externe, theca, qui est riche en vaisseaux sanguins (cette capsule deviest plus tard le calice .. calyx, chez les oiseaux , les reptiles et les
poissons). Yoy Tab. II. fig. II. a.c. Quant à la formation des œufs chez l'homme elles mammifères, il en sera question plus loin.
(2) J'ai cherché à exposer la structure remarquablement régulière des œufs primitifs dans tout le règne animal, dans mon Prodromus Mstoriae generationis. Lifs. 1836. ¥ol. Comparez aussi , comme commentaire, l'article i?t dans ERSCHwnd Gruber's encyklopaedîe.
Le vilellus est formé , dans la majeure partie des trèspetits œufs des différents animaux , par un liquide transparent , incolore, dans lequel se montrent successivement des éléments granuleux, obscurs. Par suite du développement, il se forme des globules vitellins plus gros, qui sont eux-mêmes remplis de granules ou de molécules plus petits et parfois aussi de globules obscurs ; entre eux apparaissent des gouttes d'huile libres; et il semble en outre, qu'entre les globules vitellins, il se trouve une petite quantité de ce liquide incolore, albumineux , qui a précédé la formation propre du vilellus. Les éléments du vitellus se séparent peu à peu dans l'intérieur du globe vitellin ; dans le point central du vitellus , il existe une espèce de cavité , qui est remplie par une masse vitelline plus claire ( T. II. fig. II. i.); de cette cavité part un canal, qui se rend à la surface et qui est aussi rempli de cette même substance. La vésicule germinative s'avance maintenant du point central vers la circonférence (fig. XIII. c.) et se loge alors dans une couche circulaire du vilellus, d'un jaune clair, appelée stralum proligerum, couche proligère, ou encore discus proligerus, discus vileUinus, (Tab. II. fig. XIII. b. b.) Les globules vitellins de la couche proligère, remplis de globules plus petits, peuvent être aussi distingués des autres globules vitellins à l'aide du microscope et il semble que ceux d'entre eux, qui touchent à la membrane vitelline, forment une couche propre dont les élémenls sont plus lâchement unis ensemble.
( 1 ) La description ci-dessus se rapporte pîairticulièrement au vitellus de l'œuf des oiseaux; dans cette classeles œufs les plus petits sont déjà remplis de molécules vilellines obscures ce qui est rarement le cas chez d'autres animaux. Heconnaître la structure et l'arrangement des éléments du vitellus , est une
des recLerches microscopiques les plus difficiles et d'ailleurs on est Irès-loiri d'en avoir fini avec celte question. Ainsi il est difficile de dire comment se comportent les molécules les plus ténues par rapport aux globules vitellins et leurs enveloppes, les gouttes d'huile relativement aux globules vilellins , etc. Les molécules qui, lors de l'écrasement des globules vilellins, offrent un vif mouvement moléculaire, sont excessivement petites et paraissent , même en dehors des globules vilellins, suspendues dans le vitellus. Baer, dans son Entwickelungs-gescMchtc der Thiere, B^ ii. 19, décrit les cléments du vitellus de la manière suivante : « Les granules , dont dépend la couleur jaune du vitellus , sont de différentes espèces. Quelques-uns sont gros et assez régulièrement globuleux; ils ont un diamètre de 0,005 à 0,0 ia5 et consistent eux-mêmes en granules plus petits et moins bien séparés. D'autres sont beaucoup plus nombreux et apparaissent comme une masse énorme de tout petits granules, qui même au moyen d'un fort grossissement, se présentent encore comme des points sans formes déterminées. Dans le milieu on voit des masses plus claires, non arrondies régulièrement , le plus souvent allongées, qui, malgré leur clarté, ne semblent pas être formées de vésicules vides ; car dans ce dernier cas, elles devraient être plus régulières. On ne doit pas les confondre avec des gouttelettes huileuses translucides, qui se trouvent danstouslesvitellusetqui ressemblent plutôt à des grumeaux d'albumine. On y trouve encore une quatrième espèce decorps, qui sont ronds, plus petits que les premiers dont nous avons parlé et qui contiennent dans leur intérieur, un petit granule particulier rond ou vésicule; celle quatrième espèce se rencontre seulemenldans les environs de la cavité centrale. «-ScHWANNadonné de très-bonnes figures des globules ou cellules vilellines, commeilles appelle. V. Schwakn's Slikroscopische untersuchungsn Uberdie uebereinstiinmungen in der Structur unddem wachsthum der Thiere und P/?anzen. Berlin, 1838, p. 55. Schwann distingue les globules delà cavité vitelline et ceux de la substance propre du vitellus. Les premiers se trouvent aussi dans le canal vitellin et dans le prétendu nucleus delà cicalricule; ce sont des globules parfaitement ronds, à bords unis , contenant dans leur intérieur un globule plus petit à contours tranchés , qui ressemble à une gouttelette de graisse. Les globules de la substance propre du vitellus sont plus gros , renferment une substance granuleuse et la plupart n'ont pas de globule nucléen plus petit; ils sont très-sensibles à l'action de l'eau. Schwann croit qu'outre le contenu des globules vilellins, on ne rencontre pas de substance finement granulée , libre dans le vitellus. — La synonymie de la couche proligère est un peu confuse. Baer distingue dans celte couche une partie plane, en forme de disque, qu'il appelle disque proligère et une partie médiane, qui est plus épaisse et s'enfonce sous la vésicule germinatrice (Tab. IL fig. XIII ) dans le vitellus ; il la désigne sous le nom de cumulus , tubercule proligère; Pander au contraire Vapii^Me nucleus cicatriculae. Dans mon ProdroMms j'ai désigné le tout sous le nom de discus vitellinus, disque vitellin. Comparez § 47 où est décrite la structure de cette partie dans l'œuf, après la ponte.
§ XVllI.
La vésicule proligrère (l) est déjà parfaitement formée dans les œufs les plus petits, et très- jurande , relativement à l'œuf entier j il n'est pas rare de la trouver ég^ale à la moitié de l'œuf et alors le vilellus et ses membranes l'entourent d'assez près. Dans l'origine la vésicule germinative est placée au centre de l'œuf; mais dès que le globe viteilin se développe, elle monte pour atteindre sa périphérie, jusqu'à ce qu'elle arrive contre la membrane vilelline et se trouve dans la masse granulée , en forme de disque , appelée disque proligère ou viteilin , qui devient plus tard la couche proligère. Elle est insérée, au centre du disque proligère, dans une cavité qui s'élève un peu dans la paroi interne de la membrane vitelline ( Tab. II. fig. XIII. b. ) ; il résulte de cette disposition que, sur des œufs de grandeur moyenne, où la vésicule proligère a déjà atteint toute sa grandeur, celle-ci peut se voir à l'œil nu par transparence, ainsi que le disque proligère (fig. XIII. b.). La vésicule proligère est parfaitement sphérique; chez quelques animaux seulement elle s'aplatit plus lard; par exemple, chez les grenouilles (2) , elle consiste en une membrane mince , complètement transparente , simple et sans aucune organisation, qui possède néanmoins une certaine élasticité et offre de la résistance à une pression médiocre. Elle est complètement remplie d'un liquide parfaitement incolore, dont la nature albumineuse se révèle par la coagulation , au moyen de l'alcool et des acides. En outre on trouve , dans un point de la vésicule germinative, une tache opaque, macula germinativa. (Tab. II. fig. III. e. fig. VIII. d, fig. IX. u. X. g.). Celte tache germinative se rencontre chez l'homme, les mammifères, les oiseaux, les reptiles écailleux et chez beaucoup d'animaux invertébrés. En observant avec plus d'attention , on reconnaît qu'elle existe déjà dans les œufs les plus petits et que c'est souvent chez eux qu'elle est le plus apparente; elle est appliquée à la paroi interne de la vésicule germinative, sous la forme d'un amas arrondi granuleux (3). Il n'est pas rare de
distinguer, parmi le lissu granulé, qui forme la macule germinative, quelques molécules plus grosses que ces granules; parfois aussi ce tissu granulé présente l'apparence d'une enveloppe mince, qui semblerait l'entourer de très-près (4). La vésicule germinative prend différentes formes à la suite d'une compression exercée sur elle, ou d'un mouvement de rotation imprimé au vitellus (5). Chez plusieurs animaux, tels que les reptiles nus, les poissons osseux et quelques invertébrés, on voit, dans toute rétendue de la paroi interne de la vésicule germinative, même sur les œufs les plus petits, plusieurs taches rondes, obscures (8 à 10) qui apparaissent à l'œil comme de petites formations globuleuses ; la matière de ces taches est d'une consistance oléagineuse et un peu moins fluide que ne l'est ordinairement celle de la macule germinative; il n'est pas rare de rencontrer dans le nombre un corps plus gros, plus opaque, un peu granuleux, qu'on pourrait peut-être considérer comme la vraie macule germinative (6). Dans les vésicules germinatives, uiêoie celles où la macule germinative est toujours unique, on trouve parfois, et presque constamment dans des œufs plus avancés, de nouvelles granulations sous forme de petits globules, disperses sur la paroi interne de la vésicule germinative ; par suite desquelles la macule germinative primitive, qui est plus grande et plus opaque, devient indistincte et disparaît (7).
(1) PcBKiNJE est celui qui le premier a découvert la vésicule germinative qui porte aussi son nom ; vesiciila Furkinii. Il l'a décrite d une manière détaillée dans ses Symbolae ad ovi avium hisloriam ante incubationem. Lips. 1830, in-4o avec des planches. Comparez encore son article Ei im Berliner encyklopadischen if'orterbuch der medizin: Wissensch : Bd. X. 1834. p. 10". — Voyez encore des descriptions de la vésicule et de la tache germinative , dans de petits œufs , dans mon Prodromus historiœ generationis et dans l'article Eî de Ersch et Gruber Encyclopaedie.
(2) L'insertion de la vésicule proligère dans un pore du disque proligère , et sa transparence à travers la membrane vitellinc, sont visibles surtout chez les oiseaux, les lézards et les serpents; dans des œufs de grenouille arrivés à maturité, la vésicule proligère se présente comme un corps très-gros , aplati, placé sous la couche vitelline noire ou proligère ; pour la voir , il faut fendre un œuf avec des ciseaux très-fins; le plus souvent on l'obtient et elle est très-visible à l'œil nu ; une section perpendiculaire , sur un vitellus endurci dans l'acide acétique, pendant un court espace de temps, rend plus visible la relation des parties Comparez la figure que j'en al donnée dans mes
Beïtrage zur geschichte der zeugung. Tab. II. fig. 6. Dans les salamandres il en est de même.
(3) Pour avoir une idée générale de la structure de l'œuf dans l'ovaire , le mieux est de prendre une moule, par exemple une anodonte ou mieux encore une unio ; chez ces animaux on verra une enveloppe extérieure , le chorion qui entoure , mais à une distance plus ou moins grande , le vitellus, qui est en outre enveloppé par une membrane vilelline propre; celui-ci renferme une grande vésicule proligcre , très-belle, pellucide, dont la macule germinative en forme du chiffre huit, est surtout bien distincte. Voyez Prodromus, Tab. I. fig. V. Chez les arachnides et chez les céphalopodes, cette structure est très-distincte.
(4) Chez plusieurs animaux la macule proligère semble être aussi entourée d'une enveloppe ; c'est ce dont j'ai pu m'assurer souvent chez les arachnides et clairement surtout chez \es Jules.
(5) J'ai réussi, principalement chez les papillons, àimprimer diverses formes à la macule germinative, comme à un corps à moitié mou. Voyez Prodromus, Tab. II. fig. XXII.
(6) Pour voir cette formation apparente de plusieurs taches germinatives rondes, il faut prendre des ovaires de gre.iouilles, de poissons ou bien d'écrevisses. Voyez Prodromus, fig. XVI, XV et XXVI. J'ai trouvé souvent, chez des truites et chez d'autres espèces de saumons une tache plus grande ou un corps d'apparence variée, qui était peut-être la véritable macule proligère.
(7) Voyez des exemples de ce fait dans mon Prodromus, fig. XXIV et XXVII.