NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA THÉORIE MÉCANIQUE DE LA CHALEUR
I. Force vtwe. — Priaetpe des forées ▼!¥€•. — Lorsqu'on abandonne h lui-même un corps pesant, de masse m, sans vitesse iniliale, sous )a seule action de son poids p, cette force lui imprime un mouTemenl suivant la verticale : Peffet produit sur le corps, à un instant déterminé, peut s'envisager sous deux points de vue différents. D'une part, la force a accompli un certain travail moteur T, puisque le corps a parcouru, sous son action, un certain espace; d^autre part, l'accomplissement de ce travail a communiqué au corps une certaine vitesse v; cherchons une relation entre ces deux quantités. — Le travail moteur T tst mesuré, en kilogrammèlres, par le produit de la force p par le chemin parcouru h (23), c'est-à-dire qu'on a T=p xh.Or le chemin parcourue, dans ce mouvement uniformément varié, est lié à la vitesse v acquise à
ret instant( 5, Remarque) par la relation v = \2gh, ouh:r-.^.En remplaçant h par cette valeur, et " par sa valeur m (14), ii vient
T=imtr«.
Telle est la relation qui existe entre le travail accompli par la force p, et la vitesse v qu'elle a imprimée à la masse m.
Le produit |mv^ est ce que nous appellerons la force vive du corps à rinstant considéré ('). — Le résultat que nous venons d'obtenir peut alors s'énoncer comme il suit : Le travail effectué à un instant donné, par le poids d'un corps partant du repos et tombant sous cette seule
(') On a d'alxtrd donné, en mécanique, le nom de force vive au produit tnv*; il y a avantage à modifier ceUc convention, en comprenant dans la quantité ainsi définie le facteur ^|comme nous le faisons ici, à l'exemple de la plupart des savants modernes. ,
DRION ET FCRNET. a
11 APPEiNDIGE.
action, est égal à la force vive acquise par le corps à ce même instant. Il en est ainsi, non-seulement dans le cas particulier que nous venons de considérer, mais dans le cas général d'un système de points matériels, animés de mouvements quelconques et soumis à Faction de forces quelconques. ~ On démontre, en Mécanique, que la somme des travaux de toutes les forces appliquées aux points d'un système matériel quel-' conque, pendant un temps déterminé, est égale à V accroissement de la somme des forces vives pendant ce même temps. — Cest Ténoncé du principe connu sous le nom de principe des forces vives^ principe dont nous admettrons la généralité (*).
II. ApparlUon de chaleur, aceompafDant la disparition de la forée vlwe de translation. — Considérons un corps pesant, au moment où, étant tombé librement sous Faction de son poids, d'une certaine hauteur h, il possède une certaine vitesse v; si ce corps rencontre alors un plan horizontal inflexible, comme serait un plan de marbre absolument rigide, et s'il est lui-même parfaitement élastique, il remonte, suivant la verticale, à la hauteur h dont il était tombé, c'est-àdire qu'il revient à son point de départ, où il arrive avec une vitesse nulle. — Envisageons séparément les phénomènes qui se sont produits dans chacun de ces deux mouvements en sens inverse.
Dans le mouvement de descente, le corps avait acquis fmalement, au moment de rencontrer le plan rigide, une force vive détermihée \ m»*, égale au travail moteur ph, dépensé par son poids pendant le parcours de toute la hauteur de chute. — Dans le mouvement d'ascension, il est d'abord renvoyé par le plan rigide avec une vitesse égale et contraire à celle qu'il avait au moment de le rencontrer : il possède donc, à l'origine de ce mouvement de bas en haut, une force vive ^ mv*, exactement égale à celle qu'il possédait au moment de rencontrer ce plan (**); or il perd successivement toute cette force vive, en parcourant de bas en haut le même chemin h, puisque sa vitesse redevient nulle lorsqu'il arrive
(*) Quand on considêiie,en particulier, un corps animé d'un mouvement de translation, la valeur de sa force vive doit être considérée comme une mesure de la grandeur des efrels que son mouvement le rend capable de produire. L'expérience journalière montre, par exemple, que la violence du choc i»roduit par un corps qu] tombe, et qui vient rencontrer le sol , dépend à la fois de la grandeur de sa masse et de la grandeur de la vitesse qu'il a acquise; un marteau frappant sur un obstacle produit un effet qui dépend à la fois de son poids et de la vitesse qui lui est imprimée; les elTets du projectile lancé par une "arme à feu sont d'autant plus redoutables que sa mas^e est plui> considérable et qu'il possède une vitesse plus grande, etc. — Ces Hiits el une multitude d'autres analogues montrent que. lorsqu'un corps e^t animé d'un mouvement de translation , la considération de la masse teule, ou de la vitesse seule, ne donnerait qu'une idée incomplète de sa puissance dynamique. La force vive, délinie comme on vient de le faire, fournit une mesure précise de la puissance que l'ac ion des forces productrices ou modificatrices du mouvement a accumulée dans le corps lui môme.
(**) L'expression de la force vive ne contenant que le carré de la vitesse, sa valeiuest indépendante du signe de la vitesse elle-même.
THÉORIE MÉGANIQUE DE LA CHALEUR. m
aa haat de sa course; celte perte est représentée p^ir la production d'un traTail qui est égal, eu valeur absolue, au travail résistant ph de son poids pendant Fascension, c'est-à-dire à celui qui avait été dépensé pendant la descente. — En résumé, pendant la descente, dépense de travail et production di" une force vive correspondante; pendant Tascension, dépense de cette force vive et production d'un travail correspondant.
Faisons maintenant tomber de la même hauteur un corps de même poids et de même masse, mais complètement dénué d'élasticité, en sorte que sa rencontre avec le plan rigide ne lui resti^tue aucune vitesse de bas en haut : au premier abord, il paraît y avoir alors annulation pure et simple de la force vive de translation que possédait le corps, et cela, sans que le plan prenne lui-même aucun mouvement. — Si donc il ne se produisait aucun autre phénomène concomitant, on serait amené a cette conclusion que, suivant la nature du corps qui tombe, sa rencontre avec un plan rigide pourrait donner lieu, soit à la conservation intégrale de reflet produit sur lui par Paction de son poids pendant la chute, soit à l'annulation complète de cet efîet.
Or, dans tous les cas de ce genre, outre la déformation permanente qu'éprouve généralement le corps, il se produit un nouveau phénomène, en apparence très-di fièrent des phénomènes de mouvement. Toutes les fois qu'un corps, rencontrant un obstacle rigide avec une certaine vitesse, poss^e après la renconire'une vitesse nulle, ou simplement moindre que sa vitesse primi:ive, il y a un dégagement de chaleur, lequel est en général d'autant plus grand que la perte de force vive a été plus considérable. — On sait, par exemple, qu'une balle de plomb, lorsqu'elle rencontre la plaque de têle d'une cible avec la vitesse que lui a donnée une arme à feu, ne prend, après le choc, qu'une vitesse insensible en sens contraire, car elle vient tomber presque au pied de la cible; à cette annulation de la force vive, correspond un dégagement de chaleur qui la rend brûlante, et qui peut l'amener jusqu'à la température de fusion du plomb. Les boulet», quand ils sont tirés à une faible distance sur des plaques de blindage auxquelles ils ne font subir que des déformations insensibles, éprouvent une élévation de température qui les porte à l'incandescence. — Dans l'exemple particulier que nous avions choisi d'abord, d'un corps perdant par le choc la force vive que lui avait communiquée son poids, le dégagement de chalem* n'est bien manifeste que pour des hauteurs de chute assez considérables : cependant il peut être constaté déjà pour des hauteurs de 3 ou 4 mètres.
111. lVo€l<»ii i^énérale de Téqulvalcnee entre une quantité de ehnlenr et nne «innntité de ffra*ee vive on de travail. — Les
phénomènes du choc ne sont pas les seuls où l'observation montre la
production d'une certaine quantité de chaleur, accompagnant la perte
d'une cenaine quantité de force vive ou du -travail qu'elle représente.
On sait depuis longtemps que le frottement des corps les uns contre
IV APPENDICE
les autres, en diminuant la vitesse dont ils sont animés, développe de la chaleur. Le frottement de la circonférence d*une roue de voiture, contre le frein qui la presse, la rend brûlante. Le frottement du moyeu contre .l'essieu, lorsque celui-ci n'est pas suffisamment enduit de matière grasse, peut mettre le feu à la roue elle-même. C'est en frottant vi veulent Textrémité d'une tige de bois dans la cavité d'un autre morceau de bois, que les peuples sauvages parviennent à allumer du feu, et c'est d'ailleurs par un procédé analogue que nous amenons l'extrémité d'une allumette chimique à la température de combustion du phosphore (*).
Les phénomènes de compression, et en particulier la compression des gaz, donnent lieu à un dégagement de chaleur, que Ton utilise dans le briquet à air ; dans ce dernier exemple, en particulier, ce dégagement de chaleur accompagne la perte de la force vive qu'avait communiquée au* piston le travail accompli par la force qui l'avait mis en mouvement.
Inversement, l'observation d'une machine à vapeur en activité nous montre la dépense d'une certaine quantité de la chaleur produite par le combustible, s'accompagnant d'une production de force vive communiquée aux organes de la machine, ou d'un travail effectué.
En présence de ces divers résultats, on a dû se demander s'il n'exister pas, entre la quantité de chaleur produite ou dépensée, et la quantité de force vive ou de travail dépensée ou produite, un rapport déterminé. Ces deux quantités, de natures différentes, étant mesurables par l'expérience, peuvent être évaluées chacune à l'aide d'une unité de même espèce : si l'on trouve, dans l'étude des divers phénomènes, un rapport constant entre les deux nombres que l'expérience aura fournis, on en devra conclure qu'if y a toujours équivalence entre une certaine quantité de chaleur et une certaine quantité de force vive ou de travail. — Mous allons indiquer quelques-unes des expériences qui ont permis d'arriver à ce résultat.
IV. Transformation dn travail en chaleur. — Expérieneee de H. Jonle snr les phénomènes de frottement. — On doit à M. Joule, de Manchester, un grand nombre d'expériences dans lesquelles on a employé une quantité déterminée de travail à produire, par le frot-
(*) A ces observations vulgaires, il convient d'ajouter la belle expérience exécutée dés 1798 par Rumford, dans la fonderie de canons de Munich qu'il dirigeait. — Frappé (le la haute température qui se produit dans le forage du bronze, il fit construire un appareil dans lequel un pilon d'acier trempé, mis en mouvement autour de soui axe par deux chevaux, venait frotter contre les parois d'une cavité pratiquée dans une pièce de fer; le tout était plongé dans une caisse de sapin, contenant environ 10 litres d'eau froide. Au bout de deux heures et demie, l'eau était en p'eine ébullition. — Rumford montra Timpossibillité d'attribuer la quantité énoime de chaleur dégagée à la production de la limaille, dont la chaleur spécifique est la même que celle du métal, et qui était d'ailleurs en quantité assez faible (54 grammes). 11 fut conduit à cette conclusion, bien digne de remarque si l'on se reporte à l'époque oiV elle tai formulée, que le dégagement de chaleur ne devait être qu'un phénomène de mouvement; c'est la conclusion à laquelle sont arrivés également les savants modernes, comme nous le verrons plus loin.
THÊORtE XÉGAHIQUE US LA CUALEUH. t
lemeut de corps solides où liquides les uns contre les autres, une qaui* tilé de chaleur doDt on délenuinait également la valeur. I«s parties principales de l'appareil sont les suivantes :
Deux masses de plomb E, E (fig. a), de poids égaux, abandonnies sous l'action de la pesanleur, impriment un mouvement de rotation aux
axes B, B de deui poulies A, K; les gorges de ces poulies portent des fils qui Tiennent s'enrouler sur te cjtindre de bois f et l'entraînent dans leur mouvement ; enGn, sur l'axe vertical, autour duquel tourne le cylindre, sont montées des palettes qui doivent se mouvoir au milieu d'une masse d'eau ou de tout aulre liquide, contenue dans le vase G (llg. b). — Le frottement de l'eau, tant sur elle-même que sur les pièces solides de l'appareil, a pour elTel de diminuer la vitesse que les poids moteurs teiidraiejil à imprimer au système : à cette perle de Force vive, correspond une élévation de température du vase G et de son contenu, c'est-à-dire la production d'une certaine quantité de chaleur.
Il s'agit maintenant d'évaluer, d'une part la quantité de chaleur qui a été dégagée, d'autre part le 'travail moteur qui a été consommé dans une expérience. — L'évalualion lie la quantité de chaleur d^gée s'efTecLuait en déterminant, avant l'expérience, la température du liquide au moyen d'un thermomètre tr^-sensible ('), et elTectuant ensuite la même détermination
(') Le thermomitrB amplojé pir H. loule donoail l«s c«nliimm de dagrt d*
Fi(. b.
Ti APPENDICE.
après avoir laissé les poids descendre depuis le point le plus haut de leur course, jusqu'au sol du laboratoire (*). La valeur de Télévation de température du liquide et des pièces solides permettait de déterminer, au moyen des chaleurs spécifiques connues (livre 11, chap. ix), la quan— tité de chaleur dégagée Q , évaluée en calories. — Le travail effectué pendant la chute des deux poids était égal au produit de leur valeur totale 2P évaluée en kilogrammes, par la hauteur totale de chute H évaluée en mètres. Mais il faut remarquer que ce travail 2P x H n'avait pas été employé tout entier à produire réchautfement que Ton vient d'évaluer : en elTet, chacun des poids B, au moment où il vient rencontrer le sol avec une certaine vitesse v, perd par le choc la force vive qu'il possédait; on observait donc, au moyen de règles graduées, la vitesse v du mouvement sensiblement uniforme des poids, dans les instants qui précédaient le choc, et, en remarquant que la masse totale des deux poids
2P moteurs est — , on connaissait ainsi complètement la force vive perdue*
p par le choc, savoir - r". Enfin on avait déterminé, par une expérience
spéciale, la valeur du travail employé à vaincre les frottements des pièces extérieures au vase calorimétrique, dans les «conditions mêmes de Texpénence principale : désignons par < ce travail, dont la valeur était d'ailleurs toujours assez faible. On voit que, pour avoir l'expression définitive du travail T qui avait été employé à dégager la quantité de chaleur Q, il suffisait de retrancher, du travail total des poids 2 x PH la
p somme de la force vive perdue par le choc sur le sol -v* et du travail (.
T La moyenne des expériences fournit, pour le rapport rr des deux
quantités ainsi calculées, en employant Teau et le laiton, le nombre 424,9. — En remplaçant l'eau par le mercure, et le laiton par le fer, on trouva 495,4. — En remplaçant l'arbre à palettes par un anneau de fonte qui frottait sur un cône de fonte, et plongeant le tout dans le mercure, on trouva 426,4. — Knfin, en exerçant sur une masse d'eau une pression déterminée, qui la forçait à traverser un diaphragme d'argile poreuse, et observant réchauffement produit, on obtint le nombre 425,0. — Tous ces nombres présentent entre eux des différences bien peu considérables, eu égard aux ditllcultés pratiques d'expérimentation (**; : cette concordance permet d'affirmer que, dans les phénomènes de frottement, le
(*) Poar rendre l'élévation de température plus sensible, on renouvelait cette expérience jusqu'à vingt fois. — Les froUemcnts étaient d'ailleurs aa^raentés par une disposition qui consistait à placer dans le liquide des cloisons verticales flxes, portant des ouvertures simplement suffisantes pour laisser passer les palettes mobiles.
(^*) M. Favre et H. Hirn, ont obtenu, par des procédés tout ditTérents, des nombres qui s'écartent peu de ceux de M. Joule.
TIIËORIE MECANIQUE DE LA CHALEUR. tu
dégagement d*une quantité de chaleur égale à une calorie correspond à la dépense d'une quantité de travail constante, et égale, en nombre rond, à 425 kilogrammètres.
Ce nombre est ce que nous nommerons, dès maintenant, Véqtdvalent mécanique de la chaleur, ou ce qu'on pourrait appeler plus correctement V équivalent mécanique de la calorie. — 11 nous reste à vérifier que sa valeur reste encore la même dans des phénomènes d'un ordre tout autre.
V. TnuMiforfliaiioB de la clialcar en tniTail méemilqae. — KxpérIeBee* de H. Hlm, mir la macblae * ^vapear. — Considérons une machine à vapeur, à un moment où elle fonctionne d'une manière régulière, et examinons les phénomènes qui s'y produisent pendant un mouvement de va-et-vient du piston. Le cylindre reçoit une certaine quantité de vapeur, laquelle provient d'un égal poids d'eau, emprunté au condenseur par la pompe alimentaire et vaporisé dans la chaudière ; cette vapeur, après avoir fait parcourir au pi>ton la longueur du cylindre, sous l'action de la pression qu'elle exerce sur lui, retourne au condenseur, où elle se liquéfie et reprend la température du condenseur lui-même. L'eau de condensation revient donc exactement à sa température primitive. Si la machine est arrivée à une période d'activité normale, la température maintenue dans la chaudière sous l'action du foyer demeure constante, et il en est de même de la température -maintenue dans le condenseur par l'action de l'eau froide injectée.
La mesure des dimensions du cylindre permet de calculer la quantité de vapeur qu'il reçoit, pour un nombre déterminé de coups de piston : par suite, connaissant la température et la pression de cette vapeur dans la chaudière, on en déduit la quantité de chaleur Q, qui est consommée en un temps donné, pour transformer en vapeur l'eau empruntée au condenseur (580). D'autre part, la mesure de la quantité d'eau froide qu'on doit injecter dans le condenseur pendant le même temps, pour y maintenir une température constante, donne la quantité de chaleur absorbée par cette eau (364), c'est-à-dire abandonnée par la vapeur qui s'y condense. Or on trouve que cette dernière quantité a toujours une valeur Q' moindre que Q, c'est-à-dire que la vapeur ne rapporte pas au condenseur toute la chaleur qu'elle avait prise à la chaudière. — Ce résultat est facile à concevoir, d'après les notions qui précèdent. En effet, dans son trajet entre la chaudière et le condenseur, la vapeur a agi sur le piston et a donné lieu à une certaine production de travail ; dès lors, la perte de ckaUur qu^elle éprouve n'est que le résultat d'une transformation de chaleur en travail mécanique. — Il reste donc à évaluer le travail produit, pour le comparer à la chaleur dépensée : c'est ce qu'à fait M. Him, de Colmar, en opérant, comme nous allons l'indiquer, sur des machines puissantes, installées pour les besoins d'une grande industrie.
Pour évaluer le travail effectué par la vapeur, M. Hirn déterminait la
VIII Ai>P£?)DlGE.
pression dans Je cylindre, en divers points de la course du piston : c^est ce que permet l'appareil connu sous le nom d'indicateur de Watt. Si ces points sont suHisamment voisins les uns des autres, on peut supposer que le piston passe de Tun à Tautre sous Taction d une force constante, égale à la difîérence des pressions qui s'exercent à ce moment sur ses deux faces, ce qui donne le travail accompli par la vapeur entre ces deux points : une série de termes semblables donne le travail pendant la course tout entière, et par suite le travail total pendant Tintervalle de temps que Ton aura choisi pour Texpérience. — Soit T ce travail, évalué en kilogrammèlres, et Q — Q' la différence entre la cbaleur prise à la chaudière et la chaleur cédée au condenseur (*). Les expériences de M. Him ont
T fourni, pour valeur moyenne du quotient rz — rp, le nombre 415 : résultat dont l'accord avec ceux de M. Joule est plus grand qu'on n'aurait pu l'espérer, quand on songe aux difficultés et aux causes d'erreurs de pareilles expériences.
VI. CoBeloftteiw relatiwoi A l'é^atvaleat mécniilqve de la chaleur. — Nous ne multiplierons pas davantage les exemples de déterminations numériques de l'équivalent mécanique de la chaleur : les mesures eflectuées par des physiciens, sur les quantités de^travail et les quantités de chaleur qui apparaissent comme se substituant les unes aux autres, dans les phénomènes les plus divers, ont donné toigours entre ces quantités un rapport très-voisin de celui qui avait été indiqué par M. Joule, savoir 425. Nous considérerons donc comme démontrées, par l'ensemble des déterminations effectuées, les deux conclusions suivantes :
1* Une certaine quantité de chaleur, consonmiée sans déterminer mie élévation de température dans les corps auxquels elle a été fournie, produit une certaine quantité de travail, savoir 425 kilogrammètres par calorie.
2* Une certaine quantité de travail, dépensée sans efTecluer aucun
travail mécanique apparent, produit une certaine quantité de chaleur,
savoir j^k ^® calorie par kilogrammètre.
Cette équivalence, entre la chaleur dépensée ou produite, et le travail produit ou dépensé, doit être considérée comme un résultat expérimental, indépendant de toute idée théorique sur la nature de la chaleur elle-même. Nous allons chercher à faire concevoir maintenant comment la théorie mécanique de la chaleur établit, entre les phénomènes de la chaleur et ceux du mouvement, une identité complète.
VII. li» chaleur eavlca^e comme an mode de moaTcaicai. — Si Ton essaye de faire une énumération complète des phénomènes qu
(') II esl bien oitendu qu'on a tail subir à ces nombres tes corrections dues aut ptiiled de cbaleur par rayonnement ou par conductibilité.
TUÉORIE MÉCANIQUE D£ LA CHALBIR. ix
apparaissent, au moment où un corps possédant une certaine vitesse vient rencontrer un obstacle rigide et iixe, on reconnaît facilement que ces phé* «Mfnènes se réduisent, en faisant toiqours abstraction des déformations f>ennanentes que le corps peut éprouver, à trois effets, que nos sen^ «lous font apprécier comme très-différents au premier abord.
i* Le corps prend un mouvement de translation, dans une direction <lîfléreote de sa direction primitive, mouvement dans lequel on retrouve, mais seulement en partie, la force vive du mouvement primitif.
2* Il se produit un son perceptible à Toreille, c'est-à-dire un mouvement vibratoire des diverses parties du corps. — On doit donc regarder une partie de la force vive primitive de translation comme ayant été employée à accomplir un travail, en écartant les diverses parties du corps des positions relatives où leurs actions mutuelles tendaient à les maintenir. Cet écart une fois, produit, ces mêmes actions ramènent les points «cartes vers leurs positions relatives initiales, positions qu'ils dépassent en vertu de leur vitesse acquise, et c'est ainsi que se produit ce mouvement vibratoire qui est la cause productrice du son (633). Ce inouvement, qui durerait indéOniment dans le vide, s'éteint plus ou moins rapidementdans l'air, parce que la force vive des points matériels vibrants se transmet successivement aux molécules de l'air, qui ont une certaine masse, et qui ne peuvent acquérir de vitesse qu'à la condition d'emprunter de la force vive au corps vibrant lui-même.
3* Enfin nous avons vu qu'il y a un dégagement de dialeur, plus ou moins considérable suivant les circonstances, mais toujours sensible, phénomène qui correspond comme nous l'avons montré, à la disparilion d'une partie de la force vive de translation.
L'hypothèse qui sert de base à la théorie mécanique de la chaleur consiste à considérer ce dernier efl'et comme tout à fait semblable au second, c*est-à-dire à envisager rélévation de température d'un corps «omme la production d'un mouvement vibratoire, imprimé aux éléments qui le constituent. — La modification thermique que l'expérience accuse dans le corpi ne constituera plus seulement alors un phénomène d'une nature particulière, équivalefU au phénomène mécanique qui l'a produit ; ce sera un phénomène mécanique de même nature, à savoir Taccumulation, dans l'ensemble des éléments du corps, d'une somme de forces vives égide à la force vive qui a été dépenbée pour produire cet efi'et.
En considérant les phénomènes thermiques sous ce point de vue, non-seulement les transformations du travail en chaleur ou de la chaleur en travail apparaissent comme possibles, mais l'équivalence entre la quantité de la chaleur dépensée ou produite et la quantité de travail produit ou dépeVisé n'est qu'une conséquence nécessaire du principe général de la coMervaiUm de la force vive, principe qu'un grand nombre d'esprits éminents regardent comme un axiome, et qui a pu servir pour démontrer a priori tous les résuhats de la théori<? actuelle. — ^ous
X ÂPPEMniGE.
allons examiner maintenant comment celte théorie s'accorde avec les autres faits connus.
VIII. TmnmlMkNi de la ^ale«r par rayosneaicat. — Lorsqu'on introduit un corps, à une température quelconque, au milieu d'autres corps à une température plus basse, Texpérience montre que sa température s'abaisse, tandis que celle des autres corps s'élève. On dit généralement alors qu'il y a transmission de chaleur du corps le plus chaud aux corps les plus froids ; mais il est clair qu'on ne peut Toir dans cette locuiion que l'énoncé pur et simple du résultat, sans aucune indication de la manière dont le passage de la chaleur a pu s'effectuer.
En étudiant ce phénomène, connu sous le nom de rayonnement, les physiciens ont reconnu, dans la chaleur rayonnante, un ensemble de propriétés absolument semblables à celles de la luniière : la conclusion de tous les travaux modernes sur ce sujet est que Tune et l'autre sont dues à la production d'un mouvement ondulatoire, dans Tespace qui separe des corps à des températures diflérentes. — Cette conclusion, aujourd'hui incontestée, vient prêter un appui à Thypothèse qui considère la chaleur comme un mouvement, en montrant qu'elle permet de concevoir le phénomène de la transmission elle^nème. Dans cette hypothèse, l'abaissement de température du corps le plus chaud n'est qu'une diminution dans la somme des forces vives des mouvements vibratoires de ses éléments : lelévation de température des corps les plus froids est un accroissement de force vive dans les mouvements vibratoires qu'ils possédaient: quant à l'intermédiaire par lequel a pu s'effectuer cet échange, c'est le mouvement vibratoire imprimé au milieu interposé. La transmission de la chaleur par rayonnement devient alors analogue à la transmission du mouvement vibratoire d'un corps sonore au milieu qui l'environne.
Une différence essentielle distingue cependant les mouvements vibratoires qui constituent le son, de ceux que nous considérons ici comme constituant la chaleur ou la lumière : le son ne se transmet pas dans le vide (t>34) ; il eu est autrement de la chaleur et de la lumière, qui se propagent dans les espaces vides de toute matière pondérable (826). On a donc été conduit à admettre que les mouvements vibratoires calorifiques et lumineux se propagent par l'intermédiaire d'un milieu impondérable, VétheTf répandu aussi bien dans le vide que dans Tair et dans les corps perméables à In chaleur et à la lumière.