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CHAPITRE XX

1546. Parmi les moyens propres à faire reconnaître certains itats matériels de la vessie, le plessimétrisme est pratiquement l’un des plus utiles.

1547. On objectera peut-être : que la en annonçant que la vessie forme une tumeur au-dessus du pubis, que le défaut d’écoulement d'urine apprenant qu’un obstacle existe à son excrétion, que le cathétérisme, précisant la nature de cet obstacle, sont des

modes d'investigation qui pourraient rendre inutile emploi du plessimétrisme.

1548. Mais l’expérience n’a-t-elle pas appris que la palpation est très-souvent impraticable, et que cela à lieu quand le ventre est distendu par des intestins remplis de gaz, ou quand il est très-douloureux ? C’est ainsi que, dans un très-grand nombre de cas, la vessie était paralysée et contenait, chez des personnes avancées en âge, d'énormes quantités de fluide, et que cependant la main ne pouvait rencontrer la tumeur vésicale. Le palper ne donne encore aucun résultat chez les sujets très-gras, chez ceux dont les téguments sont doublés par un tissu céllulaire infiltré, ou encore, lorsque la poche urinaire, tout en contenant beaucoup de liquide, est molle et peu tendue, comme cela a lieu dans les anciennes paralysies de cet organe.

1549. Le défaut d'écoulement d'urine est facilement appréciable chez un homme qui jouit de la plénitude de sa raison, et quirend un compte exact de ce qu’il éprouve ; mais chez les vieillards qui n’ont point cultivé leur esprit, la faiblesse de l'intelligence est telle, qu’on ne peut quelquefois obtenir d’eux le moindre renseignement. On leur demande s’ils urinent facilement, ils répondent par l’affirmative, et cependant c’est par regorgement que s’écoule une très-petite quantité de liquide. Dans le délire, et à tous les âges, le médecin est souvent privé des circonstances commémoratives, et les assistants croient souvent que les malades dont la vessie est paralysée, ont évacué l’urine comme à l’ordinaire, parce que les draps ont été tachés par quelques gouttes de ce liquide.

1350. Enfin, quant au cathétérisme, on ne l’emploie d’abord que quand on pense que la vessie peut contenir de l’urine, et on est loin de soupçonner ce fait dans bien des cas où il serait urgent d’évacuer ce liquide : sonder est ensuite une opération douloureuse, à laquelle les malades ou les assistants se refusent quelquefois, et que beaucoup de médecins pratiquent fort mal; d’ailleurs, dans les maladies internes, le cathétérisme, à cause de l’irritation qu’il détermine, doit n’être le plus souvent employé que comme moyen de traitement, puisqu'on possède des méthodes de diagnose moins pénibles.

& 1. Notions anatomiques relatives au plessimétrisme de la vessie.

4551. Dans l’état normal, la vessie de l’adulte lorsqu'elle est vide, est logée dans l’excavation du bassin et derrière la symphyse

pubienne, Il n’en est pas ainsi chez le fœtus et chez l'enfant ; les pubis étant chez eux peu développés, elle est située au-dessus du rebord du bassin, et s’enfonce d’autant plus dans cette cavité, que l'individu approche davantage de l’âge adulte. Chez celui-ci, une assez grande proportion d'urine peut encore être contenue dans la vessie sans qu’elle s'élève au-dessus du pubis. Cette crconstance doit être notée sous le rapport de la percussion médiate. 1552. Lorsque l’accumulation de ce liquide devient considérable, l'organe s'élève plus ou moins vers l’ombilic, en inclinant son fond plutôt à gauche qu’à droite. Les intestins grêles en haut, - VS iliaque du côlon à gauche, le cœcum à droite, viscères creux contenant ordinairement des gaz, circonserivent la vessie. La cavité de ce réservoir est entourée par une paroi mince, ef remplie par un liquide dont la densité est à peu près celle de l’eau.

| pop

Vessie distendue par l'urine &—

(Figure 71.)

Vessie médiocrement gonflée par l'urine.

Dans des cas d’extrême‘distension vésicale on conçoit que des ansés intestinales soient situées en haut et sur les côtés entre les parois abdominales et la cysture. Une chose importante à noter c'est que de quelque manière que la vessie soit dilatée, elle ne se développe jamais vers la partie postérieure du bassin; de telle sorte que c’est toujours vers la région antérieure de l’abdomen qu’il faut rechercher cet organe; disposition favorable d’ailleurs et qui rend plus facile l’examen plessimétrique de l’utérus. Le rectum, renfermant souvent des fèces, est situé derrière la cysture; la matrice, quelquefois distendue par le produit de la conception, correspond postérieurement au réservoir de l’urine.

1553. La forme de la vessie, chez l'adulte, globuleuse en haut, | est un peu conoïde en bas; elle est allongée dans la direction verticale. Ses dimensions varient en raison de la quantité de liquide qui la distend. Elle est en général plus vaste chez la femme que chez l’homme.

1554. La densité de la vessie vide est à peu près la même que celle d’un intestin dans l’état de vacuité; mais elle ne contient pas de gaz.

1555. A l’état anormal la vessie peut-être le siége d’une foule de lésions. Meckel et d’autres anatomistes ont bien traité des vices de conformation qu’elle présente. L’accumulation de l’urine dans sa cavité portée plus loin que dans l’état normal, sa dilatation, son resserrement, l’augmentation d'épaisseur de ses parois, les tumeurs qui s’y développent, les corps étrangers qu’elle contient, les déplacements qu’elle peut éprouver, etc., sont autant de faits importants , mais que je me borne à indiquer.

8 2. Expériences plessimétriques pratiquées sur les cadavres et pendant la vie relatives à la diagnose de l’état de la vessie. (Percussion médiate, 1827.)

« Sur un grand nombre de sujets j'ai fait injecter dans la vessie une quantité d’eau variable. Le plessimétrisme donna lieu alors, sur ce viscère, à un son hydrique, plus mat encore que celui de l’hydropéritonie, et semblable au bruit qu’on observe dans les hydropisies enkystées. L’espace où l’on obtenait cette résonnance variait selon la quantité du liquide accumulé dans l'organe. Souvent il s'élevait à peine au-dessus du rebord pubien, et c'était lorsque la vessie contenait peu d’eau ; tandis qu’il s’étendait plus ou moins vers l’ombilic quand le réservoir urinaire en renfermait davantage. Le plus ordinairement le son mat existait dans une plus grande étendue à gauche qu’à droite. Une résonnance intestinale se trouvait presque toujours autour de l’espace où la vessie était reconnaissable par la matité à laquelle elle donnait lieu. Un son tympanique plus clair encore correspondait au point où le cœcum touchait au réservoir de l’urine. Suivant que les intestins grêles ou les gros intestins étaient où n'étaient pas interposés entre le fond de l’organe et les parois, la percussion, légèrement pratiquée sur ce point, fournissait une résonnance claire ou un son mat. Le bruit était toujours obscur quand le plessimètre était fortement appuyé, parce qu’alors les intestins étaient déprimés,

et que l'instrument n’était séparé de la vessie que par des corps solides.

« Chez un assez grand nombre de sujets, les points où les intestins et la vessie se touchaïent faisaient entendre soit au-dessus, soit à gauche, soit à droite du réservoir de urine, la résonnance hydraérique.

« Dans tous les cas, l’espace où le son mat de la vessie était obtenu n’occupait pas toute la partie inférieure de l'abdomen. On. rencontrait en effet, à droite et à gauche, et dans les régions cœcale et iliaque, un son gazique très-manifeste. Sur la ligne médiane, au contraire, et à une hauteur bien plus grande, se trouvait un bruit obscur, résultat de la présence de la vessie pleine d'urine. |

« Si l’on évacuait le liquide avec la sonde, et si l’on percutait à plusieurs reprises pendant cette évacuation, on trouvait que successivement le bruit hydraérique disparaissait, que l’espace où se trouvait le son mat diminuait de largeur, puis s’abaissait, et qu’il arrivait un moment où l’on ne pouvait le découvrir au-dessus de la symphyse pubienne. |

« Injectant successivement dans la vessie des quantités d’eau de plus en plus considérables, et percutant à plusieurs reprises, j'obüns des résultats analogues aux précédents, mais dans une progression croissante.

«J'avais d’abord cru que la percussion de lasymphyse pubienne pourrait apprendre si la vessie contenait de petites quantités d’urine ; mais l’observation a bientôt détruit cet espoir. Je n’ai jamais pu bien distinguer, par la ciarté ou l’obscurité du bruit obtenu sur ce point, si la vessie était pleine ou vide (1). Peut-être qu’en faisant pencher le sujet en avant, pour rapprocher de la symphyse la vessie médiocrement distendue, et qu’en percutant alors sur cet espace, on obtiendrait un son mat. Peut-être aussi qu’en faisant ensuite placer le malade sur le dos, et qu’en explorant de nouveau le pubis à l’aide du plessimètre, on pourrait donner lieu à une résonnance remarquable et très-distincte de la.

(1) Depuis ces recherches, qui datent de 1827, je suis arrivé à des résultats” beaucoup plus affirmatifs sur ce sujet. Percutant assez fortement sur la symphyse, j'ai pu facilement constater avant la miction un son hydrique qui disparaissait après qu’elle avait eu lieu. Il y a tout lieu de penser qu’à l'époque où j'écrivais les lignes qui précèdent je ne percutais pas assez profondément le pubis pour constater la présence du liquide urinaire dans son réservoir.

EXPÉRIENCES PLESSIMÉTRIQUES SUR LA VESSIE. 637 matité précédente. Mais les faits que je possède ne sont pas assez nombreux pour éclaircir cette question.

Il fallait que soixante grammes d’eau fussent contenues dans le réservoir de l’urine, pour que le plessimètre pût les reconnaitre. Dans ce cas même, cela n’était possible qu’en comprimant le basventre avec l’instrument, et en rapprochant beaucoup celui-ci de l’excavation du bassin (1).

« Des recherches du même genre ont été ment tentées sur l’homme sain ou malade, et elles ont conduit à des résultats analogues.

« Le matin, au réveil, quand dans la nuit on n’avait pas uriné, l’espace correspondant à la vessie donnait un son mat qui devenait clair dès qu’on avait expulsé l’urine. Très-souvent le bruit hydraérique se trouvait sur le point oùla vessie et les intestins se touchaient, bien que ce bruit ne fût pas constant. L’application légère du plessimètre sur l’hypogastre y faisait trouver le son intestinal ; mais si elle était plus forte, on obtenait un son mat propre à l’hydropisie enkystée. Tantôt il fallait un peu déprimer les parois abdominales pour arriver à l’espace où l’on obtenait le son mat; d’autres fois il était à peine nécessaire d'exécuter une pression légère. Cette maüté, quelle que fût la position du malade, ne changeait pas de place, lorsque le sujet était couché sur l’un ou sur l’autre côté. Inférieurement et latéralement à l’espace où ce bruit obscur était obtenu, on observait des nuances variées de son gazique. Le cathétérisme pratiqué sur le vivant a aussi donné lieu, sous le rapport de la percussion médiate de la vessie; aux mêmes résultats que sur le cadavre. |

« Un jeune homme dont le bassin était très-étroit, éprouvait depuis longtemps de fréquents besoins d’uriner. La palpation du bas-ventre n’y faisait reconnaître aucune saillié formée par la vessie, mais la percussion pratiquée sur le plessimètre, qui déprimait avec une certaine force la région vésicale, y trouva, dans la hauteur de quarante millimètres carrés au-dessus du pubis, un son mat. Cetespace était circonserit à droite, à gauche et en haut, par des nuances variées de son gazique ; sur les points où la réunion de ces bruits divers et de la matité avait lieu, on trouvait la. résonnance hydraérique. Le malade fut percuté plusieurs fois de

(1) Il est utile, en déprimant ainsi les parois, d'incliner le plessimètre de manière à percuter dans le sens de l’axe du petit bassin,

suite, les résultats furent toujours les mêmes. J’introduisis alors une sonde dans la vessie. Six onces d’urine s’écoulèrent, le son mat et le bruit hydraérique disparurent complétement. Toute la région vésicale donna lieu alors au bruit intestinal.

« Tarral a observé des faits du même genre, bien qu’il n'ait jamais saisi le bruit hydraérique sur les points de contact de la vessie et des intestins. |

«M. Bally a bien voulu me communiquer verbalement un fait pareil, et dans lequel le plessimètre servit à faire reconnaitre qu'une grande quantité d'urine était contenue dans la vessie : il

ne m'a pas dit avoir observé non plus, dans ce cas, le bruit hydraérique.

S 3. Corollaire des faits précédents.

1° Lorsque la vessie est distendue par une quantité notable d'urine, la percussion médiate peut faire reconnaître la situation, la dimension et l’état de plénitude de Porgane.

2° Un son hydrique correspond à la vessie distendue par beaucoup de liquide.

3° Un bruit hydraérique s’entend, dans certains cas, à laide de la percussion du plessimètre, sur la circonférence de lorgane et sur les points où les intestins touchent à la vessie.

4° La hauteur à laquelle s’élève l’espace où lon entend le son mal, ainsi que la largeur de cet espace, font juger de la dimension du réservoir de l’urine.

5° Il est facile de distinguer la vessie pleine de fluide d’un épanchement liquide contenu dans le péritoine : le son très-mat. résultant de la percussion de ce viscère s’obtient en effet dans le même heu, quelle que soit la position du sujet. Or, c’est le conraire de ce qui arrive relativement à la matité de l’hydro-péritonie, matité qui, d’ailleurs, change de siége en raison des posi-. tions variées du sujet.

6° Les résultats plessimétriques que fournit la vessie très-distendue sont les mêmes que ceux donnés par une hydropisie enkystée. L’évacuation spontanée ou artificielle de l’urine détruit tous les doutes que cette identité pourrait faire naître sur le véri: table caractère de la maladie.

1° On peut savoir, par la percussion médiate, si la vessie est séparée ou non des parois par des anses intestinales. Il est infi-

MANUEL DU PLESSIMÉTRISME DE LA VESSIE. 639 niment utile de tenir compte de ce fait lorsqu'il s’agit de pratiquer la taille par le haut appareil.

1556. Je ne possède aucun fait relatif à la médio-percussion, dans les cas où la vessie aurait été le siége de lésions organiques. Tout me porte à croire qu’un calcul dont le volume ou le siége seraient tels qu’il pourrait être accessible au plessimètre, fournirait un bruit plus mat et beaucoup plus sec (bruit et tact hyperostéiques) que ceux auxquels donne lieu la pereussion médiate des autres parties.

S 4. Règles à suivre pour pratiquer le plessimétrisme de la vessie, Lignes plessimétriques.

1557. Pour obtenir la délimitation de la vessie voici les règles de plessimétrisme qu’il faut suivre. On tracera préalablement à l'extérieur une ligne perpendiculaire à partir de lombilic jusqu’au pubis; on appliquera légèrement le plessimètre à la partie la plus élevée de cette ligne, on descendra ensuite successivement jusque vers le pubis; en percutant toujours, et dans le plus grand nombre des cas on trouvera sur toutes ces parties un tact et un son plus ou moins gaziques dus aux intestins. Mais si la vessie est très-distendue par l’urine, si elle a refoulé les viscères par en haut, alors le doigt éprouvera, sur les points qu’elle occupe, un léger degré de résistance et de matité. Plus on descendra vers le pubis, et plus ces derniers caractères plessimétriques seront évidents.

1558. On déprimera ensuite les parois abdominales avec le plessimètre, de manière à déplacer les intestins qui pourraient être placés entre ces parois et la circonférence de la vessie ; et cette dépression, d’abord légère, deviendra de plus en plus forte, jusqu’à ce qu’on porte dans la direction de l’axe du bassin la plaque d’ivoire aussi profondément que possible. Dans cette manœuvre, il faudra presser lentement, par degrés et avec précaution, pour éviter toute douleur au malade, et le plessimètre devra être tenu fixé de la manière la plus solide. La percussion, dans toutes ces positions de l'instrument, sera alternativement très-lègère et plus forte, et cela pour juger de l’état des parties superficielles et de celui des organes profondément placés. On la pratiquera avec d'autant plus de douceur que le ventre sera plus sensible. Pour juger du son donné par la vessie, les doigt frapperont par un coup sec et seront de suite retirés; pour apprécier la sensation tactile qu’elle donne,

ils resteront appliqués un instant par-delà le moment où le choc aura eu lieu. | 1559, Quand on aura bien examiné la partie moyenne de labdomen dans le sens longitudinal, on tracera deux lignes de chaque côté partant des flancs et venant rejoindre la première en formant avec elle des angles aigus. Enfin l’on tracera une quatrième ligne transversale et située un peu au-dessus du pubis.

Ligne verticale.

Ligne oblique. #— D. <—& Ligne oblique.

Ligne 1 transversale. . > <—æ Ligne trans-

versale.

(Figure 78.)

Lignes plessimétriques de la vessie.

4560. Dans tous les points où la vessie, distendue par l’urine, touche les parois, la percussion donne de la matité à l’oreille et un certain degré de résistance au doigt. On trouve de la résonnance et superficiellement de l’élasticité là où des intestins recouvrent latéralement le viscère; celles-ci disparaissent lorsqu'on déprime les parois et que le plessimètre est en contact avec le réservoir de l’urine. Tout autour de l’organe, lorsqu'il n’est pas très-distendu, et quand ses tuniques sont minces, le bruit hydraérique peut se produire. Une élasticité et une résonnance parfaites, à quelque profondeur que la plaque d'ivoire soit portée, sert à circonscrire par en haut et sur les côtés la circonférence de la vessie, que des lignes noires limitent alors avec exactitude. Ce

PLESSIMÉTRISME DE LA VESSIE; APPLICAT. PRATIQUES. 641

n’est pas sur une ligne de niveau que les transitions de son clair au son mat ont lieu dans ce cas, mais au contraire dans une direclion contournée. |

1561. Quand on à bien reconnu le son propre à la vessie, 11 faut faire incliner successivement le malade et sur le côté droit et sur le côté gauche. Si c’est en effet le réservoir de l'urine qui donne lieu à celte résonnance, l’espace où l’on aura trouvé le son obscur ne changera pas en raison des variations de position du sujet : le contraire aura lieu dans l’hydropéritonie.

$ 5. Applications pratiques du plessimétrisme de la vessie. (1828, 1835, etc.)

1562, Le plessimétrisme peut être compté parmi les moyens les plus sûrs et les plus généraux de diagnose dans les affections de la vessie. Et ce moyen d'exploration me paraît indispensable dans les cas suivants :

1° Lorsque l'on craindra l'accumulation de l'urine dans la vessie d'un malade, et que l'on ne voudra pas s'exposer à le sonder inutilement. Fil arrive en effet que la région vésicale, à quelque profondeur que le plessimètre soit appliqué, continue à donner un son intestinal clair, il n’est pas douteux que la vessie contient peu d'urine ou n’en renferme point, el qu’il est inutile de tenter le cathétérisme,

2° Il se peut faire que le médecin ne sache pas sonder, ou qu’il ne puisse pas parvenir à le faire. — Il peut arriver encore que le malade se refuse à ce que l’opération soit pratiquée; alors la percussion médiate fournira des données importantes, el cette méthode présentera alors, comme diagnose, de très-grands avantages. |

3° Dans le cas où il pourrait y avoir de l'inconvénient à pratiquer le cathétérisme, et où l’on ne voudrait faire usage de celui:ci que pour s’assurer si la vessie contient de l’urine, le plessimétrisme présentera une grande utilité. Lorsqu’en effet la région vésicale, superficiellement comme profondément percutée, donnera lieu à un son tympanique, l’organe, encore une fois, ne contiendra qu’une petite quantité de liquide. ;

4° Le plessimètre servira encore à déterminer si, dans l’hématurie, il y a beaucoup de sang accumulé dans le réservoir de Purine.

642 PLESSIMÉTRISME DE LA VESSIE; APPLICAT. PRATIQUES. 5° L'usage de cet instrument sera utile pour conhäitre les rap: ports dé la vessie avec les organcs qui l’entourent, ét pour déterminer si elle est en contact médiat ou immédiat avéc les parois abdominales, | 6° Là percussion médiate fera juger de la place que la vessié occupe ët de la direction qu’elle affecte.

T° Elle pourrait, dans quelques cas, faire reconnaître les épanñ cheeïts d'urine dans lé péritoine.

8° Le plessimétrisme détérminera si la Véssie est où tion con lenue dans une hernie.

9° Il fera distinguer l’hydropéritonie de la distension de la vessie, suite de la paralysie dont le réservoir de l’urine peut être le siége.

1563; A l'appui des propositions qui précèdent voici quelques faits cliniques qui donneront une juste idée dés ressourcés que le plessimétrisme peut fournir dans l'étude dés affections princibalés de la vessie. |

1e Os: Une femme est portée à Pinfirmerie dé la Salpétrière, présentant les Signes d’une apoplexie cérébralé. Péndant le cours de la maladie le ventre se météorise; un examen superficiel fait admettre l’existence d’une tympanite, ét l’on rapporte à celle-ci lés douleurs que la malade accuse par ses plaiites, car elle né parle pas: La percussion pratiquée avec plus dé s6in fait entendre dans la région inférieure de Pabdomen un son mat qui né châñge pas dé place par les diverses positions qu’on imprime à la patieñte. La matité se prolonge jusque vers Pombilié, On annoncé que la vessie est distendue. Le cathétérisme évacue plus d’un litre et dei d’une urine claire et sans odeur ; la matité descend à mesure que le liquide s'écoule et le météorisme disparaît, Lorsque la vessie est entièrement vidée, le ventre est devenu souple. Dans la joutnée la malade rend spontanément de Purine, le ballonfiement ne revient pas le lendemain, mais le surlendemain les symptômes réparäissent, Lé cathétérisme pratiqué de nouveau donne alors issué à une ürine sanglante, et la mort survient,

«A la nécroscôpie on trouve une hémorragie cérébrale éh rap: port avec les symptômes apoplectiques; la moelle épinière est sans altération, La vessie est très-spacieuse, les paroïs en sünt minces, élle contiént peu d’urine, la membrane muqueuse est soulevée par des veines variqueuses; on n’apérçoit pas qu'aucune d'elles soit déchirée, La membrane intérne de la vessie présente un rouge

PLESSIMÉTRISME DE LA VESSIE; APPLICAT. PRATIQUES. 643 foncé en quelques points; dans d’autres elle paraît pointillée ou d’un rouge uniforme. Elle n’offre aucune autre trace d’ulcération; le sang a élé exhalé à sa surface; elle n’est ni épaisse, ni ramollie, mais recouverte en différents points de matières lithiques dont la présence paraît due à la durée trop prolongée de l’urine dans la vessie, car les reins et les uretères ne présentent aucune lésion, »

1564, 2° Obs, « Une femme couchée dans un des lits de la salle Saint-Jacques, et malade comme la précédente d’une affec tion cérébrale, fut le sujet d’une semblable observation. Mais de plus, la percussion fit entendre sur la circonférence de la vessie le bruit hydraérique. A la nécroscopie, on trouva que le réservoir de l’urine enflammé, était en même temps très-mince.» (Lancette, &. IT, n° 73, observations recueillies par M. Bosc).

1565. 3° Obs. Chez un malade de l’'Hôtel-Dieu, atteint depuis longtemps d’une inflammation des glandes de Peyer, et chez lequel le ventre était météorisé à un point tel qu'on ne pouvait palper la région hypogastrique, la percussion médiate découvrit, à l’aide de la dépression des intestins par. le plessimètre, que la vessie contenait une énorme quantité de liquide. On pouvait être ici d'autant plus facilement induit en erreur que le lit de ce malade en délire était inondé d’urine qui coulait par regorgement. Dañs le mois qui suivit évacuation du liquide la distension de la vessie ne reparut pas.

1566. Trois fois dans le service des inéurables dé la Salpêtrière el plusieurs fois encore à l’infirmerie, deux fois dans ma pratique particulière, des faits semblables se sont rénouvelés (en 1834).

4567. 4° Obs, Une jeune personne que je soignais avec Réca: mier et Labbé, était atteinte d’une méningite et d’ulcérations dans le côlon astendant; elle présentait un extrême ballonnement du ventre, On songeait d'autant moins à la vessie que lurine éoulait fréquemment. La médio-pereussion de l'abdomen fit encore découÿrir que le réservoir de ce liquide était distendu et paralysé: Lé Cathétérisme évacua Purine:. Les jours suivants une paraplégie se déclara. A la mort voici ée que l’on observa : légère teinté rougeâtre de la muqueuse vésicäle au-dessous de laquelle rampaient des veines dilatées; on voyait des plaques rouges sur la piezmère dans la largeur de la paume de la main de chaque côté de l’encéphale, vers les tempes et sur les points où pendant la vie la jeune malade accusait de la douleur; ramollissement

644 PLESSIMÉTRISME DE LA VESSIE; APPLICAT, PRATIQUES. diffluent de la moelle épinière depuis la sixième vertèbre dorsale jusqu’en bas.

1568. Dans tous ces cas, la connaissance de la tuméfaction de la vessie par l’urine ne fit que soulager les malades, mais ne les guérit pas. Il n’en fut pas ainsi dans le suivant.

1569. 5° Obs. Je vis en consultation avec M. le docteur Fourcade Prunet un malade qui avait présenté les signes d’une inflammation aiguë du tube digestif; 1l y avait déjà plusieurs semaines qu’il était alité, le ventre était météorisé et énormément distendu ; l’expression de souffrance du malade, la persistance de la fièvre qui se déclarait, les vomissements qui survenaient, les douleurs du ventre faisaient redouter une mort prochaine. La percussion de l’abdomen sur la région hypogastrique y découvrit une matité remarquable, accompagnée de peu de résistance au doigt, et qui, circonscrite par des lignes, était limitée par un espace où se trouvaient le son gazique et l’élasticité des intestins, Ces caractères ne variaient pas par les changements de position du corps; ou la vessie, ou un kyste étaient situés sur ce point, Le malade assurait qu’il n’avait jamais eu d’affection des voies urinaires. Il en imposait. Nous cherchâmes inutilement à le sonder. La prostate engorgée oblitérait la partie de Purètre qu’elle embrasse, il nous fut impossible d’évacuer lurine.: Amussat fut plus heureux, il introduisit avec facilité une très-petite bougie dans la cavité urétrale prostatique ; urine s’écoula lentement, mais en grande quantité; dès le lendemain les symptômes gastriques s’élaient calmés, les vomissements avaient cessé ; le malade, traité par les bougies, guérit; tous les accidents étaient secondaires à la souffrance de la vessie, et la médio-percussion, en découvrant celle-ci, fut la cause de la guérison du malade.

S 6. Continuation des applications pratiques du plessimétrisme de la vessie.

1570. Les faits et les considérations précédentes ont été publiés dans mes écrits antérieurs, ce qui va suivre est inédit.

1574. 4° Une douleur existe dans le bas-ventre ; le médecin même en s’éclairant par Pétude des symptômes, par les caractères de la souffrance, et insuffisamment renseigné par la palpation, hésite sur la question de savoir si les intestins, l’utérus, ou la cysture, sont les points de départ de la sensation pénible; le

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ventre est lendu, volumineux, les parois en sont épaisses: des consultants sont dans le doute sur la lésion existante ; or, le plessimétrisme faisant trouver vers l’hypergastre /e son et le tact hydriques, superficiels et profonds, et cela dans la forme ovalaire de la vessie (fig. 78), prouve que la douleur est circonscrite dans Fespace où la vessie existe à coup sûr, que le mal occupe cet organe et fait voir quel est le volume de la eysture puisqu'il permet d’en mesurer la surface,

4572. Que si, au contraire, un son ét un tact gaziques se rencontrent à toute profondeur au-dessus du pubis, ou encore, si la douleur existe à quelque distance du lieu où par la médio-percussion, se rencontre la vessie médiocrement distendue, il est évident que celle-ci n’est pas le siége du mal.

1573. Que de fois ne m’est-1l pas arrivé d’avoir été consulté pour des femmes que l’on disait ou qui se croyaient atteintes d’une lésion chronique de l'utérus, et chez lesquelles le plessimétrisme démontrait que c’était par suite de la déplorable habitude de retenir leur urine que la vessie était démesurément distendue par ce liquide, lequel causait la douleur dont les malades se plaignaient,; le cathétérisme, ou même parfois la simple volonté provoquant lPexcrétion urinaire, faisaient alors brusquement cesser les accidents.

1374. Un malade cesse d’uriner; le volume considérable du ventre, les gaz, les matières, les liquides, la graisse distendent l’abdomen et rendent très-difficile l’exploration par la main de l’état de la vessie ; la fièvre se déclare ; or, les élèves (voire même certains praticiens) rapportent à {a fièvre typhoide, à la péritonite aiguë, etc., les phénomènes morbides observés, tandis que le médecin, versé dans l'étude et dans l'emploi du plessimétrisme, applique sur le bas-ventre la plaque d'ivoire, percute, et trouve tout d’abord qu’il s’agit d’une distension de la vessie, alors 1l pratique le cathétérisme, évacue l’urine, et soulage immédiatement le fébrécitant, qui parfois guérit d’une manière rapide. De tels faits ont été on ne peut plus fréquents dans mes services d’hôpitaux et même en ville ; des assistants parfois zélés mais inaltentifs avaient complétement ignoré la cause des accidents observés ; j’arrivais près du malade, je le percutais, je demandais une sonde, à l’instant même l’évacuation de l’urine prouvait aux négligents qu’il eût été de leur devoir de pratiquer le plessimétrisme et l’organographisme de la vessie.

646 PLESSIMÉTRISME DE LA VESSIE; APPLICAT. PRATIQUES,

41573. Lors même que le malade atteint d’une affection aiguë ou chronique continue, dit-on, à évacuer l'urine, lors encore que le ventre est volumineux ou douloureux, surtout dans la région - hypogastrique, il est de règle pratique de percuter Phypogastre ; bien souvent alors on constate que la cysture est distendue, - que le patient urine-par regorgement, et l’on est conduit à pratiquer le cathétérisme sans lequel les accidents les plus graves el même la mort auraient pu survenir.

1576, C’est surtout dans les affections aiguës ou chroniques, soit de l’encéphale, soit de la moelle; chez les vieillards cadues et dont la volonté fait défaut, dont la sensibilité est émoussée ; c’est encore dans les attaques d’hystérie suiviés de paraplégie, qu'il est on ne peut plus utile d'explorer plessimétriquement la vessie, et cela pour savoir si ce liquide ne s’y aceumule pas. On doit encore s’enquérir, chez les gens atteints de fièvres de durée, par la médio-percussion, de l’état de plénitude ou de vacuité de la cysture, Souventalors l'indifférence, l’oubli de l’accomplissement des fonctions les plus importantes à la vie sont portés si loin que ces malades ne pensent même pas à uriner ; cependant ils se livrent à cette action tout aussitôt qu’on leur donne avis qu’il convient de lPaccomplir.

4577. Lorsque des maladies du siége, telles que des dermémies, des dermites, des dermonécrosies de la région sacrée viennent à se déclarer, c’est alors qu’il faut impérieusement con- - stater l’état de la cysture et évacuer le liquide dont elle est alors si souvent remplie : lors en effet que dans des cas pareils les malades n’urinent que par regorgement, le liquide mouille, blesse, ulcère les parties déclives difficiles à nettoyer, en cause l’inflammation, l’ulcération, et favorise infiniment l’invasion où l’extension de la gangrène.

1578. Trouve-t-on dans l’hypogastre d’une femme, un espace large et circonserit donnant lieu par la palpation à la sensation d’un corps dur et arrondi? le plessimétrisme permettant de dessiner un corps ovalaire arrondi plus étendu de haut en bas que d’un côté à l’autre et qui se continue jusque derrière le pubis, ou il est superficiellement placé, et donnant lieu dans {toute sa surface, par le plessimétrisme, à un son et à un tact hydriques, on pensera qu'il ne s’agit d'autre chose que de la vessie dislendue, et qu'il n’y a ni accumulation de matières dans l’intestin grêle, ni grossesse, ni tumeur ovarique ; presque toujours, dans

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de tels cas, si l’on a recours au cathétérisme, l’évacuation de Vurine suivie de la disparition de la tumeur, prouvera que la diagnose a été exacte.

1579, C’est encore la médio-percussion qui, dans un cas d’embryutérisme (grossesse), alors que l'utérus est volumineux et que la vessie est pleine de liquide, permettra de dessiner les formes de ces deux organes; la matité hydrique de la cysture conduira ainsi à des données cogne et thérapiques de la plus haute importance.

1580. S'agit-il, comme dans le cas dont il a été précédemment parlé, d’une suppression d’urine dont on ignore la cause organique? voiei que le plessimétrisme donne des documents précieux pour élucider la question et pour établir les indications utiles. Et par exemple : il fait trouver, comme cela a lieu dans les cas d’entérorrhée indoloïosique (diarrhée cholérique), la vessie vide et démontre ainsi que la sécrétion urinaire ne se fait plus; il fait constater dans le cas d’une maladie de la prostate, d’un rétrécissement de l’urètre, d’un urolithe bouchant le conduit, ou d’une tumeur le comprimant, que la vessie est pleine, done il faut alors à coup sûr donner accès au liquide aceumulé dans son réservoir; dans l’urètrite aiguë l’urine cesse de couler, et avant d’avoir recours au cathétérisme, si douloureux dans un tel cas, et qui n’est pas sans danger, n'est-il pas vrai qu’il est utile de déterminer en quelles proportions l’urine est contenue dans la vessie et si l’on peut attendre encore sans inconvénients ?

4581. C'est par la médio-percussion faite au moyen du cathéter que l’on constate la présence d’un urolithe dans la vessie ; quel est done le chirurgien digne de ce nom qui, avant de pratiquer l’opération de la taille par le haut appareil, et après avoir fait une injection propre à distendre la vessie, consentirait à ne pas préciser par le plessimétrisme, les points où la vessie distendue est en contact avec les paroïs abdominales, le lieu où le péritoine est soulevé et l’espace où Fon peut sans crainte ponctionner ou inciser le réservoir de l'urine. N’est-1l même pas possible, lors- ‘ qu’un calcul est engagé dans le col de la vessie, de constater, par le plessimétrisme exécuté sur le périnée, la présence de cet urolithe au moyen du son mat et ostéique, et ne conduiraitil pas, dans un tel cas, l'opérateur à diriger le chirurgien dans les manœuvres qu’il jugerait convenable de pratiquer?

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