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TRAITÉ DB PHYSIQUE

leur; l kilog. d'hydrogène, 23040*^, on trouve, en analysant le gaz respiré, qu'outre l'oxygène employé à la formation de l'acide carbonique, une autre portion de ce gaz, quelquefois très-considérable relativement à la première, disparaît aussi, et que cette disparition est plus grande pour les jeunes animaux que pour les adultes; 2° qu'il y a émission d'azote dans la respiration des mammifères carnivores et frugivores , ainsi que dans celle des oiseaux ; et que la quantité d'azote exhalée est plus grande chez les frugivores que chez les carnivores; 3° que dans le dégagement de la chaleur animale, la respiration produit chez les carnivores une portion moins considérable de chaleur totale que chez les frugivores; qu'il en est de même des oiseaux comparés aux mammifères, et que dans la respiration des grenouilles il y a également dégagement d'azote. Enfin , que la respiration, quoique étant la cause du développement de la chaleur animale, n'est pas la seule, et qu'il faut la chercher dans le mouvement du sang, le frottement de diverses parties ou le système nerveux. Dulong a trouvé de son côté que la respiration ne rendait pas compte de la chaleur totale. Nous rapportons ici une des expériences de M. Despretz , à l'aide desquelles il a tiré les conséquences précédentes.

Lapine âgée de plusieurs années.

Durée de l'expérience, 1 h. 36'. Volume d'air fourni

10'-,079 oxygène.

37,914 azote.

Après l'expérience :

!3,076 acide carbonique.

6,023 oxygène.

38,743 azote.

Acide formé 3 ''',076

Azote dégagé 0, 829

Oxygène disparu 0, 980

Oxygène disparu = ^ litre de l'acide formé = { de l'oxygène total consommé.

Azote dégagé = | de l'oxygène disparu := ^î ^^ l'acide formé.

Voici comment M. Despretz interprète ces résultats :

La niasse d'eau employée tant dans la caisse en cuivre que dans celle qui renfermait l'animal était = à 25387,5 grammes. Cette masse d'eau, ayant reçu une élévation de température de o",703, il en résulte que 25387 multipliés par 0",7û3 sera la quantité totale de

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chaleur émise par l'animal pendant Texpérience ; cette quantité est représentée par 100.

On détermine la quantité de chaleur dégagée dans la formation de l'acide carbonique pendant le même temps, en se rappelant que 1 gramme de carbone, en se combinant avec l'oxygène pour former du gaz acide carbonique, dégage une quantité de chaleur capable d'élever d'un degré 7914 gr. d'eau. Or, la composition de l'acide carbonique étant connue, on a le carbone qui entre, et par conséquent la chaleur dégagée par la combustion du carbone du sang veineux dans les poumons. En effectuant ce calcul , on trouve que cette chaleur est les -j^^ de la chaleur totale émise par l'animal. L'expérience montre en outre, que o''t,980 d'oxygène ont disparu pour former probablement de l'eau. La composition de l'eau étant connue , on peut déterminer aisément la quantité d'hydrogène brûlé: or, comme une partie d'hydrogène eu poids dégage en brûlant 23640° de chaleur, il s'ensuit que cette chaleur est les -j^j^ de la chaleur animale.

En résumé, on a :

Chaleur animale 1 00,0

Chaleur due à la formation de l'acide carbonique. . . 68,2 |

Chaleur due à la formation de l'eau. 21 ,2 j '

Différence 10,0

Lavoisier, dans un deuxième mémoire sur la respiration, avait aussi admis que tout l'oxygène absorbé n'étant pas employé à produire de l'acide carbonique, il fallait qu'une portion se combinât avec l'hydrogène du sang pour former de l'eau.

Dans une autre expérience faite sur six petits lapins de quinze jours, M. Despretz a obtenu les résultats suivants :

Chaleur animale 1 oo,0

Chaleur due à la formation de l'acide carbonique. . .58,5") Chaleur due à la formation de l'eau 23,6) '

Différence 17,9

Dans toutes les expériences , la chaleur de la respiration n'a pas été au-dessus de | ni au-dessous de y'ô de la chaleur émise par l'animal. Le rapport de ^ n'a été donné que par de très-jeunes animaux qui perdaient parfois une partie de leur chaleur propre.

Les expériences de M. Despretz conduisent aux conséquences sui\antes:

r Que depuis vingt ans jusqu'à l'âge le plus avancé, l'homme

a une température que l'on peut considérer comme sensiblement constante ;

2" Que les enfants nouveau -nés (1 à 2 jours) ont une température qui est d'environ 2° supérieure à celle de l'homme.

3° Que l'homme adulte a une température plus élevée que celle des enfants, et qu'il en est de même des adultes comparés aux jeunes animaux. Les expériences précédentes mettent bien eu évidence ce fait fondamental, que la respiration pulmonaire a la plus grande part dans la production de la chaleur animale ; mais on se demande aussitôt si la réaction de l'oxygène de l'air respiré sur le carbone du sang a lieu dans les poumons mêmes ou dans le trajet des vaisseaux artériels; c'est ce dont nous allons nous occuper 5 mais avant, il faut rapporter les expériences faites pour combattre la théorie adoptée de la respiration. Brodie, eu 181 1, chercha à prouver que lorsqu'on décapite un animal, si l'on maintient la respiration par des moyens artificiels, le sang circule comme à l'ordinaire; il se forme dans les poumons la même quantité d'acide carbonique, et cependant la chaleur diminue plus vite dans cet animal que dans un autre de même espèce qui a été tué , mais non soumis à une respiration artificielle. Il tira de là plusieurs conséquences qui tendaient toutes à prouver que la respiration ne devait pas être considérée comme l'acte immédiat de la chaleur; mais Legaliois réfuta cette doctrine en prouvant que la décapitation débilitait le système nerveux, dont l'action ne pouvait pas être supprimée sans qu'il y eût trouble dans toute l'économie. Il conclut des expériences qu'il fit, en comparant le refroidissement qui survient dans les animaux décapités, que l'on entretient \ivants par l'insufflation pulmonaire, avec celui qui a lieu pendant le même temps après la mort chez des animaux de même espèce et de même poids; il conclut, dis-je, 1" que les animaux dont on prolonge en quelque sorte la vie après avoir été décapités, se refroidissent considérablement comme on l'avait observé, mais que très-souvent ils conservent une température de 3° centigrades supérieure à celle des animaux morts; 2° que l'insufflation pulmonaire, pratiquée dans des animaux entiers et sains, suffirait pour abaisser leur température, et qu'il était possible de faire mourir ainsi de froid en continuant l'opération pendant un certain temps ; enfin que tout ce qui gêne ou dénature la respiration produit un effet semblable. Cette dernière conséquence est en effet confirmée par ce fait , qu'en tenant un animal couché sur le dos, il ne tarde pas à se refroidir, et qu'on peut ainsi le faire mourir de froid.

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Legallois reconnut encore que l'air raréfié jusqu'au point de faire baisser le baromètre de 30 cent., suffirait pour faire baisser la température d'un animal. Le froid que l'on éprouve sur les hautes montagnes ne devrait pas être attribué à la température de l'atmosphère', mais bien à une cause intérieure qui se rattacherait à la manière dont s'opère la respiration. Nous citerons en outre des faits qui prouvent l'intluence nerveuse sur le dégagement de la chaleur dans l'acte de la respiration. Si l'on lèse ou que l'on détruise le cerveau d'un animal, ou bien encore que l'on le paralyse plus ou moins avec des poisons énergiques, on affaiblit l'action du système nerveux jusqu'à la détruire complètement, et l'animal se refroidit jusqu'à la mort. Voilà bien rinfluence nerveuse démontrée dans la production de la chaleur.

Chossat a spécifié d'une manière toute particulière l'influence du système nerveux sur la chaleur animale. Nous rapporterons en conséquence les principaux résultats de ses recherches. 1*^ Quand un chien meurt dans un bain à une température de — 26°, on trouve à l'autopsie l'anéantissement à peu près complet de l'irritabilité musculaire et du mouvement péristaltique. 2° Dans un animal mort de syncope, par suite de la section de la moelle épinière, la température, qui, au moment de la mort était de 40*^,5, a mis 3 heures et demie pour descendre de 40° à 31°, 7, et 7 heures pour arriver à la température de 23°,9. 3° En produisant des lésions dans le cerveau par trois moyens différents, qui n'interrompaient point la respiration et laissaient le poumon sous l'influence de la huitième paire , dans les trois cas, la mort s'en est suivie la douzième heure, avec tous les caractères de la mort par le froid , et la même marche dans le refroidissement. 4° En opérant la section des nerfs pneumogastriques, l'abaissement de température a été dix fois plus rapide que dans les expériences relatives aux lésions de cerveau. De là , Chossat a conclu qu'après la section de la huitième paire, la production de la chaleur s'effectue toujours, quoiqu'en moindre proportion, tant que la température du corps est supérieure à 32° j au-dessous de ce terme , le corps se refroidit comme un simple cadavre. 5" Toutes les sections pratiquées dans la portion cervicale de la moelle épinière donnent les mêmes résultats. En effet, on retrouve dans toute l'étendue de cette portion le même abaissement moyeu de température qu'en opérant des lésions dans le cerveau. Ce résultat montre, contrairement à l'opinion de Biodie, que l'on ne devait pas considérer la chaleur animale comme étant sous la dépendance immédiate du

cerveau. 6° Les sections de la portion dorsale de la moelle épinière montrent que la température baisse en général d'autant moins rapidement que la section a été pratiquée dans un espace intervertébral plus inférieur ; et que l'abaissement étant d'autant plus rapide que la section paralyse un plus grand nombre de nerfs , on doit attribuer à cette paralysie le décroissement assez régulier de température observé dans les premières expériences. Enfin, les expériences de Chossat tendent à montrer l'influence de la section de la huitième paire sur la chaleur animale.

Poursuivons la discussion des faits.

La respiration est sans aucun doute la cause principale de la production de la chaleur animale ; ses effets nous sont révélés par deux faits généraux, l'absorption de l'oxygène de l'air respiré, et l'exhalation d'acide carbonique. L'oxygène , en se combinant avec le carbone du sang ou des tissus , produit de la chaleur, et donne naissance à du gaz acide carbonique qui se dégage. Il y a donc une véritable combustion. Mais où s'opère- t-elle? est-ce seulement dans les poumons , ou bien dans toutes les parties de l'organisme? c'est ce que nous allons examiner sous le point de vue physique et physiologique.

De nombreuses expériences ont démontré que tout ce qui peut affaiblir l'action nerveuse , appauvrir la richesse du sang et atténuer la transformation du sang artériel en sang veineux, diminue également la production de chaleur dans le même individu , et dans un temps donné. L'influence de l'action nerveuse a été démontrée précédemment r quant à ceUe de la richesse du sang, on a reconnu que plus il est chargé de particules solides, de fibrine et de globules, plus sa température est élevée ; ainsi les oiseaux , dont le sang contient 1 4 ou 15 pour cent de ces globules, tandis que les mammifères n'en ont que 12, possèdent la température la plus élevée; au contraire le sang des animaux à sang froid n'en renferme que 6, aussi ont-ils une température bien inférieure à celle des mammifères.

On concevra maintenant l'influence de la transformation du sang veineux en sang artériel ; c'est un phénomène physico-chimique tellement simple, qu'il suffit de l'énoncer. Tout tend à faire attribuer la production de chaleur à l'action exercée par le sang artériel sur les tissus, sous l'influence des causes signalées ci-dessus. Cette production paraît avoir lieu partout où il y a des tissus , et non pas seulement dans les poumons, où l'on croyait jadis que s'opérait une véritable oxydation. C'est en effet le seul moyen d'expliquer comment toutes les parties peuvent conserver leur température propre, malgré les causes inces-

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sautes de perte de chaleur qui ont lieu dans les milieux ambiants. D'un autre côté, comme il s'opère des réactions chimiques dans tout l'organisme, et que ces réactions dégagent de la chaleur, celle-ci doit concourir a la température locale. Ainsi dans les parties où la vie est moins active, où le sang circule avec moins de force, le dégagement de chaleur doit être moins abondant ; les organes les plus distants du cœur sont ceux dont la température est moins élevée. L'acide carbonique, une fois formé dans les tissus , est absorbé par le sang veineux qui le transporte dans les poumons, d'où ce gaz est chassé et remplacé par l'oxygène: la respiration, on le voit, est donc la cause principale de la chaleur animale. Les faits suivants ne laisseront aucun doute a cet égard.

On a abandonné l'ancienne théorie de la respiration, qui consistait à considérer le sang veineux comme se transformant en sang artériel, avec formation d'acide carbonique, lequel sang, dans le cours de la circulation, redevenait sang veineux pour subir de nouveau la même métamorphose, depuis que l'on a reconnu que l'acide carbonique existe tout formé dans le sang veineux, et qu'il est exhalé à la surface du poumon pendant que l'oxygène de l'air et une petite quantité d'azote sont absorbés par le même organe et se dissolvent dans le sang veineux, qui acquiert alors tous les caractères distinctifs du sang artériel. Les recherches de W. Edwards et de M, Magnus ont servi à établir cette nouvelle doctrine. C'est ce dernier qui a prouvé que le sang avait la propriété de dissoudre une certaine quantité des gaz avec lesquels on le met en contact; que lorsqu'il est saturé d'un gaz et qu'on veut lui en faire absorber un autre, il abandonne une certaine partie du premier. Si donc le sang veineux est introduit dans un flacon avec du gaz hydrogène, il se dégage du gaz acide carbonique, qui est remplacé par une quantité correspondante d'hydrogène; avec de l'oxygène on obtient un résultat semblable, mais alors le sang perd sa teinte rouge sombre pour prendre celle de rouge vermeil qui est propre au sang artériel : on reproduit donc par un moyen mécanique, hors de l'influence de la vie, la transformation du sang veineux en sang artériel. Il paraît démontré maintenant que la respiration est tout simplement un phénomène d'absorption et d'exhalation, par suite duquel le sang veineux, aussitôt qu il est en contact avec l'air, abandonne son acide carbonique et prend à la place de l'oxygène. Telles sont les conséquences rigoureuses que l'on peut tirer des expériences faites jusqu'ici dans le but de remonter au\ causes (|ui concourent à la production de la chaleur animale; il ne nous reste plus maintenant, pour con)pletcr cette ques- II. 6

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tion, qu'à rapporter l'opinion émise par ^I. de la Rive sur l'origine électro-chimique de la chaleur animale. Les rapports qui peuvent exister entre les forces électriques et celles qui président aux diverses . fonctions organiques des animaux et des végétaux ont déjà été l'objet de quelques recherches de notre part. Cette question , il faut en convenir, est une des plus complexes que la physique appliquée puisse se proposer de résoudre. Les forces vitales sont-elles d'une nature électrique ou chimique ? L'organisme n'est-il pas régi par des forces sui generis , ou bien la vie , ce qui est le plus probable , n'est-elle pas le concours de toutes ces forces ? C'est cette dernière opinion qui dominera toujours dans cet ouvrage.

Jusqu'ici le fluide électrique n'a été employé dans l'étude des phénomènes physiologiques que comme puissance excitatrice produisant des contractions dans le système musculaire, ou bien comme agent chimique modifiant d'une manière quelconque les actions des organes, ainsi que les sécrétions qui en sont la conséquence. Dans le premier cas on a reconnu qu'il agissait comme le frottement , les acides et autres agents, seulement avec plusd'énergie; et dans le deuxième, qu'il luttait avec avantage ou désavantage contre les forces vitales , selon que son action tendait à favoriser ou à contrarier l'action de ces forces et la formation des sécrétions et autres produits. Les rapports intimes existant entre l'électricité et la chaleur sont tels, que l'on peut les • invoquer pour essayer de remonter aux causes du dégagement de la chaleur dans les actions chimiques en général , et en particulier dans les phénomènes de la vie. Il est bien établi par l'expérience, en effet, que lorsque l'électricité, en se propageant dans les corps, rencontre des obstacles capables d'en arrêter une portion, il y a là^ où se trouvent ces obstacles , production de chaleur; réciproquement, lorsque la chaleur se propage, si elle rencontre un obstacle qui s'oppose à sa hbre cù-culation , il y a séparation des deux électricités qui , par leur réunion, forment du fluide neutre, lequel, suivant toutes les apparences, n'est que l'élément de la chaleur et de l'électricité. Tels sont les principes qui ont servi de base aux idées théoriques dont nous allons parler.

M. de la Rive a envisagé la question sous ce point de vue : il part du principe que lorsqu'on réunit, au moyen d'un conducteur, les deux extrémités d'une pile, il y a dégagement de chaleur toutes les fois que l'électricité dégagéene peut pas circuler librement, et celad'autant plus que le corps est plus mauvais conducteur. Le sang , en arrivant dans les poumons, se charge d'oxygène qu'il cède, dans la circulation,

aux substances capables de s'oxyder. Si, parmi ces substances, il y en a qui soient les unes plus oxydables et les autres moins oxydables, et qu'elles se trouvent réunies par des filets très-déliés, tels que les derniers filaments nerveux , susceptibles , non-seulement par leur nature dans leur état de vie, de conduire le fluide électrique , mais aussi , par leur petitesse, de gêner son passage, n'aurons-nous pas ainsi une suite d'appareils voltaïques simples qui produiront de la chaleur partout où il y aura du sang artériel pour fournir de l'oxygène ; n'aurons-nous pas , disons-nous, deux substances animales de différente nature, et des filaments qui réunissent ces substances? Il y aura donc production de chaleur dans tout le corps, partout où il y a des nerfs et des artères. Cette manière de voir, comme on le voit, n'est qu'une application de la théorie mise en avant depuis longtemps, dans le but de montrer que la chaleur a une origine électrique : quand cette origine sera bien établie, on sera forcé de l'admettre également pour la chaleur animale. L'exposé que nous venons de présenter des phénomènes principaux relatifs à la production de cette dernière, suffira pour donner une idée assez complète de l'état de nos connaissances sur l'une des parties les plus importantes de la physique appliquée à la physiologie.

De la température propre des végétaux.

Nous allons retrouver ici l'application du principe que partout où il y a vie , il se produit de la chaleur. Dans ces derniers temps, on ne s'était occupé de la chaleur des plantes que dans quelques cas de floraison où il y avait une émission de chaleur qui pouvait être appréciée avec les thermomètres ordinaires; alors les appareils manquaient pour étudier la chaleur dans toutes les parties du végétal. On avait remarqué par exemple que Varum vulgare dégageait de la chaleur à une époque déterminée de sa floraison , et que le phénomène n'avait lieu qu'une seule fois pour chaque chaton; qu'il commençait vers trois heures de l'après-midi , atteignait son maximum vers cinq heures , et cessait vers sept heures ; sa température était d'environ 7** au-dessus de celle ambiante. On savait encore que ï'nrum. cordifoUum de l'Ile-de-France acquiert une température do 44" et même 40, celle de l'air étant 19". Cette émission de chaleur ne pouvait être attribuée qu'à une grande activité dans la combinaison de l'oxygène de l'air avec le carbone de la plante. Ces expériences, et d'autres analogm-s, ont été faites avec le thermomètre ordinaire. On a même employé, dans quelques cas, le Ihermoscope, qui permet

d'observer une élévation de température d'une fraction de degré; c'est ainsi que M. de Saussure a reconnu que les fleurs nuHes du ciicurbila meilopepo donnent entre sept et huit heures du matin une élévation de{ degré; les fleurs de bignonia radicans un degré, celles de tubéreuse -j^ de degré, etc.

Arrêtons-nous un instant sur les principales actions physiques et chimiques qui s'opèrent dans un végétal, afin de voir quels peuvent être les effets généraux de chaleur. Nul doute que les plantes ne respirent par l'intermédiaire des feuilles, et que dès lors il ne doive y avoir dégagement de chaleur pendant ce grand acte de la vie végétale comme dans celui de la vie animale. Il doit donc y avoir, pendant la décomposition du gaz acide carbonique , sous l'influence de la lumière solaire , production de chaleur, ainsi que pendant la formation des divers produits que l'on trouve dans les végétaux ; mais, d'un autre côté , il y a abaissement de température par suite de l'évaporation d'une portion de l'eau absorbée et de l'exhalaison de l'oxygène au soleil. On ne peut connaître la différence entre l'élévation de température et l'abaissement qu'avec des appareils thermo-électriques, du moins dans le plus grand nombre de cas, attendu que cette différence, comme on le verra plus loin, est très-faible et ne peut être appréciée que par des appareils extrêmement délicats. On a recueilli cependant quelques observations faites avec un thermomètre , mais dans les cas seulement ou les différences observées étaient de quelques degrés. C'est ainsi que J. Hunter, ayant introduit un thermomètre dans un trou oblique de 30 cent, de profondeur, pratiqué dans un tronc de noyer de 2 mètres ^0 cent, de circonférence, et ayant mastiqué l'orifice du tronc, trouva qu'en automne son instrument marquait 2 ou 3" déplus que l'air ambiant; mais rien ne prouve que cette différence fût due à la chaleur propre de l'arbre, attendu que le bois étant très-mauvais conducteur de la chaleur, surtout dans le sens de la section perpendiculaire à la tige, l'intérieur du tronc ne pouvait participer que trèsdifficilement aux variations de température de l'atmosphère. Cette explication a été confirmée par des observations faites à New-York par Schœpf, en Suède par Birkander, et qui prouvent que de l'automne au printemps la température de l'arbre est plus élevée que celle de l'air ambiant, et que du printemps à l'automne c'est l'inverse. Ces faits ont été constatés encore dans d'autres localités.

Une autre expérience due à M. Hermstœdt, tout en confirmant l'existence d'une chaleur centrale dans les végétaux , vient encore à l'appui de l'opinion précédemment émise. Cet observateur a vu , au mois de

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janvier, le suc, sorti à l'état liquide de troncs d'érable que l'on venait de perforer, geler aussitôt qu'il était exposé à l'air. 11 est encore une autre cause, influant sur la température intérieure ,* que la difficulté qu'éprouve l'intérieur de l'arbre à se mettre en équilibre de température avec le milieu ambiant ; cette cause a été signalée par M. de Candolle. Nous allons en parler, parce qu'elle servira à montrer les difficultés que l'on rencontre dans les recherches relatives à la température propre des végétaux.

L'eau qui est aspirée par les racines, et qui s'élève verticalement dans le tronc , est au degré de température que le sol possède à la profondeur moyenne des racines de l'arbre; elle est donc plus chaude que l'air en hiver et plus fraîche en été; par conséquent, en s'introduisant dans le tronc , elle tend sans cesse à le réchauffer dans la saison froide , et à le refroidir comparativement à l'air dans la saison chaude. Si l'on joint à cela encore les effets observés par MM. Auguste de la Rive et Adolphe de Candolle, que leJ)ois est plus mauvais conducteur dans le sens transversal que dans le sens longitudinal , on concevra comment il se fait que l'ascension de la sève mette continuellement le centre du tronc en équilibre de température avec le sol, tandis que la structure du corps ligneux de la périphérie au centre empêche le tronc de se mettre prompteraent en équilibre avec l'air ambiant. Il résulte évidemment de là que la températurg de l'intérieur du tronc doit être analogue à celle du soi où les racines plongent, c'est-à-dire, plus chaude que l'air en hiver et plus froide en été. II faut donc de toute nécessité, dans la détermination de la chaleur végétale , tenir compte de cette cause perturbatrice et des causes déjà signalées, sans cela on court le risque de leur attribuer une portion de la chaleur propre des végé!:aux, c'est-à-dire, celle provenant des diverses élaborations qui ont lieu dans les parties intérieures des plantes. Si l'on remarque encore que l'évaporation est moindre en hiver, par suite de l'absence des feuilles et de la facilité bien plus grande avec laquelle le soleil réchauffe les troncs , quand ils ne sont plus ombragés par ces mêmes feuilles, on aura une idée des précautions à prendre pour étudier la température intérieure des végétaux.

Des appareils thermo-électriques destinés à l'étude des phénomènes calorifiques des plantes.

Ces appareils se composent, comme ceux employés dans les recherches de la température animale, de deux aiguilles mixtes, composées chacune, 1° d'une aiguiile d'acier et d'une auire de cuivre soudées

par un de leurs bouts; 2° d'un multiplicateur thermo-électrique trèssensible, et d'un fil d'acier terminé a chaque bout par une spirale servant à établir la communication entre les bouts d'acier de chaque aiguille mixte, taudis que les bouts de cuivre sont mis en relation avec le multiplicateur. Le mode d'expérimentation est le même que pour" la chaleur animale, si ce n'est que l'on prend pour température constante celle de l'air, en se mettant en garde contre le rayonnement des objets extérieurs. Cependant il y a certaines précautions indispensables à prendre pour se mettre en garde contre les causes d'erreur signalées plus haut. L'expérieuce suivante montrera de suite l'importance de ces précautions.

La tige d'un arbuste fut transpercée avec un foret très-délié, pour y introduire la soudure dune des aiguilles , tandis que l'autre soudure resta dans Tair; l'aiguille introduite ne tarda pas à être altérée, du moins l'acier, et il en résulta un courant électro-chimique ; pour éviter cette action , on recouvrit les aiguilles de plusieurs couches de vernis à la gomme laque. Quant à l'autre soudure qui se trouvait dans l'air, elle était soumise à un rayonnement de la part des objets environnants auquel iie participait pas la soudure, de toutes parts enveloppée du tissu ligneux. Il résultait de là des effets tellement complexes, que l'aiguille aimantée du multiplicateur ne restait pas en repos. Pour parer à cet inconvénient, nous ne trouvâmes pas d'autre moyen que de placer la soudure libre dans une tige - détachée du même arbuste, de même grosseur, et qui, n'étant plus soumise à la vie végétale, mettait à l'abri des effets du rayonnement qui était le même de part et d'autre. Par ce moyen, on pouvait observer les effets calorifiques dus aux élaborations de la sève et aux effets de l'évaporatiou ; mais rien n'est plus simple q»e de distinguer ces deux effets, c'est-à-dire, faire la part de la vie organique et celle de l'évaporatiou. On opère de la manière suivante, d'après M. Dutrochet.

On commence d'abord par éliminer l'évaporatiou de la sève qui produit un refroidissement. En général, cette précaution est indispensable; mais dans l'expérience que nous avions faite, elle était inutile, attendu que la branche ayant été détachée nouvellement du végétal, devait avoir sensiblement dans son intérieur la même quantité de sève que la branche vivante , de sorte que dans les premiers instants de l'expérience les effets accusés par le galvanomètre ne devaient pas être compliqués de ceux du refroidissement produit par l'évaporatiou.

M. Dutrochet a pris un grand bocal fermé par un bouchon de liège.

dans lequel se trouvait un peu d'eau. Les deux soudures du circuit thermo-électrique étaient placées dans l'intérieur de ce bocal ; l'une d'elles se trouvait dans une partie végétale tuée, au moyen de l'immersion dans l'eau chaude , puis refroidie ; l'autre était introduite dans une partie végétale exactement semblable , mais vivante. Les aiguilles étaient enduites de gomme laque pour les préserver de l'oxydation et de l'action des acides; au moyen de cette disposition , la partie morte prenait la température ambiante de l'atmosphère, tandis que la vivante devait prendre cette même température dégagée du froid produit par l'évaporation.

Suivant M. Dutrochet, cette chaleur est de | de degré dans son maximum, mais elle n'est le plus souvent que de ^ de degré, ou même de jq ou j^ de degré. Les expériences ont été faites sur les jeunes tiges des végétaux, lorsque leur moelle est encore verte, dans les fleurs en bouton, dans les feuilles, lorsque leur épaisseur est suffisante pour que l'on puisse y placer l'aiguille, telles que les feuilles de plantes grasses. En outre, cette chaleur disparaît pendant la nuit ou pendant l'obscurité artificielle, et reparaît sous l'influence suffisamment continuée de la lumière; la chaleur propre des boutons et des fleurs persiste pendant la nuit. Enfin, plus la température extérieure est élevée, plus la chaleur propre des végétaux augmente ; il faut faire les observations audessus de + 15», et mieux encore au-dessus de 20, et c'est à l'heure du jour où il y a le plus de chaleur et le plus de lumière que la chaleur propre des végétaux atteint son maximum.

M. Dutrochet a constaté l'existence de la chaleur végétale dans les racines, dans les fruits et même dans les embryons séminaux : les gros cotylédons, quand ils sont verts, se prêtent facilement à cette observation; dans les champignons; dans les fleurs en bouton : celles-ci n'offrent de chaleur que lorsque la soudure est placée dans l'ovaire. Telles sont les principales observations qui ont été faites jusqu'ici sur la température des plantes. INous ferons quelques remarques à cet égard : les résultats obtenus dans les expériences précédentes sont tellement faibles , et l'appareil donnant quelquefois des indications provenant de causes étrangères que l'on ne peut pas toujours saisir, quand on ne connaît pas parfaitement l'appareil, qu'il serait à désirer que les expériences fussent répétées encore un grand nombre de fois pour être bien certain que les résultats généraux dussent être admis en physiologie.

De la tetnpérature des fleurs.

Les appareils thermo-électriques peuvent être employés également à mesurer la température des fleurs, ainsi que l'ont montré MM. Vanbeck et Bergsma qui se sont servis de deux aiguilles, formées l'une d'un fil de platine , l'autre d'un fil d'acier , soudés à un de leurs bouts , les autres parties étant séparées par une lame d'ivoire et les bouts libres en communication avec un multiplicateur. L'aiguille avait été fixée dans une position horizontale, afin de pouvoir en introduire la pointe dans telle partie que l'on voulait du spadix. Un thermomètre, placé à côté, indiquait la température du milieu ambiant, et par conséquent celle des points de jonction non engagés; des écrans étaient placés de manière à éviter tout rayonnement extérieur. On obtint ainsi les résultats suivants : 1° le dégagement de chaleur dans les fleurs du colocasia odorata a lieu sur toute la surface visible du spadix, quoique avec une intensité différente dans ses diverses parties ; 2° après l'épanouissement de la spathe, un dégagement de chaleur a lieu dans les fleurs mâles à un degré plus élevé que celle des autres parties du spadix à la même époque; 3° lors de l'émission du pollen , une augmentation de chaleur se manifeste dans les fleurs mâles avortées qui forment le cône charnu ou glanduleux du spadix, tandis que la température diminue en se rapprochant de celle de l'atmosphère. Le dégagement de chaleur de cette partie constitue une seule période de plusieurs jours , tandis que celui des fleurs mâles avortées offre plusieurs périodes distinctes et particulières jusqu'au dépérissement de la partie. Enfin , à chacune de ces périodes , ce dégagement est uniforme sur la surface des fleurs mâles comme sur celle des fleurs mâles avortées.

Les faits que nous venons de rapporter démontrent bien que dans la vie végétale comme dans la vie animale, il y a production de chaleur, laquelle est influencée par un grand nombre de causes qui doivent être prises en considération, si l'on ne veut pas être induit en erreur par quelques-unes d'entre elles produisant plus de chaleur que la vie végétale elle-même.

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