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CHAPITRE V

DU PLESSIMÈTRE OU DU PLACOPLESSE PORTANT DES INDICATIONS MÉTRIQUES PROPRES A FAIRE EXACTEMENT JUGER DE L’ÉTENDUE DES ORGANES ET DES LÉSIONS QUE L’ON EXPLORE.

169. Les différents placoplesses dont il vient d’être fait mention ne peuvent remplir le but que le médecin se propose qu’autant qu’ils lui donnent des moyens de mesurer l’étendue des espaces dans lesquels tels ou tels caractères de percussion sont obtenus. C’est à l’aide des divisions métriques (décimales ou autres), tracées sur la plaque dont on fait choix, que l’on arrive à obtenir ces résultats utiles. Or, comme la mesure est en séméiologie, en diagnose anatomique et en- thérapeutique, la base de toute donnée sévère, cette mesure, devenue de nos jours si exacte, est le côté vraiment scientifique de la médecine. Il en résulte que fout placoplesse médical doit porter des divisions métriques ; l'instrument de percussion sur lequel ces divisions sont tracées mérite, et à reçu, le nom de plessimètre, nom que je lui ai donné en 1826 (Traité de la percussion médiate) ; et la méthode de s’en servir a été désignée par l’expression plessimétrisme. Tout instrument de

(1) Un médecin étranger a proposé un petit placoplesse en ivoire, présentant aussi la disposition d'une boîte remplie d'air; il était allongé et cylindroïde sur le côté où il portait sur la peau. Ce placoplesse était destiné à pratiquer le plessimétrisme dans les espaces intercostaux.

54 DESCRIPTON DU PLESSIMÈTRE.

percussion qui ne porte pas l'indication de degrés métriques est imparfait, insuffisant ; il doit être banni de la pratique. En conséquence, il ne faut pas se servir comme placoplesse du doigt qui ne peut indiquer de mesures exactes. |

170. En se fondant sur les considérations établies dans les paragraphes précédents, il sera utile d'établir quelle est la meilleure disposition que le plessimètre doit présenter, quelle configuration on doit lui donner, et quelle est la valeur des diverses modifications que l’on a faites à cet instrument.

171. Le plessimètre doit être d'ivoire ou de toute autre subslance analogue. /{ faut que la plaque qui en constitue la principale partie ait un millimètre et demi ou deux millimètres d'épaisseur ; elle sera polie sur ses deux faces ; pour être plus portatif, Pinstrument aura une forme ovalaire et non pas ronde comme était celle d’un plessimètre qui à été représenté dans le 7raité de la percussion médiate. (Le rebord circulaire que présentait cet instrument rendait très-difficile le manuel de la percussion.) La lonœueur de Povale de la plaque sera de 5 centimètres, sa largeur étant de 3 ou 4. Du resle, ces dimensions en largeur ou en lonoueur peuvent sans inconvénients être un peu augmentées où diminuées. On a proposé à plusieurs reprises, et cela pour mieux percuter les espaces intercostaux, de ne porter le petit diamètre de la plaque qu’à 4 centimètre et demi ou 2 centimètres, ce qui n’a, du reste, qu'un très-fable avantage. En général, le plessimètre doit. même avoir une assez grande. dimension, car l'onpulsion que la percussion détermine est d'autant moins pénible que le choc est communiqué sur une plus large sur face. Dans certains cas même, et par exemple dans la péritonite aiguë, dans d’excessives douleurs de nerfs, ele., il est urgent de donner au placoplesse une très-grande étendue, et cela à l'effet de protéger davantage les organes qui sont le siége du mal, |

472. La résistance, la sohdité de l’instrument doivent être telles que la pression musculaire pour le maintenir, que le chog qui lui est imprimé, qu’une chute à laquelle 1l pourrait être exposé ne le fracture pas. On évitera surtout que la plaque. d'ivoire présente dans son étendue des fissures qui la feraient rompre facilement.

173. Il est indispensable que le plessimètre soit disposé de façon à être fixé le mieux possible. Pour cela il faut qu’il puisse être saisi par ses deux extrémités. C’est dans le sens du grand diamètre de la plaque ovalaire qu’il convient de placer des appendices pro-

DESCRIPTION DU PLESSIMÈTRE. | 55 pres à maintenir le placoplesse, et comme il faut que Finstrument dont 1l s’agit soit convenablement maintenu, ces auricules, pour correspondre à la largéur des doigts qui les saisissent, doivent avoir au moins la hauteur de 45 millimètres.

A l'effet que ces doigts, dont la forme est convexe, s’accommodent à la configuration des appendices du plessimètre, ceux-ci devront être transversalement excavés de 2 millimètres au moins à la partie moyenne de leur surface externe. Ils seront légèrement saillants vers leur rebord, et cela dans lPintention de mieux retenir linstrument alors que le choc lui est imprimé.

174. La surface externe des auricules ainsi excavée, loin d’être polie, doit présenter de petites éminences et des enfoncements disposés en losanges ou en.petits carrés. Ces inégalités s’enfonçant par la pression dans le tégument du doigt, 1l en résulte que, lors de la percussion, Pinstrument ne glisse pas sur la peau et est parfaitement maintenu. |

Plusieurs fabricants ont remplacé par de simples rainures horisontales (À) les losanges ou les petits carrés que porte la face externe des auricules. Cette modification est détestable au point de vue pratique ; en effet, si ces rainures sont profondes, le plessimètre devient fragile; si elles sont superficielles elles sont insuffisantes pour bien maintenir linstrument.

475. Les auricules doivent être très-exactement fixées à la plaque plessimétrique ; celle-ci présentera vers le point où elles y sont placées plus d'épaisseur que partout ailleurs. Cette disposition empêche livoire de se fracturer vers ce point, ce qui arrive très-ordinairement lorsque ouvrier à tracé par inattention avec le burin une scissure plus ou moins profonde sur le point de jonction des aurieules avec la plaque.

176. Dans Pintention de rendre le plessimètre plus portatif, dès 1826, j'en avais fait exécuter un que-je conserve, dont la plaque ovalaire très-large portait à chaque extrémité de son petit diamètre une auricule mobile, celle-ci était articulée avec Pinstrument et pouvait, suivant la volonté de Fexpérimentateur, s’appliquer sur la plaque ou bien être relevée perpendiculairement à sa surface, de façon à ce que l’on puisse convenablement saisir le plessimètre. |

(1) Si l'on voulait absolument se servir de plessimètres à rainures auriculaires, il faudrait que celles-ci fussent très-profondes, car, sans cela, elles ne seraïent d'aucune utilité pour maintenir Finstrument.

177. Depuis, M. le D’ Mailliot a placé de semblables auricules mobiles aux extrémités, non pas du petit, mais du grand diamètre. Ce plessimètre est très-portatif, car ses auricules peuvent être à volonté étendues dans la même direction que la plaque d’ivoire, tandis que la disposition des charnières qui lattachent à cette plaque lui permettent de se relever à angle droit et de façon à ce qu’elles puissent être parfaitement saisies avec le pouce et l'indicateur gauche. Le seul inconvénient que l’on peut reprocher au plessimètre à auricules mobiles est de présenter, alors que l’on veut s’en servir, une sorte de vacillation assez désagréable et qui détourne l’attention de examen auquel on se livre.

178. M. le docteur Cros, mon élève et ami, a adressé à l’Académie un plessimètre à auricules mobiles et articulées du même genre que le précédent ; ce médecin lui a donné une forme allongée et une étendue de 6 centimètres de long sur 15 millimètres de large (1); les appendices de cet instrument offrent une dépression Circulaire concave en dehors, pour mieux s’accommoder à la convexité du doigt qui le saisit.— L'avantage de ce plessimètre est surtout de présenter peu de volume, de permettre une limitation facile des organes et de se prêter aux dépressions des espaces intercostaux et des gouttières vertébrales. Je porte constamment cet instrument sur moi et l’on peut lire dans le Bulletin de l’Académie impériale de médecine (28 mai 1861), le rapport avantageux que j'ai fait à cette Compagnie sur le plessimètre de M. Cros.

179. Quoi qu'il en soit du moyen médiateur dont on fait choix pour s’en servir habituellement, il est utile d’avoir dans la trousse de chirurgien que tout médecin dort porter sur lui, un placoplesse à auricules mobiles semblable à l’un de ceux qui viennent d’être décrits et figurés; en effet, si l’on venait à oublier le plessimètre à appendices fixes, alors celui que la trousse contiendrait le remplacerait infiniment mieux que ne pourraient le faire le doigt ou une pièce de monnaie.

180. Il y a quelques années, M. le D' X.. a fait fabriquer un plessimètre dont la plaque assez large porte une sorte de quadrille en forme de damier, et dont les cases, ayant la dimension d’un centimètre, sont numérotées. Le but de cette modification était de nettement préciser quels sont les points de linstru

(1) Déjà, aiusi qu'il a été dit précédemment, j'avais proposé, pour certains cas, de diminuer de beaucoup la largeur du plessimètre.

ment où l’on obtient alors que l’on percute, les sensations tactiles et acoustiques en rapport avec la présence de tel ou tel organe ; mais nous verrons bientôt à l’occasion du manuel qu’exige le plessimétrisme que c’est rarement sur la partie moyenne de l'instrument, mais bien sur les points les plus voisins de ses bords que, pour la limitation des organes, 1l convient de percuter.

181. Les degrés destinés à déterminer la mesure métrique des parties explorées, seront avantageusement placés sur la face de la plaque que l’on percute et tout à fait près de l’un des rebords de cette plaque. Une telle position de l'échelle de mensuration donne à l’expérimentateur de la facilité pour limiter les points où la ligne de circonscription doit être établie. Au centre du plessimètre cette limitation est en général vague et inexacte.

182. Il est convenable de limer dans une direction rectiligne et dans l’étendue très-précise de 4 centimètres un des côtés de la plaque ovalaire du plessimètre, et cela toujours dans le but d’obtenir des figures plus exactes des organes. Les extrémités de la ligne droite et graduée, telles que les ouvriers les disposent, sont souvent assez anguleuses pour blesser les malades, et il est bon de les faire arrondir de façon à ce qu’il n’en soit pas ainsi.

183. Pour éviter que les doigts, qui maintiennent fixée la plaque d'ivoire, ne causent quelques douleurs dans les téguments sur lesquels ils pressent, deux médecins, lun Américain, M. le docteur Macilwain, l’autre Russe, dont malheureusement j'ai oublié le nom, ont fait exécuter un plessimètre fort ingénieux. Cet instrument porte, en dehors de la base des auricules et sur le même plan que la plaque ovalaire, une saillie d’à peu près un centimètre et demi. Lorsque l’on se sert de ce moyen d'exploration, les doigts, retenus par les appendices, ne peuvent pas dépasser le niveau de la plaque d'ivoire. L’un de ces messieurs a bien voulu me donner un très-beau plessimètre de ce genre, en écaille, et que j'ai eu le chagrin de voir se briser en tombant. L’instrument dont il s’agit présente sans doute de Pavantage ; car, de quelque manière que l’on maintienne celui dont je me sers, et qui vient d’être décrit, l’indicateur et:le pouce dépassent toujours le niveau de la face inférieure de la plaque, et pressent, plus qu'il ne le faudrait, les téguments qui recouvrent les organes explorés. Toutefois, avec un peu d’habitude, on se passe de plessimètre à saillie latérale.

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