‹ Traité de physique industrielle, production et utilisation de la chaleur (volume 2)Chapitre 112 sur 182 · FOURS CRÉMATOIRES · texte numérisé non relu

FOURS CRÉMATOIRES

1108. Les fours crématoires sont des appareils dans lesquels on doit produire l'incinération des cadavres et des débris humains provenant des amphithéâtres de dissection. Dans l'établissement d'un four crématoire, il convient de s'attacher à réaliser une opération rationnelle, en tenant compte des phénomènes particuliers que présente l'incinération des corps ; il y a lieu de prendre des dispositions permettant d'opérer d'une manière sûre, rapide et économique, tout en assurant à l'opération la décence exigée. Il est nécessaire de cacher aux assistants toutes les manipulations de combustible ou autres- et de disposer la salle dans laquelle est établi le four de façon qu'elle puisse se prêter à l'exercice des différents cuites. L'opération de la crémation doit être rendue aussi rapide et aussi courte que possible ; elle ne doit donner lieu à aucune odeur soit dans rintérieur de l'édifice, soit à la sortie de la cheminée. Enfin, il faut que les dispositions soient prises pour garantir la conservation totale et sans mélange des cendres et menus résidus provenant de l'incinération du corps.

Les phases successives de l'opération doivent être réglées d après l'observation des phénomènes qui se produisent dans l'incinération. Au début, il faut lancer dans le four de grandes masses d'air chaud, dont la chaleur est utilisée à vaporiser les 75 p. 100 d'eau que contient le corps et à oxyder les gaz qui se dégagent en grande abondance.

L'air affluent ne doit pas être à température trop élevée, afin d'éviter de durcir et parcheminer la peau du cadavre, ce qui

gênerait le dégagement des gaz. Cette première partie de Topération constitue une véritable distillation.

Après cette première phase, il faut envoyer Tair à une température plus élevée pour achever de réduire le corps en cendres. Là encore, il faut éviter une température trop élevée qui pourrait fritter les os, c'est-à-dire leur faire subir une espèce de vitrification et empêcher leur réduction en cendres. En général, la température ne doit pas dépasser de i i oo** à i 200® C.

1109. Foup crématoire PoUi. — C'est le premier appareil crématoire qui ait été employé pratiquement; il fut installé en Italie et se composait d'une cornue verticale en terre réfractaire, à la base de laquelle pénétrait un mélange d'air et de gaz d'éclairage ; à l'intérieur se trouvait une autre cornue renfermant le corps à incinérer. Cet appareil a servi de point de départ pour la construction des autres fours.

1110. Appareil Mfiller et Fichet. — Ce four crématoire, exposé en 1878, paraît répondre aux diverses conditions énumérées précédemment et auxquelles doivent satisfaire les appareils de crémation.

Le corps à incinérer est placé dans une cornue analogue à celles qu'on emploie pour la fabrication du gaz d'éclairage. A la base du four est un récupérateur servant à refroidir les gaz brûlés qui se rendent à la cheminée et à chauffer l'air affluent qui vient traverser la cornue de distillation pour effectuer Tincinération du corps.

Les gaz à haute température provenant de la distillation du corps viennent se mélanger avec l'oxyde de carbone chaud, fourni par un gazogène placé en tête du four.

La combustion qui s'effectue porte la cornue à une très haute température. Les produits de la combustion s'échappent en traversant le récupérateur dont nous venons de parler, et y abandonnent une grande partie de leur chaleur qui est employée à élever la température de l'air affluent dans le four.

Des expériences faites sur des débris divers d'animaux ont montré qu'il faudrait environ une heure et demie pour incinérer un corps humain.

La durée de ropération pourrait être réduite sensiblement en insufflant au bout d'un quart d'heure de l'oxygène pur ou de l'air oxygéné.

1111. Appareil G-orlni. — Cet appareil comporte un gazogène au bois dont les gaz se mélangent à l'air chaud sortant d'un récupérateur; on peut arriver à obtenir une température de I 5oo' dans le four crématoire. Un spécimen de ce four a été installé au Père-Lachaise, mais les résultats obtenus ne sont pas très satisfaisants. La durée d'une opération peut dépasser deux heures et la dépense est assez considérable.

1112. Four Siemens de Dresde. — Ce four, installé à Gotha, se compose, comme l'appareil MûUer, d'une chambre (le combustion, d'un gazogène et d'un récupérateur. Au moyen de valves qu'on peut régler à volonté on rend la flamme oxydante ou réductrice selon les phases de l'opération. D'après M. Bartet, qui a visité l'installation de Gotha, il serait interdit d'atteindre la température de i 200**, pour éviter la vitrification des os. On se contenterait de chauffer à 800°. L'opération dure au moins une heure et demie.

1113. Appareil Bourry. — Ce four, installé à Zurich en 1889, ^st disposé de façon à dissimuler toutes les manipulations et les diverses parties de l'appareil crématoire. Le gazogène et le récupérateur sont établis en sous-sol; le four et la cheminée sont dissimulés sous des revêtements en pierre omée de sculptures. La combustion s'eff'ectue dans un creuset dont la sole est formée de plaques ondulées en porcelaine. La manœuvre de la porte d'entrée du four se fait du sous-sol ainsi que l'introduction du cercueil dans l'appareil.

Lorsque l'incinération est complète, un balai en amiante, mû par le mécanisme qui sert à introduire le corps, pousse les cendres vers le fond du four, où elles tombent dans l'urne funéraire.

M. Bourry estime que la durée de l'opération peut être d'environ une heure et qu'il faut, pour une première opération, brûler de 200 à 3oo kilogr. de coke, dont les deux tiers servent au chauffage préalable du four. D'après des expériences faites par M. Chassaing, dans des cornues de la G® parisienne du gaz.

il faudrait une heure et demie environ pour obtenir des résullals analogues à ceux du four au bois du Père-Lachaise.

1 1 14. Four orâmatoire de MM. Greneste et Herstdier. — L'appareil (fig. t>3i] comprend quatre parties principales:

Fig. 63i.

i" Le four d'incinération proprement dit ;

3* Le gazogène où s'opère la distillation du combustible:

3° L'appareil récupérateur de chaleur;

4* La cheminée d'évacuation des produits de la combusiion. • Fottr d'incinération. — Le four, installé au rez-de-chaiissft'. est constitué par un massif en maçonnerie affectant à l'inlfrieiir la forme d'un four à réverbère et dans lequel est disposée une cornue C en terre réfractaire. Le cercueil, contenant le corps à incinérer, est placé dans la cornue dont les parois » trouvent portées à une très haute température par la com

bustion, dans le four à réverbère, d'un mélange de gaz provenant du gazogène et d'air chauffé sortant du récupérateur. Le gaz afflue dans le four par les orifices gg^ et Tair chaud par les orifices recouverts en projection par ^g' (fig. 63 1).

Au-dessus de ces orifices, au point même où se produit Tinflammation du mélange, la cornue est protégée par une plaque de coup de feu en terre réfractaire.

L*incinération du corps placé dans la cornue est produite à la fois par l'effet de la très haute température des parois et par l'action de l'air chauffé introduit en abondance dans la cornue par un orifice 0 percé dans son fond. Cet air produit l'oxydation des gaz provenant de la distillation du corps et entraine en dissolution la vapeur d^eau dégagée en grande quantité par cette distillation ; le mélange ainsi obtenu s'échappe de la cornue par les orifices latéraux ee, et vient dans le réverbère, où il subit l'action d'une température élevée ainsi qu'un brassage énei^ique qui assure I oxydation des derniers éléments gazeux combustibles et la destruction de toutes les parties susceptibles de porter à l'extérieur une mauvaise odeur. On peut encore au besoin faire brûler des jets de gaz dans l'intérieur de la cornue. Le mélange des gaz brûlés parcourt les circuits du récupérateur qu'il échauffe, puis, après refroidissement, se rend à la cheminée d'évacuation.

A la base de cette cheminée est un foyer supplémentaire destiné à donner une sécurité plus grande à l'égard de la combustion complète des produits susceptibles de dégager une mauvaise odeur dans l'atmosphère.

La fermeture hermétique du four est obtenue à l'aide d'un châssis en fonte fixé à l'entrée de la cornue et dans lequel coulisse un obturateur réfractaire muni d'un joint en corde d'amiante.

La porte étant descendue devant l'orifice de la cornue, on la serre contre cet orifice au moyen d'une traverse et d'une vis de pression. Pour éviter que le four ne développe aucune chaleur gênante dans la salle où il est placé, on a établi, tout autour du massif qui le renferme, une double enveloppe; et, dans le vide de cette enveloppe, on fait circuler de l'air frais, ce qui peut être réalisé facilement en utilisant l'appel de la cheminée.

Lorsqu'on veut incinérer un corps, on porte le four àlalempérature convenable, puis on arrête l'arrivée de l'air et du gaz; on ouvre la porte du four, on introduit le cercueil à l'aide d'un chariot spécial. On éloigne ensuite le chariot ; on referme le four; on fait arriver l'air chaud et ensuite le gaz.

Lorsque l'incinération est achevée, on retire les cendres qui se trouvent dans une toile d'amiante dans laquelle on avait enveloppé le corps.

Gazogène. — Le gazogène est établi dans le sous-sol ; il a la forme des appareils de même genre usités en métallurgie (sm, tome I). Les gaz sortant du gazogène s'élèvent jusqu'au four à réverbère par un conduit pourvu d'un registre qui permet de régler leur passage.

, Récupérateur. — Le récupérateur est semblable à ceux que nous avons décrits dans le chauffage des gaz (loss). Il est composé d'un système de poteries en terre réfractaire, constituant des conduits séparés pour la fumée et l'air à chauffer, de manière que ces fluides ne puissent se mélanger.

Dans l'appaml représenté (fig. 63i)la fumée s'échappe du réverbère par les conduits FF, parcourt successivement les circuits horizontaux du récupérateur et descend dans le carneau qui la conduit à la cheminée. L'air arrive sous la base du récupérateur, s'élève dans les divers conduits verticaux où il s'échauffe, puis il se rend en partie dans la cornue, en partie dans le four à réverbère, où il se mélange avec les gaz du gazogène dont il produit l'inflammation et la combustion. . Cheminée, — Elle peut être construite comme une cheminée d'usine ordinaire (t. V% 46i et suiv.); mais l'utilité qu'il peut y avoir à ventiler le sous-sol et à faire passer un courant d'air frais dans la double enveloppe du four d'incinération peut conduire à adopter une cheminée placée dans l'axe d'une gaine de ventilation.

La cheminée de fumée est pourvue à sa base d'un foyer spécial destiné à brûler et à détruire les parties odorantes qui auraient pu échapper à la combustion dans le four. On remplace parfois le foyer par une autre disposition plus compii-

quée, mais qui offre une sécurité plus grande au point de vue de la suppression des odeurs. A cet effet on refroidit les gaz avant de les envoyer à la cheminée et on les oblige à passer au travers d'une masse de coke imprégné d'un liquide, comme le sulfate de nitrosyle, susceptible d'absorber les produits ammoniacaux dont la décomposition est difficile et qui, en s'échappant au dehors, y dégagent une mauvaise odeur. Un ventilateur, placé à la suite de l'appareil refroidisseur, produit l'aspiration nécessaire à la circulation des gaz et les refoule dans l'épurateur à coke d'où ils passent dans la cheminée.

On peut, en pratique, supprimer la cornue dans laquelle se place le corps à incinérer. Dans ce cas, le cercueil est placé directement sur la sole du four à réverbère.

1115. Le four crématoire que l'administration de la ville de Paris a fait construire au cimetière du Père-Lachaise est tout à fait analogue au four Geneste et Herscher, mais il ne comporte pas de cornue. Lorsque l'incinération est terminée, les cendres restent sur la sole du four. Pour les enlever, on balaye la sole au moyen d'un racloir garni d'un carton d'amiante, qui en épouse exactement la forme et se trouve porté par l'extrémité des bras du chariot servant à introduire les cercueils, dans la chambre de combustion.

Les cendres recueillies sont versées dans une urne fournie par les familles. Lorsqu'elle doit être déposée dans une sépulture particulière, les dimensions et la forme de cette urne ne sont déterminées par aucun règlement. Au contraire, si les cendres doivent être déposées dans un columbarium de la ville de Paris, l'urne doit avoir les dimensions suivantes :

Largeur o^jsS, longueur o,4B et hauteur o",28.

Une opération d'incinération au Père-Lachaise dure environ <lc i**,!© à i'*,2o minutes. Le poids des cendres recueillies après la crémation d'un corps humain pesant 5o kilogr. est, en moyenne, de 3 kilogr.

1116. Appareil Gulchard. — Il se compose essentiellement, d'après M. Salomon, d'une cornue à gaz terminée par une cheminée verticale à double retour de flamme. Dans les

parois de la cornue sont ménagées des ouvertures laissant accès à quinze forts chalumeaux à air comprimé et à gaz, disposés de façon à répartir uniformément leur action sur la partie centrale, dans laquelle est placé le cadavre. Les chalumeaux communiquent avôc des serpentins placés à Tintérieur de la cheminée de façon à recevoir des gaz chauffés au moyen de la chaleur perdue. Leur flamme peut être rendue à volonté plus ou moins oxydante, selon les phases de l'opération, par une simple manœuvre de robinets. Les chalumeaux ont l'inconvénient de troubler, par leur bruit intense, le silence qui convient en pareille circonstance.

D'après M. Guichard, il faudrait 35 minutes pour la combustion complète d'un corps de 70 kilogr. ; on brûle 120 mètres cubes de gaz à i5 centimes et on fournit 35o mètres cubes d'air comprimé dont le prix de revient est de i5 francs. La dépense totale s'élèverait à 33 francs par opération.

1117. Chauffage des solides par la vapeur surchauffée.

— On se sert quelquefois, pour le chauffage des solides, de vapeur soit saturée, soit surchauffée On place alors généralement les corps à chauffer dans un vase oscillant autour de deux tourillons creux ; par l'un d'eux s'introduit la vapeur et par l'autre s'échappe l'eau condensée ; pour retirer les corps on renverse le vase oscillant. Il est important, pour que le chauffage se fasse bien, que l'air soit complètement chassé par le courant de vapeur.

Quand on connaît le poids du solide P, sa chaleur spécifique c et la température / à laquelle il faut l'élever, la quantité de vapeur nécessaire pour une opération méthodique peut être calculée par la formule

Q étant le poids de vapeur à condenser.

Ceci suppose que l'eau condensée s'écoule à loo*. Si elle sortait à 1 5o**, il faudrait mettre au dénominateur 5oo seulement; si elle sortait à o®, on prendrait 640 ; en un mot on prend pour déno-

minateur la chaleur latente à la température de Teau qui sort.

Une autre disposition plus simple consiste à placer dans un chaudron en fonte ou en tôle, qu'on remplit d'eau jusqu'à un certain niveau, un vase ou un tonneau dont le fond percé de trous s'élève un peu au-dessus de l'eau. On remplit ce tonneau des objets que l'on veut chauffer par la vapeur qui se dégage quand on chauffe.

On peut mettre successivement plusieurs vases sur la môme eau qu'on n'échauffe qu'une fois pour une série d'opérations. On économise ainsi la dépense de combustible nécessaire pour chauffer l'eau à loo®.

1118. Distillation des schistes par la vapeur. — On emploie de grands vases en fonte fermés à leur partie supérieure par un obturateur. Les joints sont faits avec des anneaux en fil de fer.

Au commencement du chauffage, il y a condensation complète de la' vapeur jusqu'à ce que le schiste ait acquis la température de loo*'.

La température s'élève ensuite graduellement à 290 et 3oo®, mais alors la vapeur ne se condense plus et il y a une perte de chaleur considérable. Supposons, en effet, qu'on ait seulement à porter le schiste de 280 à 290''. La capacité calorifique de ce corps étant environ 0,20, pour élever de 10** la température de lokilogr. de schistes, il faudra fournir.

(290 — 280) I o X 0,20 = 20 calories.

Chaque kilogr. de vapeur surchauffée à 3oo® se refroidit en moyenne de i5"; il ne fournit que 0,48 X i5 = 7"^,2 et pour le former il a fallu :

Page 1