‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 20 sur 95 · S A. ROLE POUTIQUE DE BUCHEZ SOUS LA REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

S A. ROLE POUTIQUE DE BUCHEZ SOUS LA REPUBLIQUE

Bûchez avait pris une certaine part à la victoire du peuple. Capitaine dans la deuxième légion de la garde nationale depuis plusieuis^ années, il s'était mis dans la matinée du 24 février à la tête d'un certain nombre de gardes de son bataillon et s'était dirigé par la rue Richelieu vers la place du Palais-Royal on se livrait alors le dernier combat entre la troupe et l'insurrection. Avançant par les rues deRohan et de Rivoli, il était arrivé jusqu'au guichet des Tuileries. Les troupes d'infanterie rangées devant la porte mirent la crosse en l'air et Bûchez entra sans obstacle dans la cour du château avec les gardes nationaux qui l'avaient suivi. Aucune bande d'insurgés n'y avait encore pénétré. C'était au moment du départ de Louis-Philippe.

Comme il ne faisait partie ni de la chambre ni de la rédaction des grands journaux, il ne s'attendait nullement à être appelé à des fonctions publiques. Aussi éprouva-t-il quelque surprise quand il apprit que son ancien ami, M. Garnier-Pagès, l'avait nommé ainsi que M. Recurt, maire-adjoint de Paris. Bûchez accepta volontiers ce poste dans lequel il pensait pouvoirêtre utile.

i . Revue nationale fondée par MM. Bûchez et Jules Bastide (mai 1847 à juillet 1848), 1 vol. gr. m-S».

NOTICE SUR BUCHEZ. xxxvii

En effet les mairestîtulaires, M. Garnler-Pagès d'abord, plus tardMarrast, qui étaient en même temps membres du gouvernement provisoire, étaient trop absorbés par les affaires générales pour pouvoir s'occuper des détails de l'administration de Paris. Le soin de cette administration retomba donc presque tout entier sur les deux maires- adj oints .

Or, c'était une lourde tâche et qui avait une importance de premier ordre. Des questions vitales pour la république dépendaient jusqu'à un certain point de mesures administratives relatives à la capitale. C'était à Paris que bouillonnait la masse populaire agitée par la révolution; c'était à Paris surtout que les ateliers se fermaient, que les riches renvoyaient leurs domestiques, que les banquiers refusaient de se prêter aux opérations commerciales les plus indispensables, que la nécessité de donner du travail et du pain à la population constituait une exigence' aussi impérieuse que difficile à remplir, dans un moment où les recettes municipales les plus importantes se trouvaient suspendues par la destruction des bureaux de l'octroi. Ceux qui ont vu l'hôtel de ville pendant ces deux mois qui s'écoulèrent jusqu'à la réunion de l'assemblée constituante, se rappellent le mouvement extraordinaire qui y régnait sans intermption , les députations qui s'y succédaient sans relâche, les difficultés de toutes sortes qu'il fallait résoudre à chaque instant. Le rétablissement de la perception aux barrières, la réorganisation de la garde nationale, les secours aux blessés de février, les mesures d'ordre et de sûreté, les soins de l'assistance publique, l'organisation desateUers nationaux, Iss ressources financières à appliquer à tous ces besoins, formaient autant de questions urgentes qu'il fallait résoudre à bref délai. Bûchez déploya peu-

xxxvm NOTICE SUR BUCHEZ.

dant tonte cette période ane activité fébrile. D arrivait à son poste à huit henres du matin et ne le quittait qu'à dix henres du soir. H n'accepta aucun traitement pour ces fonctions. Il est vrai qu'il prenait ses repas à Thôtel de ville; or comme une foule d'employés municipaux et tous les fonctionnaires que les affaires publiques appelaient au siège du gouvernement mangeaient à la 'table des maires-adjoints, la dépense de cette table, toujours modeste, fiit assez considérable, ce que plus tard la réaction reprocha amèrement à Bûchez et à Recurt.

Mais à côté des difficultés administratives, un autre soin encore préoccupait Bûchez. On sait qu'aussitôt après la révolution de février, il se ^orma un parti d'agitateurs qui, soit par ambition personnelle, soit en vertu d'opinions exagérées, tendaient à renverser le gouvernement provisoire, à le remplacer par une dictature et à ajourner indéfiniment la réunion de l'assemblée nationale. Il eût suffi de faire arrêter dès le début quelques-uns de ceux qui fomentaient cette agitation, pour éviter de graiids malheurs à la république. Telle était Topinion de Bûchez. Malheureusement l'accord ne régnait pas au sein du gouvernement provisoire, le parti de la dictature y avait des adhérents, et il ne fut pas tenu compte des conseils que le maire- adjoint donna à ce sujet. A l*aide de la liberté absolue de la presse et de réunion, les meneurs des clubs parvenaient facilement à mettre en mouvement un peuple sans travail, qui cependant avait encore pleine confiance dans le pouvoir sorti de la révolution. Alors furent organisées ces manifestations successives qui consistaient à réunir d'immenses masses populaires autour de l'hôtel de ville, où des mandataires sans mission allaient présenter au gouvernement provisoire des demandes dont le peuple n'avait aucune connaissance. La première de ces manifestations

NOTICE SUR BUCHEZ. xxxix

avait eu lieu le 17 mars. Bûchez en avait compris tout le danger et une de ses plus vives préoccupations était d'organiser la défense pour le cas où le siège du gouvernement serait attacjué. Les faits ne tardèrent pas à prouver que ses craintes n'étaient pas sans fondement. Une nouvelle manifestation beaucoup plus formidable que la première se préparait pour le dimanche 16 avril, avec l'intention positive de constituer un nouveau pouvoir. Il est connu que M. Ledru Rollin lui-même était initié à ce projet et qu'il ne se sépara des agitateurs que dans la matinée même du l6 avril. Par cela même que le ministre de lïntérieur et le préfet de police étaient engagés dans cette entreprise , le gouvernement provisoire en était fort mal informé. Mais déjà Bûchez avait pris toutes les mesures nécessaires pour la faire échouer. Il a raconté lui-même cette journée dans une lettre adressée à un ami. Nous reproduisons les passages les plus importants de cet écrit qui offre en même temps l'intérêt d'un témoignage historique.

Après avoir rappelé les informations qu'il avait reçues quelques jours auparavant sur la manifestation projetée, Bûchez continue en ces termes : « Tout cela me donna la pensée d'un projet de mouvement analogue à celui du 17 mars. J'en parlai le jeudi soir à Marrast; il rejeta cette opinion bien loin. Je lui en reparlai le vendredi et le priai avec instance d'en parler au gouvernement; il me dit qu'il n^élait question de rien de cela , que je m'étais trompé. Enfin le samedi, sur mes instances, il répondit seulement que je pouvais me préparer, quoiqu'il fût certain qu'il n'y avait rien. Je n'avais pas attendu cette autorisation. J'avais parlé à la plupart des maires de Paris et je leur avais demandé s'ils feraient marcher leurs légions sur ma signature; tous m'avaient répondu affirmativement. Je

Page 1