‹ Traité de plessimétrisme et d'organographismeChapitre 57 sur 207 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE L’ORGANOGRAPHISME ET DE L’ORGANOMÉTRISME (1).

$ 1. Considérations générales.

294. L’organographisme, comme l’indique l’étymologie de ce mot, est la méthode qui consiste à dessiner les organes. Cette méthode a été le sujet d’un mémoire lu à l’Académie des sciences,

(1) Cette expression, qui désigne l'art de mesurer les organes, aurait pu, dès 1823, c'est-à-dire depuis mon mémoire sur les évacuations sanguines, être appliquée à la plupart de mes travaux. Dès lors, en effet, j'ai cherché à porter la mesure dans l'appréciation des états organiques. Si MM. Andral et Gavarret, en 1838, ont pesé les globules, le caillot et la fibrine, et déterminé les proportions de ces éléments constituants du sang, M. Piorry, en 1823 (*), a mesuré non-seulement les proportions de sang que l’on pouvait enlever à un chien et à un homme, sans qu'il y eut péril actuel à le faire, mais encore a prouvé que, dans les maladies dites inflammatoires, la fibrine est en suspension dans le sérum, et qu'elle est la cause d’un grand nombre des phénomènes rattachés aux phlegmasies. S'il est un médecin qui ait fait des efforts soutenus pour rendre la médecine exacte et positive, c'est à coup sûr celui qui, en 1826, est parvenu à faire voir, pendant la vie et avec une certitude mathématique, la forme et le volume des organes, et qui, multipliant à l'infini les recherches et les expérimentations sur les cadavres, propres à rendre certains les phénomènes de la’percussion et de l’auscultation, a cherché à remplacer, par des termes précis et caractéristiques, l'incroyable logomachie propre à la fausse science que la routine avait faite.

(*) Ce mémoire, inséré d’abord dans les Arehives, a été reproduit, en 1832 et 1833, dans le Procédé opératoire de la percussion,

96 DE L'ORGANOGRAPHISME ET DE L'ORGANOMÉTRISME.

le 3 février 1856, mémoire que je crois devoir reproduire ici, au moins en grande partie (1).

295. Un des plus grands moyens qui soient à la disposition du médecin pour déterminer, caractériser, mesurer les organes sains et malades, c’est le dessin linéaire de ces organes et de leurs lésions, soit sur le corps de l’homme, soit sur des surfaces qui en conservent l’image.

296. On reprochait à la médecine d’être éminemment conjecturale; de constituer seulement un art qui, né de l’observation et de l'expérience utilisées par des hommes instruits, ne pouvait être soumis à ce positivisme sévère, à ce calcul des chiffres et de la mesure qui, sous le nom de mathématiques, ont constitué la physique, la chimie, l’astronomie, les sciences exactes par excellence.

297. La médecine a largement obéi à la voie du progrès. Identüifiée à la chirurgie, elle a cessé de procéder par des abstractions; elle n’a plus voulu d’autres bases que lobservation des faits et que les inductions directes qui en sont ürées.

298. L’anatomie, la physiologie, éclairées par les recherches microscopiques, par les autres études physiques et par l'analyse, ont donné les moyens d’élucider les obscurités de la pathologie, et la diagnose a fini, grâce aux découvertes et aux travaux des modernes, par arriver au positivisme des lignes, à la mesure des surfaces, à l'exactitude du dessin linéaire et à la sévérité du calcul.

299. L'art de reconnaître l’état matériel des organes sains et malades s’est élevé à une telle certitude, que sur dix cas où le médecin a la douleur de perdre le malade, l’ouverture du corps vérifie : les lésions principales que, pendant la vie, il a reconnues et annoncées; le détail et les dimensions de ces lésions, et même les modifications de structure qu’il croyait exister dans les parties secondairement ou coneurremment affectées.

300. Cet art de la diagnose est si bien devenu une science que, sur un cadavre inconnu, l’anatomiste versé dans la pratique du plessimétrisme indique à coup sûr les ponts de la peau correspondant aux limites des lésions profondes, et que parmi les médecins qui ont suivi ces progrès, il n'arrive presque jamais que, réunis en consultation pour un malade, y ait de dissidences sur les états matériels existants.

(1) Le lecteur voudra bien excuser ici quelques répétitions, qui sont inévitables, en se rappelant qu'il est utile de présenter dans leur ensemble les imrésultats de l’organographisme.

DE L'ORGANOGRAPHISME.ET DE L'ORGANOMÉTRISME. 97

301. Les causes traumatiques, toxiques ou anatomiques d’un grand nombre d’altérations survenues dans le volume, la forme, la contenance des parties, sont aussi devenues parfois évidentes, Il en est arrivé ainsi, alors qu’immédiatement après l’action de ces causes, on a vu se manifester des effets organiques déterminés, appréciables et susceptibles d’être mesurés au moyen des signes matériels et de l’analyse.

302. L'efficacité des médicaments dans une altération organique a souvent acquis une certitude non moins irréprochable. En effet, et très-promptement après cette administration, et lorsque auparavant le mal restait stationnaire, on a pu fréquemment constater d’une manière absolue, que l'affection contre laquelle ces médicaments avaient été dirigés s'était promptement dissipée ou avait diminué d'intensité, FRA

303. Les moyens qui, en dehors de l’analyse chimique, de l’examen micrographique, etc., sont parvenus à donner à la médecine ce cachet de certitude qui l’élève aux yeux de la raison, sont presque tous le résultat des travaux de médecins français ; mais ce sont deux étrangers : un Italien, Morgagni, et un Allemand, Avenbrugger, qui, au point de vue de l’examen cadavérique ou des moyens matériels, ont tracé la voie que les modernes ont si largement et si utilement parcourue.

Page 1