CHAPITRE V
Des images produites par l'influence des corps les uns sur les autres.
Les phénomènes dont nous allons parler ne sont pas relatifs à la lumière; mais comme ils ont été découverts en étudiant son action chimique, et qu'ils n'ont pas encore été classés en physique, nous avons cru devoir en parler ici.
On sait que lorsqu'on trace des caractères avec différentes matières sur du verre poli, dont on essuie ensuite la surface, les caractères reparaissent en insufflant dessus de la vapeur d'eau. M. Moser, en répétant cette expérience, a reconnu que ce fait peut être étendu nonseulement à la vapeur d'eau, mais encore à celle de mercure, et autres, qui peuvent adhérer aux corps; ces vapeurs se condensent non-seulement sur les parties où sont tracés des caractères, mais encore sur celles touchées d'une surface polie quelconque. M. Moser est parti de là pour établir ce fait : Lorsqu'une surface a été en contact, en (jueUiues points , avec un autre corjjs quelconque ^ elle acquiert, en ces 2) oints , la propriété de condenser toutes les vapcu7-s qui peuvent adhérer ou se combiner avec elle d'une manière difjérente que le reste de la surface.
Ainsi, lorsqu'on pose pendant quelque temps, sur une plaqued'argent poli, une plaque gravée quelconque, puis qu'on expose la première à la vapeur d'iode, on voit une image des dessins i'aits sur la plaque gravée; ou bien si on prend une plaque d'argent iodée et qu'on mette la plan-
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che gravée sur sa surface, après quelque temps, en exposant cette plaque à la vapeur de mercure , le dessiu de la gravure paraît avec netteté sur la plaque.
La chaleur, ou du moins une différence de température, active la formation d'une image : M. Knorr a annoncé en avoir même produit par la seule différence de température, sans condensation de vapeur. M. Moser a été plus loin : il a reconnu qu'il n'y avait pas besoin que le contact eût lieu pour qu'un corps imprimât son image sur une surface polie , qu'il suffisait que ces objets fussent suffisamment voisins l'un de l'autre. Ainsi, lorsqu'on place parallèlement à une surface métallique polie, d'argent par exemple, une plaque gravée ou un autre objet, si la distance est d'une fraction de ligne , au bout de quelque temps on peut rendre manifeste sur la plaque d'argent la modification qu'elle a reçue par la présence de l'autre corps , en faisant naître l'image produite à l'aide de la vapeur de mercure ou d'iode. Ainsi , il a été conduit à cette observation que : Lorsque deux corps sont suffisamment rapprochés y ils impriment leur image l'un sur l'autre, sans qu'il y ait contact entre eux. Ces effets sont produits soit à la lumière , soit à l'obscurité profonde. M. Môser, pour les expliquer, a admis qu'il existe une espèce de rayonnement invisible , provenant de ce que les corps doivent être considérés comme lumineux par euxmêmes, ou du moins comme émettant des rayons qui n'agissent pas sur la rétine. Ce serait donc un rayonnement qui agirait pour imprimer l'image d'un corps sur une surface polie placée à peu de distance ; mais il faudrait pour cela que ce rayonnement diminuât beaucoup d'intensité avec l'obliquité, de manière à n'être bien sensible qu'en sortant normalement de la surface. M. Moser, à l'appui de cette manière de voir, a cité des faits qui montrent qu'à travers des lames de mica de \ de ligue d'épaisseur, un corps peut transmettre son image sur une surface polie. Il s'agit maintenant de savoir si les effets observés sont dus à un rayonnement insensible , comme l'admet M. Môser, ou bien s'ils ne seraient pas plutôt le résultat d'un dépôt de matières grasses qui, en se volatilisant, couvriraient les surfaces polies, empêcheraient que le dépôt de vapeur fût partout égal , et d'où résulterait la repréentation de l'objet.
Les expériences faites dans le but de transmettre les images à travers des lames de substances solides, peuvent servir à savoir s'il existe ou non un rayonnement. L'alternative résolue, ou pourrait douter encore si les effets produits sont dus à un rayonnement particulier ou à l'échange de rayonnements calorifiques , s'opérant constamment d'un corps à un autre.
M. Fizeau a cherché, contrairement à l'opinion de M. Môser, à démontrer que tous ces effets sont étrangers à toute espèce de radiation, et qu'ils sont dus à la présence de matières grasses et volatiles qui souillent la plupart des corps. Il a aussi montré que la propriété de former des images sur une surface polie n'est pas permanente dans les corps; car lorsqu'on cherche à obtenir un grand nombre d'images, elle s'affaiblit peu à peu et devient presque nulle après un certain nombre d'épreuves. Cependant son pouvoir une fois affaibli, on le rend instantanément en passant légèrement les doigts dessus l'objet, ou en frottant sa surface avec les poils d'un animal vivant, qui sont imprégnés, comme on le sait, de matières organiques. L'élévation de température d'un objet favorise aussi la formation de son image sur une surface polie.
Enfin M. Fizeau, en interposant une lame très-mince de mica entre le corps formant image et la surface polie , a constamment trouvé que l'action était nulle. Cependant lorsqu'une même lame de mica, servant dans deux expériences consécutives , est placée ensuite dans une position inverse de celle qu'elle occupait la première fois, la surface de mica produira une image secondaire qui peut être distinguée de l'image directe du corps en ce qu'elle en est une représentation symétrique, tandis que l'image secondaire , symétrique par rapport à la précédente , en est une représentation identique. M. Fizeau n'ayant pas trouvé d'action à travers le mica, et M. Môser ayant annoncé en avoir observé une , on ne peut donc encore se prononcer sur la cause de ces phénomènes ; mais il est probable que les matières grasses qui sont à la surface des corps jouent un grand rôle pour leur production. On a voulu aussi attribuer à l'électricité la production de ces phénomènes; mais , jusqu'ici, rien n'autorise à leur donner cette origine. De nouvelles recherches sont donc nécessaires pour connaître quelle peut en être la cause. Jusque-là cette classe de phénomènes aura une place a part en physique.