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CHAPITRE XL

274. Le plessimétrisme pratiqué avec deux ou trois doigts étant préférable à toutes les autres manières de percuter, il convient d’insister sur cette méthode d’une manière toute spéciale.

275. Le plessimètre qui a été précédemment décrit (n° 174) étant bien maintenu entre l’indicateur et le pouce, est placé sur les parties qu'il s’agit d'explorer de façon à faire en quelque sorte corps avec elles, et suivant que l’on veut explorer la peau, les muscles, les parois osseuses,-les viscères, on applique plus ou moins profondément l’instrument de médio-percussion. On a bien soin, lorsque le plessimétrisme est pratiqué, de retenir entre les doigts la plaque d'ivoire, de façon à ce que l’impulsion qui résulte du choc qu'on lui imprime ne puisse ébranler d’une manière douloureuse ou dangereuse les parties dont la sensibilité est exagérée (n° 261).

276. Le plus souvent, il est utile de porter le plessimètre d’une manière successivement profonde et superficielle, ce qui permet d'obtenir des résultats de percussion en rapport avec les organes éloignés ou rapprochés de lextérieur.

277. Le plus souvent, le plessimètre, tant que l'exploration dure, doit rester fixé sur le lieu même où d’abord il a été placé ; mais, d’autres fois, lorsque l’on veut examiner rapidement une surface étendue, on percute la plaque d'ivoire en même temps qu’on la porte successivement, et en la tenant toujours très-bien appliquée, sur diverses parties de Penveloppe cutanée.

278. C’est de cette façon que, tenant compte des moindres différences de sonorité, d’élasticité, de résistance que l’on rencontre sur les surfaces successivement percutées, on reconnaît les points précis où chaque organe commence à correspondre. Chose remarquable, c’est qu'un instant avant d'arriver au point même où correspond un viscère, on éprouve latéralement et dans la direction du lieu où ce viscère est placé, une sensation qui est en rapport avec sa présence, et qui permet en quelque sorte de la pressentir. C’est à un ou deux millimètres du rebord de l’organe que lon juge ainsi de son voisinage. Il est difficile de dire à quelle cir-

constance physique est dû un semblable fait ; il semble, cependant, qu’il soit le résultat d’un simple retentissement du choc et des vibrations réfléchies imprimées aux doigts qui percutent par les surfaces ou par les rebords des parties au voisinage desquelles la percussion est pratiquée.

279. La manière dont la peau est presque partout liée aux parües sous-jacentes par un tissu cellulaire mou et extensible, fait qu'il est assez souvent difficile de déterminer le point précis du tégument derrière lequel se trouve tel ou tel viseère exploré plessimétriquement. En effet, le derme, par les divers mouvements ou par le glissement que lui fait exécuter la pression produite par la plaque d'ivoire, est susceptible de se déplacer d’un, de deux ou de trois centimètres, et la partie du tégument qui, lors de la percussion, était située immédiatement au-dessus du foie, de la rate, du cœur ou de tout autre organe peut, un instant après et par suite des mouvements qui lui sont imprimés, être placée très-loin des viscères auxquels elle correspondait. Il est très-utile d'éviter, pendant la percussion, que le glissement dont il vient d’être parlé ait leu, car il pourrait en résulter de très-graves erreurs.

280. Pour déterminer d’une manière tout à fait exacte le point où la surface du tégument correspond à une partie bien limitée d’un viscère, il faut prendre les précautions et-employer les moyens suivants : 1° on appliquera et l’on appuyera le plessimètre d’abord perpendiculairement sur la peau; 2° on notera exactement et l’on marquera avec soin le point où le son propre à l'organe profond commencera à se rencontrer; 3° on fera exécuter alors à la plaque d’ivoire de petits déplacements de va et vient, et cela en faisant glisser le derme sur le üssu cellulaire sousjacent, et cela dans Pétendue d’un ou de deux centimètres en deçà ou au delà du point où l’on aura cru reconnaître le rebord de l'organe; en même temps que ce mouvement sera opéré, on conünuera à pereuter sur le plessimètre. De cette façon on parviendra à s'assurer de la manière la plus absolue du lieu précis où se rencontrera le changement survenu dans les sensations tactiles et acoustiques, et partant de la position réelle des viscères.

281. Pour préciser cette même position, il est encore un procédé de la plus grande utilité, et qui consiste dans la précaution que voici (1) : après avoir indiqué sur la peau et avec un crayon

(1) Une autre description de ce procédé a été donnée dans l'Atlas de plessimétrisme, p. 29, n° 12,570.

le point du tégument où l’on croit avoir trouvé la limite correspondant à deux organes juxtaposés, on porte successivement les deux bords du plessimètre : l’un au-dessus , l’autre au-dessous des confins extrêmes de la marque qui a été faite; on percute dans ces deux positions de la plaque d'ivoire, et tout à fait près de ses bords. On arrive ainsi à mesurer par les sensations obtetenues , ef à un millimètre près, le lieu précis où l’un des organes finit et où l’autre commence, cette manière de déterminer les points du tégument auxquels correspondent les limites respectives des parties profondes permet, comme nous le verrons bientôt, d’en tracer un exact dessin.

282. Dans la manière de percuter sur le plessimètre, il y a deux choses fort importantes dont il est essentiel de tenir compte.

283. 1° La percussion ayant pour but d'obtenir des résultats généraux ou d'ensemble sur la disposition des organes situés au-dessous de la plaque d'ivoire; quand il s’agit seulement d’arriver à de tels documents, c’est sur le centre même de cette plaque qu'il convient de diriger le choc qui, pourvu que l'instrument soit bien retenu par la pression que les doigts exercent sur ses auricules, peut alors, sans inconvénient, être forte et profonde; c’est le plus souvent de cette façon qu’il faut s’y prendre pour explorer les organes éloignés de la surface du corps.

284. 2° La percussion destinée à limiter parfaitement les partes, et à permettre de dessiner-avec exactitude la circonscripton de celles-ci ; or, dans ce cas, le plessimétrisme doit absolument être pratiqué sur le rebord de l'instrument et à la hauteur des points où se trouvent marqués les degrés métriques de mensuration.

285. Tout récemment, pour rappeler davantage ce précepte à la mémoire de l'explorateur, j'ai fait teinter en noir ou en bleu et dans l'étendue de cinq millimètres les rebords de la plaque d'ivoire, en indiquant ainsi les points sur lesquels doivent être pratiquées , soit la percussion d'ensemble, soit la percussion de Hmitation. |

286. Quand l’organe examiné présente un bord arrondi, on percute sur le côté du plessimètre dont la forme est demi-cireulaire ; lorsqu'une ligne presque droite le termine, c’est sur le côté rectiligne de l’instrument que le choc doit être porté; en ayant cette précaution, le dessin organographique est guidé par la forme même de la plaque d'ivoire.

287. Pour la plupart des expérimentateurs, c’est la main droite

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qui doit donner le choc plessimétrique. On se servira d’un seul doigt si l’on veut obtenir superficiellement peu de son; de deux doigts si l’on désire en produire davantage. Est-on dans l’intenüon de percuter fortement et profondément? on aura recours à Pindicateur et au médius fixés et maintenus par le pouce qui presse latéralement sur lParticulation de la première et de la seconde phalange de ce même indicateur (n° 252). Ce sont les extrémités de la face palmaire des doigts, celles qui frappent sur les touches du piano, de l’orgue, ou qui pressent les cordes du violon ou du violoncelle, etc., qui doivent percuter la plaqué d'ivoire.

288. La manière dont l’impulsion est communiquée, doit varier suivant la nature des sensations que lon cherche à saisir ; veut-on produire beaucoup de son, faire vibrer profondément les organes et cela pour les assistants et poür soi-même, il faut imprimer un choc sec, rapide, et relever le doigt presqu’au moment où 1l a frappé l’ivoire. On doit alors mettre dans cette petite opération une extrême légèreté, laquelle n'exclut en rien un certain degré de force. Il faut mettre dans ce manuel l’adresse que donne habitude, et l’on peut même y ajouter une certaine élégance, bien plus à rechercher ou à imiter que cette prestidigitation facile dont certaines personnes semblent se faire honneur alors qu’ils percutent avec un marteau artistiquement travaillé. Plus le coup est sec, fort et rapide, plus le son produit et la sensation d’élasticité deviennent manifestes. Lorsque l’on veut obtenir des impressions tactiles très-développées, il est au contraire utile, je dirai même indispensable, de laisser appliquée pendant quelques instants l'extrémité du doigt avant de la retirer; alors on obtient un son et une sensation tels que si le corps percuté est dur ou mou on éprouve de la façon la plus évidente des impressions acoustiques et aphéplessiques en rapport avec ces circonstances de structure.

289. Lorsque l’on veut avoir des notions sur l’état des parties superficiellement placées, on frappe sur le plessimètre légèrement et en frôlant (c’est-à-dire presque parallèlement à la surface de cet instrument (n° 88). Quand, au contraire, on veul faire vibrer des organes profonds, on percute perpendiculairement à cette même surface.

290. Le mouvement de la main qui pereute doit se passer dans le poignet et nullement dans le bras. Si ce même mouvement s’opère avec l’avant-bras ou le bras, les sensations obtenues sont

insuffisantes et l’on imprime au malade de dangereuses secousses.

291. On peut remarquer, en se fondant sur les considérations précédentes, qu’il y a beaucoup d’analogie entre le manuel néces- Saire pour pratiquer le choc plessimétrique et celui qu’exige l’attouchement de l’orgue et du piano. C’est presque de la même manière que dans ces cas divers on doit attaquer les surfaces que l’on veut faire vibrer, et que le bras doit être tenu immobile; cela est si vrai que, d’une part, l’on peut se servir pour apprendre à percuter, du petit support en bois que les professeurs de piano utilisent pour exercer leurs élèves, et que, de lautre, les pianistes se servent infiniment mieux du plesssimètre que les médecins inexpérimentés.

292. Une des plus grandes difficultés dans le jeu des instruments est de faire que les deux mains soient indépendantes entre elles ; que les mouvements de l’une puissent être forts et prolongés, tandis que ceux de l’autre soient doux et légers, lents et rapides, etc., ete., eh bien! c’est aussi là un des plus grands obstacles que l’on ait à surmonter dans la percussion; en effet, tandis que la main gauche doit saisir avec force le plessimètre, de façon à déprimer les parties ou à faire que la plaque d'ivoire s’identifie par la pression avec les organes explorés, la main droite doit, suivant les cas, percuter avec légèreté ou énergie, avec rapidité ou lenteur, obliquement ou dans une direction perpendiculaire, ete. Cette remarque est d’une extrême importance, et celui qui n’en tient pas compte s'expose à ne jamais savoir mamer convenablement le plessimètre, Ce défaut de concordance entre les deux mains est d'autant plus difficile à vaincre, que l’harmonie entre les mouvements des diverses parties de notre corps, la synergie qui existe entre ces parties est une loi de l’organisme en vertu de laquelle les éléments constituants du corps de l’homme exercent constamment les uns sur les autres une influence mutuelle et réciproque. (Art, Muruez du Dict. des sciences médicales, par M. Piorry, 1819.)

293. Il en est des résultats obtenus par le plessimétrisme comme de toute connaissance que l’on acquiert en diagnose; c’est qu’il faut se donner garde d'admettre avec une précipitation trop grande les faits que l’on a eru tout d’abord découvrir ; précisément parce que les notions données par les recherches placoplessiques ont en général une grande certitude, on ne doit les ad-

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mettre comme positives qu'après s’être bien assuré que toutes les précautions requises pour ne pas commettre d'erreur ont été prises. Ces erreurs auraient des conséquences d'autant plus graves que l’on se croirait plus en droit de compter sur la certitude des moyens qui auraient fait établir la diagnose. Lors done que l’on a limité un organe el apprécié plessimétriquement sa densité, sa contenance, etc., il faut réitérer deux, trois fois et plus, son examen premier, y procéder de diverses facons et n’admettre enfin comme vrais que les faits consacrés et absolument démontrés par plusieurs expérimentations successives.

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