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les avais excités de toutes manières, tous m'avaient répondu par les protestations les plus énergiques. J'avais en outre parlé au colonel de la neuvième légion, homme d'un grand zèle et qui jouissait d'une grande influence. Enfin pour la défense de l'hôtel de ville je m'étais entendu non pas avec le colonel Rey , mais avec le commandant de notre bataillon, le citoyen Beaumont, homme honnête et qui était par-dessus tout homme d'exécution. Le samedi je demandai au général Dnvivier quatre bataillons de garde mobile , qui étaient à rhôtel de ville le dimanche matin. Enfin un piquet devait être sous les armes dans toutes les mairies de Paris.
« Malgré tous ces préparatifs, les ai&rmations de Marrast m.'avaient fait douter de l'utilité de mes soins et par conséquent de la vérité des renseignements que j'avais reçus.
« Le dimanche 16 au matin, lorsque j'arrivai à l'hôtel de ville, je trouvai Marrast parti pour aller reconnaître les officiers des légions de la banheue. On ne savait quand il reviendrait. Recurt, moins au courant que moi et rassuré par T indifférence de Marrast , était parti suivant son ordinaire de tous les dimanches pour aller se reposer qn moment au sein de sa famille. Je commençai à espérer que j'avais été la dupe d'une panique. Mais je ne tardai pas à être détrompé.
« Vers 1 1 heures un quart ou demie, arriva M. Arago. Sa figure me parut décomposée, moins calme qu'à l'ordinaire. Il me trouva dans les appartements du préfet. « Eh bien , me dit-il en entrant , ils arrivent ; êtes-vous prêt? que ferez- vous? » Alors je lui exposai nos moyens. Nous avions quatre pièces de canon et des munitions en abondance ; quatre bataillons de mobile et le bataillon de l'hôtel de ville dit garde répubU-
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caine. Dans ce bataillon, il est vrai, il y avait un officier et quelques sous-officiers et soldats tout dévoués à Blanqui ; mais ils avaient été dispersés dans le bataillon et tous étaient surveillés. Lorsque Tattroupement se présenterait , il était convenu qu'on tirerait deux coups de canon. A ce signal une centaine de gardes nationaux devaient sortir de la rue de la Mortellerie et brûler, en tirant en Pair, un certain nombre de cartouches , tant afin d'écarter les curieux , que pour ébranler le noyau m.éme de Fattroupemect. Au même signal , le colonel Gautier devait faire battre le rappel dans la neuvième légion et porter au pas de course son piquet de miUe hommes sur Thôtel de ville. Simultanément un bataillon de mobile devait porter ses matelas contre les grilles du jardin du préfet et garnir ces grilles d'une ligne de banquettes; enfin toutes les fenêtres devaient être garnies d'hommes armés. Des grenades étaient disposées sur les combles pour débarrasser les approches de l'hôtel. « Certes, ajoutai-je, en parlant à M. Ai*ago , il faudra que les insurgés soient bien forts pour vaincre de tels obstacles. Si nos défenseurs ne se démoralisent pas, nous aurons tout le temps pour attendre les secours extérieurs. » M. Arago approuva ces dispositions.... Il se rendit ensuite à la mairie du sixième arrondissement , d'où il pouvait envoyer des secours à l'hôtel de ville.
« La démarche de M. Arago me confirma toutes mes prévisions. Le moment fatal où tout annonçait que le sang coulerait, approchait. Nous allions donc être obligés de sortir de cette politique qui voulait que sous le gouvernement provisoire , il n'y eût point de sang versé. Alors me vint une pensée que je considère comme un grand bonheur : ce fut d'opposer un flot d'hommes au flot d'hommes que dirigeaient les adver-
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saires ; ce fat de remplir les abords de lliôtel de ville d^une masse si compacte que Témeute fût arrêtée par elle, par le seul fait de la masse. J^allais voir si la garde nationale existait et si on pouvait compter sur elle. Aussitôt je pris la plume et j'écrivis aux maires des huitième, septième, sixième et cinquième arrondissements à peu près ces mots : « Faites battre le rappel ; envoyez au pas de course , sur la place de Thôtel de ville, tous les gardes nationaux que vous avez sous la main, ainsi que ceux qui obéiront à Tappel à mesure de leur réunion. La rapidité dans Texëcution est par- dessus tout ce que je demande. » Toutes ces lettres furent écrites de ma main, les unes après les autres, en sorte que le fond était plus uniforme que la rédaction. Peutêtre quelques maires en ont-ils conservé. Je les confiai à des messagers intelligents et sûrs, en sorte que Teffet en fut immédiat.
« Cependant lorsque j'eus écrit au cinquième arrondissement, je réfléchis que j'étais seul à Thôtel de ville ; que je n'étais pas membre du gouvernement, que j'usurpais en fait sur un pouvoir qui méritait d'autant plus de respect qu'il était moins fort; enfin qu'il pourrait bien arriver si le mouvement de la garde nationale réusissait, que celui qui serait à Thôtel de ville se trouvât le chef du pouvoir. C'était une sorte d'usurpation dont je ne voulais être ni accusé ni coupable. En conséquence, j'écrivis à M. Lamartine, l'homme puissant par la parole, l'homme populaire dans toutes les opinions. Ma lettre était courte, mais elle exprimait les pensées dont je viens de parler.
« Je ne venais que de la terminer, lorsqu'on m'amena l'état -major du bataillon de volontaires, dit les Lyonnais. Ils étaient porteurs d'une lettre de Caussidière , le préfet de police , dans laquelle il me
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disait que l'hôtel (Je ville étant menacé, il m'envoyait ces forces pour me défendre. Je n'avais pas grande confiance dans Caussîdière; Thôtel de ville et la préfecture de police étaient en rupture complète. Je crus voir un piège dans cette offre et je craignis d'introduire dans la place qu'il s'agissait de défendre tout autres gens que des défenseurs. Cependant je ne voulus pas manifester ma pensée; je résolus de me servir du bataillon lyonnais, mais de le mettre à une place où il ne pût nuire et où il contribuât cependant à faire masse. Je lui écrivis un ordre de se rendre à la place de l'ancien marché Saint-Jean et de l'occuper.
« En ce moment la 9® légion était toute en mouvement. tJn quart d'heure après ma lettre, le piquet arrivait et les bataillons se succédaient. Ils furent placés en partie dans le jardin du préfet, en partie devant les grilles de la place.
« Cependant je repris la plume et j'écrivis le même ordre, dont j'ai déjà parlé, à toutes les autres mairies de Paris, à toutes les autres légions, en commençant par celles de la rive droite, en continuant par celjes de la rive gauche. Enfin, j'envoyai à la recherche de Marrast. — En ce moment, j'avais tout fait; je n'avais plus qu*à attendre.
« Vers une heure et demie, plus ou moins^ M. I^slmartine arriva, ayant fait la route à pied ; il me trouva dans les appartements du préfet, où je m'étais toujours tenu. Voici, sauf les termes, ce qu'il me dit : « Je met- (( tais mes bottes pour venir vers vous lorsque je reçus « votre billet. Je me suis hâté. Ledru-RoÙin est venu « me voir ce matin ; il est venu me demander conseil. .. » « Ledru RoUin était très-ému, très-agité; il se jeta dans « mes bras; il me demanda comment sortir d'un projet « dont il ne voulait pas et qui était en ce moment en
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« cours d*exécution. Je lui dis qu^3n^avaitqu*un moyen; « citait de retourner à son ministère et d y donner « l'ordre de faire battre le rappel ; que quant à moi, « j^allais prendre tontes les mesures propres à faire « manquer ce projet insensé. Ledru-RoUin me quitta en « m^embrassant et en me disant qu*il allait exécuter « mon conseil. Voilà ce qui m^a déterminé à mliabiller « pour venir ici. Je vous amène quatre bataillons de « mobile que j'ai fait demander à Dnvivier; ils ne tar- « deront pas à être ici et lui-même viendra bientôt avec « le reste de ses forces. »
« Comme il ne faut rien cacher de ce qui honore un homme, surtout lorsqu il a été odieusement calomnié, je dois dire que M. Lamartine, en quittant le ministère, croyait venir à la boucherie, et que toutes les personnes qui Tentouraient pensaient de même; il dit adieu à sa femme, qui elle-même quitta le ministère; et cependant M. Lamartine se hâta. Je tiens ce fait d'amis intimes qui en iîirent témoins.
« Cependant à mon tour je racontai à M. Lamartine ce que j^avais fait, et j'ajoutai que, d'après les réponses qui m'avaient été apportées par mes messagers, cette journée serait une journée de triomphe. Puis je lui proposai de monter dans les appartements municipaux dont les .salles donnent sur la place et éclairent au loin les quais, pour voir où en était le mouvement de la garde nationale.
« Arrivé dans une de ces salles sur la place, où s'étaient tenues quelquefois les séances du gouvernement provisoire, j'aperçus un homme d'un certain âge, en habit de ville, la badine à la main, en costume de visite. « Je vous présente, me dit M. Lamartine, M. le « général Changamier; il venait me rendre visite « lorsque je sortais pour venir ici ; je l'ai amené avec
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« moi. » Je saluai le général, je lui parlai de la réputation acquise par lui en Afrique....: puis je m* avançai vers la fenêtre, le général me suivit. Un spectacle magnifique frappa nos yeux. La place était déjà presque remplie de gardes nationaux, et aussi loin que portaient les yeux, on voyait couler comme un flot de baïonnettes. Je ne pus m'empécher de dire : Tout à Theure j'étais sans émotion , mais en ce moment, ce que je vois est si beau que les larmes m'en viennent aux yeux. « Oh! me répondit le général, que ne pourrait-on « pas faire avec des moyens pareils ! » Voilà toute la part que le général Changamier a eue à cette journée. Peu de temps après arriva Marrast.... »
On sait que la journée se termina pacifiquement et que la foule réunie par les clubistes se dispersa d'ellemême devant cette grande manifestation de la garde nationale. Je me bornerai donc à ces extraits de la lettre de Bûchez. Ils prouvent que, si même M. Ledru- Rollin n'eût pas changé d'avis au moment décisif, les mesures prises par l'adjoint du maire de Paris auraient suffi pour faire avorter le mouvement projeté.
Huit jours après eurent lieu les élections pour l'Assemblée constituante. Bûchez fut le dix-septiéme des représentants élus à Paris. Il avait obtenu cent trentecinq mille six cent soixante-dix-hiiit suffrages. Le 4 mai l'Assemblée ouvrit ses séances, et le lendemain elle choisit Bûchez pour président. Il devait cette haute distinction à la fermeté connue de son caractère et à sa probité à toute épreuve , à la nature de ses idées qui semblaient prometti*e la réconciliation entre les partis révolutionnaires et les partis religieux, enfin aux services qu'il avait rendus à l'hôtel de ville. Il avait souvent dit avant février, que le plus grand honneur auquel pût aspii'er un homme ^ était de présider une
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assemblée libre des réprimants de la nation. Mais quand il exprimait ce sentiment^ il ne pensait pas qu'il jouirait an jour de cet honneur.
L'événement le plus remarquable de sa présidence fut la journée du 15 mai. Les meneurs des clubs avaient organisé une nouvelle manifestation , dirigée cette fois contre T Assemblée nationale. Bûchez n'était plus à r hôtel de ville, mais comme président de l'Assemblée il pouvait prendre toutes les mesures* nécessaires pour la sûreté de la représentation nationale, et il était trop bien averti des projets des agitateurs pour manquer de le faire. Sa pensée était d'employer une seconde fois le moyeu qui avait si bien réussi le 1 6 avril en réunissant autour de l'Assemblée des masses impénétrables de garde nationale. Le général Courtais , commandant en chef de la garde nationale, et le préfet de police Gaussidière, reçurent à cet effet les ordres les plus précis. Mais Gaussidière était d'accord avec les meneurs du mouvement, et le général Gourtais, par des motifs inexpliqués jusqu'ici, négligea de prendre les mesures de sûreté qu'il avait indiquées lui-même, et qui auraient suffi pour garantir l'Assemblée *.
4. M. Bureaux dePusyJ'un des questeurs, donaii connaissance à r Assemblée dans la séance du 27 mai des lettres qui avaient été échangées à ce sujet. Bûchez avait écrit entre autres au préfet de police : c Je vous prie de prendre toutes les me-» sures nécessaires pour que le mouvement avorte et n'approche pas même du voisinage de TAssemblée. Agissez habilement eP vigoureusement comrpe vous Pavez fait hier; mais que, comme hier, nul attroupement n'arrive seulement à la vue du palais de l'Assemblée. » Sa lettre du 1 4 mai au général Courtais se ter-» minait ainsi : « Il faut que les agitateurs trouvent partout un pouvoir vigilant. Je vous invite à prendre les inesures nécessaires pour que l'Assemblée ne soit aucunement troublée dans
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Les chefs des clubs, porteurs d'une pétition en faveur de la Pologne et suivis d'un cortège de quelques milliers de personnes, arrivèrent par le boulevard. Aucun des bataillons de la garde nationale annoncés par le général Courtais ne se trouvait sur la place de la Concorde, et le cortège arriva sans obstacle au pont. Ne se fiant pas complètement aux dispqsitious prises par le général , Bûchez avait fait venir de son propre chef des bataillons de la garde mobile. Mais l'un d'eux, placé sur le pont de la Concorde, ouvrit ses rangs aux agitateurs, qui se répandirent en foule autour du palais de l'Assemblée et en escaladèrent de tous côtés les grilles et les murs, sans que la garde mobile leur opposât aucune résistance. L'Assemblée était en séance depuis une heure environ. Bûchez se porta au-devant des individus qui arrivaient par la grille du quai. Mais déjà ceux qui étaient entrés par la place de Bourgogne envahissaient les tribunes, et se laissant glisser le long
ses travaux ni par des clameurs, ai par ]a foule, ni par des tentatives pour pénétrer dans son sein. Prudence , modération et prévoyance, voilà ce que je vous demande. Vous vous êtes plaint à moi de ce que j'avais envoyé des ordres directs. Je renonce à ce moyen pour cette fois, en tant qu'il; ne deviendra pas indispensable j mais aussi je vous rends respon* sable de ce qui pourrait arriver. » Lé général Courtais répon* dait le 15 mai : « J'ai l'honneur de vous prévenir que ce matin il y aura 1000 hommes de la 10» légion à l'Assemblée nationale, 1000 hommes de la 1'* à la tête du pont, iOOO hommes de la 2* aux Tuileries et sur le quai, 1000 hommes de la 3" sur la place du Carrousel occupant le pont National, iOOO hommes de la 4^ au Louvre. Tous ces bataillons se porteront sur l'AssembJée et seront remplacés par les 5', 6*, 7» légions ; les 8* et 9« ont Thotel de ville à garder, les 11* et 12' le Luxembourg. Toutes les précautions sont prises pour avoir au premier signal toutes les légions. »
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des coloDoeSy se mêlaient aux r^résentants , dans la salle même de FAssemblée. Je n'ai pas à raconter la scène d^indescr^dble tumulte qui suivit et qui dura près de quatre heures. Enfin, Ters cinq heures du soir, les meneurs, arrivés au comble de Fexaltation, se crurent assez forts pour prodamer la dissolution de FAssemblée et allèrent instituer à Thôtel de ville un nouveau gouvernement provisoire qui eut une demiheure d^existence.
Bûchez était remonté au fauteuil. Mais son bureau même était encombré par une foule d'individus appartenant à l'émeute ; ses communications avec l'Assemblée et le dehors étaient donc pour ainsi dire interrompues et ne pouvaient avoir lieu que sous le contrôle des clubistes mêlés aux membres du bureau. Heureusement Bûchez avait pu déléguer, en rentrant, ses pouvoirs au questeur Degoussée et donner des ordres pour la réunion de la garde nationale. Ne voulant pas quitter l'Assemblée tant que les représentants resteraient sur leurs bancs, Bûchez n'avait donc d'autre choix que de conserver une attitude passive et d'attendre que cette scène de désordre eût son dénoùment naturel. Ce dénoùment, il lui était facile de le prévoir : ce fut celui qui eut lieu en eifet : la déchéance de l'Assemblée, proclamée par les envahisseurs, et la formation d'un nouveau gouvernement. Mais, loin de s'en effrayer, il le désirait, et aurait voulu en hâter le moment; car il savait qu'aussitôt libre de ses mouvements, il lui serait facile de disperser l'émeute en peu d'instants.
n souhaitait d'autant plus vivement une prompte solution, qu'il craignait que le désordre ne dégénérât en graves violences. Il avait écrit l'histoire de la Révolution, et se rappelait bien les scènes analogues qui avaient marqué cette tennble époque. Il savait que
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plusieurs agitateurs étaient armés, qu'on voulait faii*e voter les représentants sous la pression des menaces, et, certain de la résistance de ceux-ci, il redoutait une de ces catastrophes qui avaient ensanglanté la grande Révolution, et dont la nouvelle République était restée pure jusque-là. Il ne craignait rien pour lui-même, car à Texception d'un seul*, les meneurs n'avaient pas contre lui d'hostilité personnelle; mais il craignait
i . Raspail, qui avait déjà à plusieurs reprises signalé Bûchez aux haines delà foule dans son journal fJ/ni du peuple, La veille même du [i 5 mai, il avait publié un grand article où, après avoir rappelé toutes les anciennes accusations contre les jésuites, il racontait que ceux-ci avaient uni par se mettre à la solde derAutriche, et que par Bûchez et ses amis, leurs principaux agents en France, ils s'étaient emparés de la direction du gouvernement provisoire et de l'Assemblée nationale. Cet article se terminait ainsi : « Le pays est dupe, ce qui ne durera pas longtemps ; qu'importe I II n'en restera pas moins républicain, en dépit de l'Autriche. Mais vous, garde nationale bourgeoise, qu'un de ces jours Témeute, cette grande ressource d'un gouvernement qui trahit, va appeler à grand renfort de rappel dans la rue, sachez bien que vous allez combattre sous Tétendard de la société de Jésus. Ne prétendez plus cause d'Ignorance, tenez -vous pour avertis; on veut que vous troquiez l'administration de Louis-Philippe contre celle de Charles X. Est-ce pour cela que -vous nourrissez votre haine contre les travailleurs vos frères ? L'Autriche vous en serait reconnaissante, et nous, nous aurions )e droit de vous maudire comme des ennemis du pays. » Dans trois autres articles du même numéro il était question de Bûchez : on l'appelait le révérend père Bûchez, on le désignait comme « le généralissime irresponsable des armées de terre et de mer. » Ce qui n'empêcha pas Raspail de dire hypociîtement à Bûchez le 26 mars 1849, au procès de Bourges, lorsqu'on lui reprochait d'avoir lu la pétition des clubistes à la tribune de l'Assemblée : « Nous étions d'anciens amis ! Vous auriez dû me prévenir que cet acte pouvait me compromettre. »
NOUCE SUR rocBEz.
pour qndqufss dépmés da pird lesquels se manifestait une Tire irritatioa. Bucfaea dier* clia donc â ériter tont ce qm pouvait amener une explosion, tout en se gardant de compromettre en rien la dignité de TAssemblée.
L*inertie calculée qu'il montra à cette occasion a donné lieu à des interprétations tout à fiût erronées. Ainsi, un officier de la garde nationale qui lui demandait des ordres prit son silence pour de la défaillance, et s^imagina que Bûchez était complètement démoralisé. Mais le président avait donné les ordres nécessaires, et il ne lui convenait pas d'entrer dans des explications en présence des clubistes qui interposaient leur tète entre sa bouche et Toreille de ses interlocuteurs. Il a souvent affirmé lui-même, au contraire, que, dans cette circonstance, il avait conservé tout son calme et son sangfroid, et cela n'a jamais fait doute pour les vice-présidents, les questeurs, les représentants, les personnes étrangères même à TAssemblée qui se tenaient près de lui sur le bureau. U savait parfaitement ce qu'il faisait et a souvent répété que, dans une circonstance sembla* ble, il agirait encore de même.
Mais deux de ses actes de cette malheureuse jour • née lui ont valu surtout d'amères récriminations. Vers la fin de la séance, on entendit le tambour qui battait au dehors, et il devenait certain que la garde nationale ne tarderait pas à arriver. Les clubistes demandèrent alors avec passion que le président contremandàt le rappel ; Barbes alla jusqu'à proposer de mettre hors la loi ceux qui ne s'opposeraient pas au rappel, et voulut faire mettre cette proposition aux voix. Bûchez qui savait qu'elle soulèverait F indignation de l'Assemblée, craignit qu'elle ne devint le signal de la catastrophe qu'il redoutait. Pour gagner du temps, il consentit
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donc à écrire ciaq ou six billets ainsi conçus: « Ne buttez pas le rappel. Bûchez, » billets que le^ hommes de rémeute transmirent rapidement au dehors. Buçhez les écrivit avec la certitude que ces contreordres, tracés à la hâte sur du papier chiffonné, ne seraient acceptés par personne, et qu^en tout cps ils ne pourraient paralyser Teffet des mesures prises précé-* demment. Il eut d'autant moins d'hésitation à le faite, que les vice-présidents , les > questeurs , les représentants présents au bureau n'y voyaient , aucun inqonvéniept. Le fait est que la garde nationale arrivait en masse au moment où , Témeute quittait le palais de l'Assemblée pour envahir Thôtel de ville^ et que ces contre-ordres n arrêtèrent sa marche d'aucune façon. Le seul effet qu'ils eurent fut d'empêcher qu'on mît aux voix les propositions des clubistes. On a comparé la conduite du président, dans cette circonstance, à celle de Boissy-d'Anglas au l^** prairial, en esLàhant la fermeté de ce dernier aux dépens de celle de. Bûchez. On oubliait que Boissy-d'Auglas .avait fait bien plus que de signer des contre-prdres de rappel^ qu'il avait fait voter la Convention sur les motions de l'insurrection, et proclamé les décrets qui changeaient le gouvernement.
Le second seproche concerne dies paroles adressées par Bûchez à l'un des clubistes, Huber. Ce meneur, qu'il connaissait personnellement, était mente sur le bureau trois quarts d'heure environ avant la fin de 1^ séance. Bûchez, qui attendait le dénouement avec plus en plus d'impatience, lui dit ces mots: « Huber, vous n'êtes pas l'ennemi de la République ni dç l'Assemblée nationale? non. Vous pouvez me rendre un grand service; faites vo^ efforts pour faire sortir les gens qui sont ici, afin que l'Assemblée puisse délibérer, et si vous
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n*yréiisatteKpas,tadiezdeiiie£aûremetlreàlaporte. » CétaitrezpreflBÎon, inconsidérée pent-étre, dn vif désir de voir la fin de cette scène de tnmnlte ; elle n était pas adressée par le président au perturbateur, mais par rbonune à Thomme, et, aux yeux de Bûchez, elle ne pouvait pas plus porter atteinte à la dignité du président et de rAssemblée que leur expulsion même qui devait avoir lieu infidlliblement et qui ne tarda pas à suivre en effet. Ces mots ne furent entendus d'ailleurs par personne, peut-être pas même par Huber, et ce fut Bûchez lui-même qui les fit connaître lors des procès de Bourges et de Versailles, dans Imtérét de la vérité et dans celui de Taccusé.
Sitôt que Bûchez se vit libre, il courut au Luxembourg et y signa, comme président de FAssemblée, Tordre de la rentrée des troupes à Paris. Mais déjà Témeute était vaincue, et, le lendemain, TAssemblée reprit paisiblement ses travaux.
< En somme. Bûchez a fait dans cette journée ce qu il devait &ire, et on a peine à comprendre les reproches dont il a été Tobjet à cette occasion. On ne peut se les expliquer qu'en tenant compte d'un côté du système de dénigrement que dès lors la réaction mettait en œuvre contre tous les républicains, et, de l'autre , de Taffliction que les patriotes ressentirent de cet événement fatal et de la disposition, naturelle aux hommes dans des circonstances de ce genre, d'attribuer à quelqu'un la faute de ce qui est arrivé. Dans la journée du 15 mai, ce fut Bûchez qui se trouva le plus en évidence, et beaucoup de personnes, peu au courant des faits, se sont imaginé qu'il n^aurait dépendu que de lui d'empêcher cette douloureuse violation de la représentation nationale.
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Après l'expiration de ses fonctions présidentielles, qui ne lui avaient été confiées que pour un mois, Bûchez prit une part active aux travaux de FAssemblée, bien qu'il ne se sentît pas un talent oratoire suffisant pour paraître souvent à la tribune. Le 13 juin 1848, quand le citoyen Louis Bonaparte eut été élu représentant dans quatre départements, il proposa comme rapporteur du bureau chargé de vérifier les élections de la Seine, d'annuler la nomination du chef de la famille impériale , par la raison que cette nomination introduirait un prétendant dans TAssemblée et serait une cause incessante de troubles. Cependant l'Assemblée confirma l'élection. Après les terribles journées de juin, il partagea l'avis de ceux qui voulaient remplacer la commission executive, composée de cinq membres, par un chef unique et contribua de toutes ses forces au décret qui confia au général Gavaignac le pouvoir exécutif. Comme il croyait que c'était un devoir en politique de sacrifier, quand aucun motif de conscience ne s'y opposait, ses opinions particulières à celles de son parti, il appuya énergiquement le gouvernement du général Cavaignac, quoiqu'il n'approuvât pas toujours sa politique, surtout dans les questions extérieures. Ainsi, quand à la fin de juillet les Autrichiens eurent repris l'offensive en Italie et battu les Piémontais à Custoza, il aurait voulu une intervention armée en Italie. En général il aurait désiré que le gouvernement adoptât un plan général et raisonné de politique extérieure et adressa une interpellation dans ce but au général Cavaignac, dans la séance du 21 août. Mais il ^ n'obtint pas le résultat désiré.
Dans la discussion de la Constitution, il proposa, le 3 septembre, un préambule conforme aux idées qu'il avait toujours enseignées; mais l'Assemblée refiisa de l'ad-