II. i
On sait qu'une faible lumière blanclie paraît verte à l'égard d'une forte couleur rouge , et passe au bleu quand la lumière vive environnante est jaunâtre. On observe précisément un effet de ce genre entre la partie brillante et la partie faible des étoiles doubles, ce qui tendrait à faire croire que la cause est la même. Il y a cependant des exceptions , car une petite étoile bleue accompagne souvent une grande étoile blanche sans apparence de couleur rouge , et dans ce cas on ne peut supposer des effets de contraste. La couleur bleue ne pouvant provenir d'une illusion , doit être réellement celle de la lumière de certaines étoiles. Pour vérifier ce fait, il suffit de cacher l'étoile par un diaphragme dans la Inuette, afin déjuger de la couleur de l'astre, indépendamment de celle de l'autre. En opérant ainsi , M. Arago a reconnu que loscultation de la grande étoile n'amenait la disparition de toute couleur dans la seconde que dansquelques cas; c'est par ce moyen qu'il a été démontré qu'il existe un grand nombre d'étoiles doubles, émettant, les unes, une couleur bleue, les autres, une couleur verte.
L'existence des étoiles colorées avait été signalée déjà en 1686 par Mariotte, qui, dans son traité des couleurs, avait annoncé qu'il existait des étoiles jaunes et bleues. M. Dunlop, en 1828, avait annoncé également dans son catalogue, que dans l'hémisphère austral 11 existait un groupe composé d'étoiles de teinte bleuâtre. Il est donc bien prouvé aujourd'hui qu'il y a des étoiles qui ne nous envoient de la lumière que d'une seule couleur et d'autres de la lumière composée de plusieurs couleurs. Mais d'où peuvent provenir ces couleurs uniques, ou bien ce petit nombre de couleurs émanées de quelques astres? Doit-on les considérer comme le résultat de la décomposition d'une lumière analogue à celle du soleil, à travers les milieux qu'elle a pu traverser, la couleur complémentaire ou seulement une portion ayant été absorbée par ces milieux 1 ou bien sont-elles dues à des soleils qui s'éteignent; ou bien à un état de combustion de l'étoile, semblable à celui de certains corps qui brûlent , en n'émettant qu'un petit nombre de couleurs, et même une seule , comme nous en avons donné plusieurs exemples ? Ne pouvant qu'avancer des opinions plus ou moins hasardées à cet égard, nous n'en dirons pas davantage sur la couleur des étoiles multiples.
De Vaurore boréale.
L'aurore boréale est un phénomène lumineux qui apparaît quel-
quefois après le coucher du soleil vers le nord , rarement vers le couchant', et plus rarement encore vers le midi : tantôt il se présente près de l'horizon , comme une lueur vague ressemblant à celle de l'aurore qui précède le lever du soleil; d'autres fois, sous la forme d'une nuée sombre, d'où partent des fusées lumiueuses quelquefois diversement colorées, et qui éclairent alors toute l'atmosphère. Telles sont les apparences principales qu'on observe dans ce météore qui prend diverses formes; son apparition est toujours accompagnée d'un dérangement dans la marche des variations diurnes de l'aiguille aimantée, non-seulement dans les lieux où l'aurore boréale est visible, mais encore dans les contrées qui en sont éloignées. On peut consulter à cet égard ce|que nous avons dit des propriétés physiques des aurores boréales. Traité (Véleciricilé H de magnétisme^ tom. VI, pag. 200. On y trouvera aussi la description des aurores boréales les plus remarquables observées. Nous ne devons parler ici que de la lumière météorique, en faisant connaître les causes probables de sa production.
Nous n'entrerons pas dans la discussion des diverses théories imaginées pour expliquer les aurores boréales , attendu que cette discussion se trouve dans l'ouvrage cité, mais nous ferons connaître celles qui reposent sur les faits les mieux constatés.
On sait depuis longtemps que l'électricité qui passe dans le vide , s'y montre sous les mêmes apparences lumineuses que celles de l'aurore boréale. Or, l'air devenant moins dense à mesure quUl s'élève au-dessus de la surface de la terre, si l'aurore est due à des décharges électriques ayant lieu dans des régions supérieures, ces décharges doivent présenter les mêmes apparences que dans les tubes remplis d'air plus ou moins raréfié. Telles sont les idées émises par un grand nombre de physiciens , parmi lesquels nous citerons Canton, Beccaria, Franklin, idées que nous adoptons encore aujourd'hui, depuis que nous savons que l'apparition de ce météore exerce une action sur l'aiguille aimantée, laquelle a été observée pour la première fois en 1740; mais comme on ignorait à cette époque l'identité entre l'électricité et le magnétisme, cette découverte ne pouvait pas servir d'argument en faveur de l'origine électrique des aurores. On n'a pu le faire réellement qu'après qu'OErsted eut découvert l'électro-maguétisme.
Il ne suffisait pas de trouver une identité entre la lumière électrique et celle des aurores , il fallait encore démontrer l'existence d'une quantité suffisante d'électricité dans l'atmosphère; or, on sait
aujourd'hui que cette électricité y est souvent dans des proportions énormes. L'origine électrique des aurores est donc réellement celle qui paraît aujourd'hui la plus prohahle.
Tous les faits ohscrvés montrent hicn que les colonnes de l'aurore boréale obéissent à l'action du magnétisme terrestre, et doivent par conséquent être considérées comme analogues à ces jets lumineux que l'on produit entre deux pointes de char])on quand on fait passer entre elles la décharge d'une forte batterie voltaique , jets qui se comportent en présence d'un barreau aimanté comme pourrait le faire une portion de circuit mobile parcourue par un courant électrique. Tout tend donc à prouver que les rayons lumineux de l'aurore boréale sont des traînées de matières gazeuses susceptibles de prendre toutes les formes , et ayant de l'analogie avec la lumière électrique. Quelle est la nature de cette matière gazeuse? Comment sont produits ces courants? Ce sont des questions auxquelles l'état actuel de la science ne permet pas de répondre , sans se jeter dans des hypothèses plus ou moins vagues. Il y a tant de moyens de mettre en mouvement l'électricité dans les corps conducteurs qu'il est impossible de définir celui que la nature emploie. Comme on sait aujourd'hui que l'on peut faire naître des courants dans les corps, en troublant l'équilibre de leurs particules ou en les changeant de place^ il peut bien exister dans l'atmosphère des causes quelconques, dont nous ignorons la nature et l'origine, qui mettent en mouvement le principe électrique qui s'y trouve. Ces courants, en outre, en circulant dans la matière gazeuse , peuvent bien enflammer les matières qui s'y trouvent répandues , et produire ces effets d'incendie observés dans les grandes aurores boréales. Pour de plus amples développements, nous renvoyons à notre ouvrage sur l'électricité et le magnétisme.
Des étoiles filantes.
Les étoiles filantes sont encore un phénomène très-obscur , quoique nous ayons des exemples qu'on les ait observées depuis longtemps. Les connaissances certaines acquises sur leur apparition ne datent que du dernier siècle. Jusque-là on n'avait que des notions peu exactes sur les hauteurs auxquelles ces météores se montrent ordinairement. Nous n'entrerons pas dans l'examen historique des travaux qui ont été faits depuis 1800 ; seulement nous donnerons les conséquences générales que l'on a tirées des observations.
M. Brandès reconnut que les étoiles filantes avaient une tendance
à se diriger vers le sud-ouest, tendance due à une combinaison de leur mouvement avec celui de la terre dans son orl)ite , d'où Ton conjectura que ces météores devaient avoir une origine cosmique. Ce n'est que lors de l'apparition du magnifique spectacle dont on fut témoin dans la nuit du 1 1 au i 2 novembre 1832, que l'on se rappela un phénomène non moins extraordinaire observé par M. de Humboldt dans la nuit du 1 1 au 12 novembre 1799. On fut porté à admettre , comme l'a remarqué M. Arago, l'existence d'une zone composée de millions de petits corps, dont les orbites rencontrent le plan de l'écliptique vers le point que la terre va occuper tous les ans du 11 au 13 novembre.
11 résulte de déterminations faites par M. Queteleî, que la valeur moyenne pour la vitesse des étoiles filantes est à peu près par seconde de six, lieues, tandis que la détermination faite par M. Brandès est de dix lieues. M. Quetelet a cherché à rapprocher les apparitions les plus remarquables des étoiles filantes observées jusqu'ici , avec le phénomène de la chute des pierres météoriques dans le même mois. L'examen qu'il en a fait l'a conduit à reconnaître également une périodicilé dans la chute des aérolithes; il en est de même des aurores boréales assujetties à ùca retours périodiques el dont les apparitions coïncident avec celles des étoiles filantes. En 1838, J. Herschel observa effectivement une brillante aurore boréale le 1 '2 novembre, au lieu de l'apparition extraordinaire d'étoiles niantes (pi'il attendait, et qui ne fut aperçue que le lendemain. En 1830, les apparitions d'étoiles filantes des 7 et 12 novembre furent également accompagnées d'auroles boréales. Benzenberg, en 1833, a reconnu, et calculé, pour les 1 1 et 1 3 septembre, 6,9, 14 octobre , et 4 novembre 1T98, 135 étoiles filantes dans l'espace de 22 heures 21', c'est-à-dire de G environ par heure, tandis que M. Brandès, dans une station voisine, en a compté 2G7 en 27 heures 53', ou environ 10 par heure. Le terme moyen est donc de 8 par heure , comme Benzenberg l'a trouvé également, M. Quetelet , qui s'est occupé de la même question, a été conduit à ce résultat, qu'un observateur isolé ou plusieurs observateurs dirigés vers une même région du ciel, peuvent voir, terme moyen , huit étoiles filantes par heure , et que plusieurs observateurs , placés de manière à voir les différentes régions du ciel , peuvent en compter un nombre double.
Le docteur Holbers pense que le nombre de huit étoiles ne peut s'appliquer que dans les observations faites du mois d'août au mois de décembre. Suivant lui , le nombre moyen pour toute Tannée ne serait que les deux tiers du nombre donné par M. Quetelet, et, suivant
M. Herscbel , seize étoiles filantes par heure pour un seul observateur serait un nombre au-dessus de la moyenne.
D'après les calculs de M. Herriek, le nombre donné par M. Quetelet serait trop faible, contrairement à l'opinion d'Holbers et de Jienzenberg 5 tout ce que l'on en pourrait conclure , c'est que les étoiles filantes se montrent en Amérique en nombre plus grand qu'en Europe. Au surplus , nous renvoyons pour la discussion relative à l'apparition des étoiles filantes, au Mémoire de M. Quetelet ( Mémoires de l'académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles , t. XII). Pour expliquer ces météores, M. Arago admet l'existence d'une zone composée de milliers de petits corps dont les orbites rencontrent le plan de l'écliptique vers le point que la terre va occuper tous les ans du 1 1 au 1 3 novembre. M. d'Olbei-s a donné plus d'extension à cette opinion. Suivant lui une immense quantité de corpuscules planétaires formant les étoiles filantes paraissent se mouvoir dans des orbites autour du soleil, et traversent celle de la terre entre 18 et 21 degrés du Taureau. Ces orbites, très -rapprochées et presque parallèles entre elles, forment pour ainsi dire une route commune pour des millions , des myriades de ces astéroïdes infiniment petits, et qui, en des temps à peu près égaux, dans un espace de cinq à six années peut-être, achèvent leur révolution autour du soleil. Sur cette route commune , ils paraissent encore très - inégalement répartis 5 ici, ils sont eu masses épaisses; là, ils sont disséminés. Dans les années 1799 et 1833, peut-être aussi en 1832, l'une de ces masses aura été jetée dans notre atmosphère; durant les années 1831, 1834 et 1836 , il est probable que notre globe n'a rencontré que des astéroïdes, étoiles filantes isolées, quoiqu'elles fussent en assez grande quantité. Il est à croire que ces astéroïdes sont composées de matières oxydables , qui s'échauffent puis s'enflamment quand elles sont dans notre atmosphère, et donnent lieu par là aux effets lumineux observés.