‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 145 sur 157 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De l'emploi (le l'électricité dans la thérapeutique.

L'emploi de l'électricité, comme moyen thérapeutique, n'a pas répondu à l'espérance des premiers expérimentateurs, qui avaient cru pouvoir en tirer un parti avantageux pour guérir certaines maladies ou en arrêter les progrès. Tantôt des résultats en apparence satis-

faisants ont été obtenus, tantôt il y a eu absence d'effets ; de sorte que l'on ignore si ies premiers doivent être attribués plutôt à la nature qu'à l'électricité. Cependant, il est permis de croire , d'après le mode d'action du fluide électrique sur les parties constituantes du corps, soit qu'il agisse comme force physique ou comme force chimique, que cet agent doit exercer dans certaines circonstances une influence salutaire sur l'économie animale; mais il faut pour cela en faire un emploi judicieux. Nous allons indiquer quelques règles générales qui pourront servir de guide aux personnes appelées à appliquer l'électricité à la médecine.

L'action de l'électricité pouvant être envisagée sous le point de vue physique et chimique, nous devons avoir égard aux effets produits dans l'un et l'autre cas , afin de bien les distinguer les uns des autres dans l'application.

L'électricité agissant comme force physique dans l'organisme, produit des contractions ou un dérangement quelconque dans l'équilibre des molécules organiques. Les contractions ayant déjà été étudiées avec de grands développements en ce qui concerne les phénomènes généraux , nous n'y reviendrons pas ; les effets observés vont nous servir de point de départ pour indiquer de quelle manière on doit opérer.

Quand on fait passer un courant des nerfs dans les muscles d'une grenouille préparée, nous avons vu que les molécules organiques de ces nerfs éprouvaient un déplacement tel que les muscles ne se contractaient plus pendant tout le temps que le courant circulait, et que lorsque le circuit était resté fermé longtemps, le repos seul, ou bien un courant dirigé en sens inverse, pourvu toutefois que les parties de l'animal eussent encore de la vitalité , pouvait seul leur rendre leur faculté primitive. Ce fait nous indique que le passage continu du courant dans les nerfs peut être employé utilement dans certaines maladies nerveuses résultant d'un état de surexcitation , puisque les nerfs qui ont été parcourus par un courant pendant un certain temps, perdent momentanément la faculté de faire contracter les muscles correspondants sous l'influence d'un courant de même intensité que le premier.

On a peu administré jusqu'ici l'électricité sous ce point de vue; on s'en tient, pour tous les cas morbides, aux courants interrompus, dont l'effet est de surexciter continuellement les nerfs, comme on peut en juger par les vives contractions musculaires qui en résultent, et qui peuvent aller jusqu'au tétanos. Ce traitement ne saurait donc

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convenir clans les cas où le système nerveux est dans nn état permanent ou passager de surexcitation. D'après cela , s'il s'agit de calmer un nerf surexcité , il faut employer les courants continus; si , au contraire, il se trouve dans un état d'atonie , on doit se servir des courants interrompus. Voilà ce que la théorie indique.

Pour appliquer les courants continus, il faut, suivant les cas, enlever l'épiderme de la peau, ou agir sur l'enveloppe cutanée intacte, et poser sur les parties par lesquelles doit entrer et sortir le courant deux lames de platine en relation avec une pile et recouvertes d'une étoffe suffisamment épaisse pour conserver longtemps de l'humidité. Quand il s'agit d'atteindre des 'nerfs et d'agir directement sur eux, on se sert pour transmettre le courant d'aiguilles de platine très-fines, introduites, comme dans l'acupuncture, le plus près possible de ces nerfs, et même dans leur trajet, si l'on n'a point à craindre aucun effet fâcheux. On doit toujours avoir l'attention de commencer par des courants faibles, afin de ne pas effrayer le malade, et de tâter en quelque sorte l'organe , pour éviter des accidents plus ou moins graves. Le passage continu du courant détermine dans les liquides pénétrant les organes des décompositions chimiques qui amènent autour des pointes de platine des éléments chimiques, dont la réaction sur les parties environnantes produit souvent une inflammation assez considérable, suivie d'une escarre.

On pourrait parer à cet inconvénient, quand l'organe n'est pas trop sensible, en humectant l'étoffe de la lame positive d'eau légèrement alcalisée , et celle de la lame négative d'eau un peu acidulée. On neutraliserait ainsi sur la première l'acide, et sur la seconde l'alcali transportés par le courant.

Passons aux courants interrompus, à l'aide desquels on donne des commotions agissant comme surexcitants. Ces courants peuvent être administrés, soit avec les machines électriques ordinaires, soit avec les machines d'induction , soit avec la pile. Avec les machines électriques on tire des étincelles de diverses parties du corps , au moyen d'excitateurs à manches isolants, dont on varie la forme suivant les effets que l'on veut produire. Quelquefois ces excitateurs ne sont que de simples brosses métalliques destinées à diviser à l'infini l'étincelle, afin de provo{|uer une certaine irritation sur la peau. Si l'on veut avoir des effets d'une certaine énergie , on emploie la bouteille de Leyde.

Les machines d'induction, et particulièrement celle de M. Masson, dont nous allons donner la description, agissent encore avec la plus

grande énergie. Cette machine se compose d'une roue dentée métallique d'un assez grand rayon, à laquelle on imprime un mouvement de rotation à l'aide de la corde sans fin d'un rouet; l'axe , les tourillons et les coussinets , sur lesquels ils reposent, sont également en métal. L'un des coussinets communique avec l'un des pôles d'une pile, l'autre avec la main de la personne soumise à l'expérience; de l'autre main on saisit fortement l'un des bouts d'une hélice enroulée sur un cylindre de fer doux , et en communication par l'autre bout avec le second pôle de l'appareil voltaïque. De cette manière le circuit est formé de la pile, de l'hélice, du corps de l'expérimentateur et de l'axe de la roue dentée. Le courant ne se manifeste pas quand l'hélice est composée de 4 ou 500 mètres; mais il n'en est pas de même quand le corps humain cesse de faire partie du circuit, c'est-à-dire lorsque ce dernierest tout métallique. Cette condition estrempliequandle premier boutde l'hélice que l'expérimentateur tient à la main est terminé par une lame de ressort aplati, qui, maintenue à sa naissance par un appui fixe, va presser par son extrémité libre une dent de la roue de métal. Aussitôt que cette roue tend à tourner, le circuit, qui est tout métallique, se trouve interrompu à l'instant où la dent pressée échappe au ressort qui la touche; alors le premier circuit, celui dont l'expérimentateur fait partie, subsiste seul et produit une vive secousse due à un courant d'induction. La roue, continuant à tourner, une nouvelle dent vient toucher le ressort, et à l'instant où elle s'échappe on éprouve une secousse aussi vive que la première. On conçoit parfaitement que la roue tournant d'une manière uniforme, le même phénomène se reproduise d'une manière périodique au passage de chaque dent.

Toutes les fois que le mouvement de la roue est peu rapide et que les contacts des dents avec le ressort se succèdent lentement, on éprouve de très-vives secousses. Quand le mouvement est suffisamment accéléré, la sensation devient continue et se change en une contraction douloureuse, en une torsion des bras, qui ne permet pas à l'expérimentateur d'abandonner les conducteurs métalliques; mais quand ce mouvement est très-rapide , la sensation diminue par degrés et finit par disparaître entièrement. Alors les effets sont les mêmes que si tout le circuit était métallique.

M. Masson est parvenu à tuer un chat en 4 ou 5 minutes, en le soumettant aux décharges rapidement répétées de l'appareil, fonctionnant avec une pile composée seulement de quelques éléments. Les muscles de l'animal se trouvaient alors dans un état tétanique. Ces effets indiquent sur-le-champ que l'on doit se servir de cet appa-

rell avec prudence, si Ton ne veut pas courir le risque de produire , dans l'intérieur du corps, des désordres organiques.

Avec la pile, sans appareil d'induction, on obtient également des commotions plus ou moins vives a des intervalles de temps égaux au moyen d'une horloge à balancier, dont les battements isochrones établissent et interrompent les communications entre les pôles. De chaque extrémité de la pile part un lil de cuivre terminé par une pièce de même métal ou de platine, construite de manière à pouvoir s'appliquer avec la plus grande facilité sur la partie malade. Si l'on veut agir intérieurement, on introduit des aiguilles d'acier ou de platine dans les parties où l'on veut opérer. Ce dernier mode est le plus efficace de tous, puisqu'il permet d'agir directement dans l'intérieur sur la partie malade; aussi est-ce celui qui est aujourd'hui le plus généralement employé.

On ne doit pas perdre de vue les effets physiologiques produits avec des courants d'une faible intensité, suivant qu'ils cheminent dans le sens des ramifications nerveuses ou dans la direction opposée. Dans le premier cas , il y a contraction ; dans le second , douleur. Ritter et Richerand, sans avoir pu se rendre compte des effets observés, avaient déjà signalé des différences dans le mode d'action du courant suivant sa direction. Ainsi le premier avait dit que le pôle positif augmentait les forces vitales, tandis que l'autre les diminuait, que le premier tuméfiait les parties , le second les déprimait ; mais ils confondaient évidemment les effets chimiques et les effets physiologiques. Richerand conseillait, quand il fallait exalter l'irritabilité affaiblie, de placer le pôle négatif le plus près possible de l'origine du nerf, et le pôle positif sur le muscle dont on voulait réveiller l'action engourdie ou totalement suspendue. Dans ce cas, le courant cheminant dans un sens opposé aux ramifications nerveuses, devait déterminer une excitation.

Nous répétons encore que l'électricité appliquée en courants interrompus doit être administrée avec prudence, car lorsqu'on agit puissamment sur les nerfs, il peut en résulter des ébranlements fâcheux dans le cerveau, ainsi que des accidents graves dans les muscles, tels que des déchirements, des épanchements de sang; et cela doit arriver toutes les fois que l'énergie du courant n'est pas en rapport avec le pouvoir conducteur des parties qui servent à le transmettre.

I/électricilé agissant comme force chimique a encore été peu employée, et cependant il est permis de croire que son action dans

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certaines circonstances doit être des plus énergiques. On a remarqué qu'il se produit en général dans les parties sur lesquelles sont appliqueslesélectrodesuneinllammation, suivie quelquefois desuppuration. Ces effets peuvent être attribues, soit h l'excitation résultant de la circulation du courant, soit à l'action décomposante du courant ; car du côté positif il se dépose des acides , du côté négatif des alcalis, qui doivent réagir sur les matières organiques avec d'autant plus d'énergie que les éléments transportés sont plus corrosifs; néanmoins on peut tirer un parti avantageux des réactions produites pour dénaturer des plaies , comme on le fait en employant la cautérisation .

Sii s'agit d'un ulcère rebelle , sécrétant des matières alcalines , pour faire changer cet état de choses , il faut appliquer sur la plaie l'électrode positif, afm delà rendre électro-positive et d'y faire arriver continuellement des éléments acides. Si cet état est maintenu pendant un temps suffisant, ou finit par forcer l'organe à sécréter des humeurs d'une nature entièrement opposée à celles produites dans l'état pathologique; il est possible d'arriver ainsi à faire rentrer cet organe dans l'état normal. C'est ce qui nous est arrivé dans une expérience que nous avons faite, conjointement avec M. Breschet, à l'Hôtel-Dieu, sur un homme ayant a la jambe un ulcère rebelle.

On peut aussi, à l'aide de l'électricité, transporter dans l'intérieur du corps uu agent chimique quelconque , capable de produire tel ou tel effet sur un organe malade. Nous citerons pour exemple les résultats suivants, obtenus par le docteur Palaprat. Après avoir séché autant que possible les deux bras d'une femme , il appliqua sur l'un d'eux une petite compresse imbibée d'une solution d'iodure de potassium , qu'il recouvrit avec une lame de platine en communication avec le pôle négatif d'une pile composée de trente éléments; il plaça sur l'autre bras une compresse humide avec de l'amidon , et la recouvrit également d'une lame de platine en communication avec le pôle positif. Peu d'instants après , l'amidon prit une teinte bleue , preuve que l'iode avait été transporté d'un pôle à l'autre, à travers le corps. Ayant enlevé l'épiderme, l'effet fut encore plus marqué. M. Fabre Palaprat a transporté également dans l'intérieur des muscles l'iode et d'autres agents chimiques, au moyen d'aiguilles de platine qui y avaient été introduites. On conçoit que ce traitement puisse avoir quelquefois de bon résultats.

Enlin , on peut au moyen de l'électricité voltaïque appliquer un moxa dans les régions les plus profondes du corps. On introduite cet effet dans la partie affectée une aiguille de platine que l'on met eu com-

munication avec l'un des pôles d'une pile composée d'éléments à larges surfaces, capables de produire" des effets tliermo -électriques énergiques , tandis que l'autre pôle est en relation, au moyen d'une plaque métallique, avec une partie du corps voisine de celle ou se trouve l'aiguille : à l'instant celle-ci s'échauffe jusqu'à l'incandescence, et brûle les chairs contiguës , en produisant une vive douleur de très-courte durée. Il ne tarde pas à se développer une inflammation comme dans l'application du moxa, puis une escarre qui finit par tomber sous forme de tuyau de plume.

Des cas pathologiques auxquels on a ^appliqué V électricité.

On a cherché à appliquer l'électricité à une foule de maladies , et entre autres aux paralysies 5 mais il faut avouer qu'il y a eu de bien nombreux mécomptes ; néanmoins nous allons indiquer les principaux cas où l'on a eu des résultats probants.

Grapengiesser est parvenu à stimuler le nerf optique dans l'affaiblissement de la vue et dans l'amaurose non complète, en mettant en contact la membrane des narines avec le conducteur positif d'une pile , et une partie de la peau qui recouvre le trajet du nerf frontal avec le conducteur négatif. Quand la membrane nasale est trop affectée, on applique le pôle positif sur la mâchoire supérieure, ou, si la douleur est trop vive, sur la peau humectée de la joue. Pour irriter le nerf optique, il appliquait l'un des deux pôles sur la cornée, et l'autre sur une partie environnante suftisamment humectée. Ce mode d'application exige des précautions, attendu qu'il en résulte fréquemment une abondante sécrétion de larmes et qu'il occasionne une rougeur très-vive à la conjonctive.

M. Magendie a fuit usage de l'électricité dans les cas d'affaiblissement de la vue 5 il dirige à cet effet le courant à travers les nerfs de l'orbite. Ayant remarqué que les principaux organes de la vue, le globe de l'œil et le nerf optique, n'agissent plus quand ils sont soustraits à l'inlluence de la cinquième paire , d'où résulte une amaurose, il en a conclu qu'il devait exister deux espèces d'amauroses, l'une, ayant pour cause une affection de la rétine, et par suite du nerf optique, et l'autre une affection du nerf de la cinquième paire. Il a pensé que, dans ce dernier cas, l'électricité pouvait être employée avec avantage sur les diverses branches de la cinquième paire. A cet effet, il a agi sur le nerf sans alïecter les parties environnantes. Des aiguilles ont été enfoncées, en conséquence, dans le nerf même, sans

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intéresser les parties environnantes. La première expérience a été faite sur nn jeune homme atteint d'amaurose avec immobilité de la pupille; une aiguille d'acier fut enfoncée dans le nerf frontal, au point où il A'ient sortir du trou soureilier ; l'autre aiguille fut introduite dans le nerf sous-orbitaire, à l'endroit où il sort de l'orbite; le malade ressentit chaque fois dans tout le côté correspondant, un effet semblable à celui qu'on éprouve quand on se heurte le coude. On répéta l'expérience; mais au lieu de piquer le nerf frontal sur le front, l'on plaça l'aiguille dans l'orbite même, vers le milieu environ de sa longueur. On agit ensuite sur le nerf lacrymal ; ces diverses tentatives n'ayant amené aucune amélioration dans l'état de l'amaurose, on lit passer un courant dans les nerfs, au moyen des aiguilles, afm d'exciter indirectement l'action de la rétine et du nerf optique. Deux jours après, les aiguilles furent placées l'une dans le nerf frontal, l'autre dans le nerf maxillaire supérieur, et mises en communication avec les deux extrémités d'une pile composée de douze éléments de 16 centimètres de côté. A l'instant où le circuit fut fermé, le malade éprouva une commotion douloureuse dans le trajet du nerf, la lumière l'affecta visiblement, et la pupille se contracta; au bout de 15 jours de traitement, il y eut une amélioration sensible dans l'amaurose, et la pupille reprit ses dimensions ordinaires. M. Magendie a obtenu d'autres résultats satisfaisants en suivant ce mode de traitement. Nous ferons remarquer seulement que les muscles et les nerfs ayant le même pouvoir conducteur, il est probable que l'on aurait obtenu les mêmes résultats en plaçant les aiguilles en dehors et près des nerfs dans les muscles, au lieu de les piquer.

Pour exciter les nerfs auditifs, on adapte à l'extrémité des conducteurs de la pile une tige de métal renfermée dans un tube de verre et terminée par une boule de verre. Dès que le courant est transmis dans les nerfs optiques, on entend un bourdonnement plus ou moins fort; l'excitation est transmise jusqu'au nerf optique. Quand on ne veut agir que sur une oreille, on applique le conducteur dans le canal auditif de cette oreille, et l'autre sur une partie contiguë dénudée. On a reconnu que ce mode de traitement était employé avec avantage dans la faiblesse de la vue, dans la surdité et dans l'aphonie incomplète.

En général, on peut appliquer le traitement électrique dans les cas de paralysie incomplète , et lorsqu'il s'agit de surexciter le système nerveux ; mais lorsque la paralysie est complète, et que la vie est éteinte dans les nerfs , les courants électriques doivent être impuis-

sants pour rendre aux muscles la faculté de se mouvoir. Jusqu'ici nous n'avons encore indiqué que les moyens d'agir sur des nerfs particuliers frappés d'atonie; il faut maintenant indiquer le traitement électrique suivi jusqu'ici par les personnes qui en ont fait l'emploi le plus judicieux dans la paralysie.

Parmi elles, nous citerons d'abord MM. Marianini et Nobili. M. Marianini a employé avec assez de succès les courants provenant d'une pile à colonne d'une soixantaine de couples. Voici les détails d'un traitement exécuté sur une femme qui avait perdu subitement l'usage de ses membres ainsi que la sensibilité. Une bande de plomb en communication avec la pile fut mise autour d'une des jambes, et une autre semblable, en relation avec le pôle négatif, fut placée entre le cou-de-pied et les orteils. On commença d'abord par donner 50 secousses à la jambe, en interrompant le circuit, puis le même nombre à l'autre; on en porta le nombre à 300 à chacune des jambes, en faisant communiquer chaque pied avec un des pôles; chaque secousse avait lieu à un intervalle d'une à deux secondes, et après chaque secousse, il y avait un repos de deux ou trois minutes ; dans l'intervalle d'une série de secousses à l'autre, le circuit restait fermé. Le courant continuant à circuler, il devait en résulter nécessairement un affaiblissement dans le système nerveux, affaiblissement salutaire dans le cas où ce système aurait été surexcité par l'effet des commotions; quelquefois aussi, on électrisait la malade en mettant l'extrémité de la bande de plomb terminée en pointe et communiquant avec le pôle négatif, en contact avec l'endroit de la jambe dont la peau paraissait la plus délicate et qui avait été humectée avec de l'eau salée; la malade éprouva une sensation semblable à celle d'une piqûre, et la première qu'elle ressentît depuis sa paralysie. Ce traitement fut administré pendant plus d'une heure et répété plusieurs jours de suite. On augmenta peu à peu le nombre des couples, ainsi que le nombre des secousses, qui fut porté à 800. Douze jours après le commencement du traitement , la malade éprouva des signes d'amélioration, surtout dans la sensibilité; et d'abord un sentiment de démangeaison; le quinzième jour, elle exécuta, quoique péniblement, quelques mouvements du pied ; le vingt-et-unième jour, elle put sortir quoique se soutenant avec peine; de ce moment l'amélioration fut progressive , et quatre jours après elle marchait sans fatigue. Ce cas d'amélioration dans la paralysie n'est pas le seul que M. Marianini ait obtenu ; si le récit que nous venons de l'aire ne provenait pas de M. Marianini, nous penserions à douter un peu de l'en- 11. 4ï

tière guérison du malade ; tout en avouant cependant que le traitement suivi était très-rationnel , attendu qu'étant graduel , il tend à rétablir peu à peu les fonctions nerveuses en faisant passer les nerfs par des transitions lentes, de l'état d'atonie à l'état normal, si toutefois l'on peut arriver à ce dernier.

Nous répétons encore que c'est la meilleure manière d'employer l'électricité, pour réveiller dans les diverses parties du corps les fonctions nerveuses engourdies et non éteintes.

M. Nobili a indiqué aussi un mode de traitement pour le tétanos, en s'appiiyant sur les observations qu'il avait faites dans les expériences sur les contractions de la grenouille et son courant propre. Nous nous bornerons à indiquer les principes qui l'ont guidé. Quand on applique l'électricité à un membre paralysé, on a pour but d'exciter le système nerveux de manière à rendre au muscle la faculté de se contracter ; on ne peut, dès lors, employer l'action continue du courant qui tend à affaiblir l'irritabilité nerveuse; l'action d'un courant discontinu , produisant un effet contraire, doit être' préférée. Dans le tétanos, on doit préférer la première. Du reste, ces vues sont celles de M. Marianini.

M. Matteucci , en prenant en considération les résultats obtenus par ses devanciers, a soumis au traitement électrique un homme pris de tétanos, à la suite d'un coup de feu. A cet effet, il a fait passer un courant inverse dans la moelle épinière. Les accidents ont disparu pendant le passage du courant; mais le malade ne fut pas guéri pour cela.

Nous n'avons nullement l'intention de parler des tentatives plus ou moins infructueuses qui ont été faites dans le traitement des maladies par l'électricité , attendu qu'il n'y a peut-être pas de maladies où on ne l'ait employée, et presque toujours sans discernement, c'està-dire , sans avoir fait une étude approfondie des propriétés de l'électricité, soit comme force physique, soit comme force chimique. Nous avons dû nous en tenir aux phénomènes généraux , atin de mettre à même les praticiens d'utiliser un agent qui, dans les maladies nerveuses surtout, peut produire de bons effets, en ne perdant pas de vue, cependant, que lorsqu'il y a surexcitation , il faut employer les courants continus; et, au contraire, les courants interrompus quand il y a atonie.

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