LXIV
Au commencement de la troisième semaine l'embryon , par suite du manque d'espace , s'éloigne de plus en plus de l'axe transversal de l'œuf, pour gagner l'axe longitudinal ; la tête est tournée vers la poitrine et placée, dans la majorité des cas, sous l'aile droite. L'allantoïde entoure l'embryon et le sac vitellin j ses bords sont réunis entre eux et elle constitue une enveloppe continue, qui adhère à la membrane testaire, dont on peut la séparer. Dans l'intérieur de cette enveloppe, on trouve des petits flocons blancs, provenant de l'urine, et qui plus tard s'accumulent de manière à recouvrir plus ou moins l'embryon. A dater de cette époque, l'allantoïde prend le nom de chorion. Au cerveau , on voit les tubercules quadrijumeaux, restés en arrière sous le point de vue du développement, s'affaisser sous les hémisphères; la glande pinéale et le cervelet s'élèvent, les sillons de ce dernier deviennent plus prononcés. Les paupières arrivent à se toucher, et forment la fente palpébrale, sans devenir adhérentes; l'iris croît, la cornée s'élève, le cristallin perd de sa convexité , et la chambre antérieure de l'œil, qui n'existait pas encore, se trouve ainsi formée ; on n'aperçoit pas de membrane pupillaire. L'oreille interne s'ossifie au commencement de la troisième semaine. Au cœur , on voit se former le système des valvules; les artères antérieures se détachent de plus en plus de l'aorte descendante et disparaissent vers la fin de cette période; les artères pulmonaires deviennent beaucoup plus fortes, tandis que leur continuation avec l'aorte n'est plus établie que par des canaux de communication {ductus arteriosi). Les reins se développent considérablement. Les corps de Wolff décroissent de plus en plusj chez les mâles, ils restent encore à l'état rudimentaire à côté des testicules, quelque temps après
la période fœtale. L'ovaire droit s'arrête dans son développement et est résorbé bientôt après l'éclosion ; l'oviducte droit disparaît de même ; mais chez quelques oiseaux, on en observe un rudiment pendant toute la vie. Dans l'intérieur des testicules apparaissent les vaisseaux seminifères (vasa efferentia) qui se rassemblent dans un canal déférent long , filiforme , qui se développe du canal excréteur des corps de Wolff ou plus exactement dans son intérieur. Le sac vilellin s'affaisse de plus en plus, son contenu diminuant et redevenant plus consistant , il est séparé en compartiments par des enfoncements profonds; le blanc et le liquide de l'amnios disparaissent peu à peu en entier. L'ombilic cutané est encore très-ouvert, au commencement de la dernière semaine, et par suite de la croissance continue du canal intestinal, le nombre des circonvolutions intestinales , placées en dehors de la cavité abdominale, va d'abord en aug^mentant ; au dix-neuvième jour , l'intestin rentre dans la cavité ventrale et entraîne le jaune, qui est en connexion avec lui par le conduit vitellin ; les feuillets muqueux et vasculaire du sac vitellin rentrent avec le jaune , tandis que le feuillet séreux se sépare des autres feuillets et devient plus épais. Tout le sac vitellin n'est pas attiré dans l'abdomen, mais seulement une partie qui se répand dans ce dernier , tandis que l'autre est séparée de la première par l'anneau ombilical qui se ferme. Le canal vitellin est assez large et sort de l'intestin sous forme d'entonnoir; longtemps encore après l'éclosion, on trouve dans ce point un petit diverticule de l'intestin grêle qui, chez beaucoup d'oiseaux, persiste pendant toute la vie à l'état de cœcum normal. La communication avec le jaune s'oblitère enfin et se réduit en un filet portant assez souvent un petit bourrelet, qui est le reste du jaune.
Quelques faits remarquables , qui jettent un grand jour sur les arrêts de développement, méritent ici une mention particulière, savoir la persistance du reste de l'ovaire droit et de l'oviducte et du diverticule de l'intestin dans certains cas. J'ai fait là-dessus des observations sur un nombre considérable d'oiseaux. Voyez mes Beitraege zur Anatomie der Voegel, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Munich, vol. II. 1837. p. 273, De nouvelles observations n'ont fait que confirmer et étendre les faits et les opinions qui y sont contenus. Nous ne nous occuperons ici que de ce qu'il y a d'essentiel.
Chez tous les oiseaux il se forme originairement deux rudiments d'ovaire et d^oyiducte également gros ; la décroissance et la résorption des organes du côté droit ont lieu, dans les différents ordres, à des époques différentes; cela arrive le plus tôt chez les passereaux , les palmipèdes et les échassiers ; on l'observe même pendant la période fœtale ; chez les rapaces cela a lieu plus tard et seulement plus ou moins longtemps après la naissance; on voit même souvent subsister ici un rudiment de l'ovaire, qui se métamorphose histologiquement et produit de vrais œufs primitifs (mais qui ne paraissent pas susceptibles d'être fécondés). J'ai trouvé ce rudiment pendant toute la vie, mais non chez tous les individus, chez différentes familles des faucons {husards, Gypàetus) et chez beaucoup de hiboux et de perroquets ; Nitzsch l'a aussi trouvé chez les aigles (où je ne l'ai pas vu, au moins chez le Pandion). Chez tous les Autours et les Milans (chez les faucons palumbarius, nisus , aerugi- Dosus, etc.), ensuite chez le secrétaire (Gypogeranus) l'ovaire droit se développe régulièrement et fournit comme le gauche des jaunes susceptibles de développement ; quant à l'oviducte droit, on n'en trouve plus de vestiges ou seulement un petit rudiment. Chez les faucons , on trouve toujours les rudiments de l'ovaire et de l'oviducte droits encore longtemps après la période fœtale, et chez ceux même , qui plus tard n'en présentent plus de traces ; on le trouve aussi chez des oiseaux encore au nid, à différentes époques , ayant une longueur qui surpasse la moitié de celui du côté gauche. A cette époque on voit clairement apparaître les ovules dans l'ovaire gauche sous forme de masses obscures ; mais il ne s'en forme pas dans l'ovaire droit, où la faculté de développement est éteinte.
Un état analogue nous est offert par le diverticule , ou reste du conduit vi- .tello-intestinal , qui disparaît souvent dans les premiers jours après l'éclosion et reste rarement plus tard reconnaissable chez les Rapaces, les Passereaux et les Grimpeurs; il subsiste un peu plus longtemps chez plusieurs Gallinacés, Échassiers et Palmipèdes ; ainsi on le voit tantôt exister, tantôt manquer chez les Hérons et varier beaucoup chez les différents iQclividus sous le rapport de la largeur, de la longueur et de la forme (1 à 3 lignes de longueur). Chez différents Échassiers et Palmipèdes (Oie, Foulques et surtout dans la famille des. Bécasses , toutes les espèces d'Ibis) ce diverticule s'accroît encore après l'éclosion , atteint une longueur d'un demi-pouce à un pouce, communique avec l'intestin et subsiste , à l'état de petit cœcum normal, pendant toute la vie ; déplus il présente, dans sa forme et sa grandeur, des caractères de genre déterminés, comme les cœcums ; ainsi chez toutes les espèces de Foulques, il est très-long, mais étroit ; chez l'Ibis, il est infundibuliforme. Pour ce qui concerne la transformation du canal excréteur du corps de Wolff en conduit déférent , voyez l'ouvrage de J. Muller , qui admet, contre l'opinion de Rathke , que le conduit déférent n'est pas une formation nouvelle, mais qu'il se forme du conduit excréteur du corps de Wolff. Il me paraît vraisemblable que le conduit déférent se forme, comme cordon indépendant, à l'intérieur du conduit excréteur cité ; cette opinion semble être aussi maintenant celle de Rathke. Voyez Burdach , Physiologie , 3e vol. , 286. Ce fait est important pour toute l'histoire du développement et pour répondre à cette question : jusqu'à quel point des organes , nouvellement formés , sont des transformations, de formations antérieures ou de nouvelles formations réelles? Voyez là-dessus la Physiologie générale.