CHAPITRE X
Des contractions produites sons l'empire de la volonté.
On ne saurait disconvenir que dans l'état actuel de la science il ne soit bien difflcile de donner une théorie satisfaisante des contractions produites par l'action sur les nerfs des stimulus quels qu'ils soient; mais les difficultés sont encore bien plus grandes quand on essaye de remonter à la cause des contractions produites sous l'empire de la volonté ; c'est une question dont la solution dépasse nos facultés. Il y aurait donc de la témérité à chercher à la résoudre; mais il est permis de tâcher de découvrir quelques-unes des causes qui concourent à ce grand acte de la nature.
Lorsque nous voyons, par exemple, reproduire dans les expériences galvaniques d'Aldini et du docteur Andrew Ure, sur des suppliciés, avec une effroyable vérité , les divers mouvements du corps et même de la face, n'est-on pas disposé à admettre que la nature, élaborant le
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fluide électrique par des moyens qui échappent à nos investigations, en dispose d'une manière plus régulière et par conséquent moins désordonnée que nous ne le faisons avec nos appareils pour mettre en mouvement certaines parties sans troubler l'harmonie des autres? Raisonnons dans cette hypothèse; mais présentons auparavant quelques considérations physiologiques qui ne sont pas sans intérêt pour le sujet que nous voulons traiter.
De quelque manière que l'on veuille envisager les divers actes du cerveau, il est un fait capital dont on ne peut nier l'existence; c'est qu'il lui arrive des sensations qui lui apportent les images des corps extérieurs; que ces sensations sont le mobile, le point de départ de toutes les facultés qui composent notre intelligence; ou bien que ces facultés naissent dans le cerveau , complètement indépendantes des sensations ; il faut en outre admettre ce deuxième grand fait , c'est que le résultat de tous les actes du cerveau est d'aboutir à des mouvements très-variés, qui traduisent plus ou moins fidèlement nos idées au dehors.
Quelle que soit l'hypothèse que l'on admette pour expliquer ce qui se passe dans le cerveau , on ne doit pas perdre de vue les deux principes suivants qui préexistent à toutes les théories : 1° il arrive au cerveau des sensations; 2° il part du cerveau un stimulus quelconque en vertu duquel les organes exécutent des mouvements divers. Les agents qui remplissent ces fonctions sont évidemment des nerfs , dont les uns sont destinés exclusivement au mouvement et d'autres au sentiment. Les premiers sont mis en action par la volonté , les autres par une cause extérieure ou un désordre organique capable de faire éprouver à l'individu un sentiment de douleur.
L'expérience ayant appris que pour faire contracter un muscle, il faut irriter le nerf correspondant en un point quelconque de son trajet, c'est-à-dire déterminer un ébranlement qui se propage de proche en proche jusque dans le muscle, nous sommes naturellement porté à admettre que le cerveau, par l'effet de l'exercice des facultés intellectuelles, imprime une impulsion au nerf, à son origine , laquelle est transmise avec une rapidité extraordinaire dans tout son trajet , jusque dans les ramifications les plus ténues. Or, cette impulsion imprimée au nerf par le cerveau ne peut être , eu égard à nos connaissances en physique , que le résultat d'une action mécanique , d'une action chimique ou d'une action électrique. Nous ne pouvons raisonner par conséquent que dans chacune de ces trois suppositions, car s'il existait un autre mode d'action , la nature nous en étant inconnue , il
nous serait impossible d'en discuter les effets. Examinons donc séparément chacune de ces causes, pour savoir à laquelle nous devons donner la préférence. L'action mécanique que l'intelligence mettrait enjeu à l'origine du nerf , doit être évidemment écartée , car il pourrait en résulter un désordre organique à la longue. Il est peu probable aussi que l'acte de la volonté dans le cerveau puisse porter un acide, un alcali, un corps quelconque , à l'origine du nerf, pour réagir chimiquement sur lui,- car s'il en était ainsi, la matière cérébrale ne tarderait pas à être altérée par suite de l'exercice continu des facultés intellectuelles.
Il ne reste donc plus à examiner que l'électricité, dont l'action est telle que, lors même qu'elle a une grande intensité, elle détermine des contractions violentes dans les muscles, sans que le nerf qui transmet l'action éprouve le moindre dérangement apparent dans son organisation. Or, il y a tant de moyens d'exciter la puissance électrique dans les corps , puisque le moindre dérangement dans leurs parties constituantes suffit pour troubler son état d'équilibre, qu'il peut très-bien se faire que la volonté , par un sentiment instinctif, ébranle quelques points du cerveau pour mettre en mouvement l'électricité à l'origine du nerf qui doit être affecté , d'où résulte ensuite un mouvement vibratoire général dans toutes les ramifications nerveuses. L'élaboration de l'électricité dans le cerveau des poissons électriques justifie cette supposition; nous citerons encore à l'appui de cette opinion, si toutefois l'effet n'est pas dû à l'ébranlement du nerf à son origine, ce fait, que le passage de l'électricité peut se faire sans difficulté du cerveau dans le nerf et ses ramifications, puisque l'on retrouve sous le névrilème la même substance que celle qui constitue la matière cérébrale.
La différence qui, suivant nous, existerait entre les poissons électriques, l'homme et les autres animaux, viendrait de ce que, dans les premiers, la nature y a placé des organes propres à condenser l'électricité élaborée dans le cerveau, afin d'augmenter suffisamment sa tension pour en faire une arme offensive ou défensive, tandis que dans les seconds , cette même électricité n'a que la tension nécessaire pour affecter les différents systèmes nerveux de manière à produire les contractions, les sensations et effectuer les diverses fonctions vitales en mettant en action les organes chargés de les accomplir.
Si les choses se passent ainsi , une contraction musculaire sous l'empire de la volonté serait précédée par une décharge électrique instantanée du nerf dans le muscle , par l'intermédiaire des ramifications
nerveuses ; il uous a été impossible, à la vérité, jusqu'ici de recueillir dans l'homme et les animaux, autres que les poissons électriques, des traces d'électricité libre , même à l'instant d'une forte contraction; mais cet effet négatif peut tenir d'une part à ce que la tension de l'électricité est trop faible , de l'autre , à ce qu'il y a retour au cerveau de l'électricité qui en provient. Le mode de terminaison des nerfs, tel que l'ont reconnu MM. Prévost, Dumas et Breschet , fait concevoir la possibilité de ce retour.
D'un autre côté, le passage de l'électricité dans les muscles, considérés comme de médiocres conducteurs, devrait y produire une élévation de température : ne pourrait-on pas rapporter à cette cause l'élévation subite de température observée dans un muscle à l'instant où il se contracte, phénomène qui ne peut guère provenir que d'une action nerveuse?
Nous sommes partis de cette supposition , que l'électricité était dégagée dans le cerveau , mais il y en a à l'état libre dans toutes les parties du corps où il y a des organes opérant des fonctions ; ainsi , comme nous l'avons démontré , le travail compliqué de la digestion, le phénomène de la respiration , la transformation du sang artériel en sang veineux, produisent une quantité énorme d'électricité dont la nature peut disposer à son gré , car toute force doit avoir une destination. Pourquoi le cerveau , nous le répétons , ne possèderait-il pas aussi, comme tous les autres organes, la faculté de dégager de l'électricité , que la volonté mettrait en action ?
Mais arrêtons-nous , dans la crainte de nous jeter dans des considérations métaphysiques qui ne sont pas de notre ressort. Au surplus, nous renvoyons, pour plus de développements , au Vr volume de notre Traité d'électricité.