‹ Traité de physique expérimentale et mathématiqueChapitre 4 sur 94 · ANALOGIE DES A IM A NS · texte numérisé non relu

ANALOGIE DES A IM A NS

aussi dans les tourmalines et les piles. Or la séparation en plusieurs fragmens ne peut avoir aucune influence pour produire ces pôles ; elle ne peut que les mettre en évidence, en les soustrayant à l’attraction des particules contiguës, par laquelle ils étaient dissimulés dans la colonne magnétique entière , comme les pôles électriques contigus le sont dans les élémens d’une tourmaline. Si l’on veut confirmer ceci synthétiquement , il n’y a qu’à réunir bout à bout plusieurs petits barreaux, et les aimanter tous à la fois comme un barreau unique , soit en mettant les deux extrémités de la chaîne en contact avec les pôles opposés de deux aimans , soit en promenant sur toute sa longueur un des pôles d’un seul aimant. Quel que soit le procédé que l’on emploie , la série des barreaux s’aimantera comme ferait un barreau continu des mêmes dimensions, sur lequel on agirait de la même manière. Si l’on a employé , par exemple , de petits bouts de fil d’acier recuit , ayant un ou deux millimètres de diamètre , et dont l’ensemble forme une longueur de deux ou trois décimètres seulement, on trouvera pour l’ordinaire qu’une moitié de la chaîne exerce le magnétisme austral , et l’autre moitié le magnétisme boréal ; mais si l’on défait la chaîne, chaque bout de fil , dégagé de l’influence des autres , montrera aussitôt deux pôles , et exercera de même le magnétisme boréal dans une moitié de sa longueur , le magnétisme austral dans l’autre moitié. Diminuez les dimensions de ces fils jusqu’à les réduire à une simple particule, vous aurez une représentation exacte de l’état des particules ferrugineuses dans les barreaux aimantés ; et vous concevrez ainsi comment le système de toutes ces petites forces peut, selon les proportions de celles qui se suivent , donner des résultats opposés aux deux extrémités du barreau , ou même quelquefois plusieurs résultats alternativement contraires sur divers points de sa longueur.

Maintenant, lorsque les deux magnétismes ont été séparés dans les particules d’un morceau de fer dur ou d’acier , l’expérience prouve qu’ils ne se recomposent qu’avec une extrême lenteur. Il faut doue qu’une cause quelconque s’oppose à leur attrae-

AVEC LES PILES ÉLECTRIQUES. iS

lion mutuelle. Quelle que soit cette cause , on peut l’assimiler à la résistance que l’électricité éprouve pour se mouvoir à la surface et dans l’intérieur des corps résineux. Plus elle sera forte , plus l’état magnétique sera difficile à imprimer et lent à se perdre. C’est le cas de l’acier très-dur. Si au contraire cette résistance était nulle , les deux magnétismes s*e sépareraient dans chaque particule par la plus faible influence , et se rejoindraient aussitôt que cette influence cesserait d’agir. C’est le cas du fer, du cobalt et du nickel, quand ils ont une ductilité parfaite. Mais dans ce cas même , il ne doit s’opérer aucune transmission de magnétisme d’une particule à une autre. Tout le jeu des compositions et des décompositions se passe dans l’intérieur de chaque particule , et il y a de l’une à l’autre une imperméabilité absolue. C’est précisément ainsi que dans les piles électriques formées par des plaques de verre armées de métal , les décompositions et les recompositions d’électricités naturelles s’opèrent avec une facilité parfaite entre les surfaces métalliques qui se regardent et qui communiquent ensemble , sans qu’il se transmette rien à travers les plaques isolantes qui les séparent du reste de la chaîne.

Les rapprocheinens que nous venons de faire me semblent de nature à mettre dans la plus parfaite évidence la constitution intime des aimans et des barreaux aimantés. Il nous reste à déterminer par l’expérience quelle est la nature et la quantité de magnétisme libre dans chaque point de ces corps, et quelle loi chaque espèce de magnétisme suit dans ses attractions et répulsions. Cette seconde question que nous avions d’abord attaquée dans les expériences électriques , ne peut être ici traitée qu’après l’autre , parce que ne pouvant pas isoler l’un des deux magnétismes , nous sommes forcés d’étudier les phénomènes composés qui résultent de leur coexistence dans des corps où leur distribution nous est connue.

Quand nous avons étudié la distribution de l’électricité en équilibre dans les corps conducteurs , nous avons vu qu’elle était assujettie à une condition unique , savoir que l’électricité libre n’exerçât aucune action, soit attractive, soit répulsive,

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sur les points de l’intérieur de ces corps. Dans le magnétisme , ü n’est pas nécessaire, pour l’équilibre, que Faction intérieure soit nulle; il suffit qu’elle soit inférieure à la résistance que la force coercitive du métal oppose à la séparation des magnétismes naturels , ou à leur réunion. Or , cela peut avoir lieu d’une infinité de manières , et même avec des discontinuités dans le développement du magnétisme sur les divers points de la longueur d’une barre; en sorte que sous ce point de vue général la question est absolument indéterminée.

Cependant il existe un cas qui mérite d’être considéré en particulier , parce qu’il offre la limite de tous les cas possibles , et qu’il est aussi le plus utile de tous. C’est celui où la quantité de magnétisme libre est telle que la somme de toutes les forces attractives et répulsives qui en résultent pour chaque point de la lame égale précisément la résistance que la force coercitive oppose à la réunion des magnétismes naturels. Lorsqu’une lame est dans cet état , il est évident qu’elle a en chacun de ses points la plus grande quantité de magnétisme libre qu’elle puisse admettre ; aussi dit-on qu’elle est aimantée à saturation .

Le moyen le plus simple et le plus sûr pour y parvenir, c’est de soumettre la lame qu’on veut aimanter à des influences tellement énergiques, qu’il s’opère momentanément dans ses particules une décomposition des magnétismes naturels plus grande que celle qui peut y subsister , d’après la seule résistance de la force coercitive; car alors en la soustrayant à ces influences, la première limite qui s’offrira à la recomposition des magnétismes décomposés sera celle qui constitue l’aimantation à saturation.

Nous chercherons bientôt à réaliser cette idée par l’expérience ; mais auparavant il nous faut démontrer les lois précises suivant lesquelles l’aimant terrestre agit sur les barreaux aimantés , librement suspendus ; car cette action pouvant s’exercer à la fois sans diminution sensible sur tous ceux qu’on lui présente , elle nous offrira un excellent moyen pour apprécier l’intensité du magnétisme que nous y aurons développé.

MESURE DE LA FORCE MAGNÉTIQUE, etc.

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