‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 114 sur 157 · S02 TRAITÉ DE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

S02 TRAITÉ DE PHYSIQUE

partie qui a commencé à se colorer continue à noircir toute seule et passe par toutes les phases de coloration qu'elle aurait prise en restant exposée à l'action des rayons solaires.

M. Herschel a indiqué aussi la préparation d'un iirand nombre de papiers sensilifs, surtout en employant les sucs de différentes plantes; mais comme il faut examiner l'action du spectre sur chacune de ces substances, nous y reviendrons plus loin. Notre but est seulement de décrire les papiers sensibles qui servent aux recherches expérimentales , et non à leurs applications.

Du spectre chimique.

Jusqu'ici il n'a été question dans les changements chimiques qu'é- J)rouvent les substances de la part de la lumière, que de linfluence de la lumière, sans distinction des différentes espèces de rayonnement qui y sont contenues. Si l'on veut y avoir égard, il faut étudier successivement sur ces diverses substances l'action des rayons de différente réfrangibilité, c'est-à-dire, l'action du spectre solaire obtenu par la réfraction d'un faisceau de rayons solaires à travers des prismes de nature différente. Nous allons donner un exposé succinct des résultats auxquels on est parvenu en faisant cette étude.

Le corps sur lequel on a étudié pour la première fois l'action du spectre est encore celui à l'aide duquel on a découvert l'influence de la lumière comme agent chimique: c'est le chlorure d'argent. Scheèle est le premier qui reconnut que cette combinaison noircissait plus fortement dans les' rayons violets que dans les autres. Plus tard Ritter et Vollaston , tous deux séparément , avaient trouvé que la noircissure s'étendait non-seulement à travers l'espace occupé par le violet, mais encore à un degré égal et à pareille distance environ au delà du spectre visible. D'après ces expériences, répétées du reste par Beeckman, Vollaston avança le premier que ces effets ainsi que d'autres, attribués ordinairement à la lumière, ne sont réellement dus à aucun des rayons perceptibles par l'organe de la vision, mais à d'autres rayons invisibles qui les accompagnent et qui sont plus réfrangibles qu'eux. Dès lors on leur a donné le nom de rayons chimiques que nous adopterons , sans vouloir exprimer pour l'instant aucune idée théorique sur la nature de ces rayons.

Lorsque "du chlorure d'argent, du bromure, ou de l'iodure préparé dans une chambre parfaitement obscure, sont placés dans le spectre, ils s'impressionnent dans la partie violette du spectre, quelle que soit en

ACTION DE LA LUMIERE. â6#

général la nature du prisme, et l'action ne s'étend pas an delà du bleu du côté du rouge. On ne connaissnit jadis que cette seule réaction. Il est vrai que M. Herschel avait cru remarquer une action au delà du rouge, qui tendait à montrer l'existence de rayons agissant en sens inverse des précédents; mais il a reconnu postérieurement que cet effet résultait du dessèchement du papier par les rayons calorilîques qui se trouvent en plus grand nombre dans cette partie du spectre. Tel était Tétat de nos connaissances touchant linfluence des différentes parties du rayonnement solaire sur des sels d'argent, lorsque M. Edmond Becquerel reprit l'étude de l'action du spectre solaire sur ces mêmes sels. Dans un premier travail, il est parvenu aux résultats suivants, qui montrent que, pour les sels d'argent, l'agent chimique qui accompagne la lumière est au moins composé de deux ordres de rayons différents. Voici les faits qui tendent à établir cette distinction :

Il a opéré principalement sur du papier de bromure d'argent, préparé, comme on sait, en étendant sur une feuille de papier successivement une couche d'une solution aqueuse de bromure de potassium , puis de nitrate d'argent , et faisant sécher après l'application de chaque couche. Ce papier a l'avantage d'être plus sensible que celui que l'on prépare avec le chlorure d'argent.

Si, après avoir préparé un de ces papiers dans une obscurité complète, on projette immédiatement sur sa surface le spectre solaire provenant du passage d'un faisceau lumineux à travers un prisme de verre ordinaire, et qu'on examine ce papier au bout de quelques minutes, on le voit coloré dans les rayons bleus, indigos, violets et au delà; mais si, avant de l'exposer dans le spectre, on le laisse impressionner légèrement à la lumière diffuse, il n'eu est plus de même, et la coloration a lieu non-seulement dans les rayons les plus réfrangibles , mais encore dans la partie la moins réfrangible du spectre jusqu'au rouge. Cette coloration du papier dans les rayons orangés , jeunes et verts, provient, comme on le verra ci-après, de l'action de rayons qui n'agissent pas de la même manière que les rayons chimiques déjà étudiés.

Au lieu d'un papier sensible non impressionné, il a expérimenté avec un papier enduit de bromure d'argent, ayant sa surface couverte de bandes parallèles très-etroites, successivement non impressionnées et impressionnées. On obtient facilement ces bandes en exposant, pendant quelques secondes , a la lumière diffuse, sDus un carton découpé, une feuille de papier sensitif nouvellement préparée; maison

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