LXXX
Àucuneparlle de l'histoire du développement de l'homme n'est aussi obscure et aussi dllFicile à observer que celle de l'allantoïde; nulle part il n'est plus indispensable d'avoir recours au développement des oiseaux et des mammifères. Nous avons vu que chez le poussin, le sac urinaire, ou l'allantoïde, apparaissait le troisième jour comme un renversement en dehors de la portion intestinale, sous forme d'une petite vésicule piriforme; qu'elle Gi'oissait ensuite très-rapidement; que primitivement elle n'était formée que par le feuillet muqueux, mais que bientôt il venait s'y ajouter un feuillet vasculaire et qu'elle offrait alors un ré-
3€au riehe en vaisseaux sanguins et consistant en deux arlères et une veine ombilicales. L'allantoïde s'enfonce ensuite dans l'espace existant entre l'amnios et l'enveloppe séreuse; entoure bientôt l'embryon, sous forme d'une vessie aplatie; s'applique immédiatement sur la membrane testacée et en se soudant avec elle-même, forme une enveloppe fœtale complète, qui prend alors le nom de chorion. L'allantoïde des oiseaux reste en com-» munication ouverte avec le cloaque, au moyen d'un pédicule; et le liquide excrété d'abord parles corps deAVoLFF, et ensuite par les reins, vient s'y accumuler ; de sorte que cette vésicule renferme réellement de l'urine et que, vers la fin de l'incubation, il s'y forme des concrétions blanchâtres sous forme de précipité, qui consistent principalementen acide urique (1). Dans tous les • ordres de mammifères, qui ont été observés, on a toujours vu se former une allantoïde de la même manière; elle apparaît comme une hernie du cloaque, sous forme d'une petite vésicule, qui est bientôt entourée d'une couche vasculaire formée, comme ciïez les oiseaux, de deux artères ombilicales qu'elle reçoit de l'aorte et de deux veines ombilicales, se réunissant le plus souvent* et s'abouchant dans la veine cave. Par suite de la formation du cordon ombilical, la partie de l'allantoïde, contenue dans la. cavité abdominale, est séparée de celle restée en dehors : en s'élargissant elle se convertit en vessie urinaire ; de cette dernière part un canal creux appelé ouraque , qui passe dans le cordon ombilical et se rend dans l'allantoïde, qui est plus oumoins grande et placée entre l'amnios et le chorion. Dans plu-, sieurs familles de mammifères (mammifères ongulés), où l'allan-toïde s'accroît d'une manière considérable, surtout en longueur, perce le chorion aux deux extrémités et remplit l'utérus , on voit le feuillet vasculaire se soulever du feuillet muqueux, et se développer avec ses vaisseaux dans le chOrion : le feuillet muqueux sous forme d'un sac complet dépourvu de vaisseau , reste en communication avec l'ouraque. Chez les carnassiers, l'allantoïde se développe de la même manière et s'unit par sa paroi externe vasculaire avec le chorion; il envoie des prolongements dans les villosités et forme ainsi le placenta: le feuillet muqueux ne se sépare pas (Tab. VI. fig. XYI. A.). On trouve
aussi des concrétions blanchâtres dans le liquide allanloïdien de plusieurs mammifères. Chez l'homme on ne peut voir de traces évidentes de l'allantoïde que dans les premiers temps du développement les observations appartenant à ce sujet sont complétées par des anomalies qui ont lieu , dans des embryons récents, par suite d'une formation incomplète ou d'un arrêt de développement. Dans des embryons de 14 jours à trois semaines, ayant encore la cavité abdominale très •lar^jeraent ouverte, on voit s'élever de l'exlrémilé postérieure du canal intestinal, une vésicule piriforme qui reçoit des vaisseaux et s'applique sur le chorion : le plus souvent les embryons meurent, avant que cela n'ait lieu et alors on trouve l'allantoïde sous forme d'une vésicule à côté ou sous la vésicule ombilicale (3). Dans des embryons un peu plus développés, on voit que cet organe est devenu plus large et appliqué dans une étendue plus ou moins grande sur le chorion (Tab. Yll. fig. XI. h. — n.) : on peut ici poursuivre le conduit large, creux depuis le cloaque jusqu'au chorion (n'). A cette époque le feuillet muqueux semble se détadierdu feuillet vasculaire ; il est extrêmement probable que ce dernier se soulève complètement lors de son application sur le chorion. En même temps que les parois ventrales se ferment et que le feuillet muqueux de l'allantoïde s'allonge, le canal devient de plus en plus mince et étroitj bien que souvent on puisse encore l'insuffler dans la cinquième semaine : on peut reconnaître qu'il s'élargit, en forme d'entonnoir , vers le chorion, et parfois cm y trouve des concrétions blanchâtres, semblables à de petits morceaux de craie friable (4). Le canal s'élargit aussi du côté de l'embryon et s'abouche enfin dans la vessie urinaire déjà séparée de l'intestin. Parfois de petites xliiatations, sous forme de vésicules piriformes (b), subsistent encore dans le cordon ombilical; elles sont plus ou moins nettement séparées l'une de l'autre et sont occasionnées probablement par des concrétions. Le canal de l'allantoïde, qui se trouve dans le cordon ombilical et qui s'oblitère de bonne heure, est désigné sous lenomd'ouraçwe.
(I) Comparez le premier chapitre de cette section , qui traite du développement de l'allantoïde chez les oiseaux. D'après Jacobson les concrclions Wanehâtres seraient presque entièrement formées d'acide urique.
(2) Pour l'allantoïde des mammifères et leurs différentes formes dans les familles , comparez surtout les excellentes observations de Baer , dans la deuxième partie de l'histoire du développement, p. 193.
(3) Je considère comme telles , les allantoïdes plus ou moins évidentes , des figures de Pockels , Isis. 1825. Tab. XII ; de Coste , Tab. III. fig. IV et V, et surtout celles de Baer , dans Siebold , fig. VII et VIII , et Enlwickelungsgesch. Tab. VI. fig. XVI et XVII, où l'allantoïde semble réellement avoir conservé sa forme primitive.
(4) Plusieurs auteurs, J. Muller dans les Archives de Meckel, 1830. 426, parlent de semblables concrétions. Une que j'avais trouvée, sous forme d'une petite masse, blanche, friable, à l'entrée du canal allanto'idien dans le chorion , a été malheureusement perdue par le chimiste auquel je l'avais remise pour l'examiner. — J'ai pu insuffler le canal de l'allantoïde , à côté du canal delà vésicule ombilicale. — Une figure de Baer, Tab. VI. fig. IX et X [Entwickelungsgesch.) semble appartenir à ce sujet. Tous les faits ci-dessus sont le résultat d'observations qui nous sont propres.
(5) Baer s'est étendu longuement sur la présence de ces vésicules dans le cordon ombilical, p. 275. Tab. VII. fig. XIV. 11 indique aussi la figure de Seiler, Tab. X; Pockels a décrit et figuré la vésicule comme vésicule crythroïde ; Seiler comme allantoïde. Baer considère la formation de l'allantoïde chez l'homme comme pouvant avoir lieu de deux manières : ouïe feuillet vasculaire se soulève et s'applique sous forme d'une membrane au chorion et plus ou moins aussi à l'amnios ; ou l'allantoïde ne se sépare pas dans ses feuillets , mais les vaisseaux croissent dès que l'organe a atteint le chorion et se développent dans ce dernier : quant à l'allantoïde, elle s'arrête alors dans sa croissance, comme une partie devenue inutile. Baer pense que cette dernière manière est la plus vraisemblable.
^ Jm PLACENTiL. ET DU CORDOH OUBIUCAI..