ABCÈS DE LA VÉSICULE DU FIEL
8 4. Applications pratiques du plessimétrisme de la vésicule biliaire,
975. 1° On a donné le nom absurde de rolique hépatique (ce qui étymologiquemment- signifie : maladie du côlon dans le foie) à des névralgies intercostales ‘irradiant vers l'estomac; 2° à diverses lésions des voies biliaires (cysticholasie, cysticholites), et surtout à des calculs biliaires (chololithies) ; 3° à des souffrances aiguës de l’estomac, du côlon, du rein droit, déterminant des irradiatons douloureuses dans les nerfs intercostaux, etc, Il faut le dire sans hésitation, la plupart des médecins qui ont établi comme diagnose lPexistence d’une colique hépatique, qui, pour eux, en général, n’était autre qu’une série d'accidents causés par des calculs biliaires, n’ont oublié qu’une chose, c’est de constater l’état dans lequel se trouvait chez leurs des la vésicule biliaire. 77 en est même qui ne se sont pas enquis du siége précis de cet organe, et su correspondait bien aux points où la douleur existait. Or, le plessimétrisme donne les moyens positifs de s'assurer si le mal existe, en effet, dans les voies biliaires.
576. 2° S'il arrive qu’une douleur très-vive ait lieu dans l’hypochondre gauche, accompagnée de vomissements répétés, de névralgie intercostale à droite, d’une teinte jaune des sclérotiques, avec ou sans fièvre, le devoir du médecin est de dessiner plessimétriquement le foie et la cystichole, et de s’assurer positivement si la douleur existe bien sur la vésicule, où encore profondément au-dessous d’elle et sur le lieu où sont placés les vaissceaux biliaires, En procédant ainsi, on trouve quelquefois que la souffrance est exclusivement bornée à un espace qui circonserit la forme de la cysticholé. Pour établir encore que la vésicule est enflammée (cysticholite), le premier soin est de constater que les phénomènes phlegmasiques sont exclusivement HITS à l’espace où l’on a dessiné le réservoir biliaire.
577. 3° Lorsqu'une cysticholite se termine par suppuration, 1l arrive que la circonférence douloureuse de la vésicule du fiel augmente, et qu’un liquide très-épais, très-dense s’y accumule, or c’est par le dessin plessimétrique que lon suit d’un jour à l’autre Paugmentation des diamètres de cet organe, et c’est par un son et un tact hyperhydriques que l’on constate la présence, dans la cystichole, du fluide dont il s’agit. De là l'indication ou la convenance de pratiquer la cautérisalion, une ponction ou même une
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incision (alors que l’on est en droit de croire à des adhérences entre le fond de la vésicule et les parois abdominales). Le fait suivant suffira pour convaincre les plus incrédules de lPutilité, dans de semblables cas, de l’organagraphisme plessimétrique.
« MM. les docteurs Rousseau, Fatout et moi avons observé un fait remarquable sous plusieurs rapports, et dont il est utile de tracer une rapide analyse. A la suite d'accidents d’hépathie mal déterminés, une douleur vive se manifesta chez une femme de quarante ans, au-dessous du foie et sur le lieu où siége d'ordinaire la vésicule du fiel. Le plessimétrisme permit de dessiner sur ce point un espace mat débordant le rebord du foie, et dont le pourtour présentait à la percussion et à la palpation une dureté assez marquée. Au centre de cet espace, la percussion médiate donnait les caractères propres aux liquides, ét le toucher faisait sentir une fluctuation obscure. IT était évident qu'un abcès existait sur ce point; l'induration de sa circonférence devait faire admettre l'existence d’adhérences : celles-ci devenaient encore plus probables quand on remarquait que la tumeur conservait les mêmes rapports avec les parois, quels que fussent les changements de position du corps et quels que fussent aussi les mouvements d'inspiration ou d'expiration. En effet, dans les cas où la vésicule dilatée est libre de toute adhérence, elle suit le foie et elle s'abaisse dans les mouvements d'inspiration, pour s'élever lorsque l'expiration s’accomplit. Avant de se decider à une opération, on voulut savoir dans quels rapports les intestins étaient avec la tumeur, et l’on reconnut par le plessimétrisme qu'un son ftympanique, dû à la présence du tube digestif, se trouvait à l’entour (si ce n’est du côté du foie). En appliquant le plessimètre sur le centre de la matité, il fallait déprimer très-profondément (à un pouce et demi, par exemple) avec la plaque d'ivoire, pour qu'on trouvât de la sonorité. Aïnsi quelque portion de l’angibrôme, remplie de gaz, était située derrière la tumeur ; mais c'était très-profondément qu'elle était placée, et il n'y avait, sous ce rapport, aucun risque à pratiquer une ponction. D'ailleurs, on mit en usage un moyen très-propre à éviter toute pénétration dans l'intestin : /es mains de deux d’entre nous entourèrent et pressèrent lu tumeur, de facon à la rendre plus profonde d'avant en arrière et à éloigner ainsi l'intestin des parois. Un trois quarts fut alors plongé au centre du point mat; il donna issue à une grande quantité de pus; une mèche d’éponge préparée remplaça la canule, et ce fut par l'ouverture fort large qu’elle produisit, que s'échappèrent, quelques jours après, plusieurs calculs biliaires volumineux. Leur sortie fut suivie d’une prompte guérison. » (Gazette des hôpitaux, 5 janvier 1840.)
518. 4° À l’entour des points où l’on trouve le son et le tact hydriques très-prononcés en rapport avec la présence du pus, on rencontre parfois dans une largeur variable une circonférence qui donne au doigt et à l'oreille des sensations tactiles et acoustiques plus ou moins sclérosiques du même genre que celles qui ont été observées par Petit le père, et dans lesquelles la palpation a fait constater des engorgements plus ou moins durs autour de l’abcès contenu dans la vésicule.
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579. 5° Quand il s’agit d’une induration où d’une pyoïte existant à côté de la vésicule, le plessimétrisme peut permettre de dessiner deux choses : d’une part la vésicule du fiel reconnaissable à sa forme et à son siége, et de autre Pabcès situé auprès d’elle, et qui est entouré par un tissu induré.
580. 6° L’appréciation plessimétrique du développement de la cystichole par l’accumulation de la bile, est d’une utilité extrême ; c’estelle qui conduit à démontrer qu’il existe dans le conduit cholédoque quelque obstacle mécanique (sténosies de diverses natures, concrétions plastiques ou calculs bihaires, chololithes, etc.) ; qui n'empêchant en rien l’abord de la bile dans la vésicule par le canal cystique, s’oppose à son évacuation et détermine de cette façon la dilatation du réservoir biliaire et même celle des conduits hépatiques, de leurs branches et de leurs radicules. Une douleur existant profondément au-dessous et à gauche de la figure de la cyslichole dilatée porte à faire admettre, lorsque le mal est aigu, qu'il s’agit dans des cas semblables d’un cholédocite.
581. 7° Au lieu de tant parler théorie dans les maladies dites bileuses, le premier soin aurait dû être de constater plessimétriquement si, dans des cas d’affections réputées telles, le foie est volumineux et si la vésicule est distendue. Or, c’est ce que l’on n’a pas pu faire alors que l’on a négligé d'apprendre à convenablement percuter la cystichole saine ou malade.
582. 8° On croit généralement que les vomissements abondants de matières bilieuses sont dus à une diathèse en rapport avec la présence de la bile dans le sang; et pourtant il suffit de percuter la cystichole chez un très-grand nombre de personnes pour voir qu'habituellement elle est pleine d’une proportion telle de fluide biliaire que sous linfluence de la compression brusque qu'ils causent, les vomissements font verser par la vésicule le liquide qu’elle contient dans le duodénum. On sait que de là elle remonte dans l’estomac et est rejetée au dehors. Or, si ce dernier viscère renferme beaucoup d’eau, de salive, ete., ces liquides se colorent en vert par une bile qu’a concentrée l’absorption,'de sorte que des observateurs légers croient que des flots de matières bilieuses ont été alors rendus. Vient-on après ces vomissements à percuter la vésicule, on la trouve souvent beaucoup moins développée que précédemment et parfois elle est alors presque vide. Il résulte de ce fait constaté par le plessimétrisme que les évacuations de bile par en haut à la suite des efforts exécutés par le diaphragme ne
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sont pas une preuve de l'existence d’une diathèse, ou d’une ma- Jladie dite bilieuse.
583. 9° Les opinions que l’on se forme en général sur la cholémie, sur ses causes, sur l’ictère grave, sont loin d’être toujours fondées sur des faits positifs et elles ne reposent fréquemment que sur des phénomènes symptomatiques, sur des historiettes qui ne font qu'obscurcir les questions. Quelques centaines, peut-être quelques milliers de cas d’ictère dans lesquels j’ai dessiné le foie, m'ont fait trouver que dans la jaunisse le volume de ce viscère était augmenté et m'ont conduit à constater que la vésicule était aussi très-distendue ; comme en même temps, il existait le plus souvent des douleurs sur le trajet du canal cholédoque, 1l était évident qu’un obstacle mécanique situé dans ce canal avait causé la rétention de la bile et par suite sa résorption dans les acinies hépatiques.
584. 10° Que de fois n’ai-je pas vu rapporter à une cause morale, à la peur, à la colère, l’invasion rapide d’un ictère, tandis que le malade avait éprouvé à la même époque où ces passions s’étaient manifestées, des phénomènes aigus en rapport avec une gastrentérie et que le plessimétrisme démontrait l'existence d’une cysticholasie et d’une hépatomégalie considérable.
585. 11° Dans les cas attribués à l’ictère grave dont j'ai été le témoin, le foie mesuré par le plessimétrisme, était hypertrophié, la vésicule parfois était distendue par de la bile, les acinies hépatiques et leurs vaisseaux extérieurs se trouvaient altérés et les plaques de Peyer ulcérées. On avait reconnu pendant la vie, et évidemment par la médio-percussion, Vexistence de lésions angicholiques qui avaient donné lieu à la rétention de la bile écoulée dans les glandules hépatiques non excrétées par les conduits du même nom; de là était résultée la cholémie.
386. 12° Combien ne serait-il pas important de faire des recherches du même genre dans la fièvre jaune ou peste d’occident (dysiloïémie ).
587. 13° Le petit volume du foie et de la vésicule biliaire dans le choléra ou peste de l’Inde (indoloïémie) sont des caractères diagnosiques fort importants dans la diagnose de cette déplorable affection. |
988. 44° Comment soupçonnerait-on la présence d’un obstacle mécanique existant exclusivement dans l’une des grosses branches du conduit hépatique, si ce n’était par la constatation de l’ac-
PLESSIMÉTRISME DE LA CYSTICHOLE; APPLICATIONS. . 219 croissement du volume de la partie du foie qui y correspond, en même temps qu’existent les symptômes d’une cholémie ?
989. 15° De ce que l’on parvient au moyen du plessimétrisme à découvrir d’une manière certaine chez un malade atteint d’ictère le siége d’une vésicule biliaire distendue par la bile, on en est arrivé à pouvoir presser avec la main ou avec un bandage sur le fond de celle-ci, en même temps que l’on fait exécuter des efforts de vomissement et à vider ainsi la cystichole du liquide qu’elle contient, Il est facile de s'assurer de ce. fait en limitant par l’organographisme le fond de la vésicule avant et après les pressions exercées sur lui. A la clinique j'ai renouvelé cette pratique un très-grand nombre de fois et avec le même succès et quand on obtient ce désirable résultat, presque toujours les jours suivants des selles bilieuses surviennent et l’ictère se dissipe rapidement. De telles considérations sont applicables au thérapisme des calculs biliaires contenus dans la cystichole.
590. 16° Lorsqu'il existe un ictère et que le fond de la vésicule étant très-distendu, ainsi que le prouve le dessin plessimétrique, et qu’en même temps le foie est volumineux, il est à peu près certain que la cause organique de cette hépatomégalie doive être rapportée à quelque obstacle mécanique dans le conduit cholédoque , lequel a été suivi d’une stase de la bile dans ses vaisseaux et dans des acinies, qui continuent à sécréter et deviennent alors le siége de troubles circulaires dits hépathémie et hépatiles. |
591. 17° Lorsque le foie, par l'effet de quelque lésion dans des acinies est devenu impropre à sécréter la bile, la vésicule est vide ou à peu près vide, et c’est au plessimétrisme que la constatation de tels faits est due ; or, lorsque le même moyen démontre en même temps que le foie est très-volumineux, 1l y a lieu de croire chez un pneumo-phymique, à l'existence de la dégénérescence graisseuse ou tuberculeuse de cet organe ; tandis que chez des gens hydropiques il y a tout lieu de penser qu'il s'agit d'une cyrrhose. Cette considération est de la plus grande importance comme diagnose de ces terribles affections.
592. Les applications précédentes du plessimétrisme à la diagnose des états matériels de la vésicule du fiel, et au traitement auquel elles conduisent, sont loin d’être les seules qui se présentent à l'esprit; mais elles suffisent pour faire voir que sans la connaissance de cette méthode, il est à peu près impossible de se
faire une idée de la pathogénie, de la diagnose et du thérapisme des maladies des organes et des maladies biliaires,