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EXTRACTIONS DANS LES CHAUDIÈRES MARINES

882. Pour empêcher les dépôts dans les chaudières marines, ou du moins pour les rendre moins nuisibles, on s'est pendant longtemps servi exclusivement d'un procédé dit des extractions^ qui consistait à rejeter régulièrement à la mer une certaine quantité d'eau de la chaudière et à la remplacer par de Teau nouvelle atin d'empêcher le degré de saturation de dépasser une certaine limite.

Nous avons vu (859) que le sulfate de chaux constitue à peu près la totalité des dépôts dans les chaudières marines. Or le sulfate de chaux, qui entre pour o,ooi dans la composition de Teau de mer ordinaire, ne commence à se précipiter, vers 120% que lorsque le degré de concentration atteint 0,002. 11 résulte de cette propriété que si Ton introduit 2 kilogrammes d'eau de mer pour l'alimentation, et qu'on en vaporise seulement la moitié, soit I kilogramme, en rejetant l'autre kilogranune à la mer, la proportion de sulfate de chaux dans la chaudière ne pourra dépasser 0,002, et théoriquement la précipitation ne se fera pas.

En fait, dans une chaudière, le degré de concentration ne saurait être uniforme; dans certaines parties, il peut dépasser le point de saturation et rester au-dessous dans d'autres. Il se forme donc toujours des dépôts, mais par les extractions on en réduit considérablement l'importance.

L'opportunité des extractions se reconnaît au moyen des pèsesels ou aréomètres qui, plongés dans l'eau puisée à la chaudière, indiquent le degré de concentration.

Pour que les extractions soient efficaces il ne faut pas que la température de l'eau dépasse i3o^, le sulfate de chaux devenant rapidement insoluble aux températures plus élevées. C'est une des raisons pour lesquelles pendant longtemps, dans les chaudières marines, la pression de la vapeur fut limitée à S''^ L'emploi des condenseurs à surface a permis d'aller au delà et d'atteindre les pressions élevées auxquelles la vapeur est aujourd'hui utilisée.

Les extractions entraînent une perte de chaleur assez notable. Sur deux litres d'eau introduits dans la chaudière on en rejette un à la mer. La température étant de i3o'', on voit que la chaleur dépensée est pour le kilogramme d'eau vaporisée 640 calories, pour le kilogramme jeté à la mer i3o calories; soit en totalité 770 calories, sur lesquelles i3o sont perdues. Le rap-

port — indique que la perte atteint presque 17 p. 100.

Dans les chaudières fixes, on emploie aussi quelquefois les extractions, mais à de longs intervalles et pour se débarrasser par une vidange brusque des boues qui se sont accumulées au fond de la chaudière.

883. En résumé aucun procédé, excepté celui de l'emploi de l'eau pure, n'empêche complètement les dépôts et les incrustations, et au bout d'un certain temps de service, il en existe toujours une quantité appréciable sur les parois. Ces incrustations, quand elles se déposent dans certaines parties éloignées du feu, ou quand elles forment une couche peu épaisse, n'ont d'autre inconvénient que de diminuer la transmission de la chaleur; mais quand elles se trouvent accumulées sur des tôles rapprochées du foyer et fortement chauffées, elles créent de sérieux dangers, car elles peuvent déterminer la brûlure, puis la rupture du métal et par suite l'explosion de la chaudière.

Il est de la plus haute importance dé faire assez fréquemment visiter l'intérieur des générateurs et d'enlever en temps utile les incrustations qui ont pu se former. On conçoit d'après cela la supériorité des systèmes de chaudières qui permettent d'effectuer facilement cette visite et ce nettoyage.

884. Pour enlever les incrustations adhérentes, un ouvrier pénètre à l'intérieur et, au moyen d'un marteau spécial, pique la chaudière à coups répétés qui détachent en éclats la couche d'incrustations. C'est un travail long et pénible, qui ne doit être confié qu'à un ouvrier très soigneux; il est surtout important de s'assurer que les parties exposées au feu ont été bien nettoyées, ainsi que les cuissards de communication et les tubes d'alimentation.

Pour les chaudières dans lesquelles on ne peut pénétrer, comme c'est le cas de la plupart des chaudières tubulaires, on réserve sur les parois, partout où c'est possible, des trous de bras ou trous de sels qui permettent d'enlever partiellement les incrustations avec des outils appropriés, tels que des grattoirs et des ciseaux.

Il est rarement possible de nettoyer complètement les faisceaux de tubes fixes et, sous ce rapport, les chaudières à vaporisateur amovible, qui permettent de mettre tous les tubes à découvert, sont bien préférables.

Pour enlever les incrustations qui ont pu se déposer à Tintérieur des tubes de petit diamètre composant les faisceaux tabulaires des chaudières à vaporisation rapide, on démonte les tampons placés aux extrémités des éléments et on introduit dans les tubes un grattoir généralement formé d'une fourche à branches flexibles terminées par une partie coupante.

886. Il arrive que, par suite de négligences ou de difficultés de nettoyage, certaines chaudières, notamment celles des types tubulaires, sont recouvertes d'incrustations si épaisses qu'il n'est plus possible de les enlever à l'aide des outils ordinaires; on peut alors considérer la chaudière .comme perdue.

Dans ces cas désespérés on a essayé de détacher les incrustations en faisant, dans le foyer de la chaudière vide d'eau, un feu flambant de bois et de copeaux. Les parois et les tubes chauffés brusquement se dilatent plus vite que les incrustations qui les recouvrent, et celles-ci peuvent alors se détacher et tomber en éclats.

C'est un moyen qu'on ne peut essayer qu'à la dernière extrémité et qui, dans tous les cas, entraine pour la chaudière d'importantes réparations.

Un autre moyen du même genre consiste à faire bouillir dans la chaudière de l'eau renfermant de l'acide chlorhydrique; l'acide attaque et désagrège les incrustations, mais il attaque en même temps le métal, et il faut avoir soin de laver l'intérieur de la chaudière avec une solution de carbonate de soude afin de neutraliser l'acide resté libre. Toutefois, après un

nettoyage de ce genre, la chaudière ne peut être que profondément altérée.

886. Les générateurs de vapeur sont exposés, par suite des conditions particulières dans lesquelles ils fonctionnent, à des accidents assez souvent sans gravité, mais quelquefois désastreux, comme les explosions qui renversent les bâtiments et causent tous les ans les blessures et la mort d'un grand nombre de personnes.

Ces accidents sont la conséquence de défauts ou d'altérations qu'il aurait été presque toujours possible de découvrir en temps utile par une surveillance attentive et auxquels on aurait pu en général remédier. Les défauts proviennent de vices de construction; les altérations résultent soit d'un surchauffement du métal, soit de corrosions intérieures ou extérieures.

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