REINS; MANUEL DU PLESSIMÉTRISME EN ARRIÈRE
gatifs en lavément, car les côlons vidés dé fèces dônnént lieu à une sonorité plus marquée que s’ils en sont remplis.
1511. Ces précautions étant prises, on tracéra, à l’aide du procédé qui a été indiqué à l’occasion du plessimétrisme du rachis (n° 1493), la limitation exacte du corps des vertèbres. Disons seulement ici que d’abord on indiquera nettement , à l’aide d’une lig#ne noire, les points en rapport avec les apophyses épineuses.
4512. L’hydrethmie (œdème) des parois lombaires n’empêche pas de percuter le rein; seulement il faut y déprimer fortement et pendant plusieurs secondes, avec le plessimètre, les téguments et lé tissu cellulaire infiltrés. De cette façon, on parvient bientôt à mettre cet instrument en contact presque direct avec les muscles des parois abdominales. Dans bien des cas d’hypertrophie du foie ou de la rate, nous avons pu, à l’aide des différences de matité et d’élasticité que donnent ces organes d’une part, et les reins de l’autre, séparer nettement la circonscription des glandes urinaires d'avec les points limitrophes des viscères hépatique et splénique. Dans l'hydropéritonie médiocrement considérable, la percussion des reins donne des résultats parfois plus faciles à saisir que dans l’état normal. Le tube digestif; dans le cas dont il s'agit, est distendu par des gaz que refoulent les liquides contenus dans la cavité péritonéale ; or, si l'on fait placer le malade sur le ventre, les intestins, remontant au-dessus du niveau de la sérosité, viennent se placer au-dessous du rein, dont la circonscription plessimétrique devient alors des plus faciles. Ce fait, dont l'exactitude est consacrée par de nombreuses observations, est d'une très-grande importance, alors qu'il s'agit de décider si une hydropéritonie est en rapport ou non avec une hypernéphrotrophie (4).
1513. On palpe ensuite avec le plus grand soin la crête iliaque dans sa partie postérieure. Se servant du plessimétrisme pour bien s’assurer que l’on ne se trompe pas, on indique encore avec une ligne noire les points où le bassin cesse de correspondre, et l’on en fait autant de chaque côté pour le bord inférieur de la dernière côte.
(1) C’est en 1845 que j'ai publié le sixième volume du Traité dé médecine pratique. Ce fait, que j'avais signalé depuis longtemps, complétement identique à celui qui a été vu après moi par M. le professeur Skoda de Vienne, et qui a rapport avec l'augmentation de la sonorité ét de l’élasticité des portions de poumons situés au-dessus des épanchements pleurétiques, ce phénomène, dis-je, est dù aussi dans ce dernier cas au refoulement des gaz par la pression qu’exerce le liquide accumulé dans une cavité close.
REINS ; LIGNES PLESSIMÉTRIQUES. 619
1514. On limite ensuite, à l’aide du plessimétrisme et en traçänt de nouvelles marques noires, les points qui, en arrière, éorrespondent aux bords inférieurs du foie et de la rate (1).
1515. L’explorateur se placera ensuite à droité ou à gauche du sujet de l'expérimentation, suivant qu’il voudra limiter Puñe ou l'autre glande urinaire.
1516. Le plessimètre seul permet de percuter convenablement le rein en arrière. Il faut ici frapper beaucoup trop fort et appliquer l'instrument dé médiation beaucoup trop profondément pour qu’il soit possible de se servir du plessimètre-doigt. On ne pour: rait nettement percevoir avec celui-ei les sefisations de dureté et d’élasticité données par les organes nombreux ét divers que présente la région lombaire. D'ailleurs, il faut, sur cetté même région, percuter avec force, el alors l’éxploration que lon ferait deviendrait douloureuse pour explorateur lui-même. En définitive, lés médecins qui ne veulent pas adopter le plessimétrisme ne pourront jamais uliliser convenablement la percussion dans lé diagnostic des néphropathies.
Lignes verticales.
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<æ Ligne transversale.
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Lignes plessimétriques des reins.
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(4) M. Mailliot a cherché à indiquer, au moins approximativement, la direction du muscle psoas, et voici ce qu'il dit à ce sujet : « On abaissera de chaque
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1517. Les précautions précédentes élant prises, on percute de dedans en dehors, suivant le trajet d’une ligne transversale qui, partant de la première ou de la deuxième vertèbre lombaire, se dirige vers le flanc du côté que l’on explore ; on trouve d’abord une matité prononcée que l’on obtient en percutant fortement ou superficiellement ; puis, à une distance qui correspond à la limitation externe du rein, se rencontre un son clair, une élasticité marquée et dont le degré est d’autant plus prononcé que le côlon contient plus de fluides élastiques. S'il se trouve même dans cet intestin des liquides et des gaz, le bruit hydraérique s’y fait entendre. Quoi qu’il en soit, on marque exactement avec un trait noir le point où la matité du rein est remplacée par les sons dont il vient d’être parlé. On percute verticalement, suivant le trajet d’une ligne parallèle à la colonne vertébrale, et située à un centimètre ou deux du point où l’on a limité les corps des vertèbres dorsales et lombaires ; on trouve alors, en procédant de bas en haut : 1° l’élasticité et la sonorité des poumons, appréciables surtout au moyen de la percussion légère et superficielle ; 2° une matité et une résistance au doigt assez forte en rapport avec le foie à droite, et la rate à gauche, et ces caractères plessimétriques sont surtout reconnaissables à l’aide d’une percussion profonde et énergique ; 3° une matilé et une résistance encore plus marquées et qui sont en rapport avec la présence du rein. Il n’est pas d’organe sur lequel le choc de la médio-percussion donne lieu à plus d’obscurité de son et à moins d’élasticité. Ces caractères se retrouvent tant que les glandes urinaires correspondent aux points de la région lombaire que l’on explore ainsi de haut en bas. Le plus souvent, on rencontre tout à fait inférieurement un son plus clair et un retour d’élasticité. Ces phénomènes sont en rapport avec les parois postérieures de l’abdomen au-dessous desquelles les reins ne se trouvent plus, parois qui recouvrent directement les côlons ascendants ou descendants ; un peu plus bas existent le son et la dureté ostéiques correspondants à la présence du rebord de los des îles. Deux lignes obliques sont ensuite tirées à distance égale des lignes transversales et obliques, et l’on explore de la même façon sur leur trajet.
côté de la colonne vertébrale une ligne oblique qui représentera la direction du bord externe du musele grand psoas, et qui s’étendra de la onzièMne vertèbre dorsale au bord supérieur de l'os des iles. »
PLESSIMÉTRISME DES REINS; APPLICAT. PRATIQUES. 621
S 5. Dessins plessimétriques des reins.
1518. On indique alors avec le plus grand soin, avec l’encre, le nitrate d'argent ou avec le crayon dermographique, les points où, dans les directions des lignes précédentes et dans celles de deux lignes lignes obliques formant des angles aigus avecles premières, le rein cesse de correspondre; puis on recherche et on indique de la même façon le lieu exact où les parties intermédiaires de la circonférence du rein se trouvent placées; de cette façon, on a exactement la forme, le volume et la situation des reins et de leurs rapports avec la colonne vertébrale, le foie, la rate et le tube digestif.
S 6. Applications à la pratique du plessimétrisme des reins.
1519. Pour s'assurer qu’une douleur dont un malade se plaint dans la région lombaire a le rein pour siége, le premier soin à prendre est de déterminer le lieu précis où se trouve la glande néphrique. Sans doute, l’ensemble des symptômes, la profondeur du mal, les troubles survenus dans la sécrétion urinaire, peuvent conduire approximativement à cette diagnose, mais le moyen tout à fait positif de lui donner de la certitude est de dessiner le rein qui paraît être malade, et de constater, comme cela m'est si souvent arrivé : d’une part, que la douleur existe dans l’espace circonscrit par le tracé que lon a fait de cet organe; et, de l’autre, qu’en dehors de celui-ci la souffrance cesse complétement d’avoir lieu. Toutes les fois qu’existe une lombalgie, le premicr soin doit être de dessiner la glande urinaire, et de vérifier si ce n’est pas en elle où le mal a son siége. Il faut laisser aux médecins d’un autre temps accuser le rhumatisme de la plupart des douleurs des lombes, et rechercher en observateur consciencieux quel est l’organe malade, et de quelle façon 1l souffre.
1520. J’ai été consulté bien des fois par des médecins ou par des malades, sur la question de savoir si une tumeur que l’on trouvait dans l’abdomen était ou non un rein déplacé, et le plus souvent on croyait qu'il en était ainsi, maïs le plessimétrisme prouvait le contraire, car il permettait de dessiner, avec la forme qui leur est propre, les deux glandes néphriques dans le lieu où normalement elles ont leur siége. C’est encore ce qui récemment est arrivé à
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l’'Hôtel-Dieu, sur un malade qui portait dans l’abdomen une tumeur entre l’extrémité antérieure de la rate et Pombilic, et la disposition de cette tumeur aurait facilement porté à croire qu’il se fût agi des reins déplacés, mais M. le docteur Auzias et moi, limitant et dessinant les reins à leur place au moyen de la médiopercussion , et constatant que le foie et la rate n’étaient pas en rapport avec le corps que nous trouvions dans l’abdomen, nous en avons conclu qu'aucun des organes qui viennent d’être énumérés n’était le siége de la célie observée (1).
1521. Il en est des congestions rénales et de la néphrite comme de la simple néphralgie ; pour les reconnaître, il faut avant tout déterminer le siége qu’occupent les glandes urinaires, et l’on ne peut nier que ce soit le plessimétrisme qui donne presque seul cette détermination ; mais de plus, il est indispensable, pour la diagnose
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préciser l’augmentalion de volume que dans de tels cas les organes sécréteurs de l’urine peuvent présenter, car cette augmentation de volume paraît devoir être inséparable de la congestion sanguine et de la phlegmasie néphrique; si ces états organiques sont partiels, il est évident que les formes des reins sont nécessairement altérées, et c’est ce qui arrivera alors que des suppurations viendront à suecéder à la néphnte. Or, c’est à peu près
(4) Cas remarquable d'anomotopie néphrique ( déplacement du rein). — M. X..., âgé de trente ans, me fut adressé par Pariset. Il s'agissait d'une tumeur qui existait dans l'abdomen, un peu au-dessus de la région iliaque droite. Cette tumeur était mobile; sa forme paraissait ovalaire et aplatie; le toucher lisse et poli qu'elle présentait, son volume, qui rappelait celui de la glande urinaire , d’excellent état de la constitution avaient fait présumer à notre collègue qu'il existait chez M. X... un déplacement du rein droit. Des tiraïllements douloureux se faisaient sentir, surtout lors de la station et de la marche, dans la région lombaire droite. L'examen plessimétrique de la tumeur permit, par la matité et par la résistance au doigt qu’elle donnait, de cireonscrire. nettement sa forme, qui était tout à fait semblable à celle du rein. La percussion, très-exactement pratiquée en arrière, fit trouver à gauche les résultats ordinaires que donne cette méthode appliquée à l'examen du rein ; maïs, à droite, la région qui, dans l’état normal, correspond à cet organe, donnait lieudans toute son étendue à une sonorité et à une élasticité très-marquées, et «en rapport évident avec la présence de l’angibrôme qui était plein de gaz, sur le lieu dont il s’agit. Il s'agissait donc à coup sûr d’un déplacement du rein droit, et ce qui avait été admis sur des données fournies par l'induction fut démontré par un fait plessimétrique. Le second conseii qui fut donné à M. X... fut de soutenir la tumeur avec un bandage bien fait et analogue à celui qui avait servi à contenir la rate.
PLESSIMÉTRISME DES REINS ; APPLICAT, PRATIQUES. 693 exclusivement la médio-pereussion suivie de lorganographisme qui permettent d'apprécier par le tact, les sens et le dessin, s’il existe une néphromégalie, si la configuration des reins est modifiée ; c’est même le plessimétrisme qui, faisant suivre la marche croissante ou la détermination successive du mal, fera voir si la circonférence des reins malades augmente ou diminue de dimension, et si la forme de ces organes se modifie de telle ou telle manière. De là des notions positives : sur les degrés de la lésion ; sur sa gravité croissante ou décroissante, sur l'efficacité du traitement employé, sur la convenance qu'il peut y avoir à le rendre plus ou moins actif, à le changer s’il ne réussit pas; de là, une appréciation exacte de l’action de telle ou telle médication, ou du degré d'utilité du traitement que lon a jugé utile d’employer. Ces considérations sont complétement applicables à la diagnose el au thérapisme des autres états pathologiques dont les reins sont susceptibles et à la solution des grandes questions qui s’y rattachent. |
1522. Lorsqu'un malade urine du sang ou que le liquide qui s'échappe par Purètre contient une notable proportion de globules rouges, la question la plus importante à décider est de savoir si les reins, la vessie, ou l’urètre, sont les points de départ de héma- ‘ turie, Or, lorsque l’ensemble des symptômes et que lexamen matériel des voies urimaires font voir que le liquide provient d’une néphropathie, le plessimétrisme donne les moyens de constater quel est celui des deux reins où existe la lésion qui donne lieu à l’écoulement de sang, et par conséquent vers. quel lieu il convient de diriger les agents thérapiques. Parmi les cas assez nombreux de ce genre, que je pourrais citer, je choisirai de préférence celui de M. D..., capitaine de gendarmerie en retraite, dont j'ai parlé à l’occasion de mes premières recherches sur l’auscultafion de la déglutition de Pair par lœsophage (n° 1216), et que j'ai eu le bonheur de guérir il y a peu de temps, d’une grave hématurie qui existait depuis plusieurs mois. On ne savait d’où provenait ce copieux écoulement sanguin ; je percutai avec soin la région lombaire, et tout d’abord je constatai que le rein droit présentait un volume de beaucoup supérieur à celui du côté opposé, eb que dans le tracé qui en circonscrivait la figure, 1l y avait une légère douleur. Il y avait tout lieu de croire que des urolithes avaient déterminé les accidents observés, car M. D... avait rendu parfois de la gravelle avec l’urine ; l’autre rein présentait des formes
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normales et n’était en rien douloureux. Des douches froides furent énergiquement dirigées pendant quelques jours vers l’organe malade, le repos’'et des boissons fraiches et abondantes furent prescrits, et la guérison fut obtenue. J’ai perdu depuis M. D... de vue, mais jai appris, un an après l’époque à laquelle je lui ai donné des soins, que l’hémorrhagie n’avait pas renaru.
1523. On conçoit que dans ces cas où dans une néphrémie, le bassinet ou les calices contiendraient des calculs volumineux, le dessin plessimétrique du rein où le mal a son siége, peut faire constater que cet organe est augmenté de volume; qu’à cause de l'accumulation du sang dans la cavité pyèlique, la grande urinaire est portée en dehors, et qu’elle est altérée dans sa forme. . De là des indications utiles relativement à l’emploi des douches, de l'administration des boissons à hautes doses, etc., etc:
1524. On conçoit que si un énorme urolithe s'était formé dans les cavités de l’un des reins, le plessimétrisme pourrait démontrer par l’extrème matité, par le son démesurément sec, par la résistance ressentie par le doigt, la présence du calcul, son volume, son siége, et la profondeur à laquelle il est situé. Certes, si mon collègue M. Nélaton, se servant de la médiopercussion, a pu trouver une balle engagée dans un os, je crois qu'il ne serait en rien difficile de constater dans un rein la présence d’une énorme pierre urinaire qui y serait contenue, et qui y causerait des déchirures de vaisseaux, et causerait, ainsi que M. Rayer l’a si bien fait voir, de graves hématuries.
1525. En général, on ne trouve que bien rarement par la médio-percussion et dans les cas de gravelle, queles reins soient augmentés de volume, mais dans les faits de ce genre, observés dans mes services d’hôpitaux ou dans la ville, fréquemment il n’en a pas été ainsi ?
1526. Je dois en dire autant de la glucosurrhée ou diabète sucré. Chose remarquable, et à laquelle j'étais bien loin de m’attendre, il est arrivé que la présence d’une grande quantité de sucre dans l'urine, ne coïncide en. rien avec une augmentation ou une diminution dans le volume et la forme des glandes rénales. C’est ce qui paraît évident, en tenant compte de la mensuration plessimétrique appliquée aux reins; c’est aussi ce que l’anatomie anormale confirme. Au point de vue du pathologisme du diabète sucré, il est utile de tenir compte de ce fait. Dans un cas d’hypérurorrhée, au contraire, alors que l'urine ne contenait pas de
PLESSIMÉTRISME DES REINS ; APPLICAT. PRATIQUES. 625 glucose, et que le mal avait suivi, chez un vidangeur, une lésion traumatique du foie et du rein droit, ces deux derniers organes avaient acquis un volume considérable. Jai rarement trouvé dans la glucosurrhée un accroissement dans les dimensions de organe hépatique, pas plus que des accidents encéphaliques ; mais par contre, j'ai vu presque toujours les diabétiques éprouver une soif vive, boire beaucoup et être assez souvent atteints de pneumophymie. Ilest difficile que ces faits ne puissent pas élucider quelques-uns des points si obscurs du pathogénisme et du traitement applicable à la glucosurrhée,
1527. Tout au contraire, dès les premiers temps où un malade perd de l’albumine par l’urine, même lorsque cette perte se manifeste immédiatement après qu’un vésicatoire appliqué a été suivi de la toxémie cantharidique, on constate facilement par le plessimétrisme que les reins, ou lun des reins, présentent une augmentation de volume, qui peut s’élever d’un côté à l’autre ou de haut en bas à 1, 2, 3 centimètres et même plus. Tant que dure l’albuminurrhée, le rein est frappé de mégalie ou d’atrophie, il n’y a presque jamais d'exception à cette règle établie au-dessus de toute contestation par les résultats plessimétriques. Lorsque dans la pneumophymie, les cardiopathies, lurine devient albumineuse, vous n'avez, si l’habitude de la médio-percussion ne vous fait pas défaut, qu'à percuter et dessiner les glandes urinaires pour voir qu'elles sont augmentées ou diminuées de volume. Lorsqu'un seul rein est malade, et que l’autre conserve sa forme et ses dimensions, il est probable que la glande affectée par le mal diminue, s’atrophie, et que l’albuminurrhée cesse d’avoir lieu. Cette heureuse terminaison, que j'ai vu survenir chez une très-honorable dame de Montluçon, madame D. de M..., et qui atteinte, il y a plus de vingt ans, de néphrie et d’amaurose albuminurrhéique, existe encore dans un bon état de santé. |
1528. Les faits précédents conduisent tout naturellement à admettre que l’affection néphrique, et non pas une anomémie spéciale, est le point de départ de la perte de l’albumine par l'urine; j'ai actuellement encore dans mon service une malheureuse jeune femme (salle Saint-Bernard n° 6) qui, ayant été atteinte d’une hémitarthrite suivie d’une arthrite fémoro-tibiale persistante, a été ensuite atteinte d’une néphromégalie, d’une albuminurrhée considérable, d’hydropisie des cavités séreuses, et d’hydrethmie; rien na pu arrêter la marche du mal, et cette femme, qui est dans un
626 PLESSIMÉTRISME DES REINS ; APPLICAT. PRATIQUES. élat désespéré, présente toujours un grand accroissement dans le volume de Fun des reins; l’explication d’un tel fait est facile. Il a existé d’abord une hémitonéphrite qui a donné lieu à la perte d’albumine, et cette perte rendant le sang moins plastique, la sérosité s’est épanchée dans les divers lissus.
1529, Non-seulement le plessimétrisme, dans de tels cas, conduit à établir la diagnose et le pathogénisme de la néphrie albuminurrhéique, mais il fait voir la complète inutilité de la plupart, que dis-je, de tous les médicaments supposés capables de diminuer les reins mégalisés dans une semblable maladie, et malheureusement la plupart des moyens dits hygiéniques em- : ployés dans des cas pareils ne réussissent pas davantage. Fer, diurétiques, prétendus sudorifiques, purgatifs hydrorrhéiques, bains de vapeur, étuve sèche, régime réparateur, exercices gymnastiques proportionnés aux aptitudes, électricité, etc., etc., aucun des agents thérapiques n’est parvenu à faire décroître les reins alors qu’existe la coïncidence d’une urine albuminurrhéique. Désolé de tels insuccès, j’essayai à la Pitié, il y a vingt ans, de donner à un malade atteint de néphrie et d’albuminurrhée des boissons aqueuses à hautes doses; mal lui en prit : une douleur atroce se manifesta dans l’organe affecté, qui augmenta de volume dans une proportion incroyable. Dès le lendemain, ce malheureux fut privé absolument de boisson, et le soir même, la glande malade, plessimétriquement mesurée, reprit ses dimensions premuères et cessa d’être le siége de douleurs. Depuis cette époque, j'ai plessimétriquement constaté quelques centaines de fois que l’abstinence des liquides fait diminuer les reins, tandis que l’administration des boissons abondantes est suivie d’une augmentaüon considérable dans le diamètre de la glande urinaire.
1530. Jusqu'à présent, l’abstinence des boissons a été pour moi le seul moyen efficace de remédier à la néphrie albuminurrhéique ; c’est au plessimétrisme que je dois cette notion thérapique, et c’est je crois là un des plus grands services qu’il ait rendu.
1531. S'il fallait rapporter en détail les innombrables faits que je pourrais citer à l’appui de cette proposition, un volume entier ne suffirait pas pour les exposer tous.
1532. On parle souvent d’une maladie à laquelle on a donné le nom de colique néphrétique, et qui n’est autre qu’une névralgie intercostale et de la huitième paire, névralgie qui, ayant les reins pour points de départ, s’étend aux nerfs gastriques et intestinaux,
PLESSIMÉTRISME DES CAPSULES SURRÉNALES. 627
et donne lieu à d’affreuses douleurs. Certes, le mot colique (qui signifie : du côlon) est absurde alors qu'il s’agit de dési signer une maladie du rein; mais ce qui est bien plus déplorable que l’emploi de cette locution, c’est de ne pas au mois chercher, au moyen du plessimètre, s1 les reins eux-mêmes sont situés sur les points douloureux, et si la souffrance part ou non du lieu où la médio-percussion circonscrit ces organes. C’est encore la médiopercussion qui éclairera cette question et dirigera dans de tels cas la médication qu’il conviendra d’employer.
1533. Enfin, pourrait-on un instant mettre en doute que le plessiméthishie est un des principaux moyens qui puissent faire apprécier l’existence, le siége, le volume, la forme, l’extension les rapports, la consistance, la nature des tumeurs dont les reins peuvent être le siége; grâce à lui, j’ai constaté que des pyoïes périnéphriques s’étaient développées dans la région lombaire, et il y a peu d’années que je fus appelé en consultation par bit de mes honorables confrères et ami, M. le docteur Gauthier, pour une malade du faubourg Saint-Antoine , atteinte d’un énorme abcès périnéphrique; or, nous avons été assez heureux, l’un et l’autre, pour voir cette malade guérir sous l'influence de ponctions qui évacuèrent des quantités énormes de pus et des injections aqueuses et alcoiodiques qui les suivirent.
1534. On peut donc affirmer que le plessimétrisme doit guider le praticien qui veut porter dans la diagnose et le thérapisme des maladies des reins ce positivisme sans lequel il n’y a pas de science et sans lequel aussi la médecine est réduite à un empirisme que dirige le hasard.
S 7. Plessimétrisme des capsules surrénales.
1535. Les capsules surrénales sont situées au-dessous du pancréas et au-dessus des reins sur lesquels elles reposent ; en recouvrant l’extrémité supérieure de ces derniers organes, elles correspondent en arrière aux piliers du diaphragme. Le foie, dit-on, touche la capsule surrénale droite par une facette déprimée; on ajoute qu’à gauche la rate a des rapports avec la capsule de ce côté. Le dessin plessimétrique correspond imparfaitement à cette description ; car il trouve que la plus grande partie des capsules surrénales est placée en dedans de l’espace qui sépare le pancréas et les reins. Ze volume des capsules surrénales varie; on les a
628 PLESSIMÉTRISME DES CAPSULES SURRÉNALES. | trouvées s1 petites qu’on les distinguait à peine au milieu du tissu adipeux qui les entourait. M. le professeur Cruveilhier les a vues d’une grande dimension chez de très-vieilles femmes ; dans un cas, dit-il, où les deux reins avaient très-peu de volume, elles étaient largement développées. Ellés sont, suivant cet anatomiste et ce médecin hors ligne, proportionnément plus grosses chez be fœtus que chez l’adulte; en général, elles ont de droite à gauche moins d’étendue que n’en présente l'extrémité supérieure des reins. La forme des capsules surrénales est celle d’un casque et elles sont plus rapprochées de la colonne vertébrale que du côté externe du corps. Elles sont moins consistantes que le pancréas et les reins ; leur densité est à l’extérieur plus marquée qu’à l’intérieur, où les uns admettent et où les autres nient lPexistence d’une cavité.
4536. Les lésions des capsules surrénales sont, encore une fois, assez peu connues, et à part la teinte bronzée dont on à parlé, on n’a guère assigné de symptômes en rapport avec leur souffrance. Le plessimétrisme ne pouvant être appliqué qu'aux cas dans lesquels leur volume, leur densité, etc', sont notablement augmentés, je ne crois pas utile d’insister 1ei sur Panatomie anormale des capsules épinéphriques. Les capsules surrénales peuvent donner lieu par la médio-percussion à quelques phénomènes tactiles et acoustiques utiles à connaître. Les recherches pathologiques récentes sur ces corps conduisent naturellement à tenter des explorations plessimétriques sur ce sujet; celles-ci n’ont été faites, que je sache, par aucun autre que par moi, et j’avoue que les miennes ont été tout à fait insuffisantes. Les lésions dont ces corps sont susceptibles ne sont pas beaucoup plus connues que leurs fonctions, et les anatomistes qui parlent de ces mêmes organes disent ne savoir en rien à quoi ils peuvent servir. Il est bien vrai qu'Addisson attribue une série de symptômes (appelée pär les modernes maladie d’Addisson), parmi lesquels il signale surtout une teinte bronzée de la peau, teinte que l’on a trouvée parfois coïncider avec des altérations dans les capsules surrénales ; mais une semblable coloration existe souvent dans des cas où il ne s’agit en rien d’affections de ces petits appareils si peu connus. Récemment (février 66), un malade se présente à la consultation de l’Hôtel-Dieu ; tout d’abord, les médecins et les élèves, lui voyant la peau bronzée, pensent, affirment même qu’il s’agissait d’uné maladie d’Addisson. Je questionne le malade; cet
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homme était un Indien dont les capsules étaient saines et qui avait le teint de la race à laquelle il appartenait. Je crois cependant qu’il est utile d'étudier pendant la vie les capsules surrénales, et la science n'avait aucun moyen, avant le plessimétrisme, de constatér, si ce n’est par la nécroscopie, l’état matériel de ces organes. Ce qui a été fait en médio-percussion pour éclairer ce sujet “A peu de chose ; mais les notions suivantes serviront au moins à diriger les investigations ultérieures dans des recherches plessimétriques propres à donner d’utiles documents sur les états physiologiques, pathologiques et sur les fonctions des Corps singuliers dont il est ici question.
1537. Pour parvenir à acquérir par le plessimétrisme des noüons sur les états normaux et anormaux des capsules surrénales, il suffit de dessiner avec un soin extrême, par la médio-percussion, les reins d’une part et le pancréas de l’autre. Dans l’espace qui existe entre ces deux organes, surtout vers sa partie interne, sont placés les corps dont il est ici question. Il suffit de suivre, en percutant, une ligne horizontale qui passe au milieu de l’espace qui sépare les glandes pancréatique et urinaire, pour trouver qu’en dedans il y a un son et un tact malaxiques qui n’excluent pas cependant un certain degré de sonorité et d’élasticité; tandis qu’au dehors ont lieu des sensations plesso-gaziques qui correspondent, soit à l’estomac, soit au duodénum, soit aux côlons. On trouvera dans plusieurs des figures qui représentent la limitation des reins et du pancréas une image de la forme et de la position que les capsules épinéphriques présentent au- -dessus de l’extrémité supérieure des reins.
1538, L’étendue de l’espace où 1 la matité des capsules se reconnaît vient-elle à s’accroître, on est porté à croire à une augmentation dans le volume de ces organes ; le contraire aura presque certainement lieu dans une circonstance opposée. Si la matité de l’espace où les capsules existent est très-grande et très-résistante, il doit s’agir d’un épaisissement et d’une induration de ces petits corps ; s’il arrivait qu’une tumeur fluctuante se prononcçât sur les mêmes points, on serait porté à croire qu’une pyoïe s’y manifesterait, etc. Ce sont des inductions pratiques de ce genre auxquelles les faits qui résultent du plessimétrisme des capsules surrénales peuveat se prêter; et il y a lieu de penser que des observations et des recherches ultérieures confirmeront ces vues théoriques et jetteront quelque lumière sur les états pathologi-
630 PLESSIMÉTRISME DES URETÈRES.
ques que les capsules surrénales sont, pendant la vie, susceptibles de présenter.
S 8. Plessimétrisme des uretères.
1539. Depuis la publication du Traité de médecine pratique, je n’ai pas observé de faits nouveaux qui puissent être utilement appliqués à l'étude plessimétrique des uretères. Je crois donc qu’il suffira de reproduire ici ce que j'ai écrit sur ce sujet dans mes précédents ouvrages, tout en y ajoutant quelques réflexions sommaires, et en invitant les élèves à relire sur ce sujet, pour se remémorer, la disposition, la direction et les rapports des conduits excréteurs de l’urine.
1540. Les seules lésions des bassinets, des calices et des uretères sur lesquelles le plessimétrisme pourrait donner des documents seraient, d’une part: de très-volumineux calculs urinaires qui s’y seraient développés ; ces corps étrangers donneraient lieu, par la médio-percussion, à un tact plessique en rapport avec leur extrême dureté, et de l’autre : des dilatations considérables de ces mêmes parties par des tumeurs diverses, par des productions variées, par des liquides secrétés et surtout par l'urine, Ces pyélectasies (dilatation du bassinet) devraient, d’après la disposition anatomique des reins, faire saillie en dedans des glandes urinaires et du côté du rachis, et il n’est pas impossible qu’il se trouve des circonstances dans lesquelles le plessimétrisme, faisant reconnaître une néphrocélie énorme, on pourrait trouver dans la tumeur observée une maüté hydrique qui serait très-prononcée du côté de la colonne vertébrale, tandis qu’en dehors de l’espace occupé par cette matité, on rencontrerait le son et le tact plessiques propres au rein, et cela dans la forme que cet organe présente habituellement. C’est ce que donneraient à penser certains kystes que j'ai observés, et qui étant développés dans les bassinets, donnaient lieu sur le cadaŸre à une matité absolue, tandis qu’à leur pourtour la glande présentait par la médio-percussion les résultats que l’on obtient en général du plessimétrisme des reins.
1541. Le plessimétrisme des uretères ne peut se pratiquer qu’autant qu'ils sont dilatés, et même dans ce cas on ne pourrait reconnaître la présence de ces conduits excréteurs qu’autant
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que leur ectasie serait très-considérable. Alors, en percutant profondément suivant leur trajet et suivant une série de lignes qui seraient perpendiculaires à leur direction, on pourrait peut-être trouver un son et un tact hydriques dans une largeur correspondante au degré de dilatation du canal dont il s’agit; comme cet organe est situé au-dessous d’une masse épaisse d’intestin, il faudrait appliquer très-fortement et très-profondément le plessimètre sur les points dilatés, à l'effet d’y constater la présence du son et du tact hydriques. Superficiellement, on obtiendrait les sensations plesso-gaziques en rapport avec les gaz contenus dans les intestins.
1542. Le seul fait que j'ai eu l'occasion de voir et dans lequel le plessimétrisme a été utile, non pas pour reconnaitre l’état de l’'uretère lui-même, mais bien celui de la vessie restée vide pendant une vingtaine de jours, est le SH qui à été recueilli sur une personne de ma famille.
4543. «Une dame de cinquante ans était depuis longtemps sujette à des sueurs nocturnes; elle s’affaiblissait chaque jour, bien qu'aucun autre symptôme ne se dessinât; elle rendit des graviers très-petits à deux reprises ; deux fois, à six mois d'intervalle, elle avait uriné du sang presque pur : tout à coup l’urine se supprima complétement. Le plessimètre ne fit pas reconnaître d'urine dans la vessie ; en conséquence on ne pratiqua le cathétérisme que trois jours après ; il s’écoula par la sonde une centaine de grammes d’un sang fétide. Une douleur dans le trajet de l’uretère droit survint : on n’y sentait aucune tumeur : la suppression d’urine dura vingt jours. Quelques onces de sérosité s’épanchèrent dans l’abdomen et y furent reconnues par la percussion ; l'intelligence baissa, la malade s’affaiblit de plus en plus; elle mourut par l’asphyxie de l’écume bronchique. A la nécropsie, le rein gauche, de volume ordinaire, était transformé en un kyste à parois minces et contenant du sang pur ; le rein droit, atteint sur la moitié de son étendue d’une dégénérescence carcinomateuse, nullement hypertrophié, était encore, dans ses autres parties, propre à former de l’urine. La cavité du bassinet était libre ; elle contenait quelques petites pierres et était distendue par le liquide urinaire qui dilatait aussi, mais à un faible degré, l’uretère correspondant, et cela jusque vers la partie moyenne de sa longueur; là se rencontrait un rétrécissement au-dessus duquel se trouvait un calcul de la grosseur d’une noisette, et qui, formé par de l’acide urique, s'était engagé dans
le conduit et en avait complétement oblitéré l’orifice. La vessie était teinte par le sang qu’elle contenait en petite quantité, et qui, mêlé d'urine, avait une odeur infecte. La membrane muqueuse était épaissie et ramollie.
1544. Cette observation, dans laquelle une malade a pu vivre vingt jours sans qu’il se formât à peine d’urine et sans qu’il existât de fièvre, est surtout remarquable par la diagnose exacte que MM. Fouquier et Hureau avaient portée; car on avait annoncé pendant la vie qu’un des reins devait être impropre depuis longtemps à secréter l’urine, et qu’un calcul avait dû arrêter le cours de ce fluide , soit dans le bassinet, soit dans l’uretère du côté opposé. Le plessimètre n’eut 1e1 d'utilité que pour faire reconnaître l’état dela vessie et le léger épanchement séreux qui survint dans le péritoine. » (Procédé opératoire de la percussion médiate, n°5 295 et 296.)
1545. S1 je ne possède aucun fait relatif à l’application directe du plessimétrisme à l’uretère dilaté, M. Royer a constaté sur le vivant les résultats de la médio-percussion que j'avais considérés, théoriquement, comme devant avoir lieu dans des cas pareils (Percussion médiate), p. 23%, et il a reconnu, par la percussion médiate, le conduit néphrique dilaté, à l’aide du son mat auquel il donnait lieu. Il faudrait qu’un calcul du rein ou de son canal d’excrétion fût énorme pour que la percussion médiate fournisse quelques signes en rapport avec sa présence. (Méd. pratique, n° 9328.)