‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 115 sur 157 · S04 TRAITÉ DE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

S04 TRAITÉ DE PHYSIQUE

s'arrange pour que la coloration des dernières bandes soit à peine sensible. Si Ton projette alors le spectre solaire sur ce papier perpendiculairement à ces bandes, on remarque les résultats suivants quelque temps après : toute la partie e\posée dans les rayons bleus, indigos, violets et au delà du violet, est noircie comme précédemment, tandis que dans les rayons orangés, jaunes, verts, se trouvent des bandes noires qui , dans le vert , ont une couleur à peu près semblable à celle du papier dans le violet. Ces bandes sont celles qui ont été déjà impressionnées, tandis que celles qui ne l'ont pas été sont restées complètement blancbes. On voit encore de ces bandes dans le commencement du bleu; mais elles finissent bientôt, car, dans ces rayons, les bandes non impressionnées primitivement ont acquis déjà sensiblement la même couleur que les premières.

On peut, au lieu d'expérimenter avec un papier sur lequel on a formé des bandes alternativement impressionnées ou non impressionnées, employer un papier de bromure d'argent que Ton a exposé préalablement à la lumière diffuse, sous un carton percé d'un grand nombre de petites ouvertures, mais seulement pendant quelques secondes : en plaçant ce papier dans le spectre , on voit dans les rayons verts , jaunes, orangés, des points noirs qui sont justement les points déjà impressionnés et qui ont continué à noircir dans la partie supérieure du spectre.

Ces résultats , confirmés par un grand nombre d'expériences et par l'action des écrans dont nous allons nous occuper, montrent bien que la lumière est accompagnée, en outre des rayons cbimiques ordinaires qui influencent les sels d'argent, et dont l'action s'étend depuis la limite du vert et du bleu jusqu'au delà du violet , d'autres rayons produisant la même transformation, qui ne commencent pas une action, mais continuent celle commencée.

Pour distinguer ces deux ordres de rayons, M. Ed. Becquerel a nommé les premiers rayons excitateurs, c'est-à-dire, rayons qui, par leur réfraction , sont compris depuis les rayons bleus jusqu'au delà, et les autres rayons continuateurs^ c'est-à-dire, rayons continuant une actiMi commencée.

On peut, sans admettre l'existence de ces deux rayonnements, rapporter l'effet produit à un cbangement cbimique survenu dans la substance, et dire que la substance déjà impressionnée devient sensible à l'influence de rayons par lesquels elle n'était pas impressionnée auparavant.

Du reste, on peut appliquer ce que nous venons de dire des chlo-

rure et hromin-c d'arîient aux autres sels de ce métal, qui se comportent, en général, à peu près de la même manière par rapport au rayonnement, si ce n'est qu'ils sont plus ou moins sensibles, et que l'action des rayons dans le spectre ne se limite pas tout à fait aux mêmes portions de ce spectre pour des sels différents.

Lorsqu'on étudie l'action du spectre solaire sur une plaque recouverte d'iodure d'argent, de prime abord on est tenté de croire qu'il y a des rayons qui agissent de différentes manières sur cette plaque, car on voit l'espace frappé par le spectre coloré de différentes nuances. M. Draper avait avancé qu'il y avait autant de rayons actifs que de nuances produites, mais M. Herschel a très-bien fait voir que ces nuances ne provenaient que des teintes des lames minces analogues aux anneaux colorés de Newton , et produites par les couches minces d'iodure d'argent et de mercure placées sur la surface réfléchissante de l'argent métallique. Ainsi il n'y a qu'une seule action produite sur l'iodure d'argent de la part de la lumière (du moins nous n'en connaissons pas d'autre quant à présent) , c'est la transformation de l'iodure en proto-iodure. Ce sel se comporte comme le chlorure et le bromure , quand on l'applique sur du papier ou sur les plaques de jM. Dagnerre. Seulement, quand elles sont rendues plus sensibles par la vapeur de brome ou de chlore, l'action des rayons excitateurs remonte dans le spectre , presque jusqu'au vert. En général, tous les sels d'argent qui noircissent sous rinfluence de« la lumière peuvent faire reconnaître les deux espèces de rayons que nous venons d'indiquer. Le papier de M. Talbot peut servir au même usage.

M. Edmond Becquerel a dû rechercher d'abord si l'image du spectre chimique sur les différentes substances impressionnables était continue, ou bien si elle était interrompue, comme celle du spectre lumineux, par des raies noires plus ou moins marquées. Ses expériences l'ont conduit à ce résultat remarquable, que le spectre chimique présente les mêmes raies que le spectre lumineux , en ne considérant toutefois que les parties de même réfrangibilité de ces deux rayonnements. Yoiei connnent il a opéré pour mettre ce fait important en évidence:

On prend un chTissis , pouvant recevoir un cadre sur lequel on tend successivement un pa|)ier sensible, ou sur lequel on peut appliquer des surfaces impressionnables. Ou reçoit sur la surface de ce papier ou de ces substances le spectre obtenu par projection, comme il a été dit (page ;J8) , de manière que les raies du spectre lumi-

nenx se dessinent très-nettement. En se servant d'une plaque d'argent iodurée à la manière de M. Daguerre, l'exposant pendant une ou deux minutes à l'aetion du spectre par projection ,'et passant ensuite à la vapeur mercurielle , la plaque est plus ou moins impressionnée, et l'image du spectre est couverte de raies. Si l'on dessine ce spectre en le rapportant à la même échelle que le spectre solaire , on reconnaît qu'entre H et A , les raies dans les deux spectres sont identiquement les mêmes et aux mêmes distances. Seulement, on ne voit dans le spectre chimique que les grosses raies et les moyennes les plus lincs ayant disparu en raison de la faible intensité de l'action chimique. On peut conclure de cette similitude des deux spectres des raies, que la cause qui préside à la production des raies, dans le spectre solaire , est aussi celle qui intervient dans la production du spectre chimique. La figure 2 (PI. VIII) représente aussi exactement que possible le spectre chimique, qui se prolonge au delà du spectre lumineux. Au delà de H, le spectre chimique a une infinité de raies ; jusques en M à peu près elles sont encore les mêmes que dans le spectre lumineux; mais, au delà, les rayons lumineux s'affaiblissent toujours, et on ne peut plus les comparer ; il est cependant probable que si ces derniers s'étendaient au delà, on retrouverait les mêmes raies que celles du spectre chimique que nous allons décrire.

D'abord , après les deux raies H , on voit un très-grand nombre de raies , et , parmi celles-ci , une raie I , très-large , formée de la réunion d'un grand nombre de plus petites. Après elle, en M , viennent quatre raies remarquables par leur netteté ; elles sont égales en grosseur , et à peu près à égale distance ; la dernière seule est un peu plus éloignée. Ces quatre raies sont situées jusqu'à la limite Y des derniers rayons lumineux gris violet. Au delà de ces raies , en N, se trouvent quatre autres raies plus fortes que les précédentes , presque égales entre elles , la quatrième étant un peu plus large que les autres. Il existe, en 0, deux grosses raies , à la même distance entre elles que les deux raies H , la première étant un peu plus forte que la seconde \ viennent ensuite d'autres fortes raies , parmi lesquelles on distingue la raie P^ très-forte et ti'ès-noire; puis après elle, d'autres à peine distinctes ; P est presque la limite à laquelle s'étende l'action chimique. Il n'est question ici que des raies les plus remarquables , et qui peuvent être dessinées assez nettement pour être distinguées de celles qui les environnent. En lésumé, le spectre chimique obtenu avec les plaques iodurées, rendu sensible avec le chlore et le brome, s'étend depuis Z jusqu'à X, fig. 2 (PI. VIII}. II

comprend les rayons continiialeiirs, allant de F en X. En employant des plaques simplement iodurées , l'action des rayons excitateurs, au lieu de s'étendre depuis Z jusqu'en F, a ses limites entre 0 et P d'un côté, et de l'autre, entre G et H. On conçoit très-bien qu'à l'aide de ce procédé, en agrandissant le spectre , comme nous l'avons dit en parlant du spectre phosphorogénique , on puisse , en mesurant trèsexactement les raies, avoir une précision aussi grande que celle avec laquelle Frauenhoffer a mesuré les raies du spectre lumineux , et les distances respectives des raies du spectre chimique. M. Edm. Becquerel a employé aussi les papiers sensibles : voici ceux qui ont servi à ses expériences : les papiers de bromure, de chlorure ou d'un sel quelconque d'argent. Ces papiers se placent sur une ardoise, si l'on veut expérimenter pendant qu'ils sont humides, ou, dans le cas contraire, ils sont tendus sur le châssis ; il est bien entendu que ce dernier doit être placé au foyer de la lentille, afin que le spectre solaire par projection puisse s'y peindre nettement. On peut alors suivre de l'œil la formation des raies du spectre chimique. Le temps de la formation dépend des substances impressionnables. Les effets produits sont en raison inverse des effets naturels, c'est-à-dire, que les parties correspondant aux rayons chimiques se peignent en noir sur le papier, et les raies en blanc. Celies-ci sont moins faciles à distinguer que sur les plaques iodurées; cependant on y parvient avec un peu d'attention. Avec ces différents sels , le maximum d'action ne se trouve pas à la même place dans le spectre , et est toujours situé entre G et H; c'est pour ce motif que les raies H paraissent toujours les premières. La figure 3 (PI. VIII) représente l'action du spectre sur un papier enduit de bromure d'argent , abstraction faite des raies.

Le spectre chimique varie de longueur suivant les substances impressionnables employées; en général, il s'étend toujours plus ou moins du côté du rouge. On en a un exemple en observant l'action de l'iodure de potassium sur un papier préparé avec un sel d'argent.

On a étudié aussi l'action produite par la lumière dans cette circonstance , action donnant lieu à des effets complexes qui avaient besoin d'être analysés. Un papier préparé avec un sel d'argent noircit en général quand on l'expose à la lumière ; vient-on ensuite à le laver dans une solution d'iodurc alcalin pour l'exposer de nouveau à l'action de la lumière, il blanchit; dans ce cas il y a de la |iotasse mise à nu et formation d'iodure d'argent. En o\ crantavec du papirr préparé avec une forte solution d'acétate de plomb, de bromure de potassium et de nitrate d'argent, ce papier noircit a la lumière; mais alors, si

on l'imbibe d'une faible dissolution d'ioduro de poîr.ssiiim et qu'on le soumette à l'action du spectre, il blanchit immédiatement a ers Textrémité la plus réfrangible , et cette action se continuera même au delà et, dans quelques cas, noircira davantage dans les parties les moins réfrangibles. Pour réussir, il est nécessaire que la solution d'iodure alcalin soit très-étendue , car les effets sont très-différents lorsqu'elle est plus ou moins concentrée.

Lorsque la solution est forte, le papier commence à blanchir dans les rayons les moins réfrangibles; on trouve entre la partie blanche et la partie obscure un espace neutre; avec une autre dose d'iodure, la ligne neutre se rapproche du rouge; enfm, quand la solution d'iodure est suftisante, !e papier devient distinctement blanc presque vers le rouge; avec une très-forte solution iodurée , le papier blanchit même à l'obscurité.

Dans cette réaction il y a des effets très-complexes ; car, non-seulement l'iodure de potassium exerce une action sur le sel d'argent réduit, mais encore la lumière agit sur le sel d'argent déjà impressionné, ainsi qu'on l'a établi pour les sels d'argent. Si donc la couche d'iodure est faible, cette seconde réaction peut l'emporter sur la première et faire noircir le papier dans la partie la moins réfrangible du spectre.

Pour se garantir de cet effet, il faut, une fois le papier impressionné, avoir soin de le laver avec de l'eau ordinaire, puis le plonger dans une solution d'iodure de potassium assez forte pour ne pas avoir ces deux réactions. L'effet dépend aussi de la manière dont primitivement le papier a été impressionné. S'il a été fortement noirci, l'action ne s'étend pas au delà du bleu; mais s'il l'a été moins, elle s'étend jusqu'au rouge.

La fig. 4 (PI. VIII) représente l'image du spectre obtenu par projection sur une feuille de papier préparée avec les précautions indiquées plus haut; et, en impressionnant légèrement le papier avant l'expérience , on peut avoir une idée de la distance à laquelle l'action chimique s'étend. Avec ce papier, toutes les raies que nous avons décrites plus haut se dessinent avec assez de netteté.

A l'aide de la méthode de M. ïalbot, qui consiste à faire agir, au moyen de la chaleur, l'acide gallique sur un papier enduit d'iodure d'argent et qui a reçu l'impression de l'image que l'on veut produire, on obtient d'assez bons résultats ; mais comme la sensibilité de ce papier est très-grande, il faut autant que possible que l'action soit de courte durée, afin que les raies soient distinctes. En opérant ainsi, les ombres sont représentées par des clairs, et vice versé.

ACTîON DE LA LTJMIÈBE. 509

Voilà ce que nous avions à dire touchant l'action du spectre sur les sels d'argent. Voyons maintenant comment il se comporte à l'égard d'autres substances impressionnables. Nous supposons qu'on opère toujours avec un prisme de flint très-pur.

Une feuille de papier qu'on a trempée dans du bichromate de potasse change rapidement de couleur à la lumière en séchant, et de jaune pâle devient couleur bois foncé. Cette coloration est due au changement de l'acide chromique en oxyde de chrome, par l'action des matières organiques sous l'influence de la lumière. Elle a son maximum d'action dans le spectre à la limite du vert et du bleu vers la raie F ; on voit dans iafig. 6 (PI. YIII) le spectre chimique produit; l'action paraît s'arrêter instantanément à l'extrémité du vert, au delà des raies F et B. Du côté le plus réfrangible du spectre, elle va en s'affaiblissant graduellement, et en M la coloration est presque insensible. En prolongeant l'action de la lumière, on aperçoit toujours l'image des mômes raies marquée faiblement en blanc. En trempant la feuille de papier dans une solution alcoolique d'iode étendu, lesclairs deviennent bleus, en raison de la réaction de l'iode sur l'amidon du papier; les raies deviennent alors plus visibles.

Le papier préparé avec la résine de gaïac, qui bleuit à la lumière, donne les mêmes raies que les autres papiers sensibles, seulement, les effets sont plus faibles. Cette coloration est due à une oxydation , puisque les corps oxydants , le clilore et le brome produisent cet effet. ÂHn de rendre ce papier plus sensible, on le trempe préalablement dans une solution faible de nitrate d'argent. Dans ce cas , les résultats ne sont pas dus à l'action des rayons solaires sur le gaiac pur. Cette résine , d'après les expériences de M. Biot et comme nous l'avons dit précédemment, renferme deux matières, l'une soluble dans l'eau et ne se colorant pas à la lumière, l'autre soluble dans l'alcool, et qui prend une teinte bleue quand elle est soumise à son action.

Ayant préparé du papier avec une solution alcoolique de gaïac bouilli à plusieurs reprises dans l'eau, on l'a exposé à l'action du spectre pendant deux ou trois heures; la coloration en bleu s'est manifestée au delà des rayons violets. Le maximum s'est trouvé entre Met N; les raies étaient faiblement marquées ; voy. fig. G bis. Il restait a faire nue autre expérience pour compléter ce qui a été dit précédemment.

11 existe dans la lumière, comme Yollaston l'a observé le premier, des rayons lamenant le gaïac bruni à sa couleur primitive, qui est le jaunâtic. (k's rayons sont situés vers la partie la moins réfrangible du spectre solaire. Il s'agissait de voir ce qui se passait en sou-

mettant ce papier préparé avec de la résine colorée en bleu par une solution aqueuse de chlore. On a préparé du papier avec de la résine de gaïac. Au bout de quelques heures duction , on a trouvé sur ce papier un espace blanc s'étendant du rouge au violet, fig. 7, L'action produite est due évidemment aux rayons agissant en sens inverse des précédents, leur maximum étant en F. Ces résultats prouvent bien que les raies du spectre chimique sont les mêmes que celles du spectre lumineux , pour les espaces correspondants, bien entendu. Dans la fig. 2 ( PI. VIII ), on trouve les raies dessinées avec leur distance respective.

Dans quelques cas, l'action chimique s'étend jusqu'à l'extrême rouge 5 mais les raies dans les environs de A sont tellement confuses, qu'il est très-difficile de les dessiner. 11 n'en est pas de même au delà du violet, car les raies, quoique très-nombreuses, sont bien nettes. Le mode d'expérimentation que nous venons d'indiquer, permet donc de dessiner les raies du spectre solaire au delà de la partie visible, et cela jusqu'à une distance égale à la moitié de la longueur du spectre lumineux. Les résultats ont été obtenus avec un prisme de flint-glass très-pur ; mais ils auraient été encore les mêmes si l'on eût employé un prisme d'une autre substance. Nous verrons qu'il en devait êtie ainsi, comme l'a montré M. Edm. Becquerel , qui , avec l'actinomètre électro-chimique , a prouvé que l'action chimique des rayons solaires était peu différente en substituant aux prismes de flint-glass un prisme d'eau, de sel gemme ou d'alun.

On a également étudié l'action du spectre sur d'autres substances, ainsi que sur des mélanges de chlore et d'hydrogène. Les expériences les plus précises à cet égard ont été faites par M. Bérard,qui s'est servi d'un spectre rendu fixe en réfléchissant un faisceau lumineux dans la chambre obscure à l'aide d'un héliostat. Il avait préparé dans l'obscurité plusieurs flacons remplis de mélange des deux gaz , et plongeant par leur partie inférieure dans de l'eau saturée de chlore. Chaque couleur du spectre éclairait un flacon. Après trois beures, la combinaison était complète dans le premier et le deuxième flacon situés dans les parties les plus réfrangibles, à moitié dans le troisième, et nulle dans les deux autres. En même temps il reconnut que la combinaison s'effectuait plus rapidement à la limite que hors du violet. Nous ferons observer que Davy était, avant M. Bérard, parvenu aux mêmes résultats, qui furent plus tard confirmés par M. Suckou diéna.

Une feuille de papier enduite de chlorure d'or s'impressionne au bout d'un temps assez long depuis E jusqu'au delà de H vers I,

c'est-à-dire, depuis le vert jusqu'au delà du violet; cette impression est lente, attendu que le sel est très-peu sensible; mais on peut, en mettant à profit la propriété découverte par Seebeck et que possèdent les sels d'or, avoir une impression dans un temps plus court. Le papier enduit de chlorure d'or ayant été exposé à un spectre intense ne reçoit qu'une impression très-faible et quelquefois nulle; si on l'enferme dans une boîte pendant quelques jours , on voit toute l'étendue du spectre comprise depuis E jusqu'en l sur le papier : voy. fig. 5, pi. VIII.

On a vu que lorsque la résine de gaïac était colorée, elle perdait sa couleur dans les rayons les moins réfrangibles. Il en est de même des différentes couleurs végétales.

En étudiant l'action du spectre solaire sur du papier enduit de différentes teintures de sucs de fleurs, telles que la matière colorante de la pensée, M. Herschel a reconnu que les diverses couleurs végétales qui sont intluencées par les rajons solaires, étaient détruites dans des portions différentes du spectre. Les rayons actifs ne sont compris qu'entre le rouge et le violet. Il a trouvé que l'action était positive, c'est-à-dire que la lumière détruisait la couleur, soit en totalité, soit en laissant une teinte affaiblie sur laquelle les rayons solaires n'exercent plus d'action, et opérant, pour ainsi dire, une analyse chromatique, dans laquelle deux couleurs sont séparées, l'une étant enlevée, détruite, l'autre laissée par résidu. Plus le papier est anciennement préparé, moins il est sensible. Il a remarqué, comme Grotthus l'avait déjà avancé, que les rayons qui sont efficaces pour la destruction d'une matière végétale d'une couleur quelconque, sont, dans un grand nombre de cas, ceux qui accompagnent les rayons lumineux qui, par leur couleur, sont complémentaires de la couleur de la matière végétale détruite. C'est ainsi que les matières végétales d'une couleur jaune ou orangée sont détruites avec plus d'énergie par la partie bleue du spectre; les couleurs bleues par les rayons qui accompagnent les rayons rouges , orangés et jaunes du spectre. En outre de ce que nous venons dédire sur le spectre, nous pourrions citer encore un grand nombre d'exemples, et on verrait que pour chaque substance chimiquement impressionnable à la lumière, l'action des rayons solaires csl différente, c'est-à-dire, que ces substances ne sont pas impressionnées entre les mêmes limites du rayonnement et que les positions des maxima et miniina d'action ne sont pas les mêmes dans chaque circonstance. Ainsi chaque substance est un appareil particulier a l'aide duquel on doit interroger l'action chimique de la

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lumière , car nous n'avons jusqu'à présent aucune substance qui soit influencée chimiquement par tous les rayons actifs de la lumière, et qui puisse nous servir par rapport aux rayons chimiques, comme le noir de fumée par rapport aux rayons calorifiques en absorbant les rayons de toute réfrangibilité.

De l'actinomètre électro-chimique.

Pour étudier complètement l'action chimique que la lumière exerce sur certaines substances, il faut prendre en considération les effets électriques produits pendant que cette action a lieu; car ces effets se manifestent quelquefois dans des circonstances où tout autre moyen ne pourrait accuser des changements chimiques. L'appareil imaginé par M. Ed. Becquerel pour observer ces effets dans la décomposition des sels d'argent, est l'actinomètre électro-chimique, dont nous allons donner une description complète et faire connaître l'usage. CmI appareil se compose des parties suivantes : voy. pi. XII, fig. Il:

i" D'une table longitudinale de deux à trois mètres de longueur, sur laquelle est fixée une règle divisée, le long de laquelle peut se mouvoir, avec un léger frottement, une planchette de bois, carrée, supportant une cuve cubique de i décimètre de côté. Cette cuve, dont les faces extérieures sont noircies, est remplie d'eau rendue conductrice au moyen d'une petite quantité de sulfate de soude, ou de quelques gouttes d'acide sulfurique ou nitrique; dans celte eau, plongent deux lames minces d'argent, de 25 centimètres carrés chacune, et terminées elles-mêmes par une tige en argent qui vient s'attacher à un montant eu cuivre. Les deux montants, n.vés sur la planchette, font communiquer les lames avec les deux extrémités d'un multiplicateur à fd long d'une très-grande sensibilité. En avant de la cuve et sur la planchette, se trouvent deux écrans; l'un en cuivre, de même largeur et de même hauteur que la cuve, est percé verticalement d'une ouverture de l centimètre, et qui correspond au milieu d'une de ses faces, de sorte qu'en éclairant l'écran, il n'y a que la portion de la lame d'argent placée vis-à-vis de l'ouverture qui soit éclairée, et reçoive, par conséquent, les effets du rayonnement. Cette ouverture peut être augmentée ou diminuée en largeur, à l'aide d'un système de deux lames métalliques qui se rapprochent ou s'éloignent, comme dans les appareils de diffraction. L'aiiti-e écran , complètement opaque, est peint en bianc et placé vis-à-sis du précèdent, lorsqu'on veut intercepter toute action du rayonnement et connaître

la portion du spectre solaire qui frappe le centre de l'ouverture du premier écran. L'eau de la cuve doit être peu conductrice de l'électricité, car l'expérience prouve que plus elle conduit bien, moins le courant produit d'intensité. Il résulte de là, qu'en opérant avec de l'eau acidulée il pourrait se faire qu'on n'eût aucun effet. L'actinoraètre doit être placé dans une chambre parfaitement obscure, où la lumière ne puisse pénétrer que par l'ouverture du volet, et le multiplicateur, autant que possible, dans une autre pièce.

Les lames d'argent ayant été bien décapées, on expose une de leurs faces à la vapeur d'iode, jusqu'à ce que la couche d'iodure d'argent soit jaunâtre. On fait cette préparation dans une chambre qui n'est éclairée que par une bougie, placée le plus loin possible de l'expérimentateur. Les lames une fois iodurées, sont plongées dans la cuve, de manière que l'une d'elles présente sa face iodurée à l'écran échancré, et que la surface iodurée de l'autre soit tournée vers l'un des côtés noircis de la cuve, afin qu'elle ne reçoive aucun rayonnement chimique. Ces lames sont mises ensuite en communication avec le inultiplicateur. Dans les premiers instants, il se produit une déviation due à un courant électrique assez énergique provenant de la non homogénéité des deux lames; mais au bout d'une heure ou deux, l'aiguille revient à zéro ou se fixe à quelques degrés à droite ou à gauche. Si l'on veut atténuer l'effet résultant de la polarisation des lames , il faut les faire communiquer entre elles, pendant quelque temps, avant de les mettre en relation avec le multiplicateur. Quand on opère, il faut que le ciel soit sans nuage, sans quoi les résultats ne seraient pas comparables. Toutes ces dispositions faites, on introduit dans la chambre obscure un faisceau de rayons solaires, et on forme un spectre horizontal fixe au moyen d'un prisme dont l'arête est verticale et qui se trouve dans la position du minimum de déviation. La table de l'actinométre est disposée de manière que chaque partie du spectre puisse correspondre exactement au milieu de la lame d'argent qui doit être exposée au rayonnement. Ce spectre doit avoir 1 décimètre ^ à 3 décimètres de long.

L'écran peint étant placé vis-à-vis de l'ouverture, on fait glisser la cuve le long de la règle divisée, de sorte que chacune des raies principales du spectre lumineux corresponde successivement à la ligne tracée sur le milieu de l'écran. On note la division correspondante de la règle, et alors tout est disposé pour commencer les expériences. On fait glisser l'appareil le longde la règle jusqu'au moment où l'ouverture est dans le rouge vers la raie A; alors ou enlève l'écran, afin que les H. 33

r.ayonsde l'extrême rouge viennent frapper la lame; l'aiguille n'est pas déviée. On remet l'écran plein, on fait glisser la cuve le long de la règle, et on l'arrête quand la laie lî de l'orangé se trouve vis-à-vis de la lame; on ôte de nouveau l'écran; l'aiguille du galvanomètre ne sera pas encore déviée. En continuant cette manœuvre, on ne commence à avoir une action que lorsque les rayons de l'extrême bleu frappent la lame. S'il s'en manifeste quelquefois une dans le vert et dans le jaune, on doit l'attribuer à une petite quantité de lumière diffuse qui réagit sur la lame. Quand les rayons bleus frappent la lame, l'action est d'abord assez marquée, et va en augmentant a mesure que l'on approche du violet. Le maximum se trouve en G et H. La déviation de l'aiguille pour cette position va jusqu'à 20° et 30°, et même au-delà, si la lame est très-impressionnable, et que la sensibilité du multiplicateur soit très-grande; au-delà de H, l'action décroît, de sorte que vers P, au delà du violet, il n'y a plus qu'une action trèsfaible.

Il faut avoir l'attention , dans chaque expérience , de ne laisser la lame découverte que pendant quelques secondes , que le temps nécessaire pour que l'aiguille effectue sa déviation par première impulsion. On en agit ainsi pour que la lame ne soit pas trop impressionnée, et qu'elle puisse donner des résultats comparables dans des expériences subséquentes.

En faisant glisser la cuve en sens inverse de son mouvement primitif, on repasse dans toutes les parties du .spectre solaire , en comipaençant par la partie la plus réfrangible; alors on retrouve les mêmes déviations que précédemment , dans les rayons situés depuis P jusqu'à F, à l'extrémité bleue ; mais en avançant dans le vert, vers E, on obtient une action plus marquée que primitivement dans cette partie, et on trouvera même dans le jaune, l'orangé et le rouge, une action qui n'était pas sensible auparavant. Au delà de A, on n'observe plus aucun effet ; cette action est due aux rayons continuateurs.

En exposant de nouveau la lame dans la partie violette, et la transportant dans les rayons les moins réfrangibles , on retrouve pour les mêmes positions de l'actinomètre, des déviations plus considérables que la seconde fois , tandis que dans les rayons les plus réfrangibles les déviations sont les mêmes. Une nouvelle exposition de la lame dans les parties du spectre donne les mêmes résultats, c'est-àdire, qu'à mesure que la lame est plus impressionnée, l'action des rayons chimiques les moins réfrangibles ou continuateurs est plus intense, tandis que celle des rayons les plus réfrangibles reste la même.

Cette augmentation d'action des rayons vers A va jusqu'à une certaine limite , de sorte que l'action maximum des rayons les moins réfrangibles ne dépasse guère l'action maximum des rayons excitateurs les plus réfrangibles.

En étudiant l'action du spectre sur l'iodure d'argent , le chlorure ou le bromure , on reconnaît donc qu'il y a pour ainsi dire deux spectres agissant sur un des sels , l'un situé dans la partie la plus réfrangible du spectre solaire, dont le maximum se trouve entre G et H , et se termine d'un côté en F et de l'autre en P , et qui agit toujours avec la même intensité ; l'autre spectre , situé depuis F jusqu'en A, a son maximum entre 0 et E, et n'agit que sur le sel déjà impressionné, et d'autant plus fortement que la substance est plus impressionnée, jusqu'à ce que l'action maximum atteigne à peu près celle du maximum de l'autre spectre.

Nous allons rapporter les résultats précis obtenus par M. Ed. Becquerel, dans une série d'expériences faites avec beaucoup de soin , en donnant d'abord les résultats de Frauenhoffer, relatifs à la comparaison des facultés éclairantes du spectre lumineux, pour fixer la position des parties du spectre qui produisent des effets chimiques.

Faculté éclairante des rayons lumineux.

COULEURS du

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