CHAPITRE XVI
De V Évaporation.
Lorsqu’un liquide est exposé à l’air libre, il se dissipe graduellement , et cet effet se nomme X évaporation.
Un assez grand nombre de physiciens ont supposé que ce phénomène était produit par une affinité chimique de l’air pour l’eau. Mais les expériences de Saussure , de Deluc et de Dalton , permettent de représenter tous les phénomènes sans recourir à cette affinité ; et par conséquent , il n’y a aucune raison de l’admettre, puisqu’il n’y a rien dans les expériences qui l’annonce. Nous avons vu qu’un liquide introduit dans un espace vide, ou rempli d’air sec , y produit également des vapeurs dont la quantité , dans cet espace, ne dépend absolument que de la température. Si l’air renfermé contient déjà des vapeurs pareilles , mais en quantité moindre que le maximum qui convient à cette température , le liquide introduit ne fait que compléter la quantité de vapeur nécessaire pour que ce maximum s’établisse. Dans tout cela , il n’y a de différence entre l’air et le vide , que par la rapidité de la vaporisation, qui se fait instantanément dans le vide , et lentement dans l’air ou dans les gaz , comme si les particules de ces gaz s’opposaient mécaniquement, et par leur inertie , à la diffusion des vapeurs.
Pour examiner de plus près les effets de cette résistance , considérons une goutte sphérique de liquide placée au centre d’un manomètre sphérique , et rempli d’air sec ; puis concevons cet air partagé en une infinité de couches sphériques très-minces , concentriques à la goutte. Cela posé , au moment où celle-ci commencera à se vaporiser , la couche d’air , qui l’environne immédiatement, sera la première saturée de vapeurs, selon la proportion fixée par sa température. Mais ces vapeurs se trouvant en contact avec la couche suivante , qui est encore parfaitement
DE l’évaporation. 5 I 7
sèche, tendront à s’y répandre en vertu de leur élasticité ; et elles s’y répandront, en effet , autant que le permettra la résistance mécanique de l’air qui forme cette seconde couche. En poursuivant ce raisonnement, on concevra que les vapeurs émanées de la goutte se propagent ainsi de couche en couche dans toute l’étendue de l’espace qui leur est ouvert. Mais à cause de la résistance que l’air oppose à leur propagation , il arrive que leur » quantité va continuellement en décroissant à mesure que les couches sont plus éloignées de la goutte qui les produit. De sorte que l’on peut concevoir un moment où les couches du manomètre, les plus éloignées du centre ne font que commencer à recevoir des vapeurs, tandis que les couches centrales en ont déjà acquis toute la quantité qu'elles peuvent en contenir à cette température. Néanmoins comme chaque molécule de vapeur tend continuellement à se répandre dans l’espace qui l’avoisine , lorsque la quantité de vapeur y est moindre, il s’ensuit que la vaporisation ne peut pas s’arrêter dans cet état de décroissement du centre à la circonférence , et qu’elle 11e cessera qu’au moment où toute la masse d’air, enfermée dans le manomètre, aura acquis le maximum de vapeur qui convient à sa température.
En appliquant à l’atmosphère les résultats de ces expériences , nous en verrons naître tous les phénomènes de l’évaporation. Dans ce cas , l’étendue de l’atmosphère elle- même peut être considérée comme la masse d’air enfermée dans le manomètre , et le liquide qu’on expose à l’air libre dans un vase, est la goutte d’eau que l’on y fait vaporiser. Supposons d’abord la température uniforme dans toute cette étendue. S’il s’y trouve déjà toute la quantité de vapeur qui convient à cette température , l’eau du vase ne se vaporisera pas. Mais pour peu que la quantité de vapeur soit au-dessous de ce maximum, la vaporisation aura lieu, et le vase n’étant qu’un point relativement à l’étendue de l’atmosphère, toute l’eau qu’il contient se dissipera entièrement sans y accroître sensiblement la tension de la vapeur. La quantité de vapeurs , préalablement existante , n’aura d’autre effet que de ralentir plus ou moins l’évaporation , qui sera d’autant plus rapide que l’air sera plus près de la sécheresse extrême.
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